Stella Tanagra, Sexe cité

Avant d’entamer la lecture de ce petit article, une mise en garde s’impose, chers lecteurs : Les nouvelles de ce recueil se terminent, comme l’éditeur le fait d’ailleurs remarquer sur la quatrième de couverture, « par une fin particulièrement surprenante ». Comme je me suis vu contraint d’évoquer certaines de ces conclusions, il vaudrait sans doute mieux arrêter votre lecture ici, si vous voulez garder entier le plaisir de découvrir par vous-mêmes les inventions de l’auteure.


Toujours avec moi ? Parfait ! Partons donc ensemble à la découverte d’un texte qui appartient à un genre tombé quelque peu en désamour, au moins en ce qui concerne votre serviteur – le recueil de nouvelles. Mais la lecture de cette dizaine de textes avait vite fait de venir à bout de mes réticences, et même l’obstacle dressé par quelques irritations linguistiques a vite été sauté, telle est la candeur toute en violence et en verdure de ce recueil signé Stella Tanagra, Sexe cité, texte érotiquo-pornographique vaillamment publié par IS édition dans la collection Jardins secrets, où les textes d’auteurs autrement plus renommés (comme p.ex. Marie Godard dont le premier roman a été publié par les Éditions Blanche) n’ont pas à rougir de cette jeune audacieuse venue les rejoindre.

Selon l’affirmation de la quatrième de couverture, ces dix récits seraient « consacrés à la libido féminine », ce qui, au bout de quelques heures de lecture, se révèle très juste. On se demande pourtant si l’éditeur est au courant de ce qu’est, au milieu de la deuxième décennie de ce XXIe siècle, la littérature érotique francophone, quand on l’entend affirmer que cette libido féminine sus-mentionnée serait un « sujet souvent tabou qui mérite d’être enfin mis à nu par écrit ». Certes, elle le mérite, mais elle l’est depuis un certain temps déjà, dans un domaine littéraire où des femmes publient un grand nombre de textes de très grande qualité. Anne Bert, Clarissa Rivière, Aline Tosca, Julie-Anne de Sée, Emma Cavalier, Erika Sauw et tant d’autres, ce sont ces auteures-ci qui ont su élaborer sur les perspectives et la sexualité féminines dans la littérature, introduite, pour notre plus grand bonheur, depuis bien longtemps déjà par des plumes célèbres comme celles de Françoise Rey ou d’Alina Reyes. Mais si je dis ça, c’est plus pour dénoncer ce qui ressemble furieusement à une stratégie marketing que de jeter le gant à l’auteure qui, elle, mérite mieux, et n’a pas besoin de se cacher derrière des affirmations bidons pour s’imposer : une tâche dont la fraîcheur et l’audace de certains de ses textes s’acquittent très bien.

J’ai l’impression que les textes qu’on trouve réunis dans ce recueil ne datent pas tous de la même époque. Il y a certains qui rappellent un peu trop les fantasmes de l’adolescence, comme celui qui ouvre la danse, Mort sûre, qui relate la rencontre fatale avec une de ces bêtes rendues à nouveau célèbres par les livres de Stephenie Meyer (non, pas les vampires, les autres), ou encore Frikitona, texte qui aborde le réveil d’une sexualité libre, débridée, d’un côté un peu trop idéologique, si l’on peut dire, le tout toutefois rehaussé d’une belle scène de séduction aux rythmes d’une danse des plus lascives. À côté de ces textes qui se lisent et s’oublient assez rapidement, il y a d’autres qui suscitent des impressions autrement plus fortes, comme par exemple Arcane Amant, récit sordide d’une orgie de violence où le viol n’est plus que le point sur le i. On ne sait ce qui, dans ce récit, est le plus choquant, les détails du viol ou le fait que celui-ci soit imaginé par une fillette de douze ans. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que la force de Stella Tanagra rend ces passages très difficiles à soutenir. La libido féminine n’a apparemment rien de vanillé… D’autres textes, s’ils sont moins violents, n’en sont pas moins capables de laisser d’excellents souvenir, comme celui par exemple qui clôt cet ensemble assez hétéroclite, Le refuge, où une jeune femme est confrontée à des tentatives de drague assez malhabiles et dont la chute réussit à remettre en question quelques idées reçues. Un autre texte mérite d’être mentionné, Hymne à ceux qui butinent libres, texte consacré à l’initiation au libertinage d’un jeune couple, remarquable par la sensualité de certains passages où l’auteure raconte la lente plongée tout en douceur des deux femmes au fond de la tendresse partagée.

Stella Tanagra aborde une riche variété de sujets, comme par exemple, outre ceux déjà mentionnés, la sexualité des femmes enceintes, celle des handicapés ou encore la zoophilie. Le lecteur reste ébahi devant l’audace de l’auteure qui, fort heureusement, ne se soucie guère du qu’en dira-t-on, même si son approche peut parfois sembler teinte de naïveté, mais la force et la verdure de son écriture empreinte de la force de la jeunesse et de la joie de sauter les obstacles fait bien vite oublier les maladresses de style et de grammaire, ou ceux encore qu’on peut trouver dans le traitement des sujets.

La lecture de Sexe cité m’a laissé de très bons souvenirs et – surtout – l’espoir de voir Stella Tanagra revenir sur les devants de la scène avec un texte de plus grande envergure. Je me lèche déjà les babines en pensant aux possibilités que son premier recueil laisse entrevoir.

Stella Tanagra, Sexe citéStella Tanagra
Sexe cité
IS Éditions
ISBN : 9782368450895

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