Fran­çoise Rey, Aven­tures Délirantes

Face au tsu­na­mi bien pré­vi­sible de la ren­trée lit­té­raire, les Édi­tions Blanche ne se sont pas sage­ment reti­rées dans les terres pour y attendre que les eaux se dis­persent. Bien au contraire, elles ont déci­dé de lan­cer leur vais­seau, toutes voiles dehors, et orné par la plus belle figure de proue qui se puisse ima­gi­ner, à savoir celle de la grande dame de la lit­té­ra­ture éro­tique, Fran­çoise Rey.

Le volume ras­semble, sous le titre Aven­tures Déli­rantes, six nou­velles, qui font rimer le délire du titre sur le désir qu’on a le droit de trou­ver sous la plume de Mme Rey. Et dans plu­sieurs d’entre elles, la créa­tion artis­tique – dans un sens assez large – tient le haut du pavé, comme dans celle qui ouvre le recueil, Pin­ceau, dans laquelle est repris le mythe très ancien et tou­jours d’ac­tua­li­té de Pyg­ma­lion et de sa Gala­tée, à savoir l’œuvre d’art dont son créa­teur tombe éper­du­ment amou­reux. Sujet riche en conno­ta­tions, et dont Fran­çoise Rey tire un très grand pro­fit en déve­lop­pant, dans un style très sobre et presque clas­sique, les consé­quences éro­tiques, pré­sentes depuis les ori­gines du mythe. Et en sou­li­gnant aus­si que c’est sur­tout de lui-même que l’ar­tiste tombe amou­reux, de ses propres capa­ci­tés créa­tives, plu­tôt que de sa créa­tion dont la beau­té four­nit tout au plus un prétexte.

Une autre nou­velle, Un K mor­bide, reprend le sujet très actuel du droit d’au­teur, de la copie, et de l’u­ti­li­sa­tion du tra­vail d’un tiers, le tout pla­cé dans un contexte d’en­quête poli­cière, et sur un ton plu­tôt fri­vole, bien adap­té au monde des Dames du Bois.

À lire :
Michel Torres, Aristide. La Saga de Mô, t. 2

On hésite par contre de clas­ser de nou­velles les deux textes qui clô­turent le recueil. Tous les deux, dédiés à d’é­mi­nentes artistes, Camille Clau­del et Nor­ma Jeane Baker aka Mary­lin Mon­roe, sont plu­tôt des essais sur le côté des­truc­teur de la créa­tion qui, très sou­vent, laisse des épaves dans son sillon, comme ces deux femmes dont l’une est morte à l’a­sile tan­dis que l’autre s’est sui­ci­dée. Des textes dont je recom­mande pour­tant très for­te­ment la lec­ture, rien que pour la richesse des réflexions de l’au­teur face aux sculp­tures de Camille et aux affiches des films de Norma.

Par­mi les deux autres, qui n’ont pas de conno­ta­tions artis­tiques, Condi­tion­ne­ments en cas­cade m’a tout par­ti­cu­liè­re­ment frap­pé par son sujet assez inha­bi­tuel, au moins décli­né au fémi­nin, où une femme est confron­tée à la peur angois­sante du chan­ge­ment de sa sexua­li­té, de la perte du sexe même, suite à une obser­va­tion qu’elle n’ar­rive plus à chas­ser de sa tête. Du jour au len­de­main, ses habi­tudes sexuelles changent radi­ca­le­ment, et elle se retrouve une autre, jus­qu’à finir inter­née, alié­née à elle-même.

Des récits trou­blants, tant par leur éro­tisme raf­fi­né et enva­his­sant que par la finesse des obser­va­tions, et par la proxi­mi­té qu’elles illus­trent entre désir et délire.

Françoise Rey, Aventures DélirantesFran­çoise Rey
Aven­tures Délirantes
paru le 13 sep­tembre 2012 aux Édi­tions Blanches
ISBN : 978–2846283090
18,50 €

Les titres :

  • Pin­ceau
  • Condi­tion­ne­ments en cascade
  • Sex­som­nie
  • Un K morbide
  • La Valse triste
  • La Désaxée