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Camil­le B., Mary­se est infi­dè­le

Maryse est donc infidèle. Certes, mais il n'y a pas que ça. Elle triche, elle  ment, elle séduit, tout pour se construire un jardin secret où sa rose peut s'épanouir à l'abri des regards trop curieux, et ceux de son mari en particulier. Et puis, elle jouit à n'en plus finir. Vous aurez compris, chers lecteurs, qu'une telle femme a tout pour plaîre à votre serviteur : un corps épanoui de femme mûre (la quarantaine), une imagination fertile, des remises en question qui ne l'empêchent pas de franchir le cap avec un courage et une énergie presque exemplaires, et une ingénuité qui, doublée d'une indécence à toute épreuve, la rend tout simplement - irrésistible. Attention pourtant : Avant de pouvoir goûter à ses charmes, il faut passer par une vallée très peu amène, à savoir un début de texte tout sauf brillant.

J'ai acheté Maryse est infidèle, petit texte d'une soixantaine de pages signé Camille B., il y a quelques mois, et depuis, malgré une couverture et un titre prometteurs de quelques heures de plaisir volées au train-train de mes journées, je n'ai pas trouvé le temps de me laisser séduire. La belle brune de la couverture a donc eu le temps de me narguer à chaque fois que je lançais ma liseuse ou mon appli Kindle, jusqu'à ce que finalement je cède au chant de cette sirène persévérante qu'on devine nue sous les draps. Est-ce à cause de cette attente prolongée que je me suis cru dans l'obligation de faire preuve de patience et que, confronté à des longueurs, un usage parfois assez particulier des temps du récit et une intrigue qui mettait du temps à démarrer, j'ai pourtant résisté à la tentation d'aller voir ailleurs ? Quoi qu'il en soit, je ne regrette aucunement d'avoir fait preuve de patience. Parce que la suite des aventures de Maryse est des plus délicieuses et on est presque surpris, après les imperfections du début. de se trouver sous le charme de la belle, au point d'exiger une suite de ses expéditions en terres lubriques (Vous m'entendez, Camille B. ?).

L'intrigue n'a rien de très particulier : Une femme d'un certain âge, prise au piège des habitudes acquises au cours d'une vie trop tranquille avec son rythme qui inéluctablement s'installe, croise un homme capable de faire résonner les cordes qu'il faut pour réveiller une sensualité endormie sous la poussière des années. Mais le réveil est d'autant plus fulgurant que le sommeil a été long, et Maryse se trouve prête à céder à des propositions qui dépassent le cadre de ce qu'on peut attendre d'une femme après tout très comme il faut. Après une première folie commise dans les bras du séduisant Marc, elle consent à des débuts de soumission avant de se laisser tenter par un triolisme aux allures candaulistes et des échappés en club libertin. On vous a avertis, rien de très particulier dans le récit de Maryse, mais cela n'empêche pas cette petite personne d'apparence si ordinaire, cette femme qui n'a pas honte de ses doutes et de ses remises en question, d'aller vers l'aventure et de dégager un charme auquel il n'est pas facile de se soustraire.

Je crains seulement qu'une partie des lecteurs, peu patients et sollicités de partout, ne fassent demi tour avant d'avoir seulement eu l'occasion de tomber sous le charme. C'est un risque qu'on voit l'auteur courir quand il se sert de façon quelque peu malhabile du jeu des perspectives, procédé en principe capable de pimenter un récit érotique en donnant plusieurs versions d'un seul et même événement tel qu'il peut être perçu par des personnes différentes - et on imagine facilement combien un texte érotique peut gagner en mettant le lecteur dans la peau des personnages respectifs ! Peu rodé sans doute à l'art de capter l'attention de ses lecteurs, Camille B. commence par une version censurée des faits, en l'occurrence la confession qu'Olivier demande à Maryse de ses rendez-vous avec Marc. Malheureusement, cette confession, faite en plus dans une situation censée émoustiller l'intéressée, ressemble plutôt à une énumération d'une liste de courses qu'au récit d'une aventure érotique :

"Il a sorti sa bite de son pantalon pour que je le suce, j'ai compris qu'il voulait que je le fasse éjaculer, je le branlais et je le suçais, c'était bon, oui je suis une salope, j'aime sucer des bites..."1

Confronté à une absence aussi flagrante de passion, on réprime à peine un bâillement. Et ce n'est qu'après coup qu'on comprend les intentions du personnage. L'ironie, c'est que c'est précisément la deuxième version des faits, délivrée ultérieurement par une femme possédée par l'envie de jouir, qui donne une idée beaucoup plus flatteuse de ce dont Camille B. est capable, mais ce deuxième récit se fait attendre. Et je ne sais pas combien de lecteurs auront lâché l'affaire avant d'arriver au point de non-retour.

Toutes ces imperfections - et elles sont  nombreuses dans la première partie du texte - n'empêchent pas Camille B. de trouver des phrases délicieuses pleines de charmes, et des situations cocasses que Maryse apprend à maîtriser et - plus tard - à amener. Comment ne pas adorer le comique d'une situation comme celle où Olivier, maître en herbe, comprend que sa femme n'est pas opposée à l'idée de pimenter leurs relations par une dose de soumission :

"Mais il [i.e. Olivier] ne savait pas comment il allait gérer la soumission de sa femme, fallait-il un contrat, des accessoires ?"2

Ou celle, plus cocasse encore, ou c'est le nez fin du mari qui permet à celui-ci de se rendre compte de l'infidélité de sa femme :

"Olivier commença à lui lécher le sexe, c'était bon, elle était toute douce et déjà très humide et elle sentait... Le latex... Il plongea ses narines dans son sexe pour vérifier..."3

Il ne serait sans doute pas faux de dire que c'est, une fois encore, le rire qui sauve le texte et qui pousse le lecteur à continuer, parce qu'un auteur capable de placer ses personnages sous une lumière aussi absurde, il doit assurément disposer d'autres atouts, et comment lui refuser l'occasion de s'en servir ? Pour ce qui est de Camille B., il a réussi à me rendre accro à sa Maryse, et j'aimerais connaître la suite de ses aventures afin de sombrer avec elle dans l'indécence de ses aventures.

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  1. Camille B., Maryse est infidèle, Le deuxième rendez-vous []
  2. Chapitre "Le deuxième rendez-vous" []
  3. Chapitre "La découverte" []
Maryse est infidèle Couverture du livre Maryse est infidèle
Camille B.
érotisme
auto-édition
8 septembre 2016
67

Maryse est mariée depuis 20 ans à Olivier, un homme qu’elle a toujours aimé et qu’elle n’a jamais trompé, mais qui la délaisse de plus en plus. Un jour elle rencontre Marc avec qui elle a une aventure, son mari s’en aperçoit mais au lieu de la quitter, il va lui ordonner de continuer sa relation. Après chaque soirée avec son amant, elle doit tout raconter en détail à son mari qui en profite pour la punir. La situation échappe complètement à Maryse qui va devenir l’objet sexuel de ces deux hommes. Cela relance le désir du couple jusqu’au jour où Olivier décide d’organiser un dîner tous les trois…

Histoire érotique HARD, réservée à un public averti, mais qui plaira autant aux femmes qu’aux hommes…

Les thèmes abordés sont l’infidélité, l’échangisme, le candaulisme, et la soumission, mais tout ça n’arrive pas sans amour ni jalousie.

Axel, La Cham­bre de Ver­re

Si la BD érotique a fait une entrée remarquée dans la Bauge littéraire - dont le propriétaire a depuis toujours été un adepte de la parole pure et simple telle qu'on la trouve dans les grands textes des auteurs classiques - c'est en très grande partie grâce à Dynamite, le label cul de La Musardine, qui accueille des auteurs - connus et moins connus - réunis par l'amour de la chair dans l'effort de lui rendre une justice toute - littéraire. Après Ardem, Axterdam, T.E. Raven et - tout récemment - Riverstone, c'est maintenant le tour d'Axel, un auteur tout nouveau dans l'écurie Dynamite, venu de l'autre côté des Alpes avec dans ses valises une belle histoire d'amour, de sexe et d’exhibitionnisme 2.0 : La Chambre de verre.

Axel y raconte avec un coup de pinceau des plus sobres l'histoire de Flavia, quadra superbe venue à point nommé pour fournir un spécimen ravissant de la "MILF", catégorie extrêmement prisée sur les sites réservés à la pornographie luxuriante tel que XHamster ou XVideos. Flavia n'est pourtant pas une starlette de la pornographie, elle indique sa profession comme blogueuse, ce qui n'est pas sans rapport avec son activité principale étant donné qu'elle publie effectivement des articles sur son site. Des articles qui accompagnent une exhibition en permanence, sous les yeux des caméras omniprésentes dans son appartement où elle vit en toute nudité.

Axel, La Chambre de verre, page 9, Flavia devant l'écran
Flavia devant l'écran de son ordinateur (Axel, La Chambre de verre, p. 9)

L'histoire de Flavia, si elle peut paraître absurde, n'a pourtant rien de très original, Axel ayant pu s'inspirer de plusieurs expériences menées pendant la jeunesse de l'internet. Tout d'abord, il y a, et dès 1996 (!), Jennifer Ringley avec sa JenniCam, site où elle vivait, la première, sous les yeux de ses multiples caméras, renonçant à tout résidu de vie privée pour partager son quotidien avec les internautes, jusqu'aux détails les plus intimes :

Elle [Jennifer Ringley] ne souhaitait pas filtrer les contenus de sa caméra ; par conséquent, elle était souvent aperçue entièrement nue ou en train d'avoir des rapports sexuels.1

Ensuite, quatre ans plus tard, il y a eu Daniella Tobar, actrice chilienne qui, en janvier 2000, a vécu, pendant deux semaines, dans une maison en verre (!), expérience ayant quotidiennement attiré une foule de badauds. C'est sans doute à ce projet que Flavia fait allusion quand elle explique les origines de son propre projet à elle, sauf qu'elle se trompe sur le pays en question :

Axel, La chambre de verre, p. 10, explication

À la différence de ses illustres consœurs, Flavia met l'accent sur le côté pornographique de cette exhibition en permanence, se mettant à poil dès qu'elle entre dans son appartement et s'adonnant avec un plaisir très partagé à des sessions masturbatoires. Avant de laisser les voyeurs pénétrer plus loin encore dans son intimité en les faisant assister à ses parties de jambes en l'air avec Marco. C'est la rencontre entre celui-ci et Flavia, de sept ans son aînée, qui fournit d'ailleurs l'intrigue du récit. Rien de plus banal qu'une telle rencontre, me direz-vous, sauf que celle-ci se passe en public, et que tout le monde n'est pas prêt à jeter son intimité en pâture aux badauds des quatre coins de la planète.

Si cette intrigue n'est pas dénouée d'intérêt, il me semble que le principal se trouve ailleurs, à savoir dans le rapport qu'il y a entre celui qui crée et sa créature. Et quand un tel créateur - qu'il soit auteur ou - pire - illustrateur - décide de faire entrer une de ses créatures dans une relation intime, n'est-ce pas plutôt qu'il s'en empare et qu'il soumet ce faisant sa créature à une exhibition forcée ? Les protagonistes d'Axel étant (imaginés) consentants, cela permet de les engager, aux côtés des lecteurs, dans un jeu de miroirs entre le monde tel qu'il se crée sous les yeux des spectateurs et celui d'où les regards se portent sur Flavia. N'est-ce pas un peu comme si celle-ci s'obstinait à nous répéter qu'elle n'était finalement qu'un artifice, et que c'était pour ça qu'elle se dévoilait, qu'elle consentait à devenir le jouet de nos fantasmes, consciente du fait qu'elle n'existe qu'à travers les regards d'autrui ?

Axel, La Chambre de verre, page 9, Flavia en train d'allumer une cigaretteJe ne sais pas jusqu'où ce jeu des réflexions aurait pu guider l'auteur, celui-ci ayant renoncé à pleinement exploiter les possibilités inhérentes à son univers. Mais comme on parle d'une bande dessinée, il faut évidemment considérer le côté visuel de la chose. Et c'est là qu'Axel excelle, à placer sa protagoniste sous un jour pas toujours très favorable, dans des situations où une certaine fatigue peut se lire dans ses traits, où l'âge laisse deviner sa proximité, malgré les affirmations de Flavia qui rappellent un peu les mélodies qu'on siffle dans le noir pour conjurer la terreur blottie dans l'obscurité :

Je m'appelle Flavia, j'ai 44 ans. Je sais, je ne suis plus franchement une jeune fille. Mais je crois que je suis encore attirante. (p. 10)

Attirante, elle l'est effectivement, et rien de plus appétissant que sa nudité, nudité qui n'a pas honte de réclamer son côté "naturel", arborant avec fierté des aisselles abondamment garnies et un entrejambe où les poils ont droit de cité.

Flavia n'est jamais seule. Axel est toujours à ses côtés, et les regards des lecteurs ne la lâchent jamais. Et si c'était là la véritable exposition ? Celle qui se joue en dehors des murs de sa "chambre de verre", celle à laquelle l'auteur convie les spectateurs devenus voyeurs en leur montrant une Flavia sous tous les angles, en train de prendre une douche, de papoter avec des amis, de se promener avec une amie, de boire un café, de faire connaissance avec Marco. Ce sont là des activités quotidiennes d'une flagrante banalité, mais n'est-ce pas à travers cette banalité qu'on peut réellement comprendre cette femme ? En assistant à sa vie de tous les jours, peu importe qu'elle soit nue ou emmitouflée dans sa doudoune ? En la voyant tour à tour s'épanouir et se flétrir au gré des émotions et du jeu de l'ombre et de la lumière qui, s'il peut faire briller sa peau et ses yeux, peut tout aussi bien l'étouffer jusqu'à la moindre étincelle. Il me semble que c'est précisément dans cette exhibition permanente que réside l'art d'Axel, décision qui n'a rien à voir avec celle de Flavia qui, malgré et à travers son omniprésence dans la BD, reste une créature, soumise aux caprices de l'auteur. L'artifice suprême consistant à la doter d'une force vitale qui, pendant quelques instants, peut faire oublier cela.

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  1. Jennifer Ringley, article Wikipédia, consulté le 24/01/2017 []
La Chambre de Verre Couverture du livre La Chambre de Verre
Axel
BD érotique
Dynamite
19 janvier 2017
fichier numérique
62

Flavia, 44 ans, n’est pas une femme comme les autres : sa vie, elle la gagne en restant chez elle, nue devant les dizaines de caméras de son site Internet. Flavia est une camgirl qui ne cache rien de son intimité à ses admirateurs. Enfermée dans sa « chambre de verre », elle se sent en sécurité. Sa rencontre avec Marco, un homme plus jeune qu’elle, chamboule ce quotidien réglé. Acceptera-t-il de partager leur idylle avec les internautes ? Les sentiments qui les lient fissurent la chambre de verre, mais sont-ils assez forts pour en briser les murs ?

Une histoire simple et crue, sensuelle, où l’auteur dépeint des personnages étonnamment complexes – des personnages comme vous et moi. Axel traite avec subtilité de sujets brûlants, l’exhibition, l’amour, le sexe, l’estime de soi, dans une bande dessinée aussi érotique que sensible.

Alexis Loran­ger, Texas Por­no Cheap & The Joe Sex Cla­sh

En septembre 2016, La Musardine a publié, dans un seul volume, deux textes d'Alexis Loranger, Texas Porno Cheap, initialement paru en 2013, en même temps que sa suite, The Joe Sex Clash, publié dans ce volume pour la première fois. Ces deux textes sont intimement liés par les expériences respectives des protagonistes, Kathy et Joe, un couple qui se trouve emporté, chacun pour soi, dans un tourbillon érotico-pornograhique dont les étapes se reflètent et se correspondent comme des gestes dans un miroir.

Retour à la case départ : S'il faut en croire la préface de l'édition 2016 du roman en deux parties dont je m'apprête à vous parler, préface signée par son éditrice, Sophie Rongiéras, le manuscrit de Texas Porno Cheap est entré dans les locaux de la Musardine "durant l’été 2008 [...] par jour de grande chaleur" et n'a pas tardé à mettre sous le charme celle qui allait devenir son éditrice. Malgré ses effets bénéfiques et instantanés (on parle, dans la Note aux lecteurs, d' "enthousiasme contagieux" et "d’un irrépressible fou rire"), le texte aurait quand même dû attendre presque cinq (!) ans avant de sortir des presses en bonne et due forme en février 2013 pour être lâché sur le public. Quoi qu'il en soit, il semblerait que le succès du roman d'Alexis Loranger ait répondu aux attentes de l'éditrice, parce que voici que la Musardine, trois ans et demi plus tard, renchérit en rééditant le texte, accompagné cette fois-ci d'une sorte de complément masculin des aventures déjantées de Kathy, l'héroïne de la première partie : The Joe Sex Clash.

L'intrigue n'est pas des plus complexes et se laisse facilement résumer (je me borne ici, pour des raisons que vous allez comprendre, à la première partie) : Kathy, secrétaire new-yorkaise, est invitée au Texas pour assister au mariage de sa meilleure amie, Candy. Elle entreprend le voyage en voiture, mais celle-ci tombe en panne en plein désert. Encore heureux que Kathy dispose de quelques accessoires pour se déguiser en allumeuse du bord de route afin de séduire un motard, annoncé de loin par le bruit infernal de son engin. C'est le coup d'envoi d'une série d'aventures érotiques qui conduiront la protagoniste de la queue du motard sur laquelle elle s'est empalée avec une remarquable maîtrise acrobatique entre les mains entreprenantes de la propriétaire du seul hôtel de la bourgade où elle a fait naufrage, Asstown, la bien-nommée ville du cul. Son séjour est rythmé, d'un côté, par des parties de jambes en l'air, et de l'autre par des rencontres teintes de mysticisme avec un Indien, son dernière escale de baise avant de continuer sa route vers Bornbitch (salope née) où aura lieu le mariage et où Joe, son copain, est censé la rejoindre.

Ce premier texte est en grande partie écrite comme une satire du genre pornographique, genre qui invite à la dérision facile par le caractère répétitif et souvent schématique des gestes qui, en grande partie, le définissent. Malgré cette attitude contestatrice face à un genre qui succombe bien facilement au défaut de se prendre trop au sérieux, Alexis Loranger réussit à trouver des phrases dont la beauté s'empare du lecteur sans crier gare, rendant au texte une sorte de sérieux qui sauve le récit, in extremis et au milieu d'une scène orgiaque et blasphématoire, de basculer vers l'absurde :

elle « sentait » les mouvements que la bite dans le ventre engendraient [sic], [...] et ce mouvement de gorge, cette longue aspiration de femme qui va bientôt descendre, emportée dans les grandes profondeurs de son corps, et ce visage qui montre la surprise, presque la peur, de se voir engloutie toute dans le tourbillon de l’orgasme à venir

C'est en retrouvant cet érotisme sincère, libéré de toute grandiloquence, qu'Alexis Loranger démontre à quel point l'érotisme - et à plus forte raison la pornographie - a besoin du rire, voire de la franche rigolade rabelaisienne (vous comprenez mieux sans doute pourquoi j'ai insisté, en début d'article, sur la réaction de sa première lectrice), pour remonter aux origines, à la source même alimentée par le plaisir et la joie de vivre, en se passant de tout charabia transcendant. Il suffit de penser aux échanges entre Jument-facile-à-monter (le nom dont l'indien affuble notre Kathy) et le mystérieux habitant du désert dont je vous laisse découvrir le vrai nom.

J'ai lu ce premier texte avec un très grand plaisir, appréciant à leur juste valeur l'usage hyperbolique des clichés et le ridicule charmant du personnage de Kathy, Barby séparé de son Ken, perdue dans le pays des mirages érotiques. Et puis survint The Joe Sex Clash, second texte consacré aux événements entourant le sacré mariage de Bornbitch.

Là, l'Amérique des Rednecks, des cowboys, des rodéos, et des routes poudreuses écrasées par le soleil disparaît au profit de celle des affaires et du raffinement ; le ketchup, coulant à flot dans la première partie, y est remplacé par le champagne ; l'Indien et ses deux fennecs font place à Jane Rabbit, docteur ès sexologie, une cougar "entre deux âges", et le décor de Western cède le pas à

des statues de marbre [qui] laissaient suggérer que le lieu était dédié au sexe : Aphrodite et Éros s’enlaçant, Europe en ébat avec le cygne Zeus, des moines tantriques en pleine prière…

Joe, lui aussi, va vivre une suite d'aventures sexuelles, passant des mains de Ginger, la jolie réceptionniste, à celles d'une multitude de femmes déchaînées dans leur quête du plaisir érigé en discipline olympique. Il est pourtant moins chanceux que son homologue féminin, parce que si celle-ci jouit à n'en plus finir, lui se retrouve dans l'incapacité de conclure, un problème qui le mènera tout droit à l'hôpital où il sera guéri grâce aux soins du docteur Rabbit. Tout ça est bien écrit et Alexis Loranger ne manque pas d'imagination pour conduire son héros dans des situations les unes plus absurdes que les autres, mais c'est précisément l'ingrédient qui a fait de Texas Porno Cheap un met aussi savoureux qu'épicé qui manque cruellement à la partie masculine : l'humour moqueur et distant qui a rythmé les progrès dans la débauche de Kathy.

Il me semble que le problème principal de cette deuxième partie réside dans le fait qu'elle est calquée avec bien trop de précision sur les aventures de Kathy. Tout y trouve une correspondance, et l'auteur pousse le vice aussi loin que de se plagier lui-même. Plagiat illustré, par exemple, par la répétition, sans aucune valeur ajoutée, de la petite idée bien gentille qu'il a eue pour Texas Porno Cheap, à savoir de remplir un paragraphe entier de synonymes pour le sexe - masculin dans le premier cas, féminin dans l'autre. Même observation pour l'intervention d'une sorte de Deus (Dea) ex machina, l'Indien pour Kathy, le docteur Rabbit pour Joe, intervention apaisante qui permet aux protagonistes de retrouver l'assurance perdue et de renouer, en fin de parcours, avec le partenaire trompé. On peut se demander si Loranger a voulu illustrer, en réutilisant aussi excessivement le moule du premier texte pour produire le second, cet adage célèbre : "Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse". Malheureusement, le seul effet obtenu est celui de dégoûter ses lecteurs. Ceux au moins qui savent regarder plus loin que le bout de leur bite dressée. Ce qui, d'un seul coup, risque de faire préjudice à la première partie qui pourtant mérite bien mieux qu'un jugement aussi sommaire. Mais il est difficile d'éviter un tel réflexe quand on voit l'auteur se foutre ouvertement de la gueule de ses lecteurs en répétant, à la fin du Joe Sex Clash, des paragraphes entiers de la première partie, certains sans le moindre changement, d'autres assez légèrement remaniés par-ci, par-là pour refléter le point de vue de Joe substitué à celui de Kathy.

Autant le premier texte est original, plein de sève (c'est le cas de le dire) et d'un ridicule bon enfant, autant le second manque d'inspiration originale, se contentant des scénarios les plus communs, gardant comme dernier prétexte la répétition obsessive des interjections orgasmiques, vestiges peu convaincants des railleries qui entouraient les rencontres de Kathy :

Le concert de râles et de gémissements s’apparentait à un chœur de joueuses de tennis autant qu’à la cacophonie d’un poulailler industriel.

Malgré ces défauts de la deuxième partie, on peut souligner qu'Alexis Loranger n'a pas tort d'insister sur la fatique, le trop-plein, que peut engendrer une sexualité réduite à son expression mécanique, défaut qu'on rencontre bien trop souvent dans les textes érotico-pornographiques où l'intrigue, si elle ne joue pas à la grande absente, se résume trop souvent à amener une série de rencontres de plus en plus hardes :

la hargne à jouir qui les dominait au commencement du concours avaient laissé place chez beaucoup à des plaisirs poussifs.

Tandis qu'on ressent, tout au long de la première partie, une sorte de virginité, la joie d'inventer, de fabuler, de conter, d'envoyer les protagonistes non pas seulement en l'air, mais aussi vers l'aventure, la deuxième partie, condamnée à refléter les inventions de la première, est dénuée de ces plaisirs-là qui, pourtant, auraient pu faire naître un texte qui se lit avec plaisir au lieu de l'assemblage de mots et de phrases que l'auteur nous jette en pâture. Par un renversement des plus bizarres des intentions de l'auteur, c'est d'ailleurs justement le caractère purement sensuel de ces aventures-là qui finit par convaincre le lecteur de ne pas abandonner la lecture en cours de route et de profiter, l'imagination aidant, du seul côté juteux de la chose.

La lecture de la suite gâche quelque peu le souvenir du premier texte, ce qui est dommage et ne rend justice ni à Texas Porno Cheap ni à l'imagination fertile qui l'a pondu. Alexis Loranger aurait sans doute mieux fait d'employer son temps, son énergie et son savoir-faire à rédiger un texte entièrement nouveau au lieu d'essayer de rester original en se plagiant lui-même. Si le lecteur profite quand même de cette réédition augmentée, c'est que le prix que l'éditeur demande pour la version numérique des deux textes est nettement inférieur à celui du seul Texas Porno Cheap de l'édition originale : 5,99 € pour les deux au lieu de 9,99 € pour un seul. Une affaire effectivement - juteuse 🙂

Texas Porno Cheap & The Joe Sex Clash Couverture du livre Texas Porno Cheap & The Joe Sex Clash
Alexis Loranger
Fiction
La Musardine
15 December 2016
Fichier numérique
213

Kathy, adorable blonde naïve, tombe en panne sur la Route 66 tandis qu'elle se rend au mariage de sa meilleure amie. Soudainement aussi chaude que le soleil sous lequel elle cuit, elle ne cessera d'ouvrir les jambes à tout-va et à tout le monde, ne les refermant que le temps de reprendre son souffle et de se poser une question : " Mais que vais-je dire à Joe ? ". Car oui, elle est en couple avec Joe. Avant de la rejoindre aux noces, le pauvre est resté seul à New York.

Le pauvre ? Que nenni ! Car en l'absence de sa dulcinée, Joe connaît des ennuis qui l'emmènent de gogo-dancings en boîtes à partouzes, pour le meilleur... et le meilleur ! Une question le taraude pourtant : que va-t-il dire à Kathy ?

Texas Porno Cheap et The Joe Sex Clash sont les deux romans en écho d'une saga totalement fada et irrésistible, qui manie les ficelles du genre pornographique avec maestria et ironie. Un pur régal !

Alexis Loranger est né en 1975. Avocat d'affaires à Bruxelles, c'est sa haine profonde pour les motos qui l'a amené à écrire Texas Porno Cheap. The Joe Sex Clash s'est ensuite imposé à lui, comme pour s'excuser auprès de sa blonde héroïne...

Rivers­to­ne, Naga­rya

Les éditions Dynamite ont eu la bonne idée de rendre au public l'accès à une bande dessinée des plus remarquables, initialement parue dans des revues chez BDAdult dans la deuxième partie des années quatre-vingt et devenue, malgré un grand nombre de traductions dans la première moitié des années 90, pratiquement introuvable depuis sauf dans une édition anglophone dont un certain nombre d'exemplaires n'a pas cessé de peupler les étagères des bouquinistes. J'ai nommé Nagarya, bande dessinée signée Riverstone.

L'intrigue de ce one shot n'est pas des plus faciles à saisir. Après avoir propulsé ses lecteurs in medias res, en leur montrant un cortège de quatre formes plus ou moins obscures qui se traînent à travers un paysage désolé avant d'arriver à l'orée d'une forêt vierge, l'auteur insère un épisode rétrospectif (pp. 15 - 23) comme pour fournir un début d'explication des antécédents de l'aventure ayant conduit ses personnages dans cet environnement hostile. Un véritable récit ne se dégage pas pour autant de ces quelques planches isolées qui semblent davantage répondre à une fascination pour une technologie du futur telle que les prouesses contemporaines de la NASA l'ont fait entrevoir (p. ex. la navette qui rappelle le design des Space Shuttle à la page 21), fascination qui se mêle à une liberté sensuelle à la Barbarella où les corps s'exposent avec une liberté aussi totale qu'insouciante.

Quatre personnages donc, trois hommes (Jean, Johnny et Mongo) et une femme (Anny Wellington, la seule d'ailleurs à porter un nom de famille), échoués sur une planète dont ils ne savent pratiquement rien. Après avoir pensé pendant assez longtemps être les seuls humains au milieu d'une nature envahissante, fascinés et horrifiés en même temps par l'idée de se retrouver dans une version légèrement modifiée du récit d'Adam et d'Ève avec comme seul espoir de repeupler le monde, ils finissent par tomber sur des indigènes - un grand nombre de femmes et un homme "colossal". Tandis que celui-ci s'échappe avec la belle Anny, les femmes ont les mains libres pour soumettre à leurs charmes les hommes de l'équipage. Mais le paradis se révèle un endroit dangereux, et des cris nocturnes d'une femme torturée révèlent aux nouveaux-venus l'existence de la cité de Nagarya et de ses farouches guerriers. L'intrigue se termine là, sans qu'on puisse percer le mystère de la cité et le secret de ses habitants et de ce qui les oppose aux sauvages de la forêt. L'éditeur a inclu dans cette édition quelques dessins qui ébauchent les suites du récit, mais tout reste extrêmement vague, ce qui confirme l'idée de Nagarya comme "chantier […] sans cesse ouvert et jamais achevé" (p. 137).

L'intrigue se situe quelque part entre Science Fiction, fin de monde, retour aux origines et mythe de création, et le caractère joyeusement pornographique (jusqu'à frôler l'obsession) rappelle la liberté sensuelle décomplexée des années 70, l'époque où Riverstone aurait, selon une remarque de l'éditeur, commencé à tourner autour des personnages et du sujet :

"C’est ainsi que ce thème hante les desseins de Riverstone depuis les années 1970."1

Le lecteur ne peut pourtant se soustraire à l'impression que Nagarya, ce n'est pas tellement un récit cohérent, mais plutôt un ensemble d'épisodes apportant chacun des détails plus ou moins fournis à l'intrigue. Qui, si elle n'est pas dénouée d'importance, sert en grande partie à fournir les coulisses des ébats qui réunissent les personnages dans une orgie primordiale des sens.

Riverstone excelle dans l'art de transformer en dessin les manipulations charnelles.Click to Tweet

Parlons donc pornographie ! Quel plaisir, à l'époque de la pruderie américaine qui n'hésite pas à qualifier l'exhibition d'un téton de Nipplegate, et où la présence d'un bout de peau fait débarquer les censeurs auto-proclamés, quel plaisir donc que de voir parader, sans le moindre complexe et les bites fièrement dressées, les véritables étalons de Nagarya, et de goûter à l'indécence toute innocente de la protagoniste, la plantureuse Anny, qui s'expose dans le but pleinement assumé de se faire enfiler illico presto, quelle joie troublante que de sentir les poils se hérisser devant la sensualité des indigènes dont l'approche serpentine rappelle celle d'un fauve à l'élégance mortelle. Et voici un des points les plus forts de cette BD : Riverstone excelle dans l'art de transformer en dessin les manipulations charnelles avec une sublimité toute physique que très peu seulement arrivent à maîtriser. Rares sont les pénétrations aussi intenses dans leur beauté toute charnelle, les seins manipulés de façon aussi crûment sensuelle par des mains avides, les culs aussi insolemment dressés. Et que dire des sexes féminins, dessinés avec une passion et une attention aux détails que cet organe est loin de susciter, même chez les amateurs qui, s'ils ne sont pas rares, se contentent trop souvent d'allusions ou de représentations à caractère d'ébauches ?

Scène pornographique de Nagarya
Ouvertement pornographique, Riverstone sait capter, comme peu d'autres, le sexe dans sa dimension inquiétante.

Et n'est-il pas amusant au plus haut point de constater à quel point Riverstone pousse loin le vice en sculptant son protagoniste masculin comme s'il voulait incarner le cliché d'un acteur du X ? Est-ce moi ou est-ce qu'on décerne une certaine ressemblance entre Jean, le leader de l'expédition de Nagarya, et John Holmes, l'acteur réputé pour la taille hors commun de sa bite ?

Jean, protagoniste de Nagarya (p. 20) vs. John Holmes, acteur du X à la renommée mondiale.
Jean, protagoniste de Nagarya (p. 20) vs. John Holmes, acteur du X à la renommée mondiale.

Si la pornographie est bien l'élément prépondérant de cet opus, on y trouve aussi un certain nombre d'éléments mythologiques inspirés de la bible, de la légende dorée ou encore de l'antiquité classique : Adam et Ève (p. 27) et le mythe de la création y côtoient Saint Georges et le Dragon (pp. 28 - 30) (à moins que ce ne soit une variante particulièrement atroce autour du récit d'Andromède), drôle de mélange auquel un centaure (pp. 31 - 32) vient apporter sa dose de bestialité. Cette inspiration mythologique a laissé des traces jusque dans le style de certaines planches, un style qui rappelle celui d'un Redon qui aurait choisi de laisser guider son pinceau par le fantôme de Renoir.

Anny à la Redon
Un style qui rappelle un Redon qui aurait laissé guider son pinceau par un Renoir ressuscité.

L'intrigue de Nagarya reflète - peut-être un peu trop - le caractère épisodique et quelque peu fragmenté du travail de Riverstone, et le lecteur risque parfois, à l'instar des personnages, de se perdre dans les méandres du récit. Mais cet inconvénient est largement compensé par l'effort artistique de Riverstone dont la plume oeuvre à dégager la sensualité des corps et des gestes, une sensualité dont la richesse a'apprécie dans les détails des manipulations, dans les replis de la chair fouillée et les mouvements tour à tour langoureux et puissants des corps qui se dégagent des ténèbres.

Phylactère de Nagarya
Phylactère de Nagarya - Il faut faire des efforts pour suivre...

Un mot avant de conclure cet article : Tout le monde sait que le Sanglier adore la littérature numérique. À moins qu'il ne faille dire : la littérature au format numérique. J'ai, depuis le temps, lu un certain nombre de BD aux formats PDF et EPUB et j'ai toujours été très satisfait de la qualité - et surtout de la lisibilité des textes. Cette fois-ci, l'expérience n'a malheureusement pas été concluante, les dialogues étant parfois assez difficiles à déchiffrer (voire presque indéchiffrables). J'ai failli chopper une belle migraine en usant mes yeux à l'exercice. Il aurait sans doute mieux valu, au lieu de conserver le lettrage original de Riverstone, de l'adapter aux exigences d'une édition numérique. Il ne me reste donc plus qu'à conseiller à celles et à ceux qui aimeraient se laisser séduire par les planches superbes de Riverstone de donner la préférence à l'acquisition d'un exemplaire papier de Nagarya. Il me semble que l'expérience n'en sera que meilleure. Et si jamais la belle Anny arrivait à vous soumettre à ses charmes au point de faire de vous un accro à son univers et à ses formes opulentes, je vous signale l'existence d'une édition au format A3, limitée à cent exemplaires numérotés et disponible aux Éditions AAR (Association des Amis de Riverstone). Cette édition comprend un dessin original de l'auteur, ce qui justifie largement son prix de 250 €.

Nagarya - prolifération de parutions

Il n'est pas facile de dresser l'historique des éditions de Nagarya, d'autant plus que certaines éditions ne sont pas pourvues de date. Le propos de cet article n'étant pas d'épuiser ce sujet, je me contente de donner ici quelques détails glanés au cours de mes recherches sur la toile. Si celles-ci sont loin d'être systématiques, elles permettent quand même aux lecteurs de se faire une idée à propos de la jungle foisonnante que peut être l'édition d'une bande dessinée érotico-pornographique.

D'après la bibliographie assez sommaire dressée sur le site de l'auteur, Nagarya a d'abord été publié en feuilleton, de 1985 à 1987. Ensuite, il y a eu la publication en album en deux volumes, le premier, Aux premiers temps, en 1987 chez CAP, le second en 1997 chez IPM, CAP et IPM étant des éditeurs regroupés sous la marque BédéAdult. Des rééditions de ces albums ont eu lieu le long des années 90 jusque dans la première moitié des années 2000. C'est vers la même époque, entre 1993 et 1994, que paraissent des traductions anglaises, allemandes, espagnoles, italiennes et néerlandaises dont voici le tableau :

  • Anglais
    • Nagarya part I, In the Beginning, Last Gasp, 1994
    • Nagarya part 2, The Lost Continent, Last Gasp, 1994
    • D'autres éditions chez Cha Cha Comics (1993) et Priaprism Press, San Francisco (1998) (tous les deux des éditeurs du groupe Last Gasp)
  • Allemand
    • Nagarya, Teil 1, Hofmann, 1993
    • Nagarya, Teil 2, Hofmann, 1994
    • Nagarya, Buch 1, "Zum erste Zeinten", International Presse Magazine Verlag, 1998 (une édition sans doute non-autorisée avec des fautes de traduction jusque sur la couverture)
  • Espagnol
    • Nagarya, Ediciones La Cúpula, X 53 (sans date)
    • Nagarya II, Ediciones La Cúpula, X 67 (sans date)
  • Italien
    • Nagarya Vol. I, E così fu all'inizio, B&M EDIZIONI (EroticArt), 1999 (?)
  • Néerlandais
    • Nagarija (sic), Deel 1, Zwaarte Reeks 066, 1992
    • Nagarya, Deel 2, Zwaarte Reeks 108, 1994

Nagarya - galerie de couvertures

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  1. p. 137 []
Nagarya Couverture du livre Nagarya
Riverstone
Comics & Graphic Novels
Dynamite
20 October 2016
141

Le souffle épique de l'épopée allié au trait exceptionnel d'un maître de l'érotisme ! Naufragé sur une planète inconnue et apparemment déserte, un groupe de voyageurs galactiques lutte pour sa survie. Quel destin leur est réservé ? Parmi eux, seule femme à avoir survécu au crash, Annie Wellington est partagée entre son désir de liberté et le devoir reproducteur... Sera-t-elle la nouvelle Ève de cette humanité déracinée ? Mais les naufragés sont-ils vraiment seuls sur cette étrange planète ? Une oeuvre époustouflante : un travail graphique rare, dans la lignée des grandes sagas de Frank Frazetta, servi par un texte riche et profond, où transpirent les références bibliques et mythologiques. Jamais rééditée depuis les années 1990, Nagarya reprend vie dans cette belle intégrale. Le volume est augmenté d'un dossier où Riverstone dévoile des planches inédites et quelques secrets de son fantastique univers...

Lau­ra Lam­brus­co, Com­ment j’ai raté ma vie sexuel­le

Voici, après la vie sexuelle de Jolène Ruest, "fuckée par une chanteuse country", la vie sexuelle "ratée" de Laura Lambrusco, une autrice qui jusque-là a laissé peu de traces sur la toile, mais qui a pondu un texte que votre serviteur a dévoré et dont il peine à se remettre. Voici donc ce petit roman qui, en plein mois de novembre avec ses gros nuages qui étouffent la lumière et ses gouttes de pluie qui rendent aveugles les fenêtres, voici un texte, dis-je, qui m'a surpris, qui m'a fait sourire, qui m'a fait vibrer, qui m'a fait pénétrer, aux côtés d'une femme extraordinaire, dans les bas-fonds de la sexualité, qui m'a fait entrevoir les ténèbres au fond de moi-même, et qui m'a fait bénir le jour où j'ai eu l'heur de tomber dessus dans ma librairie numérique préférée et de céder, une fois de plus, à cette curiosité qui, si elle me bouffe les sous péniblement gagnés, me rend capable d'alimenter et de propulser la Bauge littéraire. Je vous présente donc, après cette entrée en matière quelque peu enthousiaste, un texte tout ce qu'il y a de plus insolite, vivace et attachant, signé Laura Lambrusco : Comment j'ai raté ma vie sexuelle.

Sur la couverture, des jolies couleurs, et le symbole par excellence d'une approche décomplexée du plaisir féminin, épanoui et pleinement assumé, un petit canard jaune des plus engageants, tel qu'il a été rendu célèbre par la série culte Sex and the City, tout fringant comme s'il sortait tout droit d'entre les cuisses de Samantha Jones ou de Carrie Bradshaw, toujours empreint d'un délicieux parfum féminin. Ensuite, aucune surprise, Laura Lambrusco parle (ou plutôt : fait parler sa narratrice qui, pour rendre les choses moins faciles, porte le même nom que l'autrice), et dès le premier chapitre, de sexe. Et au lieu de tourner autour du pot, elle fonce dans le tas. Parce qu'il ne s'agit pas ici, et l'autrice prend soin de le faire comprendre, d'enchaîner des petites histoires de peu de conséquence, non, elle sort tout de suite le gros calibre pour parler frustration, violence sexuelle, vénalité, moralité, tout ça, tout ça, et bien plus encore. Comme par exemple la notion de - beauté. On peut maintenant discuter pendant de longues heures de ce qu'est la beauté, du concept tel qu'il se construit dans les différentes sociétés, au fil des siècles. Ou on peut illustrer la question, ébauchée par l'autrice en quelques phrases, par un beau suicide survenu au bout d'à peine quelques pages. Plein dans le tas, vous avez été avertis... De quoi calmer les ardeurs. Et de quoi illustrer la verve et le savoir-faire d'une autrice qui arrive à rendre, en quelques phrases, comme en passant, le poids d'une vie entière, avec ses aspirations, ses échecs, ses instants de joie, son terminus, et le silence qui entoure, qui étouffe, ce départ. Et tout ça avec un vocabulaire et un phrasé loin de tout reproche, loin des doigts levés et des moues philosphes régulièrement arborées dans des émissions bidons de la télé copieusement peuplées d'experts.

On peut dire que cela tranche sur l'idée véhiculée par ce si joli canard. Et pourtant, les délices du corps féminin, le charme des amours saphiques, les turlutes et les enculages, tout ça y est aussi, et évoqués avec un sourire - parfois, il est vrai, bien en coin - mais pourtant des plus engageants. Un exemple ? Avec plaisir ! Voici une auto-description de la narratrice :

Moi ! Belle comme un foie de veau avec mes 25 ans, [...] jeune et fraîche, les seins en obus avec des tétons frétillants comme des lardons dans la poêle, un cul de  paradis et une moule baveuse, toujours d'accord et disponible pour lui manger la Knacki et me faire fourrer sous toutes les coutures, patiente et attentionnée, rien que du bon ! (Chapitre 4. Encore une chicorne dans la gueule à la beauté)

Ça vous fait saliver, non ? Et puis, on croit voir trembler un sourire sur les lèvres de la narratrice, un sourire d'auto-dérision, un sourire qui illustre la condition humaine, un gage de l'humanité profondément ressentie de la narratrice - sauf qu'elle y ressort dans les instants qui font tout sauf - sourire. Parce que Laura (n'oublions pas que la narratrice a tendance à se confondre avec l'autrice) se trouve souvent dans des situations glauques. Je dirais même, de plus en plus glauques. Des situations qu'il faut d'abord savoir déchiffrer, comprendre. Au début, on se pose encore des question, genre, "Est-ce bien sérieux, tout ça ?", ensuite on se dit que celle-là a quand même le chic pour se fourrer dans des situations bien particulières, et on attend le franc rire qui va libérer les tensions, qui va nous faire revenir dans un monde où tout y est beau et où tous y sont gentils. Et bien, non, hors de question de faire croire à qui que ce soit qu'il peut y avoir un monde où les problèmes puissent se résoudre. Attendez un peu la suite des aventures de Laura, le chapitre surtout où elle chope "le virus des putes"1, un virus des plus puissants qui la pousse dehors, à la recherche de fréquentations inavouables, une recherche qui la révèlera à elle-même et qui la laissera dans un face à face bien lamentable avec la grande faucheuse.

Mais quel talent quand même que celui qui, mine de rien, en affichant un sourire des plus engageants, fait pénétrer le lecteur dans un bar sordide où Laura travaille comme "entraîneuse" pour plumer le chaland, et de le soumettre au moindre de ses grés en prenant un ton qui fait croire, de par les interventions de la narratrice dont la voix semble venir d'un off où on l'imagine confortablement installée dans un fauteuil en train de siroter un whisky et de commenter les balivernes des personnages, un ton donc qui fait croire ce même lecteur à un épisode comique, quand il s'agit en vérité de peupler une scène désolante d'êtres humains en détresse... quand il s'agit de dégager, sous les rides et la peau flasque, la beauté des corps usés. Qui, finalement, se trouve ailleurs que là où l'on aurait pu l'imaginer...

Cher lecteur, vous n'êtes pas au bout de vos peines, ni la narratrice non plus d'ailleurs, et il vous reste du chemin à parcourir avant de débarquer, en même temps que Laura - qui, pour l'occasion, prend des allures de Candide - dans sa maison délabrée dans le sud de la France, en pleine campagne, où, munie d'une motobineuse et de toutes sortes d'outil,

[elle] apprend patiemment à faire pousser les tomates et les carottes et à supporter les assauts de la piéride du choux...2

Je vous laisse donc découvrir ce texte excellent, étonnant, un texte auquel je souhaite de trouver un maximum de lecteurs. Un tel nombre, au fait, que l'éditrice - une personne, pour me servir des mots de la narratrice, "absolument craquante, avec un sourire à se couper un bras pour y avoir droit et des yeux de velours et faite au moule"3 - qu'elle finisse donc par se servir de ces mêmes charmes pour convaincre cette chère Laura de se remettre à l'écriture.

Avant de vous laisser pour de bon, un tout petit mot à propos de l'éditeur, ACT Éditions, une toute petite structure avec à son actif une poignée de textes. Trois choses à constater :

  • L'éditrice est effectivement "craquante"
  • Nulle trace du texte de Laura sur le site entier, une absence qui me semble assez bizarre et devrait être réparée sans tarder
  • D'autres trésors y attendent d'être arrachés aux profondeurs du site !

Sur ce, je vous souhaite "Bon voyage !"

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  1. Chapitre 10, "L'argent, source de tous les vices, bis" []
  2. Chapitre 14, les meilleures choses ont une fin, les pires rarement []
  3. Chapitre 14. les meilleures choses ont une fin, les pires rarement []
Comment j'ai raté ma vie sexuelle Couverture du livre Comment j'ai raté ma vie sexuelle
Laura Lambrusco
Fiction / érotisme
ACT éditions
21/09/2016
Fichier numérique
97

Après le joli succès de son premier roman, Laura Lambrusco nous peint ici le portrait tragi-comique d'une femme éprise de liberté et de son parcours compliqué, semé d'embûches autant que de petits et grands bonheurs, au gré de ses nombreuses rencontres.

Livrée à la concupiscence d'hommes, de femmes et d'elle-même, Laura Lambrusco fait la chronique d'un voyage initiatique dans les mille lieux et visages du désir, entre cauchemar et délice.

Dans ce roman aux allures de confession d'expériences les plus secrètes, Laura Lambrusco use à nouveau de son style décapant, renonçant à toute décence, pudeur et retenue, nous donnant parfois à pleurer et très souvent à rire.

Mais attention, à ne pas mettre entre toutes les mains !