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Anne Vas­si­viè­re, Par­ties com­mu­nes

La Musardine a décidé de lancer, le 16 mars, une collection littéraire tout au féminin dont le titre peut apparaître, avec un certain charme insidieux, comme un condensé de sa ligne éditoriale : "• G". Destinée à un public féminin, Octavie Delvaux, la directrice recrutée dans les rangs des auteurs de la maison, tient à préciser que seules les femmes auront droit de cité dans le catalogue : "Une collection pour les femmes par les femmes", selon la formule magique de la directrice, qui affirme aussi que "toutes nos auteures doivent être des femmes, des vraies". Formule aux résonances d'abord quelque peu bizarres, mais qui se comprend dans la mesure où elle scelle la volonté d'exclure du bercail les hommes écrivant sous pseudonyme féminin. Ceci est un phénomène assez répandu à l'ampleur bien entendu difficile à estimer, mais assez large sans aucun doute pour fausser la perception de ce que peut être un érotisme au féminin et quel est au juste le rôle des autrices dans le développement de la littérature érotique. D'autre part, Mme Delvaux, dans sa Note d'intention, prend soin de positionner la nouvelle collection à contre-courant par rapport à ce qu'il est convenu d'appeler "romance érotique", une volonté qui n'est pas sans déplaire à votre serviteur, contempteur avéré de ce genre par trop gluant :

"je ne suis guère amatrice de romance ou d’érotisme guimauve, et j’ai pu constater, en œuvrant en sens inverse, c’est-à-dire en parlant crûment, sans excès de romantisme ou surabondance de prince charmant, que le lectorat féminin pouvait aussi être réceptif à une littérature érotique qui ne prend pas de pincettes pour décrire les actes sexuels." (Passage mis en relief par Mme Delvaux)

L'honneur d'ouvrir cette collection revient à Anne Vassivière,  autrice inconnue au bataillon qui contribue un texte difficile à classer, tout en changements de perspectives, et à l'intitulé particulièrement bien adapté à son propos, Parties communes. Initialement publié en auto-édition chez lulu.com, en 2011 ou en 2015 - difficile de trancher, en l'absence d'une notice dans le catalogue de la BnF, quand Google et Amazon n'arrivent pas à se mettre d'accord à propos de la date de publication -, ce texte raconte les aléas des habitants d'un immeuble haussmannien en mettant l'accent sur les relations charnelles qui se font et se défont au gré des pages et des rencontres. Autrement dit, ça baise ferme côté cour et côté rue, au point où on pourrait imaginer que ces gens-là, ils ne font que ça.

Le texte a sans doute bénéficié d'une certaine attention de la part de ses nouveaux éditeurs avant d'être admis dans la nouvelle collection, et les vestiges de la première édition conservées par la toile - et notamment par Amazon - permettent d'affirmer que cette relecture a bien profité au roman - en se rappelant toutefois que cette affirmation ne peut se baser que sur les quelques pages accessibles en aperçu à travers la fonction "feuilleter" du libraire de Seattle. On constate, outre le changement du nom de famille des propriétaires - qui, en cours de route, ont perdu leur particule - et la suppression de deux locataires, un style plus léger et une prise en main plus résolue des personnages et des situations de la part de l'autrice, preuve que les années passées entre les deux éditions ont été mises à profit.

D'une version à l'autre : L'immeuble de "Parties communes" d'Anne Vassivière
À gauche, l'immeuble et sa faune dans la version originale publiée en 2011 (ou 2015), à droite la version de La Musardine, de 2017. On constate le changement de nom des propriétaires et la suppression de deux parties (Gustave et LA voisine).

Le propos de Parties communes, c'est donc de mettre sous le microscope la faune humaine d'un immeuble haussmannien, ses locataires et ses propriétaires, de zoomer sur les relations qui se tissent entre les parties concernées avec, érotisme oblige, un rôle prépondérant pour les parties de - jambes en l'air. Le procédé choisi par Anne Vassivière est aussi simple qu'efficace : Les différents personnages prennent la parole, les uns à la suite des autres, le temps de quelques phrases, de quelques paragraphes parfois, ouvrant une perspective sur la situation dans laquelle ils se trouvent et de leur ressenti vis à vis de celle-ci. La plupart du temps, la narration procède à la façon d'un dialogue - par réflexion interposée - et les deux participants se relaient dans leurs observations, leur façon de voir et de comprendre ce qui se passe, ce qui donne lieu à des confrontations parfois très spéciales, donnant du fil à retordre au lecteur qui peut en déduire à quel point une seule et même situation peut se présenter sous une lumière tout à fait différente en fonction de la personne qui y évolue. Parfois, on se comprend ; parfois, on se laisse flotter au gré des courants pour débarquer entre les bras - et les jambes - de l'élu(e) ; parfois - très souvent - il y a des malentendus, des quiproquos, des méprises qui font sourire, éclater de rire - gras ou jaune la plupart du temps -, grincer des dents, pleurer - de rage souvent, de tristesse parfois. Difficile de faire le tour des émotions que l'autrice sait réveiller d'un coup de baguette, avec une singulière parcimonie de paroles, et sans jamais trahir ses personnages.

C'est un procédé particulièrement efficace quand il s'agit de se rendre compte de la validité de ses propres observations, de remettre en question toutes les approches, toutes les évidences, pour comprendre à quel point la vérité (ou ce qui passe pour telle) évolue au gré des réflexions et des expériences qu'on apporte à une situation donnée. À l'issue de cette lecture, on se pose bien des questions, on assiste, impuissant, à l'envol de toutes les certitudes et on aimerait vraiment savoir ce qui se passe dans la tête de l'autre. Est-ce qu'on est tout seul à se faire un cinéma ? Est-ce qu'il y a un rapport - quelconque - en dehors de celui des parties ? Une chose est certaine, si vous êtes un peu trop imbu de votre personne et de l'importance que vos attentions peuvent avoir sur votre bien-aimé(e), je vous conseille très vivement une session de reality check avec Anne Vassivière. Mais attention, vous risquez de tomber de haut !

Les personnages, faussement rassurés par le sentiment d'être à l'abri dans leurs crânes avec leurs réflexions et de pouvoir tisser leurs projets en catimini, se placent sous les projecteurs où ils révèlent jusqu'à la moindre de leurs failles, mettant à nu les ressorts qui les font bouger, les bassesses qu'ils complotent, les trahisons qu'ils préparent, mais parfois aussi les élans dont on les aurait cru incapables, petits vers inconséquents grouillant dans la boue d'une humanité pourrie. Et voici le contexte dans lequel Anne Vassivière a pondu une des plus belles interrogations pré-coïtales que j'aie jamais pu lire :

"Est-ce que je vais pas me faire un lumbago si je la saute dans une position tordue ?" (Chap. 15, Mec II)

Anne Vassivière nous fait voir de toutes les couleurs, à travers les aventures et les réflexions de sa petite troupe, et comment trancher entre, d'un côté, désespoir et pitié, entre l'envie de leur couper - à tous ! - les couilles et de leur arracher les ovaires, et la pulsion, de l'autre, de verser de chaudes larmes sur le sort et la minable condition humaine de ces écorchés de la vie ?

Si l'autrice excelle dans les observations psychologiques, dans la peinture d'une humanité prise au piège du quotidien et de la solitude, les amatrices de la bagatelle n'en sont pas pour autant pour leurs frais. Les habitants de notre immeuble y pensent à longueur de journée et ne se privent pas de conclure à chaque fois que les circonstances s'y prêtent. Et qu'il suffise de citer la scène de baise épique qui réunit, au chapitre 13, Lili et Ben dans une chevauchée de tous les diables, prélude à une initiation poussée de la jeune femme auquel le lecteur assiste comme à travers les interstices d'une jalousie tirée sur la vie des acteurs.

Avant de conclure de mon côté, je me permets d'attirer l'attention de mes lecteurs sur un petit côté délicieusement méchant du texte, à savoir une mise à mal de ces connards d'auteurs qui aiment tellement s'imaginer en nombril du monde avec leurs philosophie à la con et à même pas deux balles :

"si la rareté fait la valeur il y a plein de petites bites de son genre partout dans les rues de Navarre ou d’ailleurs c’est même pas un bon coup et il paraît qu’il s’est aussi mis à taquiner la muse de l’écriture c’est juste deux ados à l’hygiène douteuse qui se sont trouvés pour griffonner des trucs nuls ensemble et se persuader qu’ils sont le nombril incompris du monde, c’est tout." (Chap. 9, Michèle)

Quel plaisir que de déguster ces remarques de Michèle, l'ancienne et délaissée amante de Thibault (et par cela peu encline à la modération voire à la neutralité), confrontée au fait de voir sa sœur cadette l'emporter haut la main (chapitre 9) et s'envoyer en l'air avec son ex. Ce n'est rien moins qu'un régal de pouvoir assister au massacre des ébats poétiques et de toutes ces inepties héritées d'une certaine poésie à la sauce romantisante. Massacre qui se répète et se poursuit dans les monologues au lyrisme écœurant du "Jeune homme (5e côté rue)", l'amant futur de la proprio auquel l'autrice refuse jusqu'à l'honneur d'un nom.

Il convient de féliciter Octavie Delvaux et toute l'équipe de la Musardine pour un démarrage aussi prometteur de leur nouvelle collection et pour la révélation au public d'une autrice du calibre d'Anne Vassivière. Parties communes porte un regard désabusé sur la condition humaine, sans pour autant oublier qu'il s'agit d'hommes et de femmes qui se battent pour leur once de bonheur - qu'ils n'obtiendront sans doute jamais. Le rire - moqueur, jaune, libérateur - s'y mêle à une consternation teintée à tour de rôle de pitié et de colère. Peu importe que cette nouvelle collection s'adresse principalement aux femmes, je recommande aux hommes aussi de surveiller de très près ce qui s'y passe afin de ne pas rater - et sous aucun prétexte - les merveilles que Mme Delvaux est sans doute en train de nous concocter !

Un seul souhait qui me reste à formuler : Dans une collection qui se revendique à un tel point d'une sexualité féminine assumée, qui s'adresse à un public féminin, et dont la directrice souligne avec verve la vocation féministe, on aimerait voir les responsables renoncer au terme "auteure" bêtement calqué sur le masculin sans le moindre égard pour l'histoire de la langue française, et rendre son honneur à la fière désignation tombée en désuétude depuis les assauts des Académiciens du XVIIe siècle, une désignation qui convient à merveille aux femmes qui écrivent et qui sont tout simplement - des autrices.

Parties communes Couverture du livre Parties communes
Anne Vassivière
Fiction / érotisme
La Musardine
16 mars 2017
256

Paris un immeuble haussmannien dont la façade est en ravalement.

Poussez la porte, regardez par le trou de la serrure…

Derrière leur apparente respectabilité, les habitants cachent de nombreux secrets. Venez faire l’état de lieux très coquin des couples qui s’y forment, s’y conforment ou s’y déforment au gré des désirs.

Découvrez la transformation touchante de Nadège, la très catholique propriétaire de l’immeuble, l’évolution de Jean-Do, l’ancien pompier bellâtre et macho, maladivement infidèle, les pratiques curieuses du Docteur Dubois, gynécologue, l’idylle entre Marie, la pédopsychiatre frustrée et Jo, le beauf qui cache une douleur secrète et profonde, l’initiation de l’étudiante du dernier à des plaisirs extrêmes…

Une fois le livre refermé, vous ne regarderez jamais plus vos voisins comme avant !

Pier­rot Sep­ti­me, Mireille, l’initiatrice (Jérô­me et les cou­gars, t. 1)

On le sait depuis déjà belle lurette, le Sanglier, pour assouvir sa soif de lectures érotico-pornographiques, n'hésite pas à s'aventurer sur des terrains parfois peu recommandables, comme l' "Enfer" numérique des rayons Kindle où un grand nombre de textes aux titres racoleurs s'exposent sous les yeux avides des potentiels clients. On peut avoir l'impression que c'est là que la littérature perd jusqu'aux derniers vestiges de son innocence, faisant appel au souvenir des bonnes vieilles cabines masturbatoires des salles de cinémas d'arrière-cour et rendant en même temps un témoignage indécent des aspirations "Chantilly" de leurs auteurs respectifs. Le problème, c'est évidemment de trouver dans cette masse indigeste les quelques rares auteurs ayant gardé un semblant de sérieux, prêts à troquer un vrai texte contre nos euros durement gagnés. Pas évident dans un environnement où on vous demande facilement 2,99 € en échange d'une petite dizaine de pages mal ficelées. Mais qui a jamais dit que le métier de chroniqueur littéraire de textes porno était facile ? Me voici donc une fois de plus en train de vous présenter une des perles arrachées aux bas-fonds d'Amazon - le terme perle étant d'ailleurs tout ce qu'il y a de plus relatif, comme vous n'allez pas tarder à le découvrir. Voici donc Mireille, l'initiatrice, première partie de la série Jérôme et les cougars, signée Pierrot Septime.

Il est devenu banal de constater que les cougars tiennent le haut du pavé, au même titre au moins que les MILF, et ceci est sans doute, au moins en partie, le reflet d'une réalité de plus en plus répandue et de plus en plus visible, à savoir la meilleure conservation des corps - et des envies qui s'y rattachent - depuis que de larges couches de la population ont accès à de meilleurs traitements et que la prise de conscience quant aux besoins de nos composantes physiques a abouti à une volonté manifeste de bien se soigner. Et ce n'est pas pour rien qu'on entend clamer un peu partout que « 60, c'est le nouveau 40 ! » Il suffit de se promener dans les rues d'une de nos grandes villes pour constater cette transformation bienvenue qui promet une extension considérable des années que nous pourrons consacrer aux plaisirs. En attendant donc l'âge d'or des GILF, voici Mireille, une séduisante quadra qui n'a aucune intention de se priver de jeune chair (ce qui est quand même, rappelons-le, la principale caractéristique de la cougar !).

L'intrigue de ce texte d'une quarantaine de pages  ne présente aucune particularité et se raconte en vitesse : Jérôme, petit jeune de 18 ans qui s'apprête à entamer des études de médecine, est obligé d'accompagner ses parents pour assister à une réunion de classe de ces derniers. Étant le seul "jeune", il se fait vite remarquer par Mireille, quadra revenue il y a peu de l'Afrique où elle a accompagné son mari. Cette dernière se révèle être une femme libérée habituée à prendre son plaisir là où il se trouve, au plus grand bonheur du jeune homme près de découvrir la jouissance que seuls l'expérience et un corps épanoui sont en mesure d'apporter. Le récit de Jérôme et de Mireille se double de celui de Mireille et de son mari qui ont découvert, après que l'ennui menaçait de s'installer dans leurs relations, les joies de l'échangisme assaisonnées d'une pincée de candaulisme.

Si le récit est plutôt bien construit, principalement pour ce qui est, d'un côté, des passages ouvrant des perspectives alléchantes sur les rencontres futures de notre jeune héros (la présence de Marguerite, sa voisine de table un peu "rondelette", et la perspective d'un séjour chez son oncle et la jeune femme de celui-ci) et, de l'autre, des récits imbriqués - celui de Jérôme au mariage, et celui des aventures de Mireille racontées par elle-même -, il n'en est pas de même d'un point de vue linguistique et grammatical. On trouve, dans Mireille, l'initiatrice, un usage bien exagéré de la parataxe qui aboutit à des enchaînements peu élégants qui font parfois penser à une mécanique mal huilée, le tout accompagné de coquilles bien trop nombreuses dont certaines font presque hurler de rage. Mais comment attendre autre chose d'un texte qui pousse le vice jusque à placer une belle coquille en pleine vue sur la couverture : Mireille, l'intiatrice [sic] ?

Quant à la parataxe, si de telles constructions peuvent évidemment, sous une plume experte, séduire par un certain appel à la simplicité, elles dérangent, chez Pierrot Septime, par leur banalité maladroite. En même temps, on sent l'auteur peu à l'aise avec les usages des temps du récit, ce qui laisse une impression peu favorable, et le lecteur a trop souvent le malheur de buter contre un agencement peu élégant.

Malgré tous ces défauts, le texte peut se déguster avec un certain plaisir, grâce surtout à la passion de l'auteur qui s'exprime à chaque fois que celui-ci a l'occasion de parler des femmes cougars, des passages dont se dégage tout le bonheur qu'on peut ressentir à l'aspect de la chair épanouie de cette féminité conquérante. C'est grâce à de tels passages qu'on se surprend à considérer l'acquisition des tomes supplémentaires, tout simplement pour passer des instants agréables, plongé dans une lecture qui ne demande aucun effort et qui promet quand mêmes des échappés bienvenues pour se libérer la tête et donner libre cours à ses pulsions peu avouables. Si on n'y trouve pas la sexualité sauvage et dévorante qu'un Ambre Delatoure sait exprimer de façon si magistrale dans sa série Entre de bonnes mains, série dont le personnel n'est pourtant pas sans rappeler celui de Jérôme et les cougars, on peut quand même y trouver un certain bonheur. Et celui-ci ne se néglige absolument pas.

Mireille, l'initiatrice Couverture du livre Mireille, l'initiatrice
Jérôme et les cougars
Pierrot Septime
Fiction / érotisme
auto-édition
21 janvier 2015
Fichier Kindle
47

Jérôme, qui vient d’avoir son bac, se retrouve bien esseulé dans cette réunion d’anciens élèves à laquelle l’ont contraint de participer ses parents. Il avait tant rêvé de cette journée qu’il aurait pu passer avec Annie, sa petite amie. Ils auraient pu profiter de la maison désertée par les parents.

Aucun jeune de son âge à qui se raccrocher. Son père retrouve un ami qu’il n’avait pas vu depuis au moins 15 ans ; Mireille, l’épouse de cet ami, est un peu comme Jérôme, elle ne connaît personne dans cette bonne société. Elle pourrait être sa mère mais la solitude va les amener à se rapprocher. Et pour se rapprocher, ils vont se rapprocher…

E.T. Raven, Ama­bi­lia – édi­tion papier

On sait que le Sanglier est un inconditionnel de la publication en numérique et qu'il adore plonger son groin dans les catalogues des petits éditeurs indépendants. Et on conçoit qu'avec de telles préférences, l'auto-édition s'est très vite invitée dans la Bauge littéraire. Celle-ci m'a réservé, la plupart du temps, des surprises des plus agréables, certains auteurs ayant même pris un envol considérable depuis, comme Agnès Martin-Lugand qui a débuté son parcours avec une modeste version Kindle de ses Gens heureux.

Avide de découvertes, j'ai croisé, un beau jour, la route d'un duo d'auteurs, E.T. Raven, qui venait de sortir une BD érotique - en auto-édition numérique. Les rencontrer et acheter le premier volume des aventures d'Iris et de Thomas ne furent qu'un, et voici le début d'une belle histoire. Fidèle chroniqueur des péripéties d'Amabilia, quelle ne fut pas ma surprise quand Éloïse et Thomas me proposèrent de rédiger une préface pour la version papier de leur bande dessinée que Dynamite - la marque cul de La Musardine qui avait entre-temps offert le couvert à Iris et sa compagnie délurée - s'apprêtait à sortir. Il va sans dire que j'ai aussitôt accepté cette proposition, et que c'est pour moi un honneur que d'avoir fait un bout de chemin avec ces deux auteurs - dessinateurs tout ce qu'il y a de plus extraordinaires - jusqu'à cette consécration que représente toujours, dans le monde de la bande dessinée, une édition en album.

J'invite donc mes lecteurs, si ce n'est pas encore fait, à découvrir l'univers d'Iris, de Thomas, de Charlotte, d’Éva et de tous les autres, et à vous laisser absorber par un univers imprégné d'érotisme où les raffinements de la plume et de la parole ne connaissent pas de limites. En librairie à partir du 16 mars 2017 !

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici les liens vers les articles consacrés aux trois premiers tomes parus séparément :

Quant à votre serviteur, il vient de recevoir un cadeau qui le comble davantage encore que la lecture d'Amabilia - et ce n'est pas peu dire.

Éloïse et Thomas
Quand Éloïse dit merci au Sanglier littéraire 🙂
Amabilia Couverture du livre Amabilia
E.T. Raven
Bande dessinée érotique
Dynamite
16 mars 2017

Tous deux invités à un cocktail mondain, Iris et Simon s'ennuient. Mais dès que leurs regards se croisent, une tension érotique les saisit. Eux qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam vont passer la plus belle nuit d'amour de leur vie. Séparés par le quotidien, ils n'auront plus qu'une idée en tête : se retrouver pour prolonger le plaisir. Et ça n'est pas Charlotte, la colocataire lesbienne et délurée de Simon, dont on suivra les pérégrinations sexuelles, qui condamnera les pulsions du jeune couple...

Camil­le B., Mary­se est infi­dè­le

Maryse est donc infidèle. Certes, mais il n'y a pas que ça. Elle triche, elle  ment, elle séduit, tout pour se construire un jardin secret où sa rose peut s'épanouir à l'abri des regards trop curieux, et ceux de son mari en particulier. Et puis, elle jouit à n'en plus finir. Vous aurez compris, chers lecteurs, qu'une telle femme a tout pour plaîre à votre serviteur : un corps épanoui de femme mûre (la quarantaine), une imagination fertile, des remises en question qui ne l'empêchent pas de franchir le cap avec un courage et une énergie presque exemplaires, et une ingénuité qui, doublée d'une indécence à toute épreuve, la rend tout simplement - irrésistible. Attention pourtant : Avant de pouvoir goûter à ses charmes, il faut passer par une vallée très peu amène, à savoir un début de texte tout sauf brillant.

J'ai acheté Maryse est infidèle, petit texte d'une soixantaine de pages signé Camille B., il y a quelques mois, et depuis, malgré une couverture et un titre prometteurs de quelques heures de plaisir volées au train-train de mes journées, je n'ai pas trouvé le temps de me laisser séduire. La belle brune de la couverture a donc eu le temps de me narguer à chaque fois que je lançais ma liseuse ou mon appli Kindle, jusqu'à ce que finalement je cède au chant de cette sirène persévérante qu'on devine nue sous les draps. Est-ce à cause de cette attente prolongée que je me suis cru dans l'obligation de faire preuve de patience et que, confronté à des longueurs, un usage parfois assez particulier des temps du récit et une intrigue qui mettait du temps à démarrer, j'ai pourtant résisté à la tentation d'aller voir ailleurs ? Quoi qu'il en soit, je ne regrette aucunement d'avoir fait preuve de patience. Parce que la suite des aventures de Maryse est des plus délicieuses et on est presque surpris, après les imperfections du début. de se trouver sous le charme de la belle, au point d'exiger une suite de ses expéditions en terres lubriques (Vous m'entendez, Camille B. ?).

L'intrigue n'a rien de très particulier : Une femme d'un certain âge, prise au piège des habitudes acquises au cours d'une vie trop tranquille avec son rythme qui inéluctablement s'installe, croise un homme capable de faire résonner les cordes qu'il faut pour réveiller une sensualité endormie sous la poussière des années. Mais le réveil est d'autant plus fulgurant que le sommeil a été long, et Maryse se trouve prête à céder à des propositions qui dépassent le cadre de ce qu'on peut attendre d'une femme après tout très comme il faut. Après une première folie commise dans les bras du séduisant Marc, elle consent à des débuts de soumission avant de se laisser tenter par un triolisme aux allures candaulistes et des échappés en club libertin. On vous a avertis, rien de très particulier dans le récit de Maryse, mais cela n'empêche pas cette petite personne d'apparence si ordinaire, cette femme qui n'a pas honte de ses doutes et de ses remises en question, d'aller vers l'aventure et de dégager un charme auquel il n'est pas facile de se soustraire.

Je crains seulement qu'une partie des lecteurs, peu patients et sollicités de partout, ne fassent demi tour avant d'avoir seulement eu l'occasion de tomber sous le charme. C'est un risque qu'on voit l'auteur courir quand il se sert de façon quelque peu malhabile du jeu des perspectives, procédé en principe capable de pimenter un récit érotique en donnant plusieurs versions d'un seul et même événement tel qu'il peut être perçu par des personnes différentes - et on imagine facilement combien un texte érotique peut gagner en mettant le lecteur dans la peau des personnages respectifs ! Peu rodé sans doute à l'art de capter l'attention de ses lecteurs, Camille B. commence par une version censurée des faits, en l'occurrence la confession qu'Olivier demande à Maryse de ses rendez-vous avec Marc. Malheureusement, cette confession, faite en plus dans une situation censée émoustiller l'intéressée, ressemble plutôt à une énumération d'une liste de courses qu'au récit d'une aventure érotique :

"Il a sorti sa bite de son pantalon pour que je le suce, j'ai compris qu'il voulait que je le fasse éjaculer, je le branlais et je le suçais, c'était bon, oui je suis une salope, j'aime sucer des bites..."1

Confronté à une absence aussi flagrante de passion, on réprime à peine un bâillement. Et ce n'est qu'après coup qu'on comprend les intentions du personnage. L'ironie, c'est que c'est précisément la deuxième version des faits, délivrée ultérieurement par une femme possédée par l'envie de jouir, qui donne une idée beaucoup plus flatteuse de ce dont Camille B. est capable, mais ce deuxième récit se fait attendre. Et je ne sais pas combien de lecteurs auront lâché l'affaire avant d'arriver au point de non-retour.

Toutes ces imperfections - et elles sont  nombreuses dans la première partie du texte - n'empêchent pas Camille B. de trouver des phrases délicieuses pleines de charmes, et des situations cocasses que Maryse apprend à maîtriser et - plus tard - à amener. Comment ne pas adorer le comique d'une situation comme celle où Olivier, maître en herbe, comprend que sa femme n'est pas opposée à l'idée de pimenter leurs relations par une dose de soumission :

"Mais il [i.e. Olivier] ne savait pas comment il allait gérer la soumission de sa femme, fallait-il un contrat, des accessoires ?"2

Ou celle, plus cocasse encore, ou c'est le nez fin du mari qui permet à celui-ci de se rendre compte de l'infidélité de sa femme :

"Olivier commença à lui lécher le sexe, c'était bon, elle était toute douce et déjà très humide et elle sentait... Le latex... Il plongea ses narines dans son sexe pour vérifier..."3

Il ne serait sans doute pas faux de dire que c'est, une fois encore, le rire qui sauve le texte et qui pousse le lecteur à continuer, parce qu'un auteur capable de placer ses personnages sous une lumière aussi absurde, il doit assurément disposer d'autres atouts, et comment lui refuser l'occasion de s'en servir ? Pour ce qui est de Camille B., il a réussi à me rendre accro à sa Maryse, et j'aimerais connaître la suite de ses aventures afin de sombrer avec elle dans l'indécence de ses aventures.

 _______________

  1. Camille B., Maryse est infidèle, Le deuxième rendez-vous []
  2. Chapitre "Le deuxième rendez-vous" []
  3. Chapitre "La découverte" []
Maryse est infidèle Couverture du livre Maryse est infidèle
Camille B.
érotisme
auto-édition
8 septembre 2016
67

Maryse est mariée depuis 20 ans à Olivier, un homme qu’elle a toujours aimé et qu’elle n’a jamais trompé, mais qui la délaisse de plus en plus. Un jour elle rencontre Marc avec qui elle a une aventure, son mari s’en aperçoit mais au lieu de la quitter, il va lui ordonner de continuer sa relation. Après chaque soirée avec son amant, elle doit tout raconter en détail à son mari qui en profite pour la punir. La situation échappe complètement à Maryse qui va devenir l’objet sexuel de ces deux hommes. Cela relance le désir du couple jusqu’au jour où Olivier décide d’organiser un dîner tous les trois…

Histoire érotique HARD, réservée à un public averti, mais qui plaira autant aux femmes qu’aux hommes…

Les thèmes abordés sont l’infidélité, l’échangisme, le candaulisme, et la soumission, mais tout ça n’arrive pas sans amour ni jalousie.

Axel, La Cham­bre de Ver­re

Si la BD érotique a fait une entrée remarquée dans la Bauge littéraire - dont le propriétaire a depuis toujours été un adepte de la parole pure et simple telle qu'on la trouve dans les grands textes des auteurs classiques - c'est en très grande partie grâce à Dynamite, le label cul de La Musardine, qui accueille des auteurs - connus et moins connus - réunis par l'amour de la chair dans l'effort de lui rendre une justice toute - littéraire. Après Ardem, Axterdam, T.E. Raven et - tout récemment - Riverstone, c'est maintenant le tour d'Axel, un auteur tout nouveau dans l'écurie Dynamite, venu de l'autre côté des Alpes avec dans ses valises une belle histoire d'amour, de sexe et d’exhibitionnisme 2.0 : La Chambre de verre.

Axel y raconte avec un coup de pinceau des plus sobres l'histoire de Flavia, quadra superbe venue à point nommé pour fournir un spécimen ravissant de la "MILF", catégorie extrêmement prisée sur les sites réservés à la pornographie luxuriante tel que XHamster ou XVideos. Flavia n'est pourtant pas une starlette de la pornographie, elle indique sa profession comme blogueuse, ce qui n'est pas sans rapport avec son activité principale étant donné qu'elle publie effectivement des articles sur son site. Des articles qui accompagnent une exhibition en permanence, sous les yeux des caméras omniprésentes dans son appartement où elle vit en toute nudité.

Axel, La Chambre de verre, page 9, Flavia devant l'écran
Flavia devant l'écran de son ordinateur (Axel, La Chambre de verre, p. 9)

L'histoire de Flavia, si elle peut paraître absurde, n'a pourtant rien de très original, Axel ayant pu s'inspirer de plusieurs expériences menées pendant la jeunesse de l'internet. Tout d'abord, il y a, et dès 1996 (!), Jennifer Ringley avec sa JenniCam, site où elle vivait, la première, sous les yeux de ses multiples caméras, renonçant à tout résidu de vie privée pour partager son quotidien avec les internautes, jusqu'aux détails les plus intimes :

Elle [Jennifer Ringley] ne souhaitait pas filtrer les contenus de sa caméra ; par conséquent, elle était souvent aperçue entièrement nue ou en train d'avoir des rapports sexuels.1

Ensuite, quatre ans plus tard, il y a eu Daniella Tobar, actrice chilienne qui, en janvier 2000, a vécu, pendant deux semaines, dans une maison en verre (!), expérience ayant quotidiennement attiré une foule de badauds. C'est sans doute à ce projet que Flavia fait allusion quand elle explique les origines de son propre projet à elle, sauf qu'elle se trompe sur le pays en question :

Axel, La chambre de verre, p. 10, explication

À la différence de ses illustres consœurs, Flavia met l'accent sur le côté pornographique de cette exhibition en permanence, se mettant à poil dès qu'elle entre dans son appartement et s'adonnant avec un plaisir très partagé à des sessions masturbatoires. Avant de laisser les voyeurs pénétrer plus loin encore dans son intimité en les faisant assister à ses parties de jambes en l'air avec Marco. C'est la rencontre entre celui-ci et Flavia, de sept ans son aînée, qui fournit d'ailleurs l'intrigue du récit. Rien de plus banal qu'une telle rencontre, me direz-vous, sauf que celle-ci se passe en public, et que tout le monde n'est pas prêt à jeter son intimité en pâture aux badauds des quatre coins de la planète.

Si cette intrigue n'est pas dénouée d'intérêt, il me semble que le principal se trouve ailleurs, à savoir dans le rapport qu'il y a entre celui qui crée et sa créature. Et quand un tel créateur - qu'il soit auteur ou - pire - illustrateur - décide de faire entrer une de ses créatures dans une relation intime, n'est-ce pas plutôt qu'il s'en empare et qu'il soumet ce faisant sa créature à une exhibition forcée ? Les protagonistes d'Axel étant (imaginés) consentants, cela permet de les engager, aux côtés des lecteurs, dans un jeu de miroirs entre le monde tel qu'il se crée sous les yeux des spectateurs et celui d'où les regards se portent sur Flavia. N'est-ce pas un peu comme si celle-ci s'obstinait à nous répéter qu'elle n'était finalement qu'un artifice, et que c'était pour ça qu'elle se dévoilait, qu'elle consentait à devenir le jouet de nos fantasmes, consciente du fait qu'elle n'existe qu'à travers les regards d'autrui ?

Axel, La Chambre de verre, page 9, Flavia en train d'allumer une cigaretteJe ne sais pas jusqu'où ce jeu des réflexions aurait pu guider l'auteur, celui-ci ayant renoncé à pleinement exploiter les possibilités inhérentes à son univers. Mais comme on parle d'une bande dessinée, il faut évidemment considérer le côté visuel de la chose. Et c'est là qu'Axel excelle, à placer sa protagoniste sous un jour pas toujours très favorable, dans des situations où une certaine fatigue peut se lire dans ses traits, où l'âge laisse deviner sa proximité, malgré les affirmations de Flavia qui rappellent un peu les mélodies qu'on siffle dans le noir pour conjurer la terreur blottie dans l'obscurité :

Je m'appelle Flavia, j'ai 44 ans. Je sais, je ne suis plus franchement une jeune fille. Mais je crois que je suis encore attirante. (p. 10)

Attirante, elle l'est effectivement, et rien de plus appétissant que sa nudité, nudité qui n'a pas honte de réclamer son côté "naturel", arborant avec fierté des aisselles abondamment garnies et un entrejambe où les poils ont droit de cité.

Flavia n'est jamais seule. Axel est toujours à ses côtés, et les regards des lecteurs ne la lâchent jamais. Et si c'était là la véritable exposition ? Celle qui se joue en dehors des murs de sa "chambre de verre", celle à laquelle l'auteur convie les spectateurs devenus voyeurs en leur montrant une Flavia sous tous les angles, en train de prendre une douche, de papoter avec des amis, de se promener avec une amie, de boire un café, de faire connaissance avec Marco. Ce sont là des activités quotidiennes d'une flagrante banalité, mais n'est-ce pas à travers cette banalité qu'on peut réellement comprendre cette femme ? En assistant à sa vie de tous les jours, peu importe qu'elle soit nue ou emmitouflée dans sa doudoune ? En la voyant tour à tour s'épanouir et se flétrir au gré des émotions et du jeu de l'ombre et de la lumière qui, s'il peut faire briller sa peau et ses yeux, peut tout aussi bien l'étouffer jusqu'à la moindre étincelle. Il me semble que c'est précisément dans cette exhibition permanente que réside l'art d'Axel, décision qui n'a rien à voir avec celle de Flavia qui, malgré et à travers son omniprésence dans la BD, reste une créature, soumise aux caprices de l'auteur. L'artifice suprême consistant à la doter d'une force vitale qui, pendant quelques instants, peut faire oublier cela.

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  1. Jennifer Ringley, article Wikipédia, consulté le 24/01/2017 []
La Chambre de Verre Couverture du livre La Chambre de Verre
Axel
BD érotique
Dynamite
19 janvier 2017
fichier numérique
62

Flavia, 44 ans, n’est pas une femme comme les autres : sa vie, elle la gagne en restant chez elle, nue devant les dizaines de caméras de son site Internet. Flavia est une camgirl qui ne cache rien de son intimité à ses admirateurs. Enfermée dans sa « chambre de verre », elle se sent en sécurité. Sa rencontre avec Marco, un homme plus jeune qu’elle, chamboule ce quotidien réglé. Acceptera-t-il de partager leur idylle avec les internautes ? Les sentiments qui les lient fissurent la chambre de verre, mais sont-ils assez forts pour en briser les murs ?

Une histoire simple et crue, sensuelle, où l’auteur dépeint des personnages étonnamment complexes – des personnages comme vous et moi. Axel traite avec subtilité de sujets brûlants, l’exhibition, l’amour, le sexe, l’estime de soi, dans une bande dessinée aussi érotique que sensible.