Julie-Anne de Sée – l’érotisme du bon usage

J’ai décou­vert Julie-Anne de Sée à tra­vers un recueil de textes publié en 2012, La pâle heure sombre de la chair, sa deuxième publi­ca­tion après un roman en épi­sodes paru en 2011 chez le même édi­teur, Amuse-bouche et autres his­to­riettes crous­tillantes. Depuis, j’ai eu l’occasion de la croi­ser plu­sieurs fois, d’abord sur la toile et ensuite à l’occasion de l’édition 2014 du Salon du livre de Paris où elle a dédi­ca­cé ses livres sur le stand des Édi­tions Tabou. Ini­tiée très tôt à la lit­té­ra­ture, elle a enta­mé des études d’anglais pour deve­nir pro­fes­seure, et les heures pas­sées à pré­pa­rer les cours et à cor­ri­ger les devoirs ne lui ont heu­reu­se­ment pas fait pas­ser l’envie de manier son sty­lo. Elle s’est juste choi­si un sujet peu com­pa­tible avec l’image quelque peu vieillotte de l’Éducation natio­nale, à savoir l’érotisme.

Dans ses textes, elle joue avec la trans­gres­sion, sur­tout celle qui peut exis­ter entre lit­té­ra­ture et vie, trans­gres­sion dont on a appris aux lec­teurs de se méfier, parce que, n’est-ce pas, il ne faut jamais confondre le nar­ra­teur avec l’auteur. À moins que celui-ci se fasse un plai­sir de poin­ter son nez tan­tôt de l’un tan­tôt de l’autre côté de cette fron­tière bien mince et bien ima­gi­naire. Que pen­ser face à une pro­ta­go­niste qui par­tage avec son auteure le pré­nom ? Le phy­sique ? Et, dans la mesure où le lec­teur est capable de le véri­fier, la vie ? Julie-Anne de Sée joue avec ses per­son­nages, ses lec­teurs, se glisse dans la peau des uns et titille l’imagination des autres, au point où cer­tains se deman­de­ront si les aven­tures qu’ils sont en train de lire ne seraient pas celles d’une femme en chair et en os, réflexion assu­rée d’ajouter une dose sup­plé­men­taire de piment à des récits qui n’en manquent déjà pas.

Les romans éro­tiques sont légion, sur­tout depuis l’incontournable suc­cès des Fif­ty shades et l’armée d’épigones plus ou moins lit­té­raires qui, maniant leurs plumes comme d’autres leurs fouets, conti­nuent à inon­der les librai­ries de leurs cor­tèges de sou­mises les unes plus fades que les autres. Quel charme par contre chez Julie-Anne de Sée, quelle finesse dans les obser­va­tions, le tout cou­ron­né par un usage suprême du fran­çais qui fait de cette lec­ture épi­cée un véri­table régal. Et ce n’est pas un mince exploit quand on consi­dère la richesse de la lit­té­ra­ture éro­tique en langue fran­çaise, richesse à laquelle ont contri­bué des pré­dé­ces­seurs tel­le­ment illustres que je vais taire ici leurs noms pour évi­ter de faire rou­gir l’intéressée…

Julie-Anne de Sée

Julie-Anne de Sée dans la Bauge

Biblio­gra­phie

Amuse-bouche et autres his­to­riettes crous­tillantes
Édi­tions Tabou
21 février 2011
ISBN : 978−2−91563−579−9

La pâle heure sombre de la chair
Édi­tions Tabou
10 décembre 2012
ISBN : 978−2−91563−599−7

Dix bon­bons à l’Amante
Édi­tions Tabou
9 février 2015
ISBN : 978−2−36326−620−0

Julie-Anne de Sée sur la toile