À pro­pos du San­glier

Tho­mas Gal­ley, vous l’aurez com­pris, est un grand ama­teur de lit­té­ra­tu­re éro­ti­que. C’est ce qui l’a ame­né à créer un site où il peut libre­ment par­ler de la riches­se des tex­tes (mais aus­si, bien enten­du, de leurs défauts), lais­ser la paro­le aux auteurs et à leurs édi­teurs et – tout sim­ple­ment – don­ner son avis à pro­pos de tout cela.

Portrait Thomas Galley aka Le Sanglier littéraireMais quel est donc ce drô­le de per­son­na­ge qui se cache (si ce n’est plu­tôt qu’il se dévoi­le) der­riè­re son alter ego, le San­glier lit­té­rai­re ?

En cher­chant sur la toi­le, vous ris­quez de tom­ber sur de mul­ti­ples facet­tes de ce bipè­de tiraillé entre son appar­te­nan­ce farou­che­ment reven­di­quée à la civi­li­sa­tion euro­péen­ne, sa déter­mi­na­tion de manier la lan­gue de Vol­tai­re et sa volon­té d’accueillir les nou­vel­les tech­no­lo­gies et les chan­ge­ments que cel­les-ci appor­tent à la lit­té­ra­tu­re :

  • Fon­da­teur et prin­ci­pal ani­ma­teur de la Bau­ge Lit­té­rai­re sous la for­me de son alter ego, le San­glier lit­té­rai­re

À côté de cela, Tho­mas han­te de nom­breux réseaux et sites, par­fois de façon plus assi­due, par­fois se conten­tant de quel­ques pas­sa­ges en vites­se. Mais, si cela per­met effec­ti­ve­ment de connaî­tre ses opi­nions sur cer­tains sujets, de se fai­re une idée de son écri­tu­re ou de décou­vrir son amour de la cho­se écri­te en géné­ral, est-ce que cela en dit long sur l’être humain ? Don­nons lui la paro­le :

Un de ces jours, il n’y a pas long­temps, une amie m’a posé une ques­tion : Com­ment est-ce que tu te résu­me­rais en quel­ques mots ? Il faut peut-être don­ner quel­ques détails sup­plé­men­tai­res pour com­pren­dre.

Je viens de ter­mi­ner un récit. J’ai fait impri­mer le manus­crit et je conti­nue à tra­vailler des­sus. L’amie en ques­tion, qui est vio­lo­nis­te et tra­vaille dans le mar­ke­ting cultu­rel (et connaît donc un tas de gens dans ce domai­ne), m’a pro­po­sé d’emporter le manus­crit à la foi­re aux livres de Franc­fort pour le pré­sen­ter à des édi­teurs. J’ai dit oui, bien sûr. Mais quand elle m’a posé la ques­tion sus-men­tion­née, j’ai long­temps réflé­chi. Qui suis-je ?

Un être humain, oui, c’est évi­dent. Le mari de ma fem­me, le père de mes enfants. Je tra­vaille, je suis donc col­lè­gue aus­si. En plus, je suis le repré­sen­tant du per­son­nel dans ma boî­te. Puis, je suis conseiller dans ma vil­le (100.000 habi­tants, mine de rien). Cela me don­ne déjà pas mal de rôles que je rem­plis tant bien que mal. Mais tout ne s’arrête pas là. Je me pro­mè­ne à tra­vers la toi­le où je ren­con­tre beau­coup de gens. Quand je les fré­quen­te, qui suis-je ? Quel­le voie est-ce qu’on suit avec eux au bout de quel­ques échan­ges ? Est-ce qu’on res­te le même ? Est-on iden­ti­que (ou : le res­te-t-on ?) à celui qui est ins­tal­lé devant son ordi­na­teur et qui rem­plit les boî­tes de dia­lo­gue qui four­nis­sent une vie pro­pre au per­son­na­ge qui évo­lue à tra­vers les réseaux ? Est-ce qu’on chan­ge selon l’interlocuteur ? Les évé­ne­ments qui ont mar­qué ma vie et qui m’ont plus ou moins « fait », est-ce qu’ils sont inva­ria­bles ? Ou est-ce que la per­cep­tion à pos­te­rio­ri les fait chan­ger ? Une fois qu’ils appar­tien­nent au pas­sé, ils com­men­cent à mener une vie bien à eux, arra­chés à celui qui les a vécus ou souf­ferts, et échap­pent de plus en plus à la maî­tri­se de la per­son­ne que j’ai été, à un moment don­né de ma vie.

Drô­le de cho­se qu’une exis­ten­ce… Fina­le­ment, je n’ai pas su don­ner de répon­se à mon amie, qui a été un peu déçue par cet­te impos­si­bi­li­té de me défi­nir. Hélas, je n’y peux rien. Dès que j’ouvre la por­te de la réflexion, je me perds dans les déda­les de mon per­son­na­ge.

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