July Der­val, L’incendiaire

Et voi­ci le texte qui va ouvrir, à l’o­rée de ce joli mois de Mai, la 14ème édi­tion des Lec­tures esti­vales ! Je pense que les afi­cio­na­dos de mes Lec­tures esti­vales se sou­viennent de July Der­val et de son chef d’œuvre La Fleur de Por­que­rolles, roman en deux par­ties que j’ai eu le bon­heur de décou­vrir il y a deux ans et que je consi­dère un peu comme le plat de résis­tance de la sai­son 2024 de mes esca­pades sai­son­nières. Juste pour résu­mer : July nous y raconte – et jusque dans les détails les plus impu­diques – l’i­ni­tia­tion d’A­gnès, très jeune femme d’à peine dix-huit ans. Un récit qui tire une bonne par­tie de son charme irré­sis­tible de l’op­po­si­tion entre la naï­ve­té de la jeune vierge et l’im­pu­di­ci­té de ses actes sous la domi­na­tion de son amant de vingt ans son aîné :

J’ai beau cher­cher, je ne me sou­viens d’aucune autre scène où déver­gon­dage rime sur pudeur avec une telle effi­ca­ci­té.1

Voi­ci une belle affir­ma­tion quand on sait que j’ai pas­sé des décen­nies à lire des textes éro­ti­co-por­no­gra­phiques, des textes dont vous trou­ve­rez les comptes ren­dus dans les cen­taines d’ar­ticles réunis dans la Bauge lit­té­raire. Et comme July compte par­mi les autrices les plus actives dans les cohortes des auto-édi­tés ran­gés sous la ban­nière du géant de Seat­tle, j’ai pu trou­ver par­mi ses titres de quoi à nou­veau satis­faire mon appé­tit de chairs nues éta­lées sous le soleil. Et pour vous don­ner une toute petite idée de ce qui vous attend, voi­ci com­ment une des pro­ta­go­nistes – Judith la rou­quine – entend pro­vo­quer la nar­ra­trice du récit – Domi­nique – en lui fai­sant la

« pro­po­si­tion de lui pas­ser de la crème sur ses mame­lons qui se gorgent de soleil. » (pos. 147)

« Des mame­lons qui se gorgent de soleil… » Com­ment mieux expri­mer l’es­sence des Lec­tures esti­vales ? Fran­che­ment, j’en reste bouche bée, et cette seule phrase aurait jus­ti­fié l’a­chat du texte en ques­tion. D’au­tant plus que les deux textes sont inclus dans le pro­gramme Kindle Unli­mi­ted, c’est-à-dire que vous ne paye­rez rien sauf les frais de votre abon­ne­ment. Une for­mule que ne peux que recom­man­der aux ama­trices et ama­teurs de décou­vertes éro­tiques et sus­cep­tibles de se lais­ser ten­ter par des plumes inconnues.

Contrai­re­ment à La fleur de Por­que­rolles, le texte parle cette fois-ci de femmes confir­mées, mariées voire déjà sépa­rées, des femmes qu’on ima­gine quelque part entre la tren­taine et la qua­ran­taine, sans que l’au­trice prenne soin de pré­ci­ser l’âge de ses pro­ta­go­nistes. Peu importe, on aura com­pris que les femmes de ce récit, aux seins « géné­reux« 2 ou « plan­tu­reux« 3 voire « arro­gants« 4 pré­sentent des charmes qui les rendent toutes les trois irré­sis­tibles aux membres de la joyeuse équipe embar­quée pour une croi­sière le long des côtes de la bien-nom­mée Île de beau­té. Et comme ces femmes portent sur elles le poids de leurs his­toires res­pec­tives et leurs lots de décep­tions, elles seront d’au­tant plus prêtes à pro­fi­ter des plai­sirs que la vie leur met sur la route et ne rechi­gne­ront pas devant les nou­velles expé­riences afin de s’en­voyer en l’air entre les bras de leurs copines. Leurs jambes ne tar­de­ront donc pas à s’ou­vrir sous les exhor­ta­tions de l’Incen­diaire du titre qui sau­ra orches­trer les assauts des bites et des bouches des amants et amantes suc­ces­sifs dans une véri­table orgie marine. Un épi­thète qui d’ailleurs exprime à la per­fec­tion l’am­biance du récit avec ses conno­ta­tions de mol­lusques et de liquides iodés, vous ne trou­vez pas ?

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Saxkal, Le petit carnet noir de Solange

L’Incendiaire évo­quée dans le titre, c’est une dénom­mée Domi­nique – Dom pour les intimes – une femme à la bisexua­li­té assu­mée et fraî­che­ment sépa­rée. Et comme les mois ayant pré­cé­dé la sépa­ra­tion en ques­tion l’ont lais­sée sur sa faim, elle est en manque de sexe au moment de s’embarquer sur le cata­ma­ran. Au point d’a­voir dra­gué sa voi­sine de siège dans l’a­vion… Et oui, par­fois il suf­fit de quelques petites paroles pour démar­rer le ciné­ma dans ta tête et ima­gi­ner toute une his­toire. Et si c’é­tait là le noyau d’un nou­veau texte, chère July ?

Pour ce qui est de l’his­toire dans laquelle Domi­nique vient de s’embarquer en com­pa­gnie de Marion et Didier ain­si que de Pas­cal et Judith, les choses ne tar­de­ront pas à se cor­ser. Je vous lais­se­rais volon­tiers ima­gi­ner les effets de la proxi­mi­té dans la cabine du bateau, sur­chauf­fée par le soleil du Midi et ber­cée par les vagues dans un mou­ve­ment qui rap­pelle un peu trop celui des bas­sins, proxi­mi­té où les charmes des corps en grande par­tie dénu­dés invitent les regards et les frô­le­ments… Sauf que July Der­val prend soin de vous les détailler, ces effets, et avec une atten­tion aux détails qu’on aime­rait qua­li­fier de dia­bo­lique tel­le­ment elle prend plai­sir, à l’ins­tar de son héroïne, de jeter son public dans une ambiance chauf­fée à blanc où le désir ne tarde pas à prendre les rênes et où les mains sour­noi­se­ment glissent entre les cuisses. Et com­ment s’en plaindre, quand il s’a­git de s’embarquer avec elle sur une croi­sière de tous les excès ? On ne tar­de­ra d’ailleurs pas à apprendre que cette croi­sière, pré­pa­rée pen­dant des mois, aura déjà don­né libre cours aux fan­tasmes des unes et des autres bien avant de prendre le large, au point d’être envi­sa­gée comme « une par­touze en pleine mer ».

Il y a quelques semaines, pen­dant que nous pré­pa­rions notre départ, nous nous étions mis à déli­rer en nous disant qu’on pour­rait en pro­fi­ter pour faire une par­touze en pleine mer au lieu de jouer aux cartes.5

Un délire, comme Domi­nique le pré­cise ? Ou un désir trans­gres­sif et très sérieux de pro­fi­ter de la paren­thèse en pleine mer afin de s’é­pa­nouir en inves­tis­sant le ter­rain des pos­sibles, de don­ner libre cours aux fan­tasmes com­pri­més sous le poids du quo­ti­dien et de réa­li­ser ces actes qui, s’ils ne sont bien sûr pas inter­dits dans une socié­té de plus en plus syba­rite, néan­moins sentent si bon le soufre ? Quoi qu’il en soit, Domi­nique ne se refuse pas le plai­sir des caresses sur son propre corps, pro­fi­tant de l’i­mage de « Judith, [et de] son corps nu entre­vu tout à l’heure » pour se lan­cer dans un élan orgasmique.

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Inutile de vous faire un des­sin, vous aurez com­pris que les cinq amis réunis pour une croi­sière non pas tant de luxe que de luxure, tom­bés sous l’empire des sens et de leurs fan­tasmes res­pec­tifs, ne connaî­tront bien­tôt plus de limites, se lâchant jus­qu’à plus soif dans une valse des corps appe­lés à jouir dans toutes les confi­gu­ra­tions pos­sibles. Un détail que je tiens à évo­quer ici parce qu’il m’a mis tota­le­ment sous le charme de cette autrice, c’est le clin d’œil à la sen­sua­li­té buco­lique des Anciens où les deux mes­sieurs cou­rant sur la plage ne rap­pellent rien autant que des Silènes avides de conqué­rir les dryades impru­dentes afin de les empa­ler sur leurs membres sur­di­men­sion­nés et de les sou­mettre à leurs farouches désirs :

Des petits cris et des rires me [i.e. Domi­nique la nar­ra­trice] réveillent. En ouvrant un œil, je regarde amu­sée Didier et Pas­cal essayer d’attraper les deux filles en leur cou­rant après sur la plage. Les seins lourds de Judith, bal­lottent tan­dis qu’elle zig­zague pour évi­ter Didier pen­dant que Marion qui file vers la mer a ôté son string et fait rou­ler son bas­sin en espé­rant échap­per…6

Les deux tomes de ce petit recueil sont rem­plis de telles scènes appé­tis­santes oscil­lant entre le désir et une cer­taine bru­ta­li­té des ébats. À vous, chères lec­trices et chers lec­teurs, de plon­ger à votre tour dans ce récit char­mant où l’am­biance esti­vale s’é­pa­nouit au milieu des vagues et dans des criques désertes. Mais soyez aver­tis, ce texte risque de faire naître d’é­tranges et d’in­con­trô­lables envies. À vous de les combler…

Une der­nière remarque : Si July conti­nue sur cette lan­cée, elle a de grandes chances de deve­nir une des égé­ries de mes Lec­tures esti­vales. Dont ses per­son­nages incarnent le charme et le génie comme peu d’autres !

July Der­val
Kindle Unli­mi­ted
L’incendiaire – 1 : Jeux per­vers en pleine mer
ASIN : B0FZWKG2KW
L’in­cen­diaire – 2 – Dési­rs brû­lants
ASIN : B0FZWKKR5Z

  1. Le San­glier lit­té­raire, July Der­val, La fleur de Por­que­rolles – 1. Like a vir­gin. ↩︎
  2. July Der­val, L’in­cen­diare, t. I. Jeux per­vers en pleine mer, p. 6 ↩︎
  3. July Der­val, L’in­cen­diare, t. I. Jeux per­vers en pleine mer, p. 11 ↩︎
  4. July Der­val, L’in­cen­diare, t. I., p. 8 ↩︎
  5. July Der­val, L’in­cen­diare, t. I., p. 7 ↩︎
  6. July Der­val, L’in­cen­diare, t. II., p. 5 ↩︎
Pirunae, Pony tail