Tha­lia Devreaux, Soi­rée entre filles

Manon, on le sait depuis le temps, ne recule devant rien. Et ce à un âge ou d’autres auraient encore à fran­chir le cap de la pre­mière fois. À l’aube de sa Soi­rée entre filles, nous la retrou­vons à nou­veau, après ses esca­pades esti­vales en com­pa­gnie de son copain et du père de celui-ci, au lycée, à l’âge de dix-neuf ans. Un nombre de bou­gies que la plu­part des jeunes Fran­çaises souffle déjà au bou­lot ou à la Fac. Mais bon, Manon est, dans l’u­ni­vers de notre Muse pré­fé­rée, une sorte d’é­ter­nelle lycéenne, peu importe le nombre de ses aven­tures. Et même si le lec­teur tient à ne pas perdre une seule miette de ses acti­vi­tés – celles sur­tout où elle troque le sage pull de la cou­ver­ture contre une tenue très réduite voire celle d’Ève – on ne songe quand même pas à éta­blir un CV de la belle blonde. Voire à deman­der à l’au­trice de res­pec­ter une stricte chro­no­lo­gie. Tant que la belle conti­nue de céder aux ten­ta­tions et d’ou­vrir ses cuisses, on ne (se) pose pas trop de questions.

Bon, quand j’ai dit plus haut qu’on retrouve dans ce nou­veau texte notre lycéenne pré­fé­rée après « ses esca­pades esti­vales », c’est que j’ai dû pen­ser aux Vacances d’é­té avec mon ché­ri, titre que j’ai pré­sen­té à mes lec­trices et à mes lec­teurs l’an­née pas­sée quand je l’ai fait entrer à l’im­pro­viste dans mes Lec­tures esti­vales. Ici, il est par contre plus sou­vent ques­tion d’un autre évé­ne­ment dans le par­cours de Manon, évé­ne­ment qui a conduit à son exclu­sion du lycée. On ima­gine donc quelque chose de pas ordi­naire, un de ses hauts faits impli­quant sans doute une par­tie de jambes en l’air ailleurs que dans la rési­dence de ses parents, mais la nature exacte de cet évé­ne­ment reste dans le noir ! Inutile de vous dire que je me suis aus­si­tôt rué sur un autre titre tiré du cycle qui lui est consa­cré – Coquine dans une salle de classe – titre très pro­met­teur à cet égard et dont je me suis jus­te­ment pro­mis un coup de pro­jec­teur sur le mys­tère en ques­tion. Inutile ! Tha­lia, tout comme la nar­ra­trice, suit le pré­cepte de ces gent­le­men anglais qui « pro­fitent et se taisent ». Qu’il suf­fise de vous révé­ler ici que, dans le texte sus-men­tion­né, si Manon passe bien à l’acte avec un dénom­mé Bas­tien1 – et dans une salle de classe pré­ci­sé­ment (qui l’au­rait cru ?) – cela se ter­mine pour­tant plu­tôt en dou­ceur, sans la moindre mesure dis­ci­pli­naire à l’ho­ri­zon. Petit clin d’œil à l’au­trice : Et si, chère Tha­lia, tu deman­dais à ta Muse épo­nyme de t’ins­pi­rer un autre titre avec Manon pour nous don­ner le détail de ce méfait digne d’une exclu­sion ? Cela pro­met d’être tout ce qu’il y a de plus juteux…

À lire :
Thalia Devreaux, Mathilde dans tous ses états

Quoi qu’il en soit, consa­crons un peu de temps à cette Soi­rée entre filles qui pro­met de conduire la belle Manon dans les eaux lim­pides de Les­bos. Une terre que votre ser­vi­teur adore explo­rer et à laquelle il a lui-même consa­cré une grande par­tie de ses écrits. Et dire que, si Manon erre du côté des plai­sirs saphiques chan­tés par la poé­tesse épo­nyme, c’est jus­te­ment parce que ses parents, sou­cieux de la tenir éloi­gnée de toute ten­ta­tion, ne lui per­mettent pas de par­ti­ci­per à des soi­rées où elle ris­que­rait de croi­ser des gar­çons. Manon est bien enten­du loin d’être la pre­mière qui, face à la contrainte, cherche à obte­nir ses buts à tra­vers des iti­né­raires alter­na­tifs (com­ment ne pas son­ger, avec sur les lèvres un petit sou­rire, au célèbre BIson fûté ?), mais le plai­sir de la lec­ture réside ici moins dans l’in­ven­ti­vi­té de l’héroïne que dans la sen­sua­li­té du récit. Une sen­sua­li­té dont Tha­lia maî­trise les arcanes comme peu d’autres. Une maî­trise qui a conduit votre ser­vi­teur à han­ter le blog de l’au­trice et à lui ouvrir toutes grandes les portes de cette sombre demeure qui conduit les curieux vers les actes les plus inavouables où la mouille coule à flot et où les bites jutent à profusion.

Il est déli­cieux de suivre les deux futures amantes dans le par­cours qui les conduit d’une salle de ciné­ma vers le lit de Stel­la où les mains et les doigts suivent la route tra­cée par les regards et les pen­sées déli­rantes de désir. Et Tha­lia sait mettre le plus petit détail au ser­vice de la sen­sua­li­té qui dou­ce­ment naît entre les deux pro­ta­go­nistes. Depuis le pre­mier frô­le­ment de mains dans les toi­lettes du ciné­ma, en pas­sant par les regards échan­gés durant un repas dans un fast-food où l’ap­pé­tit de Manon laisse devi­ner une sen­sua­li­té tou­jours aux aguets, la route n’est pas longue qui conduit les deux jeunes femmes à plon­ger leurs langues dans les chairs par­fu­mées de leurs chattes où elles ne tar­de­ront pas à débus­quer le bou­ton déclen­cheur de tous les plai­sirs. Et com­ment ne pas emprun­ter avec elles une route semée des témoins de la libé­ra­tion des dési­rs réci­proques comme les sou­tifs et les débar­deurs reti­rés ? Le tout dans une ambiance chauf­fée par le feu dans les ventres de Stel­la et de Manon, un feu avi­vé par les paroles imbues de sexe et de désir et qui « ne s’es­tompe jamais véri­ta­ble­ment« 2. L’at­trac­tion réci­proque devient de plus en plus forte, l” « envie d’être nue » et d’of­frir son corps entier afin de mieux atti­rer les regards et les caresses et de mieux pro­fi­ter de la pré­sence inso­lite qu’on sol­li­cite et qu’on essaie en vain de contrô­ler par cette incan­ta­tion répé­tée « Ras­sure-toi, je ne suis pas les­bienne« 3. Comme s’il fal­lait col­ler une éti­quette sur ses actes… Une fois ras­su­rées, rien ne les empêche plus de pas­ser à l’acte, envoû­tées par la beau­té et le charme des corps qui se dévoilent : le sexe glabre, les tétons qui « pointent à tra­vers le débar­deurs », les larges aréoles et la « fine pilo­si­té visible grâce à la lueur de nos lampes de che­vet ». Com­ment ne pas céder à une séduc­tion nour­rie par une telle beau­té et expri­mée par des gestes d’une exquise sen­sua­li­té ? Et on ne s’é­tonne pas de voir Manon pro­fi­ter à fond de ce que son amie a à lui offrir :

Je plonge ma tête entre ses cuisses, léchant à pleine langue, recou­vrant mon visage de sa mouille.4

Non, elles ne sont sans doute pas les­biennes, ces deux ados-là, mais qu’au­rions-nous à redire à une telle affir­ma­tion tant que cela ne les empêche pas de nager dans les eaux de Les­bos et d’ex­plo­rer les grottes béantes qui leur offrent les délices à débus­quer dans les pro­fon­deurs des corps en chaleur ?

À lire :
Julie-Anne de Sée, Dix bonbons à l’Amante

Tha­lia Devreaux
Soi­rée entre filles
Auto-édi­tion (Kobo)
ID : 1230009861404

  1. Ce même Bas­tien sans doute que le lec­teur a pu croi­ser dans le récit des Vacances d’é­té avec mon ché­ri. ↩︎
  2. Tha­lia Devreaux, Soi­rée entre filles, p. 21 (chap. 4) ↩︎
  3. Tha­lia Devreaux, Soi­rée entre filles, p. 21 (chap. 4) ↩︎
  4. Tha­lia Devreaux, Soi­rée entre filles, p. 25 ↩︎
Pirunae, Pony tail