E.T. Raven, Ama­bi­lia – Nue sous le masque

Tout d’abord une petite remarque pour me per­mettre de par­ler avec plus de faci­li­té des auteurs de cette bande des­si­née, Ama­bi­lia – Nue sous le masque. Der­rière le pseu­do­nyme E.T. Raven se cachent deux auteurs – illus­tra­teurs, un couple marié d’après leur blog d’auteurs, et si je conti­nue donc d’utiliser le pseu­do­nyme comme s’il s’agissait d’un seul artiste, vous voi­là désor­mais aver­tis de la vraie nature de ce binôme.

Alors, in medias res : Ama­bi­lia – Nue sous le masque, pre­mier volume d’une série qui devrait en comp­ter cinq, est l’illustration (et c’est le cas de le dire) de l’utilité des réseaux sociaux vu que j’en ai enten­du par­ler pour la pre­mière fois dans un groupe qui réunit les auteurs éro­tiques sur Face­book. Fas­ci­né par les extraits publiés là et ailleurs, j’ai par­ti­ci­pé à quelques petits échanges, et ma déci­sion a vite été arrê­tée – il me fal­lait voir ça de plus près, d’autant plus que le prix deman­dé est des plus modestes (4,90 € au moment de la rédac­tion de cet article).

J’ai tout d’abord été atti­ré par le des­sin mini­ma­liste en noir et blanc, un coup de crayon  qui se contente des lignes les plus simples pour évo­quer une ambiance où la séduc­tion et l’érotisme des gestes et des mots relèguent à l’arrière-plan les élé­ments ordi­naires du récit – l’intrigue et la pein­ture des carac­tères – les enfouis­sant dans le noir qui y règne par­tout en maître incon­tes­té, le noir de la nuit d’amour que s’apprêtent à pas­ser un homme et une femme qui se sont croi­sés grâce au hasard d’une soi­rée, nuit qui laisse par­fois échap­per un per­son­nage, qui en englou­tit d’autres, et qui dévoile juste assez pour lais­ser devi­ner les contours de Simon et d’Iris, les pro­ta­go­nistes, enga­gés dans une cho­ré­gra­phie qui tan­tôt les rap­proche dans un tête-à-tête des plus éro­tiques, tan­tôt les éloigne dans une attente mali­cieuse de ce que les heures de la nuit leur tiennent en réserve.

Si donc l’économie (voire la modes­tie) du des­sin et des gestes m’a séduit au pre­mier abord, je n’ai pas tar­dé à me rendre compte de l’efficacité de l’usage de la cou­leur par ces deux magi­ciens du pin­ceau, avares juste pour mieux séduire et pour pro­duire de plus écla­tants effets. C’est jus­te­ment la par­ci­mo­nie de la cou­leur – le rouge des ongles et des lèvres d’Iris, le rose de leurs chairs intimes – tétons, vagin, gland – qui crée des foyers qui brillent dans la nuit, des explo­sions qui couvent dans les ténèbres et n’attendent que la flamme du désir pour tout ava­ler. Des pages entières sont ain­si domi­nées par la cou­leur, mal­gré la par­ci­mo­nie qui pré­side à son usage, des réseaux se tracent entre les foyers, et le regard ne sait plus où se poser, hési­tant entre les lèvres qui illu­minent la nuit – tan­tôt bou­deuses, tan­tôt gon­flées d’une joie débor­dante – et les ongles, inquié­tants par leur mul­ti­pli­ci­té san­gui­naire, res­sem­blant à des griffes de quelque créa­ture sor­tie des ténèbres pour jouer avec sa proie avant de l’engloutir.

J’ai beau­coup appré­cié cette bande des­si­née et le des­sin mini­ma­liste, presque avare, de ses auteurs. Tout y est dans le clair-obs­cur des scènes, les marées de noir avec ses eaux d’encre tan­tôt mon­tantes tan­tôt recu­lantes, méca­nique lunaire pétrie d’une étrange jouis­sance, ponc­tuée par des concen­trés de cou­leur, un désir figé. Je vous conseille de décou­vrir au plus vite l’univers assez par­ti­cu­lier de Ama­bi­lia – Nue sous le masque, uni­vers où la séduc­tion est rame­née à sa plus simple expres­sion. Pour tous ceux qui vou­draient se faire une idée du des­sin très aus­tère et en même temps bouillon­nant de E.T. Raven, ren­dez-vous sur la page des­sin de leur blog où les auteurs donnent un aper­çu de leur art.

Erra­tum

Dans une ver­sion anté­rieure de cet article, j’avais sou­te­nu que les des­sins étaient exé­cu­tés en numé­rique. Les auteurs m’ayant contac­té pour m’indiquer cette erreur (cf. le com­men­taire du 18/10/2015), j’ai rec­ti­fié le tir.

Mise à jour

Depuis le 21 jan­vier 2016, la série Ama­bi­lia est pas­sée dans le giron de La Musar­dine et de sa col­lec­tion de BD adulte, Dyna­mite. Un belle confir­ma­tion pour nos deux auteurs, de la part de cet édi­teur jus­te­ment célèbre dans l’univers de l’érotisme lit­té­raire. Toutes les féli­ci­ta­tions de la part du San­glier !

E.T. Raven, Amabilia - nue sous le masqueE.T. Raven
Ama­bi­lia – Nue sous le masque
Dyna­mite
ISBN : 9782362346255

  1. Ouah !! Mer­ci pour cette cri­tique de notre livre, elle nous fait énor­mé­ment plai­sir. Juste une petite pré­ci­sion : notre coup de crayon n’est pas numé­rique. Les des­sins sont faits à la main au crayon sur feuilles et calques avant d’être scan­nés. En espé­rant lire rapi­de­ment votre cri­tique de notre tome 2. Mer­ci infi­ni­ment !

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