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E.T. Raven, Ama­bi­lia – édi­tion papier

On sait que le Sanglier est un inconditionnel de la publication en numérique et qu'il adore plonger son groin dans les catalogues des petits éditeurs indépendants. Et on conçoit qu'avec de telles préférences, l'auto-édition s'est très vite invitée dans la Bauge littéraire. Celle-ci m'a réservé, la plupart du temps, des surprises des plus agréables, certains auteurs ayant même pris un envol considérable depuis, comme Agnès Martin-Lugand qui a débuté son parcours avec une modeste version Kindle de ses Gens heureux.

Avide de découvertes, j'ai croisé, un beau jour, la route d'un duo d'auteurs, E.T. Raven, qui venait de sortir une BD érotique - en auto-édition numérique. Les rencontrer et acheter le premier volume des aventures d'Iris et de Thomas ne furent qu'un, et voici le début d'une belle histoire. Fidèle chroniqueur des péripéties d'Amabilia, quelle ne fut pas ma surprise quand Éloïse et Thomas me proposèrent de rédiger une préface pour la version papier de leur bande dessinée que Dynamite - la marque cul de La Musardine qui avait entre-temps offert le couvert à Iris et sa compagnie délurée - s'apprêtait à sortir. Il va sans dire que j'ai aussitôt accepté cette proposition, et que c'est pour moi un honneur que d'avoir fait un bout de chemin avec ces deux auteurs - dessinateurs tout ce qu'il y a de plus extraordinaires - jusqu'à cette consécration que représente toujours, dans le monde de la bande dessinée, une édition en album.

J'invite donc mes lecteurs, si ce n'est pas encore fait, à découvrir l'univers d'Iris, de Thomas, de Charlotte, d’Éva et de tous les autres, et à vous laisser absorber par un univers imprégné d'érotisme où les raffinements de la plume et de la parole ne connaissent pas de limites. En librairie à partir du 16 mars 2017 !

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici les liens vers les articles consacrés aux trois premiers tomes parus séparément :

Quant à votre serviteur, il vient de recevoir un cadeau qui le comble davantage encore que la lecture d'Amabilia - et ce n'est pas peu dire.

Éloïse et Thomas
Quand Éloïse dit merci au Sanglier littéraire 🙂
Amabilia Couverture du livre Amabilia
E.T. Raven
Bande dessinée érotique
Dynamite
16 mars 2017

Tous deux invités à un cocktail mondain, Iris et Simon s'ennuient. Mais dès que leurs regards se croisent, une tension érotique les saisit. Eux qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam vont passer la plus belle nuit d'amour de leur vie. Séparés par le quotidien, ils n'auront plus qu'une idée en tête : se retrouver pour prolonger le plaisir. Et ça n'est pas Charlotte, la colocataire lesbienne et délurée de Simon, dont on suivra les pérégrinations sexuelles, qui condamnera les pulsions du jeune couple...

Axel, La Cham­bre de Ver­re

Si la BD érotique a fait une entrée remarquée dans la Bauge littéraire - dont le propriétaire a depuis toujours été un adepte de la parole pure et simple telle qu'on la trouve dans les grands textes des auteurs classiques - c'est en très grande partie grâce à Dynamite, le label cul de La Musardine, qui accueille des auteurs - connus et moins connus - réunis par l'amour de la chair dans l'effort de lui rendre une justice toute - littéraire. Après Ardem, Axterdam, T.E. Raven et - tout récemment - Riverstone, c'est maintenant le tour d'Axel, un auteur tout nouveau dans l'écurie Dynamite, venu de l'autre côté des Alpes avec dans ses valises une belle histoire d'amour, de sexe et d’exhibitionnisme 2.0 : La Chambre de verre.

Axel y raconte avec un coup de pinceau des plus sobres l'histoire de Flavia, quadra superbe venue à point nommé pour fournir un spécimen ravissant de la "MILF", catégorie extrêmement prisée sur les sites réservés à la pornographie luxuriante tel que XHamster ou XVideos. Flavia n'est pourtant pas une starlette de la pornographie, elle indique sa profession comme blogueuse, ce qui n'est pas sans rapport avec son activité principale étant donné qu'elle publie effectivement des articles sur son site. Des articles qui accompagnent une exhibition en permanence, sous les yeux des caméras omniprésentes dans son appartement où elle vit en toute nudité.

Axel, La Chambre de verre, page 9, Flavia devant l'écran
Flavia devant l'écran de son ordinateur (Axel, La Chambre de verre, p. 9)

L'histoire de Flavia, si elle peut paraître absurde, n'a pourtant rien de très original, Axel ayant pu s'inspirer de plusieurs expériences menées pendant la jeunesse de l'internet. Tout d'abord, il y a, et dès 1996 (!), Jennifer Ringley avec sa JenniCam, site où elle vivait, la première, sous les yeux de ses multiples caméras, renonçant à tout résidu de vie privée pour partager son quotidien avec les internautes, jusqu'aux détails les plus intimes :

Elle [Jennifer Ringley] ne souhaitait pas filtrer les contenus de sa caméra ; par conséquent, elle était souvent aperçue entièrement nue ou en train d'avoir des rapports sexuels.1

Ensuite, quatre ans plus tard, il y a eu Daniella Tobar, actrice chilienne qui, en janvier 2000, a vécu, pendant deux semaines, dans une maison en verre (!), expérience ayant quotidiennement attiré une foule de badauds. C'est sans doute à ce projet que Flavia fait allusion quand elle explique les origines de son propre projet à elle, sauf qu'elle se trompe sur le pays en question :

Axel, La chambre de verre, p. 10, explication

À la différence de ses illustres consœurs, Flavia met l'accent sur le côté pornographique de cette exhibition en permanence, se mettant à poil dès qu'elle entre dans son appartement et s'adonnant avec un plaisir très partagé à des sessions masturbatoires. Avant de laisser les voyeurs pénétrer plus loin encore dans son intimité en les faisant assister à ses parties de jambes en l'air avec Marco. C'est la rencontre entre celui-ci et Flavia, de sept ans son aînée, qui fournit d'ailleurs l'intrigue du récit. Rien de plus banal qu'une telle rencontre, me direz-vous, sauf que celle-ci se passe en public, et que tout le monde n'est pas prêt à jeter son intimité en pâture aux badauds des quatre coins de la planète.

Si cette intrigue n'est pas dénouée d'intérêt, il me semble que le principal se trouve ailleurs, à savoir dans le rapport qu'il y a entre celui qui crée et sa créature. Et quand un tel créateur - qu'il soit auteur ou - pire - illustrateur - décide de faire entrer une de ses créatures dans une relation intime, n'est-ce pas plutôt qu'il s'en empare et qu'il soumet ce faisant sa créature à une exhibition forcée ? Les protagonistes d'Axel étant (imaginés) consentants, cela permet de les engager, aux côtés des lecteurs, dans un jeu de miroirs entre le monde tel qu'il se crée sous les yeux des spectateurs et celui d'où les regards se portent sur Flavia. N'est-ce pas un peu comme si celle-ci s'obstinait à nous répéter qu'elle n'était finalement qu'un artifice, et que c'était pour ça qu'elle se dévoilait, qu'elle consentait à devenir le jouet de nos fantasmes, consciente du fait qu'elle n'existe qu'à travers les regards d'autrui ?

Axel, La Chambre de verre, page 9, Flavia en train d'allumer une cigaretteJe ne sais pas jusqu'où ce jeu des réflexions aurait pu guider l'auteur, celui-ci ayant renoncé à pleinement exploiter les possibilités inhérentes à son univers. Mais comme on parle d'une bande dessinée, il faut évidemment considérer le côté visuel de la chose. Et c'est là qu'Axel excelle, à placer sa protagoniste sous un jour pas toujours très favorable, dans des situations où une certaine fatigue peut se lire dans ses traits, où l'âge laisse deviner sa proximité, malgré les affirmations de Flavia qui rappellent un peu les mélodies qu'on siffle dans le noir pour conjurer la terreur blottie dans l'obscurité :

Je m'appelle Flavia, j'ai 44 ans. Je sais, je ne suis plus franchement une jeune fille. Mais je crois que je suis encore attirante. (p. 10)

Attirante, elle l'est effectivement, et rien de plus appétissant que sa nudité, nudité qui n'a pas honte de réclamer son côté "naturel", arborant avec fierté des aisselles abondamment garnies et un entrejambe où les poils ont droit de cité.

Flavia n'est jamais seule. Axel est toujours à ses côtés, et les regards des lecteurs ne la lâchent jamais. Et si c'était là la véritable exposition ? Celle qui se joue en dehors des murs de sa "chambre de verre", celle à laquelle l'auteur convie les spectateurs devenus voyeurs en leur montrant une Flavia sous tous les angles, en train de prendre une douche, de papoter avec des amis, de se promener avec une amie, de boire un café, de faire connaissance avec Marco. Ce sont là des activités quotidiennes d'une flagrante banalité, mais n'est-ce pas à travers cette banalité qu'on peut réellement comprendre cette femme ? En assistant à sa vie de tous les jours, peu importe qu'elle soit nue ou emmitouflée dans sa doudoune ? En la voyant tour à tour s'épanouir et se flétrir au gré des émotions et du jeu de l'ombre et de la lumière qui, s'il peut faire briller sa peau et ses yeux, peut tout aussi bien l'étouffer jusqu'à la moindre étincelle. Il me semble que c'est précisément dans cette exhibition permanente que réside l'art d'Axel, décision qui n'a rien à voir avec celle de Flavia qui, malgré et à travers son omniprésence dans la BD, reste une créature, soumise aux caprices de l'auteur. L'artifice suprême consistant à la doter d'une force vitale qui, pendant quelques instants, peut faire oublier cela.

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  1. Jennifer Ringley, article Wikipédia, consulté le 24/01/2017 []
La Chambre de Verre Couverture du livre La Chambre de Verre
Axel
BD érotique
Dynamite
19 janvier 2017
fichier numérique
62

Flavia, 44 ans, n’est pas une femme comme les autres : sa vie, elle la gagne en restant chez elle, nue devant les dizaines de caméras de son site Internet. Flavia est une camgirl qui ne cache rien de son intimité à ses admirateurs. Enfermée dans sa « chambre de verre », elle se sent en sécurité. Sa rencontre avec Marco, un homme plus jeune qu’elle, chamboule ce quotidien réglé. Acceptera-t-il de partager leur idylle avec les internautes ? Les sentiments qui les lient fissurent la chambre de verre, mais sont-ils assez forts pour en briser les murs ?

Une histoire simple et crue, sensuelle, où l’auteur dépeint des personnages étonnamment complexes – des personnages comme vous et moi. Axel traite avec subtilité de sujets brûlants, l’exhibition, l’amour, le sexe, l’estime de soi, dans une bande dessinée aussi érotique que sensible.

Rivers­to­ne, Naga­rya

Les éditions Dynamite ont eu la bonne idée de rendre au public l'accès à une bande dessinée des plus remarquables, initialement parue dans des revues chez BDAdult dans la deuxième partie des années quatre-vingt et devenue, malgré un grand nombre de traductions dans la première moitié des années 90, pratiquement introuvable depuis sauf dans une édition anglophone dont un certain nombre d'exemplaires n'a pas cessé de peupler les étagères des bouquinistes. J'ai nommé Nagarya, bande dessinée signée Riverstone.

L'intrigue de ce one shot n'est pas des plus faciles à saisir. Après avoir propulsé ses lecteurs in medias res, en leur montrant un cortège de quatre formes plus ou moins obscures qui se traînent à travers un paysage désolé avant d'arriver à l'orée d'une forêt vierge, l'auteur insère un épisode rétrospectif (pp. 15 - 23) comme pour fournir un début d'explication des antécédents de l'aventure ayant conduit ses personnages dans cet environnement hostile. Un véritable récit ne se dégage pas pour autant de ces quelques planches isolées qui semblent davantage répondre à une fascination pour une technologie du futur telle que les prouesses contemporaines de la NASA l'ont fait entrevoir (p. ex. la navette qui rappelle le design des Space Shuttle à la page 21), fascination qui se mêle à une liberté sensuelle à la Barbarella où les corps s'exposent avec une liberté aussi totale qu'insouciante.

Quatre personnages donc, trois hommes (Jean, Johnny et Mongo) et une femme (Anny Wellington, la seule d'ailleurs à porter un nom de famille), échoués sur une planète dont ils ne savent pratiquement rien. Après avoir pensé pendant assez longtemps être les seuls humains au milieu d'une nature envahissante, fascinés et horrifiés en même temps par l'idée de se retrouver dans une version légèrement modifiée du récit d'Adam et d'Ève avec comme seul espoir de repeupler le monde, ils finissent par tomber sur des indigènes - un grand nombre de femmes et un homme "colossal". Tandis que celui-ci s'échappe avec la belle Anny, les femmes ont les mains libres pour soumettre à leurs charmes les hommes de l'équipage. Mais le paradis se révèle un endroit dangereux, et des cris nocturnes d'une femme torturée révèlent aux nouveaux-venus l'existence de la cité de Nagarya et de ses farouches guerriers. L'intrigue se termine là, sans qu'on puisse percer le mystère de la cité et le secret de ses habitants et de ce qui les oppose aux sauvages de la forêt. L'éditeur a inclu dans cette édition quelques dessins qui ébauchent les suites du récit, mais tout reste extrêmement vague, ce qui confirme l'idée de Nagarya comme "chantier […] sans cesse ouvert et jamais achevé" (p. 137).

L'intrigue se situe quelque part entre Science Fiction, fin de monde, retour aux origines et mythe de création, et le caractère joyeusement pornographique (jusqu'à frôler l'obsession) rappelle la liberté sensuelle décomplexée des années 70, l'époque où Riverstone aurait, selon une remarque de l'éditeur, commencé à tourner autour des personnages et du sujet :

"C’est ainsi que ce thème hante les desseins de Riverstone depuis les années 1970."1

Le lecteur ne peut pourtant se soustraire à l'impression que Nagarya, ce n'est pas tellement un récit cohérent, mais plutôt un ensemble d'épisodes apportant chacun des détails plus ou moins fournis à l'intrigue. Qui, si elle n'est pas dénouée d'importance, sert en grande partie à fournir les coulisses des ébats qui réunissent les personnages dans une orgie primordiale des sens.

Riverstone excelle dans l'art de transformer en dessin les manipulations charnelles.Click to Tweet

Parlons donc pornographie ! Quel plaisir, à l'époque de la pruderie américaine qui n'hésite pas à qualifier l'exhibition d'un téton de Nipplegate, et où la présence d'un bout de peau fait débarquer les censeurs auto-proclamés, quel plaisir donc que de voir parader, sans le moindre complexe et les bites fièrement dressées, les véritables étalons de Nagarya, et de goûter à l'indécence toute innocente de la protagoniste, la plantureuse Anny, qui s'expose dans le but pleinement assumé de se faire enfiler illico presto, quelle joie troublante que de sentir les poils se hérisser devant la sensualité des indigènes dont l'approche serpentine rappelle celle d'un fauve à l'élégance mortelle. Et voici un des points les plus forts de cette BD : Riverstone excelle dans l'art de transformer en dessin les manipulations charnelles avec une sublimité toute physique que très peu seulement arrivent à maîtriser. Rares sont les pénétrations aussi intenses dans leur beauté toute charnelle, les seins manipulés de façon aussi crûment sensuelle par des mains avides, les culs aussi insolemment dressés. Et que dire des sexes féminins, dessinés avec une passion et une attention aux détails que cet organe est loin de susciter, même chez les amateurs qui, s'ils ne sont pas rares, se contentent trop souvent d'allusions ou de représentations à caractère d'ébauches ?

Scène pornographique de Nagarya
Ouvertement pornographique, Riverstone sait capter, comme peu d'autres, le sexe dans sa dimension inquiétante.

Et n'est-il pas amusant au plus haut point de constater à quel point Riverstone pousse loin le vice en sculptant son protagoniste masculin comme s'il voulait incarner le cliché d'un acteur du X ? Est-ce moi ou est-ce qu'on décerne une certaine ressemblance entre Jean, le leader de l'expédition de Nagarya, et John Holmes, l'acteur réputé pour la taille hors commun de sa bite ?

Jean, protagoniste de Nagarya (p. 20) vs. John Holmes, acteur du X à la renommée mondiale.
Jean, protagoniste de Nagarya (p. 20) vs. John Holmes, acteur du X à la renommée mondiale.

Si la pornographie est bien l'élément prépondérant de cet opus, on y trouve aussi un certain nombre d'éléments mythologiques inspirés de la bible, de la légende dorée ou encore de l'antiquité classique : Adam et Ève (p. 27) et le mythe de la création y côtoient Saint Georges et le Dragon (pp. 28 - 30) (à moins que ce ne soit une variante particulièrement atroce autour du récit d'Andromède), drôle de mélange auquel un centaure (pp. 31 - 32) vient apporter sa dose de bestialité. Cette inspiration mythologique a laissé des traces jusque dans le style de certaines planches, un style qui rappelle celui d'un Redon qui aurait choisi de laisser guider son pinceau par le fantôme de Renoir.

Anny à la Redon
Un style qui rappelle un Redon qui aurait laissé guider son pinceau par un Renoir ressuscité.

L'intrigue de Nagarya reflète - peut-être un peu trop - le caractère épisodique et quelque peu fragmenté du travail de Riverstone, et le lecteur risque parfois, à l'instar des personnages, de se perdre dans les méandres du récit. Mais cet inconvénient est largement compensé par l'effort artistique de Riverstone dont la plume oeuvre à dégager la sensualité des corps et des gestes, une sensualité dont la richesse a'apprécie dans les détails des manipulations, dans les replis de la chair fouillée et les mouvements tour à tour langoureux et puissants des corps qui se dégagent des ténèbres.

Phylactère de Nagarya
Phylactère de Nagarya - Il faut faire des efforts pour suivre...

Un mot avant de conclure cet article : Tout le monde sait que le Sanglier adore la littérature numérique. À moins qu'il ne faille dire : la littérature au format numérique. J'ai, depuis le temps, lu un certain nombre de BD aux formats PDF et EPUB et j'ai toujours été très satisfait de la qualité - et surtout de la lisibilité des textes. Cette fois-ci, l'expérience n'a malheureusement pas été concluante, les dialogues étant parfois assez difficiles à déchiffrer (voire presque indéchiffrables). J'ai failli chopper une belle migraine en usant mes yeux à l'exercice. Il aurait sans doute mieux valu, au lieu de conserver le lettrage original de Riverstone, de l'adapter aux exigences d'une édition numérique. Il ne me reste donc plus qu'à conseiller à celles et à ceux qui aimeraient se laisser séduire par les planches superbes de Riverstone de donner la préférence à l'acquisition d'un exemplaire papier de Nagarya. Il me semble que l'expérience n'en sera que meilleure. Et si jamais la belle Anny arrivait à vous soumettre à ses charmes au point de faire de vous un accro à son univers et à ses formes opulentes, je vous signale l'existence d'une édition au format A3, limitée à cent exemplaires numérotés et disponible aux Éditions AAR (Association des Amis de Riverstone). Cette édition comprend un dessin original de l'auteur, ce qui justifie largement son prix de 250 €.

Nagarya - prolifération de parutions

Il n'est pas facile de dresser l'historique des éditions de Nagarya, d'autant plus que certaines éditions ne sont pas pourvues de date. Le propos de cet article n'étant pas d'épuiser ce sujet, je me contente de donner ici quelques détails glanés au cours de mes recherches sur la toile. Si celles-ci sont loin d'être systématiques, elles permettent quand même aux lecteurs de se faire une idée à propos de la jungle foisonnante que peut être l'édition d'une bande dessinée érotico-pornographique.

D'après la bibliographie assez sommaire dressée sur le site de l'auteur, Nagarya a d'abord été publié en feuilleton, de 1985 à 1987. Ensuite, il y a eu la publication en album en deux volumes, le premier, Aux premiers temps, en 1987 chez CAP, le second en 1997 chez IPM, CAP et IPM étant des éditeurs regroupés sous la marque BédéAdult. Des rééditions de ces albums ont eu lieu le long des années 90 jusque dans la première moitié des années 2000. C'est vers la même époque, entre 1993 et 1994, que paraissent des traductions anglaises, allemandes, espagnoles, italiennes et néerlandaises dont voici le tableau :

  • Anglais
    • Nagarya part I, In the Beginning, Last Gasp, 1994
    • Nagarya part 2, The Lost Continent, Last Gasp, 1994
    • D'autres éditions chez Cha Cha Comics (1993) et Priaprism Press, San Francisco (1998) (tous les deux des éditeurs du groupe Last Gasp)
  • Allemand
    • Nagarya, Teil 1, Hofmann, 1993
    • Nagarya, Teil 2, Hofmann, 1994
    • Nagarya, Buch 1, "Zum erste Zeinten", International Presse Magazine Verlag, 1998 (une édition sans doute non-autorisée avec des fautes de traduction jusque sur la couverture)
  • Espagnol
    • Nagarya, Ediciones La Cúpula, X 53 (sans date)
    • Nagarya II, Ediciones La Cúpula, X 67 (sans date)
  • Italien
    • Nagarya Vol. I, E così fu all'inizio, B&M EDIZIONI (EroticArt), 1999 (?)
  • Néerlandais
    • Nagarija (sic), Deel 1, Zwaarte Reeks 066, 1992
    • Nagarya, Deel 2, Zwaarte Reeks 108, 1994

Nagarya - galerie de couvertures

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  1. p. 137 []
Nagarya Couverture du livre Nagarya
Riverstone
Comics & Graphic Novels
Dynamite
20 October 2016
141

Le souffle épique de l'épopée allié au trait exceptionnel d'un maître de l'érotisme ! Naufragé sur une planète inconnue et apparemment déserte, un groupe de voyageurs galactiques lutte pour sa survie. Quel destin leur est réservé ? Parmi eux, seule femme à avoir survécu au crash, Annie Wellington est partagée entre son désir de liberté et le devoir reproducteur... Sera-t-elle la nouvelle Ève de cette humanité déracinée ? Mais les naufragés sont-ils vraiment seuls sur cette étrange planète ? Une oeuvre époustouflante : un travail graphique rare, dans la lignée des grandes sagas de Frank Frazetta, servi par un texte riche et profond, où transpirent les références bibliques et mythologiques. Jamais rééditée depuis les années 1990, Nagarya reprend vie dans cette belle intégrale. Le volume est augmenté d'un dossier où Riverstone dévoile des planches inédites et quelques secrets de son fantastique univers...

Mar­co Niz­zo­li, Un bel été

Tout doucement, l'été approche de sa fin, et une foule de rentrées commence à monopoliser l'attention des médias. Sous quelque épithète que celle-ci soit placée, scolaire, politique ou encore littéraire, toutes ses variantes semblent concourir à faire oublier les joies de la plage et la légèreté estivale. Mais, avant de ranger son clavier au fond de sa Bauge afin de partir en vacances à son tour et finalement goûter à ces mêmes plaisirs, votre serviteur s'est penché sur sa dernière lecture estivale, une bande dessinée érotique qui se place dans un entre-deux des plus charmants : l'espace entre la fin des études et les débuts d'une vie nouvelle à peine esquissée, un changement de codes qui se profile à l'horizon sans déjà être tangible, espace hors temps favorable à l'éclosion de tous les désirs et qui allie les charmes de la jeunesse à ceux de la découverte de la vie en liberté - provisoire - sous le soleil et d'une sexualité épanouie - provisoire, elle aussi ? Et Marco Nizzoli, dessinateur italien, a pleinement compris l'étendue du pari qu'il s'est lancé à lui-même en plaçant ses planches sous un titre dont la simplicité est l'expression même d'une joie de vivre réduite à une de ses expressions les plus élémentaires : Un bel été.

Éléna et Laura viennent donc d'obtenir leur bac, et elles s'apprêtent à partir en vacances, un peu à l'improviste, pour fêter ça bien sûr, mais aussi pour, dans le cas d'Éléna, oublier un mec qui la méprise, et, dans celui de Laura, pour

se faire une tonne de mecs ! ... Et même peut-être quelques kilos de femmes ! (p. 10)

Contrairement à Laura, décomplexée, à l'esprit aventurier, et très portée sur les choses du sexe, Éléna se révèle plutôt farouche, à la limite oie blanche, et il y a des situations où le lecteur se demande franchement comment Laura peut continuer à supporter cette éternelle boudeuse qui tient bien plus que de raison à son confort et se montre toujours prête à passer jugement sur autrui. Le moins qu'on puisse dire, c'est que son déniaisement présente un sacré défi pour la belle Laura et que celle-ci devra s'armer de patience et de l'art de la ruse pour venir à bout de ce spécimen-là de la gent féminine, spécimen certes très juteux, mais aussi "super coincé" (p. 43).

Marco Nizzoli, Laura (planche tirée de la p. 43)

Laura, tête forte, ne renonce pourtant pas et poursuit son opération de séduction, opération qui la conduira, au bout d'un certain nombre d'aventures intermédiaires, tout droit entre les cuisses de la belle blonde. Qui en profitera pour un changement de cap à propos des choix qui orienteront sa vie future.

Marco Nizzoli, Un bel été - Éléna
Un dessin entièrement au service des modèles, soulignant la beauté des formes féminines dans un jeu de lignes à l'économie parcimonieuse.

Toute cette petite histoire est rondement menée, et le dessinateur - à l'image de sa Laura à sa proie attachée - ne se laisse pas distraire par les beautés environnantes, l'attention entièrement focalisée sur son jeune couple d'aventurières en herbe et le parcours d'Éléna. Celle-ci, plus encore que Laura, se trouve placée sous les projecteurs, et c'est elle qui ouvre et qui clôt le récit. C'est elle aussi que le dessinateur a choisi de présenter la première, en la dévoilant dans toute sa beauté dans une suite de clichés, en train de poser devant son miroir afin de choisir les vêtements de plage qui puissent la mettre en valeur. Un procédé qui s'apparente à une approche photographique et dont Nizzoli se sert par la suite pour montrer les jeunes filles en train de s'abandonner au plaisir. C'est dans ce genre de scènes que son dessin se met entièrement au service de ses modèles, soulignant la beauté des formes féminines dans un jeu de lignes à l'économie parcimonieuse. La contrepartie de ce procédé étant un certain flou dans le détail - que le dessinateur a d'ailleurs l'air d'éviter. Et on doit avouer que, quand il se laisse quand même tenter - par un broutage de minou, par exemple - que le résultat est peu convaincant, le minou en question ressemblant plutôt à un gant de toilette qu'à une anatomie féminine.

Le trait est simple, en noir et blanc, avec très peu de variations, ce qui tend à conférer un caractère statique aux planches, même là où le mouvement est implicite (les cheveux dans le vent, par exemple, ou encore les fellations). Il convient sans doute de voir dans le dessin de Nizzoli une variation sur la ligne claire, sans couleur, les espaces blancs délimités par des lignes très fines, avec une représentation assez simplifiée des personnages opposé à plus de richesse quand il s'agit du décor. Un style qui n'est effectivement pas sans rappeler, comme l'éditeur le souligne sur la 4ème de couverture, celui de son compatriote aîné, Milo Manara, mais avec une tendance à la simplification parfois caricaturale voire même grotesque. L'usage du noir et blanc lui permet toutefois d'échapper à un effet de floutage à la Hamilton, un procédé dont son blog rassemble quelques échantillons qui rappellent les formes vagues aux contours peu déterminées - comme passées à la lessiveuse - d'un symbolisme à la Redon.

Tout compte fait, Marco Nizzoli tient sa promesse en livrant un épisode de jeunesse qui laissera à coup sûr des souvenirs. Des souvenirs qui, plus tard, se laisseront résumer sous le titre sous lequel il a choisi de placer son opus : Un bel été. Et la chute qu'il a su trouver pour cet épisode illustré de la vie de deux jeunes filles, conclusion qui ne serait pas déplacée dans une nouvelle en bonne et due forme, contribue à rendre cet été non seulement beau, mais mémorable.

Un bel été... Couverture du livre Un bel été...
Marco Nizzoli
Bande dessinée
Tabou
1 January 2010
Fichier numérique
55

Avec son trait fin qui rappelle celui de son aîné Manara, Marco Nizzoli ouvre aux Éditions Tabou une série de bandes dessinées joliment coquines.

L’élégance et la succulente dose d’érotisme dans le trait de Marco accompagnent les aventures de deux étudiantes pour la première fois en vacances au soleil, qui croisent la route d’un étudiant à l’imagination fertile. Jeunes, libres, beaux, les personnages de ce livre sont un hymne à l’explosion des sens, à la vie. Une histoire d’amour et de sexe amusante, élégante et sensuelle.

E.T. Raven, Ama­bi­lia – Ladies & Gent­le­man

Avant d'embarquer dans la suite des aventures, érotiques & autres, d'Iris et de Simon, un petit rappel de ce qui s'est passé dans le tome 2, Dans la peau d'Iris : La protagoniste, tombée sous le charme de ce qu'elle croyait un coup d'une nuit, se sent piégée dans sa petite vie. Restée, suite à un concours de circonstances, sans nouvelles de Simon, elle décide de tout larguer quand elle apprend enfin, grâce à une copine mieux rodée à l'usage des médias sociaux, que celui-ci lui a bien laissé des messages dans l'espoir de la revoir. Un bon soir, elle se pointe donc à la porte de son appartement où elle est accueillie par une - sa ? - femme. Après ce beau cliffhanger, le temps est venu de voir ces derniers mois à travers les yeux de Simon et pour démêler les affaires. Ce qui est le propos du t. 3, Ladies & Gnetleman.

Pour tous ceux qui entendraient parler pour la première fois de cette BD exquise, je rappelle que les deux premiers volumes ont été édités en auto-édition. Cette aventure-ci s'est terminée, la série Amabilia ayant été reprise par La Musardine où elle côtoie, dans la collection Dynamite, quelques grands noms de l'érotisme dessiné comme par exemple Ardem ou Rebecca. Un beau succès pour le couple d'auteurs / dessinateurs qui s'est rangé sous la bannière du pseudo E.T. Raven, et je les félicite pour cette consécration qui, dans le paysage éditorial actuel, revient à une première reconnaissance de la part de l'establishement littéraire. Leur parcours n'est d'ailleurs pas sans rappeler - dans un tout autre domaine, il est vrai - celui d'Agnès Martin-Lugand, auteure auto-éditée pendant à peine quelques mois avant de se faire remarquer, grâce à la qualité de son texte et à un écho très favorable dans la blogosphère, par Michel Lafon. "À quand le projet de porter la sensualité d'Iris et de Simon au grand écran ?" Une question qu'on est presque tenté de se poser, en lorgnant encore une fois du côté d'Agnès qui a pu susciter l'intérêt de Harvey Weinstein. Remarque : C'est sûr que je me laisserais tenter par un tel film 😉

Après Iris, c'est donc le tour de Simon. On s'y attendait un peu à ce que notre duo, après avoir si magistralement illustré le parcours d'Iris suite à son one night stand avec Simon, donne la parole à celui-ci pour mettre à l'honneur la perspective masculine. Mais Simon ne se pavane pas seul sous les projecteurs, et je dirais même que les personnages qui l'accompagnent présentent un intérêt bien plus prononcé encore (Je dis cela dans une perspective purement masculine, sans la moindre intention de froisser mes lectrices. Dont j'aimerais d'ailleurs, via la fonction commentaires, connaître l'avis à propos de ce détail.) : Il y a d'abord Charlotte, l'assistante et amie de Simon qui l'aide dans son métier de peintre. Et cette Charlotte, lesbienne qui proclame haut et fort ses inclinaisons, a pris l'habitude de se taper les modèles de son ami, des proies faciles rendues très accessibles aux propositions univoques de le part de cette femme séduisante et quelque peu inquiétante, dans l'ambiance d'atelier où celles-ci sont obligées de se présenter dans le plus simple appareil, soumises aux doigts experts de Charlotte qui se fait une joie de les "préparer". Le lecteur a le bonheur d'assister à une de ces séances, avec ses préliminaires ô combien sensuels, mettant en scène la rencontre entre Charlotte et Eva, le deuxième personnage qui a droit à plusieurs apparitions dans les 70 pages de cette bande dessinée chaude bouillante.

E.T. Raven, Amabilia t. 3 - Charlotte et Eva
Charlotte penchée sur Eva en pose vampirique.

On ne tarde pas à se rendre compte que Simon, lui, n'est pas resté insensible aux charmes d'Iris, croisée au cours d'une soirée. Mais, comme il ne sait plus où il a pu ranger la carte contenant les coordonnées de celle-ci, il reste incommunicado, personne ne sachant lui donner des détails à propos de cette ravissante inconnue dont seul le prénom le nargue à longueur de journée. Le prénom, et le souvenir de son corps exquis livré à ses prouesses, exalté par la tendresse et le désir que Simon a su faire naître en cette compagne d'à peine quelques heures.

Je laisse, comme toujours, à vous, mes lectrices et lecteurs que j'apprécie bien trop pour vous gâcher le plaisir de la découverte, le soin de percer les mystères de l'intrigue, la joie d'assister aux jeux torrides dans lesquels s'engagent les personnages, et les délices que conjure la ligne pure et austère d'E.T. Raven, le clair-obscur magique où se fondent les protagonistes, propice à l'impudeur qui est le propre du couple amoureux, soumis à la fascination sexuelle au point de pouvoir oublier jusqu'aux yeux qui guettent dans le noir.

Je voudrais pourtant, avant de vous laisser à votre tour séduire par cette lecture, attirer votre attention sur un détail qui ne laisse pas de me fasciner. Je vous ai parlé de Charlotte, la prédatrice lesbienne dont les traits se parent d'une certaine cruauté quand elle s'apprête à fermer ses griffes sur ses proies. Et bien, ce personnage a tout pour fasciner, mais je trouve le dessin parfois un peu flou, parfois même un brin rudimentaire. Une observation qui s'applique aussi aux autres personnages féminins du récit, comme Eva ou encore Manon. Mais quelle différence quand il s'agit de dessiner Iris, la véritable héroïne de la saga, une femme dont on a l'impression que ses dessinateurs sont tombés réellement amoureux, tellement elle est resplendissante, servie à merveille par le style sobre et presque avare qui est celui d'E.T. Raven. On dirait que c'est le fait de pouvoir tirer son portrait qui est la véritable récompense des auteurs, et l'intrigue ne semble parfois qu'un prétexte pour pouvoir parler de cette déesse des temps moderne, cette Vénus nouvelle, née non pas de l'écume, mais de l'encre.

E.T. Raven, Amabilia t. 3 - Iris
Iris, Vénus nouvelle née de l'encre …

Ladies & Gentleman, troisième volume de la série Amabilia, n'est pas encore disponible en format numérique, mais fait partie de L'INTEGRALE - LIVRE I, publié en version papier et disponible uniquement depuis le site Blurb. La version numérique sortira le 14 février, jour de la Saint Valentin, dans la collection de la Musardine. Une petite lecture en couple, ça vous tenterait ?

Vous trouverez d'ailleurs, dans ce volume-ci comme dans le précédent, une forme très élégante et raffinée de product placement. Dans le tome 2, on a vu Iris céder à la tentation de son gode Adam de chez Idée du désir, cette fois-ci, on voit Charlotte arborer un ensemble ultra élégant signé Les Dessous de Karen, ensemble qui immanquablement attire les regards des lecteurs et des femmes qu'elle a choisi de séduire. Pour enfoncer le clou, cet ensemble vient d'être baptisé Amabilia. Beau moyen de visualiser les interactions entre littérature et monde environnant.

Ladies & Gentleman Couverture du livre Ladies & Gentleman
Amabilia
E.T. Raven
Bande dessinée
La Musardine
14 février 2016
71

Dans son petit studio d'artiste peintre parisien, Simon passe ses journées à rêver de retrouver Iris, belle inconnue croisée lors d'une soirée costumée. L'odeur de sa peau, le goût de ses lèvres, la chaleur de ses caresses obsèdent le jeune homme et l'empêchent de faire de nouvelles rencontres.

Et ça n'est pas la vie sexuelle débridée de Charlotte, sa colocataire, qui va l'aider à passer à autre chose...