Archives pour la catégorie auto-édi­tion

La Rei­ne et le San­glier – de retour pour le Rays­Day !

Ray Bradbury en 1975
Ray Bradbury, père spirituel du RaysDay, événement consacré à la lecture. (Photo par Alan Light)

Dans exactement une semaine, le 22 août, la toile va célébrer la troisième édition du RaysDay. Cet événement, créé à la mémoire de Ray Bradbury par Neil Jomunsi, l'animateur de page42.org, site incontournable consacré à l'édition, à l'écriture et aux questions du partage des contenus, a trouvé un écho plus que favorable dans la communauté littéraire - dans le sens le plus large possible - avec une bonne cinquantaine de participants rien que pour l'édition 2016. Une grande diversité d'événements - des textes à librement télécharger, des quizzs, des livres offerts en cadeaux - attend les internautes assez curieux pour suivre les hashtags qui s'annoncent nombreux ce luni 22 août sur les réseaux numériques.

Votre serviteur, associé pour l'occasion à l'une des plus charmantes - une des plus polémiques aussi - des autrices, Reine Bale, sera de la partie lui aussi, et vous offrira le téléchargement libre d'une nouvelle de cette Reine des plumes, De quels feux ?, nouvelle initialement publiée dans la Bauge littéraire dans le cadre des Lectures estivales et remise à l'honneur par l'autrice elle-même pour célébrer cette journée consacrée à la littérature.

La Reine et le Sanglier, c'est un beau couple d'un drôle de conte de fée, couple qui renouvelle l'expérience de 2014 quand, à l'occasion de la naissance du RaysDay, ces deux-là ont une première fois tenté l'expérience en publiant une nouvelle érotique signée Reine Bale, L'Échange, accompagnée par un article sorti de la plume de la bête, échappée pour l'occasion aux profondeurs des forêts teutonnes.

Reine Bale participe à l'édition 2016 du RaysDay.
Reine Bale, autrice aussi lumineuse que polémique, associée du Sanglier pour l'édition 2016 du RaysDay.

Le 22 août, apprêtez-vous donc à suivre le hashtag #RaysDay pour une expérience des plus insolites, expérience qui vous permettra d'entrer en contact avec les propulseurs d'une littérature qui vit par le partage. Une belle occasion pour des randonnées sur la Toile 🙂

Cla­ra Le Ken­nec, Job d’été – La décou­ver­te

Voici un texte, Job d'été - La découverte signé Clara Le Kennec, qui présente les vacances d'un point de vue différent. Au lieu de raconter les aventures (ou les déboires, c'est selon) de la vacancière, le récit aborde la période estivale en empruntant la perspective d'une employée d'hôtel, Clara. Celle-ci, étudiante en mal de budget suite au chômage de son père, se voit contraint de gagner des sous, et elle choisit de s'engager comme serveuse dans un hôtel de la côte bretonne, sa région natale. Les journées y sont remplies de travail et se terminent assez tard, mais il y a une longue pause, entre les services du matin et ceux du soir, qui lui permettent de jouir d'un peu de liberté. Une liberté dont elle profite pour explorer un terrain encore plus mystérieux que la région qui l'entoure.

Célibataire, rien ne s'oppose à ce que Clara profite des occasions qui se présentent pour se permettre des petites escapades, sauf que, au départ au moins, ce n'est pas le premier de ses soucis. Elle débarque, après une année remplie de travail pour obtenir de bonnes notes, sans se faire la moindre illusion, et elle se trouve vite absorbée par le rythme délirant d'un lieu de villégiature en haute saison. Avec comme seule exception les quelques moments passés à bronzer en terrasse, entre les services, un endroit où elle finit par attirer l'attention de Mehdi, préposé au bar et aux - massages. Et celui-ci ne se prive pas de proposer un échantillon de ses capacités en la matière à la belle jeune femme qui, elle, sent éclore, grâce à la détente qui peu à peu s'empare d'elle, loin des nécessités de sa vie parisienne, des envies trop longtemps réprimées. Elle consent donc aux propositions répétées de Mehdi, cinquantenaire d'origine turc, et se laisse aller aux bienfaits des mains qui pétrissent sa chair. Des bienfaits qui la mettent dans un état inconnu jusque-là, et elle se trouve embarquée sur la route d'un plaisir aussi charnel que spirituel dont elle cherchera désormais la réalisation dès l'occasion se présente. Et celle-ci n'est finalement pas très loin, à fleur de peau, prête à répondre aux appels d'une indécence en train de se réveiller et de monter du fond du vaste océan de ses fantsames insoupçonnés. Ces expériences-là se renouvellent peu après, Clara cédant aux avances d'un autre petit vieux, Monsieur Paul, ancien gérant d'un Hammam ayant conservé le savoir-faire une fois acquis pour dispenser un bien-être incendiaire.

On pourrait qualifier Job d'été de texte masturbatoire, le plaisir suprême étant systématiquement atteint en solitaire, bien que suscité par les récits et les massages érotiques des vieux messieurs qui se partagent cette proie très consentante. Ce scénario - celui de la (très) jeune femme qui se fait dévorer par des vieux - n'a rien de très original en soi, il suffit de penser aux stéréotypes, d'un côté, du dirty old man mis à l'honneur par Charles Bukowski ou encore à celui, de l'autre, des Lolitas, infiniment plus complexe encore. Mais il est plus rare de voir celui-ci mis à l'honneur dans un texte érotique qui joue sur la séduction. Celle-ci est, dans Job d'été, d'abord verbale, avant de se traduire en actes, sans pour autant jamais passer à l'acte, ce qui explique l'absence de toute pénétration. L'auteure met l'accent sur le pouvoir séducteur des mots, savamment utilisés pour s'emparer d'une femme peu sûre d'elle-même, pour la prendre par la main et la mener sur le chemin de la jouissance - quitte à la laisser poursuivre toute seule vers le but. Un but qu'elle atteint avec facilité, les sens bardés de paroles et de gestes tout ce qu'il y a de plus indécents. Mais ce but-là a une particularité qu'il ne faut jamais oublier : Une fois atteint, il se dérobe à nouveau, renouvelant les appels, faisant miroiter les charmes de l'extase charnel, soumettant sa proie à une attente tellement aiguë qu'on pourrait presque la qualifier de torture. Comment ensuite s'étonner de ce que la jeune femme s'engage à le poursuivre quitte à sortir du droit chemin qui, jusqu'à la rencontre fatidique, fut le sien ?

Clara Le Kennec abandonne sa protagoniste, et ses lecteurs avec elle, en pleine route, avec comme seul repère à propos du chemin à suivre le défi de Monsieur Paul adressé à la jeune femme en délire, celui de ne pas mettre de culotte pour le service du soir. Je peux affirmer que l'auteure a réussi le beau pari de mettre son lecteur en haleine, d'attiser une attente qui réclame de connaître la suite de l'aventure, de savoir jusqu'où le réveil des sens va mener la belle Clara. Et c'est ainsi que le lecteur, poussé par la sensualité des scènes auxquels il vient d'assister, se voit offrir un deuxième volume, Job d'été - La révélation, une suite qui promet des délices dont votre serviteur ne va très certainement pas se priver. Et ce malgré le nombre assez important de coquilles que j'ai pu relever dans le volume dont nous traitons dans la présente. Parce que, comme nombre de textes parus en auto-édition, on constate l'absence douloureuse du coup de main d'un professionnel qui puisse en faire un texte à la hauteur des attentes légitimes du lectorat. C'est dommage, surtout en présence d'un texte qui vise plus loin que les clichés d'usage, et qui se démarque très nettement des ordures qu'on trouve en bien trop grand nombre dans les rayons Kindle, crachées à la figure des lecteurs dans le seul but d'exploiter les faiblesses du système pour se faire des sous rapidement et sans se fatiguer.

Clara Le Kennec, Job d'été – La découverteBref, si vous cherchez de l'insolite, et si votre libido ne s'envole pas à la première coquille qui se présente sur sa route, donnez une chance à Clara Le Kennec et à son récit d'un Job d'été moins ordinaire que ce qu'il y paraît.

Job d'été - La découverte
Clara Le Kennec
Fiction / érotisme
Auto-édition
Fichier numérique (Kindle)
52

Clara, 27 ans aujourd’hui, que de chemin parcouru pour arriver à la fin de mes études et mon entrée dans la vie active…

J’ai décidé de vous raconter mon parcours, sommes toute un peu particulier, qui m’a fait me découvrir et qui a marqué profondément ma vie de jeune femme. Les évènements vous font parfois découvrir des choses que vous n’auriez même pas imaginé…

Ce premier volet commence non loin de ma terre natale, la Bretagne. C’est en cherchant un job pour l’été que je me suis retrouvée à faire la petite serveuse dans cet hôtel réputé de la côte d’Amour, à la Baule. Dans cet univers complètement nouveau pour moi et perdu loin des miens, je pris pleinement conscience de mon pouvoir de séduction auprès des hommes.

Ayant eu la chance de me faire prodiguer des séances de massage par le masseur de l’hôtel, les réactions de mon corps se révélèrent au grand jour, à mon plus grand étonnement.
Le premier volet d’une véritable saga qui vous fera découvrir mon intimité tel que je l’ai vécu et ressenti au plus profond de moi. Je me dévoile ici sans pudeur et sans aucune retenue.

Des sous faci­les grâ­ce à une lacu­ne dans Kind­le Unli­mi­ted

La merde attire les mouches, et l'argent, les arnaqueurs. Ceci est bien connu, et qui, honnêtement, ne serait partant pour gagner quelques dizaines de milliers de roros en fournissant, en contrepartie, zéro effort ? Et oui, vous avez bien lu, le Pays de Cocagne est à portée de main. Au moins pour celles et ceux qui sont au courant des modalités du programme Kindle Unlimited de chez Amazon et qui ne s'embarrassent pas de considérations morales. Et comme l'avidité est une des pulsions primaires qui font marcher le monde capitaliste, il se trouvera toujours quelqu'un pour exploiter les failles d'un système afin d'en profiter sans devoir passer par la voie "travail honnête". Malheureusement, il faut toujours quelqu'un pour payer la facture, et dans le cas qui nous occupe, ce rôle ingrat est attribué aux auteurs honnêtes ayant choisi de proposer leurs textes à travers Kindle Unlimited.

Kindle Unlimited désigne une formule d'abonnement qui permet aux lecteurs d'accéder à un grand nombre de textes à travers un forfait mensuel, ce qui tend à favoriser les grands lecteurs qui ne savent se contenter d'un ou de deux pauvres petits textes par mois. En même temps, les textes proposés dans le cadre de ce programme ne se trouvent nulle part ailleurs, leurs auteurs ayant concédé l'exclusivité de la distribution à Amazon. Quant aux modalités de payement, elles sont basées sur le nombre de pages lues. Ce qui veut dire que, si un texte compte une centaine de pages, mais qu'un lecteur n'en lit qu'une dizaine, c'est cette dizaine qui sera créditée. Une approche qui semble plutôt raisonnable, surtout que des questions de détails comme le formatage des pages et la taille de la police ont déjà été réglée avec l'invention de la Page Normalisée de l’Edition Kindle (KENP) :

"To determine a book's page count in a way that works across genres and devices, we developed the Kindle Edition Normalized Page Count (KENPC). KENPC is calculated using standard formatting settings (font, line height, line spacing, etc.). We use KENPC to measure the number of pages customers read in your book..."1

Bon, on constate que, chez Amazon, on a l'habitude de réfléchir, ce qui est très bien. Mais, comme énoncé plus haut, la présence d'une grande somme d'argent - en l'occurrence le fond de dotation alloué par Amazon à l'ensemble des auteurs réunis dans le programme Kindle Unlimited2 - attire des gens séduits par la perspective de se remplir les poches, tout en rechignant à l'idée de fournir le travail que demande la rédaction (et le marketing) d'un texte de qualité.

Ce qui suit est largement commenté sur des sites anglophones depuis quelques semaines, et comme j'ai été étonné de constater l'absence de remarques sur les sites francophones que j'ai l'habitude de fréquenter, je me suis lancé pour combler cette lacune et toucher un mot aux auteurs concernés par une forme de fraude assez répandue pour soulever l'intérêt - et l'ire - des blogueurs.

De quoi s'agit-il au juste ? Nous savon donc qu'Amazon prétend payer ses auteurs en fonction du nombre de pages lues. La question qui se pose est de savoir comment Amazon peut connaître un chiffre aussi important. Et c'est là qu'est le hic. D'après les observations publiées à travers la blogosphère, Amazon en serait tout simplement incapable. La seule donnée dont ils disposeraint, serait celle de la dernière page lue. Mais si celle-ci se trouve être la page 987, par exemple, sur un texte de 1000 pages, comment savoir que le lecteur a réellement lu les pages précédentes ? La bonne réponse : On ne le sait pas. C'est ici que je vous invite à consulter l'article très bien écrit et documenté d'Ann Christy, une blogueuse et écrivaine américaine apparemment bien rôdée dans l'art de sonder les souterrains pas toujours très salubres de l'édition selon Kindle :

"Scammers being scammers, they realized Amazon was lying very early on. Amazon couldn’t tell what pages were read. They only knew the last place you were at in the book. And that’s what they were paying authors, the last place that the reader synced in the book."3

Voici donc la brèche par où s'engouffrent les mercenaires rassemblés sous le drapeau du sou rapidement gagné. Parce que, quoi de plus facile que de placer un lien au début du texte qui mène le lecteur curieux vers la fin ? Ou d'inciter le lecteur à naviguer vers le dernier chapitre, comme si de rien n'était, assurant au passage un nombre de pages lues sans le moindre rapport avec la réalité. Et si vous vous demandez comment remplir ces 1000 pages qui permettent à notre arnaqueur de se remplir les poches, je vous invite à considérer les moyens mis à la disposition de tout le monde par l'informatique. Exploiter des textes trouvés sur la toile et en faire un assortiment capable de tromper les algorithmes concoctés par la troupe de Jeff Bezos ? Une question de quelque lignes de codes. Générer des traductions dans un grand nombre de langues et les insérer les unes à la suite des autres ? Il suffit de savoir manier des outils comme Google Translate et de faire ensuite un bête copier-coller. Et ce ne sont là que de bêtes exemples, d'autres se trouvant facilement.

Ce qu'il faut encore savoir pour mesurer l'étendue du phénomène et connaître les préjudices faites aux auteurs, c'est qu'Amazon offre chaque mois une somme fixe (recalculé de mois en mois, il est vrai) à ses auteurs. Et si des arnaqueurs y puisent de l'argent grâce à leurs méthodes malhonnêtes, cet argent manque ensuite à celles et à ceux qui font confiance à leur travail pour récolter leurs droits. Et les calculs de Mme Christy montrent que les sommes soutirées par les arnaqueurs sont tout sauf négligeables. Un seul d'entre eux serait à même de gagner jusqu'à la somme rondelette de 60.000 $ par mois grâce à des profils multiples, des textes bidons proposés dans des versions juste assez divergentes pour tromper les algorithmes d'Amazon, et l'usage savamment dosé de click-farms.

Il serait intéressant de mener les recherches présentées par Mme Christy sur le fond francophone des titres de Kindle Unlimited pour connaître l'étendue du phénomène dans l'espace hexagonal, mais cela m'étonnerait que la France échappe à un genre d'arnaque aussi facile à mettre en oeuvre. Il semblerait par contre que la multinationale de Seattle soit consciente du problème et que la limite des 3.000 pages rémunérées soit directement liée au problème illustré dans cet article. Mais s'il faut compter sur une constante, c'est bien celle de la créativité des arnaqueurs quand il s'agit de s'approprier l'argent destiné aux personnes honnêtes. Et je parie que la prochaine lacune sera bientôt trouvée et exploitée.

En attendant, que vous reste-t-il à faire au cas où vous tomberiez sur un tel texte ? Rien grand chose, je le crains, sauf de le signaler aux responsables d'Amazon, avec le mince espoir de voir ceux-ci réagir. Ce qui rendra, dans la meilleure perspective, la vie un peu moins facile aux arnaqueurs de tous poils.

PS : J'ai mené quelques petites recherches pour savoir si le phénomène a déjà été rapporté sur des sites francophones. N'ayant rien trouvé, j'ai décidé de me lancer et de présenter ici les résultats de recherches menées par des blogueurs et des auteurs anglophones. Tout mérite appartient donc à ceux-ci, votre serviteur se contentant du rôle de relais. Si, toutefois, vous connaissez des sites francophones qui auraient parlé du phénomène en question, merci de les citer dans les commentaires.

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  1. Royalties in Kindle Unlimited and Kindle Owners' Lending Library []
  2. Pour donner une idée des sommes en questions, pour le seul mois de mars 2016, 14,9 millions de dollars ont été versés aux auteurs. []
  3. Ann Christy, KU Scammers on Amazon – What’s Going On? []

Bar­ba­ra Shum­way, Moving into the Les­bian World

Les aficionados du Sanglier se souviendront sans aucun doute d'un article consacré à Barbara Shumway, auteure américaine de romans et de nouvelles érotico-pornographiques, publié il y a un peu plus d'un an dans l'enthousiasme de la découverte d'une écrivaine qui a fait de l'indécence une forme d'art. Et comme, amateur de la langue de Shakespeare et du gazon de l'autre côté de la clôture, je continue à regarder à droite et a gauche et que je lorgne avec plaisir dans les jardins des voisins, je tiens à vous parler d'une de ses nouvelles parues il y a à peine quelques semaines, Moving into the Lesbian World.

Une fois encore, Barbara Shumway met en scène une initiation, celle de Barbara, jeune all american beauty, ancienne home coming queen, blondinette de 24 ans, mariée et sage jusqu'au jour où elle croise Rachael, dominatrice avide de chair fraîche et de conquêtes humiliantes. Je ne vais pas vous révéler l'intrigue, je tiens à garder entier le plaisir de la découverte, mais je voudrais vous donner une idée de l'intensité que vous allez découvrir dans l'univers de cette auteure qui, très souvent, partage son prénom avec ses protagonistes féminines, accordant une dimension supplémentaire aux aventures pornographiques de ces beautés auxquelles elle permet de se tailler ainsi une part de réalité pour mieux sortir du cadre de la fiction. À moins que ce ne soit l'écrivaine qui s'investisse à fond - corps et biens - dans ses mondes imaginaires ?

L'initiation lesbienne est monnaie courante dans l'univers de la littérature érotique. Il suffit de se balader sur amazon.fr ou - mieux encore - sur le site dédié tout entier à la littérature auto-éditée, Smashwords, pour se faire une idée à propos de la banalité du sujet. Un sujet qui fait vendre, mais qui présente un piège significatif, un écueil contre lequel grand nombre d'ambitions se sont brisées, celui de tomber dans le cliché, surtout quand l'initiation procède sous les auspices de la domination. On pourrait croire que Barbara Shumway n'y échappe pas tout à fait non plus, surtout au début de son texte où les personnages se construisent sous les yeux des lecteurs. Le danger est évidemment présent, mais je penche pour l'hypothèse selon laquelle Shumway a voulu se saisir du cliché pour rendre la confrontation d'autant plus explosive, pour creuser encore l'abîme d'abjection par lequel la protagoniste se sent aspirée. Face aux dangers qui guettent celui qui s'empare d'un tel sujet, il faut savoir se démarquer de la concurrence pour mieux saisir les imaginations des lecteurs. Barbara Shumway a trouvé le moyen de marquer celle des siens au fer rouge, en jetant son héroïne dans les affres d'une soumission qui n'a rien de glamour, d'un dressage qui se passe des outils du BDSM dont l'usage est devenu par trop banal et où la chair n'a pas besoin de se flétrir sous les coups pour être réduite à l'esclavage du désir conquérant.

On se demande comment Barbara Shumway nourrit la rage qui lui permet de se déchaîner sur les symboles de l'Amérique blanche et protestante, telle qu'elle peut encore exister dans ces clichés qui ont la vie si dure et dans quelques régions du Bible Belt et de l'Amérique profonde, pourquoi elle se fait entrer elle-même dans la tourmente en s'identifiant, de par l'acte magique de les appeler par leur nom en leur donnant le sien, aux protagonistes qu'elle malmène de façon aussi magistrale. Est-ce pour vivre, à travers elles, les ouragans orgasmiques qui emportent jusqu'à la dernière parcelle d'auto-respect ? Dans l'impossibilité d'apporter une réponse à cette interrogation, je vous invite à explorer l'univers déjanté de cette écrivaine prolifique, un univers qui vous fera découvrir des sujets dont la connaissance est réservée, dans notre Europe qui se croit tellement désabusée, aux happy few qui ont assez peu froid aux yeux pour se laisser tenter par les sirènes indécentes d'outre-Atlantique.

Une dernière remarque avant de conclure : Les textes de Barbara Shumway, comme ceux d'une bonne partie de ses confrères auto-édités, auraient beaucoup à gagner en passant par un service éditorial qui mérite son nom, et je reste ébahi devant la différence très sensible du niveau de qualité qui fait de certains de ses textes des chefs d'oeuvre du domaine érotique et de certains autres (on songera à Bab's lesbian affair, texte publié quelques jours seulement après celui dont la lecture a donné naissance à l'article que vous êtes en train de lire) un blablatage presque insupportable. Des textes intenses, bien construits et francs jusqu'à l'excès côtoient d'autres dont on se demande s'ils sont réellement à attribuer à la même plume. Je suis loin de connaître les raisons d'une telle inégalité, de savoir s'il s'agit de textes tirés des tiroirs (virtuels ?) de l'auteure où ils ont amassé de la poussière depuis ses premiers balbutiements, ou si Barbara Shumway est un patronyme que se partagent entre eux / entre elles plusieurs auteurs. Mais je sais que les meilleurs de ses textes peuvent être, de par leur exotisme certain, une source d'inspiration, de vraies découvertes qui permettent à nous autres des échappées dans le merveilleux d'un érotisme peu banal dans sa dimension pornographique. Je conseille à celles et à ceux qui voudraient avoir comme un aperçu de l'univers soumis à la baguette de cette fée malicieuse, mais qui toutefois hésitent devant la barrière linguistique, de lire les délicieuses bandes dessinées de Rebecca, Degenerate Housewives, traduites en français et parues en version numérique, donc facilement consultable, chez Dynamite. Cela permet une première approche des sujets qu'on pourra découvrir chez Barbara Shumway. Un plaisir qui s'ajoute à celui de plonger dans le monde aussi cru que déjanté de cette dessinatrice encore trop peu connue de ce côté-ci de l'Atlantique. Comme quoi une découverte peut en cacher une autre.

Moving into the Lesbian World Couverture du livre Moving into the Lesbian World
Barbara Shumway
Fiction / érotisme
auto-édition
03 Janvier 2016
fichier numérique

This story is about a conservative, very straight woman becoming infatuated with a lesbian dominatrix. At first she is shocked and frighten by her physical and emotional reaction to this woman, but then she is drawn into an affair she never thought would happen. Her previously hidden submissive tendencies were brought out by this strong and controlling woman. Her first public date is amazing!

Mily Barel­li, Les Inno­cen­tes

On le sait, le Sanglier aime fouiller dans les étagères numériques de chez Amazon, repaire de nombreux auteurs auto-édités via le programme Kindle Publishing. Comme quoi, quand j'ai envie d'un beau morceau bien juteux à me mettre sous la dent, je lance mon navigateur, me connecte et me laisse emporter au gré des recommandations et des clics un peu au hasard. Ceci pourrait être une expérience des plus agréables, le seul problème étant - et de taille, celui-ci - que les quelques perles qu'on y trouve sont enfouies sous une abondante couche de boue et qu'il n'est vraiment pas facile de les en extraire. Quelque frustrant que cela puisse paraître, je me dis que cela fait partie de mon "boulot", débusquer des perles et les présenter à mes fidèles lecteurs. Et puis, avec le temps on apprend à se méfier et à contourner les écueils et les bas-fonds par trop évidents. Des textes d'une bonne dizaine de pages, vendus à 2,99 € ? Merci, je passe. Des pseudonymes bidons empruntés à la langue de Shakespeare ? Je reviens une autre foi. Des titres par trop parlants qui ressemblent à un manuel de la séduction ou de la perversion ? Mouais... Et pourtant, pour éviter de rendre les choses trop faciles, même ces indicateurs ne sont pas à 100% fiables, la preuve étant fournie par le texte que je m'apprête à vous présenter aujourd'hui, Les Innocentes ou l'initiation sexuelle d'Amandine et Élodie, par une dénommée Mily Barelli. Ce qui, dans le cas de Mily Barelli, m'a décidé à regarder de plus près, c'est le nombre assez conséquent de pages (131, dans la mesure où il est possible de donner un nombre exact pour des publications numériques) pour un prix raisonnable (3,49 €), le tout garni d'une couverture qui n'a rien de voyant et laisse augurer du bon goût de la part de l'auteure. Je me suis dit que cela promettait une bonne distraction et qu'il y avaient même des chances de tomber sur quelque chose de valable. Et je n'ai pas été déçu.

L'intrigue n'a rien d'exceptionnel. Entendez : rien qu'une bonne journée passée à visionner des clips cochons sur xvideos.com ou youporn ne pourrait avoir inspiré. Élodie profite de la maison de vacances de ses parents, attendant d'y être rejointe par sa sœur Amandine. Pour passer le temps qui la sépare de ces retrouvailles, Élodie se laisse tenter par un peu d'indécence domestique en s'adonnant aux joies du naturisme.Un bain de soleil au naturel, une petite séance masturbatoire au soleil, des courses matinales en petite tenue, une baignade en costume d'Ève qui dégénère en séance de triolisme avec deux jeunes randonneurs qui ont eu le bon goût de faire leur apparition au moment le plus propice. Je disais donc : Rien d'extraordinaire, mais du solide assez prometteur pour la suite. Et ces passages introductoires contiennent même un grain de ce qui laisse entrevoir la possibilité d'une suite bien plus épicée : Élodie se pose des questions, à l'occasion d'un massage un peu "robuste" de ses tétons, à propos du voisinage de l'agréable et du désagréable, à savoir de la jouissance et de la douleur. Voici une belle piste que l'auteure ne s'est pas privée d'explorer, pour le plus grand bonheur du Sanglier.

L'intrigue jusque-là assez conventionnelle s'étoffe à l'occasion de l'initiation lesbienne d'Élodie qui a eu la bonne idée de se laisser tenter par de la belle lingerie et qui s'égare dans un magasin. Celui-ci abrite une sorte de prédatrice qui se fait un malin plaisir de séduire la belle cliente qui vient de lui tomber dessus. Et voici donné le coup d'envoi d'une suite de rencontres les unes plus bandantes que les autres, des rencontres où la jouissance s'intensifie à la mesure des doses de douleur et d'humiliation qu'on y rajoute. Là aussi, l'inspiration pornographique du texte est des plus évidents : la séduction mutuelle des deux sœurs, l'intervention par téléphone de la prédatrice locale, l'introduction (oui, mauvais jeu de mot intentionnel) d'objets capables de produire ce mélange de douleur et de jouissance tant recherché par les deux belles, leur soumission éventuelle au cours d'une orgie dans une résidence aussi luxueuse qu'abandonnée. Encore une fois, rien d'extraordinaire, si ce n'est l'illustration, de la part de Mily Barelli, du fait que l'imagination est l'ingrédient principal de tout érotisme qui se respecte et que le fantasme qui s'illustre dans les cerveaux est bien plus puissant que celui qui se cherche un exutoire à travers des clips pornos, peu importe la qualité des mises en scène et des actrices.

La lecture de ce petite texte est tout simplement bandante, et je le recommande à quiconque cherche à se dépayser l'espace de quelques heures. Il faut pourtant souligner le fait que le texte a des faiblesses qui parfois surgissent pour importuner le lecteur soucieux pourtant de se barricader au cœur de ses fantasmes. L'intrigue est parfois culbutée dans un rythme pire que ce que subissent les protagonistes, la grammaire profiterait d'une relecture approfondie, et on croit y distinguer des changements de dernière minute, greffés en vitesse sur un texte qui s'en ressent. Comment croire, par exemple, qu'Élodie et Amandine soit réellement des sœurs quand, dès le début, l'auteure nous présente Amandine comme étrangère dans la propriété de ses propres parents ? Une invention sans la moindre crédibilité, ajoutée par souci de ne pas paraître avare sur le nombre de tabous abordés dans le texte. C'est vraiment dommage, parce que l'auteure n'en aurait nullement besoin.

Le texte se termine d'une façon un peu abrupte (et plutôt inattendue), ce qui laisse planer une certaine ambiguïté sur la conclusion des aventures d'Élodie et d'Amandine. Est-ce que l'auteure a tout simplement dû abandonner le projet ou est-ce qu'il s'agit d'une façon un peu maladroite de préparer une suite ? Je pencherais pour cette deuxième option, poussée sans doute par mon désir de voir ses deux ravissantes créatures impliquées dans des recherches toujours plus raffinées de la jouissance, mais aussi par la présence de certains indices que l'auteur laisse entrevoir, comme par exemple cette grange remplie d'outils de torture bien autrement plus sophistiqués que ceux dont les deux beautés ont pu ressentir les effets. Quant à moi, ayant subi de plein fouet l'attrait de ces improbables sœurs, le clavier encore éclaboussé des torrents de bave que leurs aventures ont fait couler, je réclame une suite. Que Mily Barelli se le tienne pour dit !

Les Innocentes ou l'initiation sexuelle d'Amandine et Élodie Couverture du livre Les Innocentes ou l'initiation sexuelle d'Amandine et Élodie
Mily Barelli
Fiction / érotisme
Les auteurs indépendants
2015
Numérique / Kindle
131

Moi et ma sœur. Deux jeunes-filles en fleur. Puis comme une étrange accalmie, avant que la tempête ne se lève… Comme si dans cette maison rustique jouxtant aux champs, le chant des grillons masquant nos plus ardents désirs ou nos tabous les plus extrêmes allait pour de bon disparaître et laissait place aux deux « putes » que nous étions devenues pendant nos vacances à la campagne…
Récit érotique destiné à un public averti et majeur (+18 ans).