Col­lec­tif, Osez 20 his­toires de sexe tor­ride

Comme l’année pas­sée, La Musar­dine a eu la bonne idée de consa­crer un des volumes de leur désor­mais célé­bris­sime col­lec­tion Osez… aux vacances et à l’été, mélange pro­pice, avec son petit sup­plé­ment de liber­té et ses pous­sées de mer­cure, au relâ­che­ment des mœurs. Les nou­velles du recueil « Osez 20 his­toires de sexe tor­ride » ont été sélec­tion­nées, à l’issue d’un concours orga­ni­sé en col­la­bo­ra­tion avec DORCELLE, site X par et pour les femmes, et Ter­ra­fe­mi­na, site « sérieu­se­ment fémi­nin », par un jury com­po­sé uni­que­ment de femmes, une approche donc des­ti­née à favo­ri­ser un regard fémi­nin sur la sexua­li­té et l’érotisme.

Un pre­mier coup d’œil sur la table des matières apprend au lec­teur curieux qu’il n’y a que très peu de noms connus par­mi les vingt auteurs du recueil, même s’il faut recon­naître qu’un tel constat n’a qu’une valeur très rela­tive dans un milieu où l’anonymat et le pseu­do­ny­mat res­tent très répan­dus voire de rigueur. Les habi­tués de l’érotisme lit­té­raire se réjoui­ront pour­tant de la pré­sence de deux textes de Cla­ris­sa Rivière et d’Aline Tos­ca, deux auteures qui ont déjà don­né des preuves de leur savoir-faire et qui peuvent pas­ser pour des valeurs sûres. Mais comme de toute façon la seule noto­rié­té d’un auteur ne sau­rait être gage de qua­li­té, il convient de ran­ger au pla­card les opi­nions pré­con­çues et d’aller à la ren­contre de cette joyeuse troupe d’auteurs ras­sem­blée sous le dra­peau de l’indécence.

Tout d’abord une remarque : Il y a, dans ce recueil, bien trop de textes où « l’été tor­ride », une des contraintes pour­tant du règle­ment du concours, n’est qu’un élé­ment du décor se résu­mant à des détails ves­ti­men­taires ou à un nom de mois lâché en pas­sant dans un des pre­miers para­graphes, comme par exemple dans Prends feu ! de Salo­mon Ger­bier de Jonc ou encore Océane de Nikø. Ceci n’est bien sûr qu’un détail qui concerne plus le jury que le lec­teur, détail que je ne vou­drais pour­tant pas lais­ser pas­ser inaper­çu vu que le recueil en ques­tion ouvre la ronde de mes lec­tures esti­vales.

Côté sujets, ce n’est pas la diver­si­té qui manque. Du stage de théâtre en Corse (Théo­phile Des­soy, Sen­suel en Corse) à la bai­gnade ini­tia­trice (Aline Tos­ca, Sea, Sex and Julien), en pas­sant par les joies d’un voyage en pre­mière classe (Nikø, Océane) et celles de l’exhibition (Sève Maël, La révé­rence), par une série de ren­contres dans la cité papale (Carole Dubuis et Sté­pha­nie Kle­bet­sa­nis, Même obs­cure), des courses inso­lites (Damet­ca­ro, Emplettes coquines), les diva­ga­tions d’une mère mono­pa­ren­tale qui retrouve, le temps des vacances sco­laires, les joies du céli­bat (Rita, Un temps de chienne) et les aven­tures d’une fille au pair (Liam Leh­rer, Les vieilles pierres du Sud), les ima­gi­na­tions se déchaînent et pro­mettent de belles esca­pades.

Côté pra­tiques, on pour­rait par contre déplo­rer un cer­tain manque d’imagination : Tétons et bites qui se dressent, invi­tant aux fel­la­tions et aux par­ties de léchouille, les ori­fices qui s’ouvrent les uns plus accueillants que les autres et les jus qui coulent, c’est un peu le pas­sage obli­ga­toire qu’emprunte tout auteur éro­tique qui se res­pecte, sauf que l’intrigue a par­fois bien du mal à se lais­ser devi­ner der­rière tout ça, au point que cer­tains textes donnent l’impression d’être la trans­crip­tion (ou le scé­na­rio) d’un film X (Alexandre Dau­ria, La méta­mor­phose). Une belle petite sur­prise pour­tant : la ten­ta­tion saphique est omni­pré­sente dans ces textes choi­sis par un jury fémi­nin.

Je n’ai pas l’intention d’être très sévère avec ce recueil vu qu’il est des­ti­né aux esti­vants à la cer­velle assou­pie par un niveau d’insolation dont ils n’ont pas l’habitude, mais je ne peux m’empêcher de remar­quer que la plu­part des textes ne laissent aucun sou­ve­nir pal­pable. On passe un petit quart d’heure à se lais­ser séduire, à se lais­ser don­ner des idées dans le meilleur des cas, et c’est ça. Après, on passe au sui­vant. Mais est-ce là un défaut ? Le lec­teur, n’est-il pas emme­né dans une sara­bande de fan­tasmes, un passe-temps des plus agréables dans la plus pure tra­di­tions des plai­sirs de l’été : Sex, sea and sun, et ce pour le prix déri­soire de 2,49 € dans la ver­sion numé­rique ? Et puis, il y a quand même, et cela aus­si il faut le sou­li­gner, quelques textes qui sortent du rang. Soit parce qu’ils per­mettent d’entrevoir la tech­nique magis­trale de leurs auteurs res­pec­tifs, comme Sea, Sex and Julien d’Aline Tos­ca, un des rares à exploi­ter à fond le sujet de l’été tor­ride, et dont les des­crip­tions sont d’une telle viva­ci­té qu’on croit sen­tir la fraî­cheur de l’eau dans laquelle glissent Julien et la nar­ra­trice, une des nom­breuses MILFs qu’on croise dans le recueil. Soit qu’ils font glis­ser le lec­teur, grâce à un décor des mille et une nuits, dans une fée­rie orien­tale légè­re­ment inquié­tante où on se perd dans de déli­cieux dédales à la pour­suite des pro­ta­go­nistes (Cla­ris­sa Rivière, Désert). Soit qu’ils rendent la joie de vivre et de s’épanouir de leurs per­son­nages avec des mots qui font sou­rire jusqu’au plus réti­cent des lec­teurs, comme l’aventure de la fille au pair gal­loise ame­née à ini­tier l’adolescent dont elle assure les cours de – langue (Liam Leh­rer, Les vieilles pierres du Sud). Soit qu’ils laissent un sou­ve­nir des plus troubles, car­ré­ment déran­geant par­fois, comme ces aven­tures d’une femme qui « a sui­vi le Rhône cou­leur menthe à l’eau » (p. 71) et qui erre à tra­vers les rues d’Avignon, à la décou­verte de la Cité papale et en quête de chair, sans qu’on puisse savoir ce qui a pu déclen­cher une soif qui appelle, à la conclu­sion du texte, un repos dont la fina­li­té ne rime tout sim­ple­ment pas avec les mots doux qui l’accompagnent. Mais on croit aper­ce­voir, der­rière ces mots-là, des abîmes rou­geoyants qu’on a peur de son­der, des gouffres dont les exha­lai­sons recouvrent les mots comme un voile de cendres (Carole Dubuis et Sté­pha­nie Kle­bet­sa­nis, Même obs­cure).

En fin de compte, je n’ai vrai­ment pas été déçu par ce recueil qui pro­pose, à côté d’un grand nombre de textes soli­de­ment construits et fugaces comme le plai­sir auquel ils sont dédiés, quelques perles et un véri­table tré­sor. On peut donc dire que le San­glier est tom­bé sur une truffe, et ce dès sa pre­mière lec­ture esti­vale de l’édition 2014 !

Collectif, Osez 20 histoires de sexe torrideCol­lec­tif
Osez… 20 his­toires de sexe tor­ride
La Musar­dine
ISBN : 978−2−84271−955−5

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