Archives pour la catégorie Edi­cool

Edi­cool par­ti­ci­pe à l’édition 2013 du Prix du Livre numé­ri­que

Anne Bert, Épilogue, nominé pour le Prix du Livre numériqueLe Prix du Livre Numérique a été créé en 2012, à l'initiative du site Youboox, bibliothèque en version streaming, et du labo BNF, "premier laboratoire expérimental public des usages des nouvelles technologies de lecture, d’écriture et de diffusion de la connaissance". Comme le succès a été, avec plus de 600 participants1, à la hauteur des attentes, l'édition 2013 a été lancée le 1 juillet 2013. Les inscriptions sont fermées depuis le 15 septembre, et les internautes sont désormais appelés à voter, jusqu'au 31 octobre. La remise des prix aura lieux le 7 novembres, dans les locaux du Labo BNF.

Un titre des Éditions Edicool, Épilogue, a été nominé et attend donc les votes des lecteurs. Épilogue est le premier titre de notre collection e-xpériences, créé pour accueillir des textes de plus grande envergure, comme ce roman qui raconte le parcours en fin de vie de Marguerite Nourdi, reléguée dans une résidence pour séniors après une vie remplie de peine et de travail, arrivée dans l'impasse finale avec la perspective d'être éjectée du home qu'elle n'aura bientôt plus les moyens de payer. C'est une histoire troublante, un sujet apte à soulever des questions et des émotions, que nous proposons aux internautes.

Le roman est en accès libre, le temps du concours, sur le site de Youboox. Il suffit de se créer un compte ou de se connecter via Facebook. Ensuite, vous pouvez voter sur la page du concours (le titre se trouve en bas de page). Quel que soit le résultat des votes du public et du jury, nous estimons que le roman proposé par Edicool et Anne Bert saura passionner ses lecteurs.

 _______________

  1. Information recueillie dans le blog de Youboox []

À pro­pos des « auteurs numé­ri­ques »

J'ai très récemment lu un article intitulé « Être auteur numérique, qu’est-ce que ça change ? », paru dans le blog de ChocolatCannelle, une consœur des Éditions Dominique Leroy. Dans cet article, il est question du statut d'auteur numérique et des changements qu'un tel statut pouvait engendrer par rapport aux moyens d'entrer en contact avec les lecteurs, posant ainsi la question, sans explicitement la formuler, du traitement des différentes modes de publications par une partie des acteurs du marché. C'est la notion d'auteur numérique qui m'a intrigué et qui m'a incité à m'interroger à mon tour sur les implications qu'un tel statut pouvait apporter. Je ne prétends aucunement au titre de spécialiste d'édition numérique, je laisse ce plaisir à d'autres, mieux réputés que moi, je voudrais seulement apporter quelques idées à un débat qui me paraît intéressant.

Une recherche Google indique que le terme auteur numérique est pratiquement absent du débat intellectuel avant 2008, date du premier Bookcamp qui s'est tenu à Paris, le 14 juin 2008 et où a été proposé aux participants un workshop intitulé "Les comportements et usages des auteurs numériques, vers une nouvelle espèce de créateur ?". Cet événement est à l'origine de nombreuses réflexions sur le sujet1, et on peut dire qu'il a largement contribué à faire entrer le concept d'auteur numérique dans les habitudes du langage.

Qu'est donc un auteur numérique ? Tout d'abord, il faut savoir qu'en 2008, le paysage était encore largement différent de ce qu'il est à l'heure actuelle. Le format EPUB venait d'être publié (en 2007) et était loin de s'imposer, et les principales plate-formes de publication numérique actives sur le marché français (TheBookEdition, Edilivre et Lulu.com) proposaient en premier lieu l'impression à la demande, avec en annexe seulement la possibilité d'acheter le texte en format PDF2.

Les auteurs numériques de l'époque étaient donc principalement caractérisés par :

  • la volonté (ou la nécessité) de se passer d'un éditeur et, étroitement lié à cela
  • la nécessité d'assumer d'autres fonctions que celle de créateur3

On peut donc dire qu'un auteur numérique, à l'origine du terme, n'est rien d'autre qu'un auteur auto-publié. Le travail de Delphine Le Dudal, Sarah Millet et Mathilde Pruvot, « Les auteurs numériques, une nouvelle espèce de créateur », est, de ce point de vue, très révélateur, les notions d'auto-publication et d'auteur numérique y coïncidant :

L'auto-publication ne change donc rien au travail d’écriture de l’auteur, si ce n’est que l’auteur numérique jouit d’une plus grande liberté quant au contenu de son ouvrage4

L'auto-édition n'est pourtant pas un phénomène lié, de près ou de loin, à l'avènement du numérique. Mais quand on sait que publie.net a été créé précisément en 2008 et que les autres acteurs pure players de l'édition numérique sont arrivés bien plus tard encore5, on comprend pourquoi les acteurs de l'époque ont dû avoir une vision quelque peu abrégée de l'auteur numérique. On pourrait même se demander comment le concept a pu être inventé à ce moment-là, si ce n'est à travers une simple « extension littéraire » de ce qui existait déjà ailleurs, sur la toile, à savoir les auteurs d'un blog ou d'un site internet, numériques par définition. L'invention du concept, aurait-elle précédé l'émergence du phénomène ?

D'un autre côté, l'auteur numérique ne peut pas simplement être celui qui se sert d'outils informatiques pour la rédaction de ses textes. Aujourd'hui, on serait obligé d’appliquer cet épithète à la quasi-totalité des écrivants, ce qui rendrait superflue la notion même. Cela n'empêche évidemment pas de s'interroger à propos de l'influence des outils sur l'écriture elle-même, surtout quand on considère que le fait de travailler sur ordinateur implique, dans une très large mesure, une connexion sur internet et d'avoir donc accès à l'extraordinaire richesse de la toile, ce qui permet des excursions instantanées à des milliers de kilomètres et de tisser des liens avec le monde environnant, de pouvoir en explorer les détails les plus exotiques et de créer une foule d'associations par le jeu des hyperliens.

De l'article déjà cité de ChocolatCannelle, il ressort clairement que l'auteur numérique n'est plus, en 2013, ce qu'il a pu être en 2008. D'auto-édité il est devenu celui qui est publié en numérique, dont la lecture nécessite donc un support numérique6. Si, en 2008, l'auteur numérique était principalement caractérisé par le fait de télécharger un fichier, il est devenu, cinq ans plus tard, un des acteurs principaux d'un paysage éditorial dématérialisé. C'est précisément entre 2008 et 2011 qu'on a pu assister à l'émergence de structures éditoriales d'un nouvel ordre qui, profitant des avantages d'une publication en numérique dans la mesure où elles peuvent se passer, au moins en partie, de services intermédiaires coûteux comme les imprimeurs, les distributeurs ou encore les libraires, revendiquent la qualité d'un travail éditorial classique. Ce sont donc des structures qui, s'ils comblent les lacunes des plate-formes citées plus haut, ont adopté les caractéristiques des acteurs traditionnels, à savoir, entre autres, une ligne éditoriale, un comité de lecture et un tri parfois assez sévère parmi les manuscrits envoyés.

Est donc auteur numérique, en 2013, celui qui est retenu et ensuite publié par une de ces nouvelles structures éditoriales, un éditeur numérique "pure player". Cette définition est devenue assez courante, au point que des auteurs revendiquent un tel statut, comme p.ex. Anita Berchenko, auteure et éditrice déléguée chez Numériklivres, dans un entretien en mars 2012, concédé au magazine en ligne Numéritérature.

C’est donc l'éditeur numérique qui a d'abord, en quelque sorte, créé l'auteur numérique tel qu'on le connaît aujourd'hui. Ne serait-ce donc pas plus pertinent de modifier la question initialement posée par ChocolatCannelle : « Être publié exclusivement en numérique, qu'est-ce que ça change ? » Tout en sachant que le propos de l'article en question porte sur un point bien précis, à savoir la "communication via Internet" entre les auteurs et leur public.

Le temps est venu de faire un petit tour d'horizon des formules de publication qui se pratiquent à l'heure actuelle pour voir ensuite s'il y a effectivement des différences entre elles quant à la communication des auteurs.

On peut recenser au moins trois catégories7:

  • les maison « classiques » qui optent en premier lieu pour le papier et utilisent le numérique avec plus ou moins de réticence, le plus souvent comme un circuit de distribution supplémentaire8
  • les pure players qui, comme Numériklivres, Edicool, ONLIT ou encore Dominique Leroy, misent sur le 100 % numérique
  • l’auto-édition qui se fait aujourd’hui, contrairement à ce qui se pratiquait en 2008, en très grande partie en numérique et surtout via le programme KDP d’Amazon

Les deux premiers cas présentent beaucoup de points communs, notamment en ce qui concerne les auteurs. Ceux-ci font confiance à un éditeur qui, lui, se charge non seulement de travailler sur le texte et de mettre celui-ci au point, mais encore de se battre pour lui acquérir un lectorat. Si les auteurs de la première catégorie sont en général largement sollicités pour des campagnes de promotion, à savoir des dédicaces, des apparitions dans les salons ou encore des interventions dans les médias, les auteurs de la deuxième catégorie sont par contre sensiblement moins présents (voire pas du tout) dans de telles manifestations qui font pourtant partie de l'arsenal publicitaire des éditeurs établi de longue date :

« Ils [les auteurs numériques] n’interviendront pas dans une librairie pour dédicacer leurs livres. Le contact avec les lecteurs a lieu sur la toile... »

L'intérêt des éditeurs étant pareil dans les deux cas (promouvoir les auteurs pour vendre des livres), faut-il y voir une certaine réticence de la part des autres acteurs, comme les libraires, les médias traditionnels ou encore les organisateurs de foires et de salons ? Réticence qui peut s’expliquer, notamment dans le cas des libraires, par des velléités concurrentielles, si ce n’est par des phobies sentimentales qui font craindre le contact avec toute manifestation numérique potentiellement nuisible aux propres profits.

Pour remédier à cette lacune, les auteurs numériques et leurs éditeurs ont dû apprendre à se servir des réseaux sociaux et des blogs, moyens facilement accessibles à tous sans générer de grands frais et qui permettent effectivement d'établir un contact avec des lecteurs (potentiels). Il ne faut pourtant pas se faire d’illusions à propos de la réelle portée d’un individu sur Facebook, peu importe le nombre de ses « amis » ! Les réseaux sociaux étant contraint de générer des revenus, leurs services publicitaires sont payants. Et pour faire connaître un blog, il faut travailler dessus de façon permanente, ce qui n’est pas nécessairement à la portée d’un auteur qui a besoin de travailler pour gagner sa vie et qui aime mieux consacrer le temps libre à l’écriture de son prochain texte qu’à celle d’un article de blog.

On peut évidemment classer ces activités-là dans la rubrique des interventions médiatiques, avec la différence pourtant que, dans la plupart des cas, il n'y a pas d'intermédiaire (journaliste, présentateur, chargé de communication) pour filtrer les propos, les auteurs jouissant d'une assez grande liberté pour y déployer leurs efforts communicatifs et publicitaires. Il est clair par contre que ce domaine-là n'est pas réservé aux auteurs numériques, et on y trouve bon nombre d'auteurs de la première catégorie, ce que souligne ChocolatCannelle dans l'article cité :

Se faire connaître, faire connaître les textes que l’on a publiés, échanger avec des lecteurs : tout cela passe par le net. Or, les auteurs de publication papier font parfois davantage d’efforts en ce sens que les auteurs numériques…

Reste à savoir si la présence de ceux-ci sur les réseaux est due à un intérêt et une implication personnels ou aux efforts rémunérés d'une agence de marketing... Quoi qu’il en soit, il n’y a, a priori, aucune raison pourquoi on n’ouvrirait pas les plateaux télé où les stands des salons à la deuxième catégorie d’auteurs, dont certains ont pondu d’excellents textes. Si leurs éditeurs finissent par se faire remarquer, à force de textes de qualité et de persévérance, on les fera entrer dans le sérail des rentrées littéraires et autres gadgets publicitaires.

Dans ma petite énumération des modes de publication, on a vu apparaître, dans la catégorie des auto-édités, le programme KDP d’Amazon, ouvert en France depuis octobre 2011. Contrairement aux plate-formes d’auto-édition déjà passées en revue, Amazon a tout de suite misé sur le numérique, tant pour la production que la distribution. Le succès a été énorme, et des milliers de titres sont aujourd’hui disponibles. Si le géant de Seattle, à l’instar de ses concurrents, n’inclut pas non plus des services éditoriaux, il est, de par sa popularité et son implantation mondiale, devenu pratiquement incontournable et ouvre un moyen facile de publication à un grand nombre d’auteurs. Ceux-ci sont certes publiés en numérique, mais est-ce qu'on peut pour autant parler d'auteurs numériques ? Dans la mesure où on ne peut pas savoir si ces auteurs-là ont écrit leurs textes en visant la publication en numérique, ou si celle-ci n'est qu'un pis-aller faute de mieux, j'ai des doutes à propos de la pertinence d'une telle désignation.

Les auteurs de la troisième catégorie se trouvent confrontés aux mêmes problèmes que ceux qui, en 2008, ont fait confiance à Lulu.com ou TBE, à savoir la pénurie de services éditoriaux et la nécessité de s'occuper eux-même de la promotion. L’absence de cette dernière et le fait de se trouver dans un milieu ou des milliers d’auteurs se disputent l’attention du lecteur a posé avec plus d’acuité encore la question de la visibilité, au point que des services spécialisés se sont créés qui en promettent davantage à leurs clients, une pratique qui a récemment soulevé une véritable querelle. Quoi qu’il en soit, rares sont les auteurs auto-édités qu’on ne trouve pas, de façon plus ou moins visible, sur la toile. Il y a certes des cas particuliers, comme celui de la traductrice qui s’est lancée, le temps d’une petite série de nouvelles, dans l’écriture érotique, et qui ne tient pas particulièrement à ce que l’on puisse identifier la personne qui se cache derrière le pseudonyme qu’elle s’est octroyé pour donner libre cours à sa créativité, mais il me semble que de tels cas ne sont pas très fréquents.

Paradoxalement, c’est dans cette même catégorie, celle des auto-édités qui ne bénéficient du soutien d’aucun éditeur, qu’on trouve des cas qui ont fait parler d’eux de façon assez spectaculaire, comme Agnès Martin-Lugand avec son blockbusteur littéraire Les gens heureux lisent et boivent du café, qui a réussi, après des milliers de ventes sur la plate-forme numérique d’Amazon, à intégrer la première catégorie en se faisant remarquer par l’éditeur Michel Lafont. Il y a sans doute d’autres auto-édités qui arrivent à générer de modestes revenues, mais c’est en lisant les blogs, justement, qu’on se rend compte que le succès se fait attendre et que les remises en question sont à l’ordre du jour. On ne peut de défendre de l’impression que l’auto-édition est tout d’abord perçue par une bonne partie des auteurs concernés comme un moyen de s’imposer, malgré tout, après avoir essuyé les refus des éditeurs classiques9.

Qu’en est-il donc, avec tout cela, de l’auteur numérique ? Il me semble que c’est principalement aux auteurs de la deuxième catégorie qu’il faut appliquer cette désignation, ceux qui assument l’environnement numérique et qui veulent pousser plus loin pour savoir où les mènera le développement technologique et quel impact celui-ci aura sur leur créations. On peut citer l’exemple de Jeff Balek, auteur Numériklivres d’abord et créateur d’univers parallèles ensuite, pour illustrer cette thèse. Il y a certes des auteurs très engagés dans les milieux de l’auto-édition, dont les textes feraient baver les scouts littéraires des grandes maisons, si seulement ils les connaissaient, mais leurs efforts, dans la grande majorité des cas, ne tournent pas principalement autour des possibilités de la révolution numérique, mais plutôt autour de la volonté de s’imposer sur le marché "classique", dominé par les maisons traditionnelles.

 _______________

  1. cf. par exemple le travail de Delphine Le Dudal, Sarah Millet et Mathilde Pruvot, « Les auteurs numériques, une nouvelle espèce de créateur » []
  2. Depuis, tandis qu'Edilivre et  Lulu.com sont passés aux fichiers EPUB, TBE continue à miser sur le seul PDF. []
  3. "L’auteur numérique doit donc assumer d’autres fonctions que celles d’écrire le texte", Delphine Le Dudal, Sarah Millet et Mathilde Pruvot, L’auteur numérique au travail []
  4. l.c., L’auteur numérique au travail []
  5. Edicool date de 2009, Numériklives de 2010. S'il est vrai que le site onlit.net a été créé en 2006, c'était d'abord sous forme de revue PDF téléchargeable, les ONLIT EDITIONS n'existant que depuis 2011 []
  6. L'auteur ne le dit pas clairement, mais elle établit le lien quand elle parle de la "vente d'eBooks" qui profiterait de l'usage des réseaux sociaux par les auteurs. []
  7. Je ne ferai pas à mes lecteurs la disgrâce de parler du compte d'auteur qui ressemble plus à une arnaque qu'à une forme de publication sérieuse, et qu'on pourrait d'ailleurs classer comme de l'auto-édition qui se donne des allures d'édition classique []
  8. Les "Gallimion" si allègrement créés par Jean-Louis Michel dans son polar Sang d'Encre. []
  9. Il ne faut pourtant pas oublier qu'il y a des auteurs auto-édités dont les textes ont tout pour séduire ! []

Vin­cent Ber­nard / Tachok, La Saga de l’été

Quand le Sanglier parle de ses Lectures estivales, il y a deux titres qui répondent exactement à ses attentes et qui ne sauraient manquer à l'appel, à savoir les Vacances Pourries et La Saga de l'été, deux titres parus aux Éditions Edicool en 2012 et 2013 respectivement. Comme vous le savez, je travaille pour cette maison, et c'est votre serviteur qui, après avoir dirigé le premier titre, a été responsable de la mise au point de la Saga en trouvant une illustratrice pour accompagner de ses dessins les mots de Vincent.

Il serait inutile de vous parler des Vacances, titre déjà présent dans la Bauge et sur d'autres sites, mais la Saga mérite bien un petit paragraphe. Le texte ne date pas d'hier, et c'est même un des premiers de Vincent Bernard que j'ai pu lire. C'est à l'occasion des vacances d'été 2011 qu'il a été publié en feuilleton sans pour autant trouver le lectorat qu'il mérite. Vincent a donc retiré ce texte, le réservant à une publication ultérieure en numérique. L'occasion ne s'est finalement pas présentée, jusqu'au moment où j'ai fait le rapprochement entre le texte déjà presque orphelin de Vincent et les dessins de Tachok, illustratrice Lyonnaise avec à son actif des publications régulières sur ses blogs, les réseaux sociaux et des sites comme masculin.com.

Vous l'aurez compris, je n'ai que du bien à dire de ce texte, des dessins qui l'accompagnent et des deux personnes qui le signent. Normal, je suis impliqué dans l'histoire de sa genèse et ne saurais être neutre. Je renonce donc à plonger plus avant dans le texte et à vous donner un avis et je vous laisse la parole pour me dire si le résultat est à la hauteur de ce que vous avez le droit d'attendre des Éditions Edicool.

Vincent Bernard et Tachok, La Saga de l'étéVincent Bernard & Tachok
La Saga de l'été
Éditions Edicool
ISBN : 978-2-919645-28-2

Anne Bert, Épi­lo­gue.

Depuis le temps que je leur en parle, mes lecteurs devraient savoir que je travaille assez régulièrement pour les Éditions Edicool, éditeur numérique pure player avec à son actif plusieurs romans et une belle collection de textes courts, réunis sous le label désormais (presque) célèbre, Les 10. Quand je dis travailler, j'entends par là non seulement participer en tant qu'auteur à leurs recueils, mais activement collaborer à la besogne éditoriale : trouver des thématiques, fignoler des exposés, recruter des auteurs et, le cas échéant, des illustrateurs, étudier les textes, veiller à ce que ceux-ci arrivent à temps chez la correctrice, tout ça... Un travail qui, faute de mettre sur la planche le pain quotidien, me procure un énorme plaisir, parce qu'il me permet d'enter en contact avec des personnes extraordinaires. Une de ces personnes-là est sans aucun doute Anne Bert, écrivaine que j'ai découverte à travers Perle, roman mi-érotique mi-fantastique, qui m'a mis sous le charme dès les premières lignes.

Quand j'ai donc reçu la charge de diriger un volume des Dix, je me suis promis de demander à Anne de s'embarquer avec moi dans cette aventure-là. Aventure qui pour elle aussi était un saut dans l'inconnu vu que c'était sa première expérience numérique. Collaboration littéraire donc qui non seulement s'est soldée par un très bon petit texte (À l'ombre d'Albert) que vous pourrez découvrir dans les Vacances Pourries, mais qui a aussi inauguré l'engagement numérique de l'auteure. Celui-ci s'est poursuivi, il y a quelques semaines, par la parution d'Épilogue, le deuxième roman de la toute nouvelle collection e-xpérience, dédiée aux textes de plus grande envergure.

Au départ, j'ai connu Anne comme auteure de textes érotiques, et ce sont précisément ceux-ci qui l'ont fait connaître auprès du public : L'eau à la bouche, Perle, L'emprise des femmes. Mais elle n'entend pas se laisser enfermer dans un seul domaine et borner le champ de ses activités littéraires, et elle le prouve avec Épilogue, roman qui parle de la rencontre de deux femmes que tout semble séparer : Marguerite, résidente malgré elle d'une maison de retraite, et Line, sa tutrice nouvellement nommée. Très bientôt, ces deux femmes-là se rapprocheront, et se découvriront liées l'une à l'autre comme les pôles d'un aimant, opposés certes, mais appelés en même temps à partager un seul et même destin. Parce que celui de Marguerite ne fait que préfigurer celui de tous les autres, la vieillesse, la solitude, la perte de contrôle, le fait de se trouver livré aux décisions d'autrui. Tout ça peut faire peur, et on s'est sérieusement demandé, dans notre comité de lecture, si un tel livre pouvait trouver assez de lecteurs parmi le troupeau peu nombreux de celles et de ceux qui consentent à lire en numérique, mais la qualité du texte et la hardiesse des femmes (y compris l'auteure) eurent vite fait de nous convaincre : Voici une aventure qu'il faut impérativement tenter pour permettre aux lecteurs de découvrir l'univers de Marguerite, d'une femme qui s'épanouit à deux pas de la tombe et à laquelle l'idée de la vie qui se termine fait moins peur que celle de l'esclavage et d'une mort qui ressemble à une lente pourriture. Et celui de Line qui trouvera le courage, après maintes remises en question et des tentatives de fuite, de soutenir jusqu'au bout celle dont elle dirige la vie - et la mort.

Mise à jour

Les éditions Edicool ayant mis la clé sous le paillasson depuis longtemps, le texte a changé de crémerie et est actuellement disponible aux Éditions Ex Aequo. sous le titre légèrement modifié Épilogue selon Marguerite.

Epilogue selon Marguerite Couverture du livre Epilogue selon Marguerite
Anne Bert
Fiction
Editions Ex Aequo
10 septembre 2014
fichier numérique
96

Line est mandatée par le tribunal pour protéger les intérêts d’une vieille femme précaire. Celle-ci refuse la tyrannie de la longévité à tout prix : elle ne veut plus végéter dans un mouroir les yeux rivés au plafond. Les deux femmes s’opposent puis concluent tacitement un terrible pacte. Elles vont cheminer ensemble sur le rivage de l’Atlantique jusqu’aux rebords de la vie.

Dans un texte profondément humaniste, Anne Bert propose une réflexion sur le délicat sujet du dénuement de la vieillesse et de la fin de vie. La mort est aujourd’hui devenue plus taboue que le sexe. Mais la longévité a souvent un prix : celui de la pauvreté, de la solitude et de la misère. En évitant l’écueil du pathos, avec tendresse et même humour, ce roman bienvenu dérange et bouscule. (Ce texte est une 2ème édition, initialement paru sous le titre Épilogue aux éditions Edicool en format numérique, nominé pour le Prix du livre numérique 2013)

Anne Bert publie des romans et des nouvelles depuis 2009. Elle s’intéresse particulièrement à ce qui se passe derrière les écrans opaques de la bienséance. Après avoir écrit plusieurs livres érotiques, elle entend poursuivre l'exploration de ses thèmes de prédilection, l'intime, l’impermanence des choses et l’hypocrisie de la convenance. Elle tient le blog Impermanence et chronique également sur le webzine « le Salon Littéraire ».

Syl­vain Kor­nows­ki, Les guer­riers au repos

Et dire que plus de vingt ans ont passé depuis la chute du Mur de Berlin... Voici une des premières réflexions qu'a suscitées la lecture du roman de Sylvain Kornowski, Les guerriers au repos. Parce que c'est dans cette ambiance de fin d'époque que le récit est né, et une lecture attentive fait ressortir quelques détails qui aident à trouver les repères temporels. Mais comme tout texte littéraire qui se respecte, celui-ci n'a que faire des entraves et des localisations spatio-temporelles, il les dépasse toutes pour vivre au rythme de sa propre vie, et les détails du XXe siècle déclinant ont tout au plus une valeur anecdotique.

Voici donc l'histoire de quatre amis, Ron, Manès, Nicholas et Allan. Et pour eux aussi, et le lecteur se rend compte bien vite de ce fait crucial, il s'agit de la fin d'une époque, même s'ils mettent un certain temps à le comprendre. Parce que la jeunesse est révolue, et les illusions disparaissent derrière l'horizon, parce que tel est le sort de ceux d'ici bas qui ne peuvent pas tout simplement s'arrêter, parce que la vie les oblige à avancer coûte que côute. Et si, en cours de route, les amis et les illusions font naufrage, tant pis, d'autres prendront la relève et les ramasseront par terre. Tout cela est bien banal, mais jamais assez pour qu'on ne puisse pas en tirer une belle histoire. Ce qu'a fait Sylvain Kornowski, à qui l'éditeur pure player Edicool a donné la chance de voir paraître son texte vingt ans après l'avoir rédigé. Mais comme les bons textes mûrissent au lieu de sombrer dans les archives, il s'en dégage une fraîcheur comme au premier jour. Et cette fraîcheur-là, on la doit en très grande partie à la protagoniste féminine, Svetlana, jeune femme roumaine qui respire la séduction innocente et ne jure que par sa liberté. Et voilà qu'elle est confrontée aux quatre amis pour qui cette même liberté n'est plus un concept des plus théoriques, un souvenir de quelque chose acquis depuis toujours, sans la moindre lutte. Quand de tels opposés sont mis en relation, la tension est au rendez-vous, et la décharge violente ne se laisse pas attendre. Et c'est précisément ce qui arrive au quatuor suranné qui sera réduit, par une sorte de déflagration au ralenti, à ses composants. Quant à Svetlana, catalyseur parfait, elle passe, elle fait réagir les autres, elle laisse derrière elle un univers décomposé et continue sur son trajet sans subir le moindre changement, fidèle à elle-même. Ou, pour reprendre les paroles d'Éric Neirynck, à qui on doit la préface :

Comme dans tout bon livre, il y a un personnage à part, et dans ce cas-ci c’est Svetlana, une femme, toutes les femmes à elle seule. (Les guerriers au repos, Préface.)

Une femme à part, effectivement :

Mais quelque chose dérangea ; bien que son comportement ne pût qu’inspirer la confiance, elle [i.e. Svetlana] avait d’étranges apartés silencieux, comme des absences, durant lesquels elle observait minutieusement chacun d’eux, avec des yeux mutins et séducteurs qui les déshabillaient puis les rhabillaient précautionneusement, sans impudeur mais avec un rien de déstabilisant.

Svetlana s'occupera de tout un chacun, à tour de rôle, et cette rencontre laissera des traces dans les vies respectives des quatre Guerriers. Sylvain Kornowski n'est pas le premier à se servir d'un tel procédé qui assimilerait les relations humaines à des réactions chimiques, son plus célèbre prédécesseur étant sans aucun doute Johann Wolfgang Gœthe, l'auteur des Affinités électives. Mais il y a, dans ce roman, bien plus de découvertes à faire que ce riche héritage littéraire. Kornowski allie, à la plume de l'écrivain, l'œil du photographe, et les scènes issues de cette rencontre comptent parmi les plus remarquables, comme celle du portrait de Svetlana immortalisé par le regard d'Allan venu pour débusquer son ami Nicolas :

La porte s’ouvrit violemment et offrit à Allan un spectacle qu’il n’oublierait jamais : derrière son ami, vêtu seulement d’un caleçon, Svetlana, les bras étendus sur le canapé comme si elle tenait à signifier que tout ce qu’elle touchait ici lui appartenait, affichait avec insolence sa nudité provocante ; ses seins, larges et lourds, étaient une invitation obscène et tentante, et ses longues jambes, croisées nonchalamment, étaient si longues qu’elles offraient le spectacle de la naissance de son pubis, serré contre ses cuisses laiteuses... (Première partie : Paris)

De tels clichés, quand même le roman n'aurait aucune valeur littéraire, mériteraient à eux seuls d'être arrachés aux tiroirs poussiéreux. Et cela donne une très grande envie de lorgner vers le bureau de l'écrivain pour savoir quels trésors on pourrait encore y dénicher. Je vous invite à votre tour de faire des découvertes dans ce texte, et d'exercer votre regard sur les paroles de Sylvain Kornowski.

Mise à jour

Suite aux remarques de quelques lecteurs, je me suis rendu compte que le terme "cliché" utilisé dans le paragraphe précédent pouvait prêter à confusion. Je ne voulais pas reprocher à l'auteur l'usage d'une "idée ou expression toute faite trop souvent utilisée" (définition d'après le Petit Robert), mais seulement parler d'une scène à valeur photographique (ce qui, toujours d'après le Petit Robert, est possible, mais, dans le contexte actuel, maladroit). Je croyais mon intention assez claire après avoir parlé de "l'œil du photographe" que possédait Kornowski. Mais il faut constater qu'il y a des occasions où on n'est jamais assez explicite.

Mise à jour supplémentaire

Les Éditions Edicool ayant mis la clé sous le paillasson il y a longtemps déjà, le livre est désormais disponible sur le site monbestseller.com. On notera qu'on pourra l'y découvrir - gratuitement.

Sylvain Kornowski, Les guerriers au reposSylvain Kornowski
Les guerriers au repos
Éditions Edicool
ISDN : 978-2-919645-24-4