Anne Bert, Épi­logue.

Depuis le temps que je leur en parle, mes lec­teurs devraient savoir que je tra­vaille assez régu­liè­re­ment pour les Édi­tions Edi­cool, édi­teur numé­rique pure player avec à son actif plu­sieurs romans et une belle col­lec­tion de textes courts, réunis sous le label désor­mais (presque) célèbre, Les 10. Quand je dis tra­vailler, j’en­tends par là non seule­ment par­ti­ci­per en tant qu’au­teur à leurs recueils, mais acti­ve­ment col­la­bo­rer à la besogne édi­to­riale : trou­ver des thé­ma­tiques, figno­ler des expo­sés, recru­ter des auteurs et, le cas échéant, des illus­tra­teurs, étu­dier les textes, veiller à ce que ceux-ci arrivent à temps chez la cor­rec­trice, tout ça… Un tra­vail qui, faute de mettre sur la planche le pain quo­ti­dien, me pro­cure un énorme plai­sir, parce qu’il me per­met d’en­ter en contact avec des per­sonnes extra­or­di­naires. Une de ces per­sonnes-là est sans aucun doute Anne Bert, écri­vaine que j’ai décou­verte à tra­vers Perle, roman mi-éro­tique mi-fan­tas­tique, qui m’a mis sous le charme dès les pre­mières lignes.

Quand j’ai donc reçu la charge de diri­ger un volume des Dix, je me suis pro­mis de deman­der à Anne de s’embarquer avec moi dans cette aven­ture-là. Aven­ture qui pour elle aus­si était un saut dans l’in­con­nu vu que c’é­tait sa pre­mière expé­rience numé­rique. Col­la­bo­ra­tion lit­té­raire donc qui non seule­ment s’est sol­dée par un très bon petit texte (À l’ombre d’Al­bert) que vous pour­rez décou­vrir dans les Vacances Pour­ries, mais qui a aus­si inau­gu­ré l’en­ga­ge­ment numé­rique de l’au­teure. Celui-ci s’est pour­sui­vi, il y a quelques semaines, par la paru­tion d’Épi­logue, le deuxième roman de la toute nou­velle col­lec­tion e‑xpérience, dédiée aux textes de plus grande enver­gure.

Au départ, j’ai connu Anne comme auteure de textes éro­tiques, et ce sont pré­ci­sé­ment ceux-ci qui l’ont fait connaître auprès du public : L’eau à la bouche, Perle, L’emprise des femmes. Mais elle n’en­tend pas se lais­ser enfer­mer dans un seul domaine et bor­ner le champ de ses acti­vi­tés lit­té­raires, et elle le prouve avec Épi­logue, roman qui parle de la ren­contre de deux femmes que tout semble sépa­rer : Mar­gue­rite, rési­dente mal­gré elle d’une mai­son de retraite, et Line, sa tutrice nou­vel­le­ment nom­mée. Très bien­tôt, ces deux femmes-là se rap­pro­che­ront, et se décou­vri­ront liées l’une à l’autre comme les pôles d’un aimant, oppo­sés certes, mais appe­lés en même temps à par­ta­ger un seul et même des­tin. Parce que celui de Mar­gue­rite ne fait que pré­fi­gu­rer celui de tous les autres, la vieillesse, la soli­tude, la perte de contrôle, le fait de se trou­ver livré aux déci­sions d’au­trui. Tout ça peut faire peur, et on s’est sérieu­se­ment deman­dé, dans notre comi­té de lec­ture, si un tel livre pou­vait trou­ver assez de lec­teurs par­mi le trou­peau peu nom­breux de celles et de ceux qui consentent à lire en numé­rique, mais la qua­li­té du texte et la har­diesse des femmes (y com­pris l’au­teure) eurent vite fait de nous convaincre : Voi­ci une aven­ture qu’il faut impé­ra­ti­ve­ment ten­ter pour per­mettre aux lec­teurs de décou­vrir l’u­ni­vers de Mar­gue­rite, d’une femme qui s’é­pa­nouit à deux pas de la tombe et à laquelle l’i­dée de la vie qui se ter­mine fait moins peur que celle de l’es­cla­vage et d’une mort qui res­semble à une lente pour­ri­ture. Et celui de Line qui trou­ve­ra le cou­rage, après maintes remises en ques­tion et des ten­ta­tives de fuite, de sou­te­nir jus­qu’au bout celle dont elle dirige la vie – et la mort.

Mise à jour

Les édi­tions Edi­cool ayant mis la clé sous le paillas­son depuis long­temps, le texte a chan­gé de cré­me­rie et est actuel­le­ment dis­po­nible aux Édi­tions Ex Aequo. sous le titre légè­re­ment modi­fié Épi­logue selon Mar­gue­rite.

Anne Bert, Épilogue selon MargueriteAnne Bert
Épi­logue selon Mar­gue­rite
Édi­tions Ex Aequo
ISBN : 9782359626421