Rebec­ca, Hot Moms, tome 2

Rebec­ca, la créa­trice des Dege­ne­rate Hou­se­wives 1)Pour rap­pel : Le titre ori­gi­nal de cette série est Hou­se­wives at Play, et je ne com­prends tou­jours pas com­ment on a pu opter pour un titre dif­fé­rent – en anglais, ce qui plus est…, est de retour avec la deuxième livrai­son de ses Hot Moms, presque exac­te­ment un an après la paru­tion du pre­mier tome et six ans après que Dyna­mite a révé­lé au public fran­co­phone l’existence de sa bande de ména­gères dégé­né­rées, des femmes aus­si déchaî­nées que décom­plexées qui se sont don­né ren­dez-vous à Hil­l­vale, petite ville aus­si exem­plaire que modeste de l’Amérique pro­fonde, pour en faire un repaire de les­biennes à la sexua­li­té farouche, déchaî­née et sans limites.

Contrai­re­ment aux Ména­gères, série entiè­re­ment consa­crée aux amours saphiques, l’univers des Hot Moms est moins exclu­si­ve­ment fémi­nin, et l’autrice per­met à ses pro­ta­go­nistes de goû­ter aux bites juteuses dres­sées en leur hon­neur, fait auquel Rebec­ca revient dans l’interview accor­dée aux édi­tions Dyna­mite en mai 2015 :

Hot Mom’s (« Mamans chau­dasses ») est une série un peu moins foca­li­sée sur le les­bia­nisme, et qui puise davan­tage ses récits dans le réser­voir clas­sique des com­por­te­ments déviants (gang bangs et diverses autres pra­tiques com­munes).2)Rebec­ca, créa­trice des Dege­ne­rate Hou­se­wives, inter­view accor­dée à Dyna­mite en mai 2015

Paul-Avril, Orgie romaine (vers 1910)
Orgie romaine ima­gi­née par Paul Avril en 1910. Un spec­tacle où les per­son­nages de Rebec­ca, bac­chantes modernes, ne seraient pas dépla­cés..

Mal­gré cette pré­sence bien visible des mâles, le lec­teur com­prend très vite que les acro­ba­ties de ceux-ci ne servent qu’à four­nir un pré­texte sup­plé­men­taire à la mise en scène des corps de femme dans les poses les plus indé­centes, les cuisses écar­tées au maxi­mum, les fesses dres­sées, et les ori­fices béants et bien lubri­fiés inves­tis par des langues, des bites, des godes, des poings et par toutes sortes d’engins capables de bien rem­plir et de défon­cer les ori­fices en ques­tion. Un spec­tacle à la hau­teur des orgies romaines ima­gi­nées et exé­cu­tées de façon aus­si bru­ta­le­ment sen­suelles qu’elles ont fini par entrer dans l’imaginaire col­lec­tif des mil­lé­naires et dans la culture popu­laire du XXe siècle.

Le des­sin de Rebec­ca, rapide, par­fois presque som­maire mais tou­jours exé­cu­té avec une éner­gie qui fait vibrer les planches, tra­duit la vitesse et la vio­lence de la séduc­tion telle qu’elle se pra­tique entre les femmes qui peuplent l’univers des Hot Moms, des­cen­dantes loin­taines des bac­chantes antiques ivres de volup­té et inca­pables de résis­ter au désir incan­des­cent qui leur met le feu au cul et aux entrailles, fai­sant naître une vora­ci­té que seule la chair humaine sau­rait apai­ser – deman­dez un peu son avis au célèbre poète thrace qui finit sa car­rière déchi­que­té et dévo­ré par ces Folles de Dio­ny­sos – encore que sa tête, jetée dans les flots, ter­mi­na sa croi­sière infer­nale sur les rivages de l’île de – Les­bos.

Quant à ses per­son­nages, ceux-ci res­tent sou­vent plu­tôt des modèles que des indi­vi­dus, les figures à peine ébau­chées, un rouge brillant autour d’un espace blanc pour les bouches, les yeux très sou­vent invi­sibles der­rière les pau­pières bais­sées, la peau et les che­veux à peine plus que des espaces uni­formes de cou­leur avec par­fois juste quelques ombres par sou­ci de varia­tion. Même les sexes des femmes ne jouissent pas d’une grande richesse de détails, mais il suf­fit de feuille­ter quelques pages, de lire quelques dia­logues et d’ouvrir grands les yeux sur le bal­let endia­blé des chattes dégou­li­nantes et des tétons dres­sés avec l’insolence des femmes en rut pour être empor­té par le mael­strom d’une ima­gi­na­tion lan­cée à pleine allure et pour com­prendre qu’une autrice et scé­na­riste de la taille d’une Rebec­ca n’a pas besoin de l’hyper-réalisme des clips por­no tel qu’on les visionne sur inter­net pour atteindre son but : faire som­brer le lec­teur dans un désir aus­si irré­sis­tible que celui qui dévore les per­son­nages et leurs tristes quo­ti­diens. C’est le désir qui met en branle la ronde infer­nale, celui-là même que fait naître la vision des fan­tasmes près de se réa­li­ser, et le rythme de la danse aug­mente en même temps que l’intensité du désir qui anime les têtes et les corps lan­cés pour célé­brer un sab­bat qui n’a abso­lu­ment rien à envier à celui de la nuit des sor­cières. Et c’est ain­si que les ména­gères frus­trées, conduites par des ten­ta­trices tout droit sor­ties des ima­gi­na­tions qu’on avait cru sage d’enfermer dans les Enfers de la Biblio­thèque natio­nale, se retrouvent dans des scé­na­rios dont l’inspiration por­no­gra­phique conduit tout droit dans un uni­vers où la jouis­sance est la fin qui jus­ti­fie tous les moyens, quitte à pros­ti­tuer sa propre sœur ou à vio­ler la mère de ses cama­rades de classe.

Le tome 2 des Hot Moms pro­pose deux épi­sodes ini­tia­le­ment parus sépa­ré­ment en avril et en novembre 2004 res­pec­ti­ve­ment, chez l’éditeur amé­ri­cain Eros Comix. Le pre­mier, Home­cum­ming, s’inspire de cet évé­ne­ment on ne peut plus amé­ri­cain, le bal de la ren­trée sco­laire (le célèbre « home-coming »), pour mettre en scène des délires sexuels qui finissent par sub­mer­ger les volon­tés jusqu’à faire oublier tout ce qui n’est pas jouis­sance. Le récit réunit, d’un côté, Ali­cia et Crys­tal, deux ados de dix-huit ans qui pro­fitent de cet espace-temps mythique, invi­ta­tion ten­due à tous les fan­tasmes, pour s’initier à l’amour entre femmes et, de l’autre, la mère de l’une de celles-ci, la déli­cieuse Mme Kamen, une MILF char­gée de faire patien­ter les cava­liers ser­vants des deux dul­ci­nées occu­pées à s’envoyer en l’air. On devine la façon dont elle se décharge d’une cor­vée bien­tôt trans­for­mée en orgie qui lui per­met de renouer avec des besoins refou­lés depuis long­temps sous les coups de bou­toirs de deux vigou­reux jeunes hommes.

Rebecca, Hot Moms - La formation de Deb (p. 42)
Rebec­ca, Hot Moms – La for­ma­tion de Deb (p. 42)

Le deuxième épi­sode, Makin Bacon3)Une expres­sion assez bas de gamme pour dési­gner une rela­tion sexuelle, l’idée de base étant qu’il s’agit de deux cochons occu­pés à se vau­trer dans la fange en copu­lant. Je tiens à rap­pe­ler ici que la Bauge est bien, d’après le Petit Robert, le « gîte fan­geux » du san­glier 🙂 , pousse le vice encore plus loin et on y retrouve réunis la pano­plie des sujets que Rebec­ca sait mettre à pro­fit afin d’illustrer les fan­tasmes les plus inavouables : le chan­tage, l’inceste, le viol, la pros­ti­tu­tion, aucune per­ver­sion ne manque à l’appel quand Rebec­ca ouvre grandes les bar­rières construites pour endi­guer les pas­sions qui ris­que­raient sans doute de dis­soudre les liens socié­taux dans le bain acide du délire des sens. Voi­ci donc Sue et Deb, deux sœurs dont l’une décide de faire de l’autre une pros­ti­tuée afin de se payer une vie de luxe. Et comme, dans le monde de Rebec­ca, les assauts des unes finissent tou­jours par réveiller les dési­rs des autres, Deb, d’abord contrainte et mise au pas par le chan­tage – le grand clas­sique des pho­tos prises par smart­phone et à deux clics du par­tage en ligne – , finit par embras­ser sa nou­velle condi­tion, pas­sant même maî­tresse dans l’art de mettre à pro­fit le corps dans tous ses états, jusqu’à la gros­sesse qui ne l’empêche pas de conti­nuer à pro­po­ser ses ser­vices et à finan­cer le train de vie de sa sœur exi­geante. Mais, et là aus­si c’est du plus pur Rebec­ca, il faut attendre l’initiation les­bienne pour per­mettre à Deb de tou­cher au paroxysme et de réa­li­ser, en embras­sant son sort et en pre­nant son élan vers une totale liber­té, que, fina­le­ment, elle n’aime que ça

À par­tir de ce moment, j’étais libre. Tota­le­ment. 4)Rebec­ca, Hot Moms #2, p. 42

L’important, pour Rebec­ca ain­si que pour ses lec­trices / lec­teurs, c’est de pla­cer la femme au centre de tous les dési­rs et de tous les fan­tasmes, et de don­ner libre cours à une ima­gi­na­tion qui ne recule devant aucun excès pour­vu que celui-ci contri­bue à la libé­ra­tion du désir en condui­sant à une jouis­sance capable, de par sa puis­sance, de faire chan­ger de vie. Et voi­ci le vrai sujet récur­rent de l’autrice amé­ri­caine, le fan­tasme qui engendre tous les autres, celui du chan­ge­ment de vie ren­du pos­sible par la sexua­li­té et une accep­ta­tion sans condi­tion des exi­gences du désir, par la volon­té de céder à toutes les séduc­tions dans le seul but de jouir jusqu’à en oublier, dans la tour­mente et le rabais­se­ment, les contraintes et les limites de la condi­tion humaine.

Rebecca, Hot Moms, tome 2Rebec­ca
Hot Moms, tome 2
Dyna­mite
ISBN : 9782362348112

Références   [ + ]

1.Pour rap­pel : Le titre ori­gi­nal de cette série est Hou­se­wives at Play, et je ne com­prends tou­jours pas com­ment on a pu opter pour un titre dif­fé­rent – en anglais, ce qui plus est…
2.Rebec­ca, créa­trice des Dege­ne­rate Hou­se­wives, inter­view accor­dée à Dyna­mite en mai 2015
3.Une expres­sion assez bas de gamme pour dési­gner une rela­tion sexuelle, l’idée de base étant qu’il s’agit de deux cochons occu­pés à se vau­trer dans la fange en copu­lant. Je tiens à rap­pe­ler ici que la Bauge est bien, d’après le Petit Robert, le « gîte fan­geux » du san­glier 🙂
4.Rebec­ca, Hot Moms #2, p. 42