Collectif, Plages interdites – Lectures estivales t. 1

Cette année-ci, le Sanglier restera terré au fond de sa Bauge et laissera passer les mois de l’été avec leur lot de plages encrottées, de criques qui puent le lait solaire et de chairs soigneusement faisandées sous un soleil qui fait fleurir les mélanomes. Mais comme la lecture est de toute façon le meilleur moyen de se dépayser et qu’il n’y a pas d’endroit plus confortable que mon vieux fauteuil recouvert d’une boue bien puante, j’ai résolu de dépister tous ces recueils qu’on publie invariablement à l’approche du grand départ et de les charger sur ma tablette. Et tout ça dans le but de partager mes impressions avec vous, mes chers lecteurs, dont je ne peux qu’espérer que vous resterez sagement accoudés au comptoir du bar du coin, amplement pourvu de boissons alcoolisées et d’un accès gratuit au wifi afin de pouvoir vous mettre dans l’ambiance et de suivre le Sanglier dans l’aventure de ses lectures estivales. Pour démarrer cette petite série, je vous invite à me suivre sur les Plages interdites des Éditions SKA.

J’ai été séduit, et c’est le cas de le dire, par la couverture de ce petit recueil estival : Un morceau de femme délicieusement bien en chair, avec un maillot, choisi pour sa taille très légèrement trop petite, qui finement souligne l’abondance des chairs étalées sur une serviette, le tout sur fond de mer bleu à la frange blanchissante d’écume. Véritable icône de l’estivant pour laquelle on ne peut que féliciter la personne en charge de l’illustration des couvertures des Éditions SKA.

L’éditeur a rassemblé cinq de ses auteurs pour ce petit projet, à savoir Ava Ventura, Jan Thirion, Max Obione, Francis Pornon et José Noce, avec comme consigne d’ « évoquer leurs souvenirs ou [d’] imaginer ce que serait leur plage idéale » (Avant Propos). Tâche qui implique donc non seulement l’imagination mais aussi le souvenir, ce qui peut, on le sait, mener loin, surtout en littérature. Des souvenirs d’enfance se mêleront donc aux vacances des adultes, certains nous font revenir à l’époque des sixties avec ses tubes, sa guerre d’Algérie à peine éteinte et ses Pieds-noir fraîchement débarqués tandis que d’autres choisissent l’exotisme des plages de la Thaïlande ou la vacuité d’un avenir blafard. Il y a donc un sujet imposé qui devrait constituer un lien si ténu soit-il entre ces textes, mais on ne peut s’empêcher de penser que ce sont des textes réunis au hasard de leur disponibilité. Dans le cas de Max Obione, c’est même plus ou moins clairement annoncé vu qu’il s’agit d’un extrait d’un texte paru aux Éditions Kraoken. Puis, dans le premier, livré par Jan Thirion, on cherche en vain la plage, tout juste rappelée à notre bon souvenir par le bikini jaune éponyme de Véronika. Pareillement, dans le dernier texte, Voyages d’affaires, si la plage est bien présente cette fois-ci, elle n’est que décor au même titre que les chambres d’hôtel et les chambres obscures perdues quelque part dans les dédales d’une ville asiatique. C’est dommage, mais cela ne doit pas nécessairement nuire à la qualité des textes en question. Et il y a effectivement deux au moins dont la lecture m’a laissé des souvenirs et que je ne peux que recommander. Il s’agit de celui, déjà cité, de Jan Thirion, Le bikini jaune, et de « Bougnoule », de François Pornon.

Dans le premier, un touriste se fait gentiment aborder par une fille en tenue de plage qui le prend pour une célébrité. Elle en sera pour ses frais quant à la célébrité de son interlocuteur, mais tous les deux découvriront, pour leur plus grand plaisir, qu’un bout minuscule de souvenir peut être largement assez pour ouvrir des portes – vers leurs chambres respectives.

Le deuxième évoque, avec la parcimonie des moyens qui convient à un texte aussi court, l’ambiance des années 60 avec leurs pistes de danse inondées des tubes d’autrefois et leurs Deux-chevaux dans lesquelles on emmenait les filles. Une fille qui, dans ce cas-ci, dévoilera les charmes de son ailleurs au jeune protagoniste qui apprendra ainsi, une fois pour toutes et pour son plus grand bonheur, que les choses sont presque toujours plus compliquées que ce que l’on croit et que les apparences peuvent facilement tromper.

Je ne m’attarderai pas aux trois autres textes de ce recueil que j’ai trouvés bien pâles, malgré le soleil qui inonde de ses rayons les lignes sans pour autant pouvoir leur conférer de son rayonnement. Quant à moi, je ne regrette pas les 1,99 € que j’ai dépensé et qui m’ont valu le bonheur de découvrir deux auteurs et un tout petit aperçu de ce queleur imagination est capable de faire.

Collectif, Plages interditesCollectif
Plages interdites
SKA éditeur
ISBN : 979-1-02-340230-8

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