Eri­ka Sauw, Dési­rs de nymphes

Les habi­tués de la Bauge se sou­viennent sans aucun doute de l’enthousiasme avec lequel votre ser­vi­teur a accueilli dans ses colonnes une série éro­tique de l’écrivaine Eri­ka Sauw, Com­pro­mis­sion. Eri­ka pos­sède, comme peu d’autres, l’art de plon­ger ses lec­teurs dans une ambiance où la ten­sion entre les per­son­nages rap­pelle celle qui pré­cède une tem­pête, l’atmosphère sur­char­gée de cou­rants élec­triques avant d’éclater dans un tumulte indi­cible. Et il me semble impor­tant de rele­ver que l’érotisme signé Eri­ka Sauw s’étale comme une évi­dence, se donne en spec­tacle, fier des jouis­sances qu’il fait naître, image fidèle d’une pul­sion non seule­ment natu­relle, mais qui se trouve à la base de toute vie humaine sur cette belle pla­nète.

Vous com­pren­drez que, quand j’ai appris qu’Erika allait lan­cer une nou­velle série, Dési­rs de nymphes, une série en plus où il était ques­tion de « pas­ser ses vacances d’été au bord de la Médi­ter­ra­née » (cf. la qua­trième de cou­ver­ture), il n’a pas fal­lu réflé­chir long­temps avant d’admettre ce titre dans la sélec­tion de mes Lec­tures esti­vales.

Hélas, j’ai été quelque peu – sur­pris. Notez bien que je n’écris pas « déçu », parce que tout le charme de l’érotisme qu’on a l’habitude de trou­ver dans les textes d’Erika est bien pré­sent dans ce début de série en ques­tion, même s’il faut faire un petit effort pour ava­ler quelques détails.

À pro­pos ava­ler … Lais­sez-moi poser une ques­tion à mes lec­trices avant d’entrer plus avant dans le sujet du pré­sent article : Est-ce que cela vous dirait, Mes­dames, d’avoir à votre dis­po­si­tion un mâle qui non seule­ment bande en per­ma­nence, mais dont la semence aurait en outre la qua­li­té éton­nante de vous rendre plus belle, de faire dis­pa­raître jusqu’aux plus petites irré­gu­la­ri­tés de votre peau, de rendre vos seins plus volu­mi­neux et vos cons plus récep­tifs au plai­sir ? Qui, en plus, vous ren­drait immor­telle et vous ferait jouir (et c’est la cas de le dire) d’une jeu­nesse qua­si­ment éter­nelle ? Je parie qu’il ne vous fau­drait pas très long­temps avant de trou­ver une réponse…

Bon, comme Dési­rs de nymphes n’est que le pre­mier volume d’une série, et comme il y a tou­jours un prix à payer pour le moindre petit bien­fait, je ne sais pas encore s’il y aura des com­pli­ca­tions qui ren­draient moins évi­dente la réponse que la pro­ta­go­niste est cen­sée appor­ter aux ques­tions du para­graphe pré­cé­dent, mais il faut dire que, pour l’instant, le scé­na­rio me semble assez – appé­tis­sant.

Vous aime­riez savoir où on peut trou­ver le dis­pen­saire d’un sperme aux pro­prié­tés aus­si éton­nantes qu’extraordinaires ? Et bien, voi­ci le hic, le mâle en ques­tion étant un être sur­na­tu­rel dont on trouve les der­niers spé­ci­mens dans tes textes de la mytho­lo­gie antique ou encore dans les musées, parce qu’il s’agit bien d’un – Satyre. Le titre aurait pour­tant pu me ser­vir d’avertissement, les Nymphes étant, elles aus­si, une espèce dis­pa­rue en même temps que leurs com­pa­gnons et la reli­gion païenne, enfouie dans les pro­fon­deurs de la mytho­lo­gie après le pas­sage du Com­père en Arca­die, res­sus­ci­tée pen­dant à peine quelques ins­tants par les rêves éveillés des poètes et des peintres :

Regret­tez-vous le temps où les Nymphes las­cives
Ondoyaient au soleil par­mi les fleurs des eaux,
Et d’un éclat de rire aga­çaient sur les rives
Les Faunes indo­lents cou­chés dans les roseaux ? (Mus­set, Rol­la)

J’avoue qu’un tel scé­na­rio me semble assez sur­réa­liste, encore que, ama­teur de Science Fic­tion et de lit­té­ra­ture fan­tas­tique, je n’ai pas peur du sur­na­tu­rel et des inven­tions lou­foques, tout dépen­dant des capa­ci­tés des auteurs res­pec­tifs d’en tirer un scé­na­rio « cré­dible », un scé­na­rio qui emporte les lec­teurs et leur fait oublier, pen­dant un temps, leurs doutes. Mais reve­nons un peu au texte en ques­tion !

La pro­ta­go­niste, Karine, est une jeune étu­diante de bio­lo­gie qui s’apprête à pas­ser ses vacances au bord de la Médi­ter­ra­née, invi­tée par un jeune couple qui a l’habitude de rece­voir chez lui de jeunes étu­diantes. Cette habi­tude peu com­mune aurait sans doute fait renon­cer les per­sonnes plus sages, mais Karine refuse de se lais­ser man­ger par les doutes et la peur – pour son plus grand bien. Parce que c’est grâce à ce séjour qu’elle se découvre des capa­ci­tés pour le plai­sir dont elle soup­çon­nait à peine l’existence. Et c’est sous les coups de rein vigou­reux de Daniel, Satyre de pas­sage sur notre pla­nète, que Karine se laisse entraî­ner par des cou­rants qui la feront débar­quer dans un monde tout entier dédié aux plai­sir de la chair. Et on lui pro­pose même de deve­nir une rési­dente per­ma­nente de ce monde-là, d’intégrer une mode de vie où tout tourne autour de la baise, où le sperme se consomme comme les eaux d’une fon­taine de jou­vence et où les chattes se bouffent comme l’ambroisie, les nymphes étant une espèce dont les habi­tudes de vie invitent à de joyeuses par­ties de lèche-minou.

Dési­rs de Nymphes pré­sente donc un monde quelque peu inso­lite dans lequel les créa­tures mytho­lo­giques sont une réa­li­té pal­pable (et péné­trable), un monde se trou­vant sur une autre pla­nète, mais qui rap­pelle, par bien des détails, la Terre à une époque très loin­taine. Mal­gré tout ce qu’on peut lui trou­ver de bizarre, cet uni­vers pré­sente un avan­tage non négli­geable : on y baise en per­ma­nence. On peut même affir­mer qu’il n’existe que pour ça, l’existence des deux espèces com­plé­men­taires que sont les Nymphes et les Satyres se résu­mant aux plai­sirs de la chair. Et comme Eri­ka Sauw excelle pré­ci­sé­ment dans la des­crip­tion du sexe et de celle du plai­sir pous­sé à son paroxysme, et qu’elle maî­trise à la per­fec­tion l’invention des pas­sages secrets par les­quels passent les dis­ciples d’Éros pour atteindre les som­mets orgas­miques, on ima­gine à quel point ce texte fait cou­ler les sèves. Et voi­ci où réside son inté­rêt prin­ci­pal, dans la force hal­lu­ci­nante de l’autrice à créer la ten­sion entre les sexes, une ten­sion appe­lée à se déchar­ger en coups de foudre dont le ton­nerre reten­tit dans les oreilles encore long­temps après un apai­se­ment tout pro­vi­soire, peu importe le décor.

Le pre­mier volume se ter­mine sur le retour de Karine dans l’univers « bien de chez nous », et je suis curieux de connaître la suite de ses aven­tures. Et même si j’aurais pré­fé­ré un scé­na­rio plus « réa­liste », à la façon de celui de Com­pro­mis­sion, je ne peux que recom­man­der ce texte aux ama­teurs et aux ama­trices de lit­té­ra­ture éro­ti­co-por­no­gra­phique.

Erika Sauw, Désirs de nymphesEri­ka Sauw
Balade en forêt
Dési­rs de Nympe (t. 1)
Édi­tions Arta­lys
ISBN : 9782375900024