Ji Bocis, Jar­din secret (Cla­ra)

Ji Bocis est un auteur qui m’a contac­té il y a quelques mois pour me pro­po­ser quelques-uns de ses textes, des textes que j’ai feuille­tés avec plai­sir et dont un en par­ti­cu­lier, Jar­din secret (Cla­ra), a su rete­nir mon atten­tion, d’abord par un cer­tain carac­tère esti­val des épi­sodes et ensuite – et sur­tout ! – par l’indécence plei­ne­ment assu­mée de la pro­ta­go­niste, la belle Cla­ra à la blonde toi­son. Voi­ci donc, me suis-je dit, quelqu’un qui sait com­ment par­ler au San­glier pour réveiller ses ins­tincts de pré­da­teur lit­té­raire !

Cla­ra est donc une jeune femme qui ne dédaigne pas les poils. Ou, pour le dire avec un de ses amants :

« Tu res­sembles à une sau­va­geonne avec tes poils fous. Il y en a par­tout ! Ton sexe est un inex­tri­cable maquis, ta raie four­nie comme une croupe de jument, tes jambes et tes ais­selles dignes d’une gue­non …»

Pas gênée le moins du monde par l’état natu­rel de sa toi­son, elle adore par contre s’exhiber, que ce soit pen­dant les ran­don­nées en com­pa­gnie de son mari, un « sodo­mite endur­ci » (fran­che­ment, je vous recom­man­de­rais le texte rien que pour cette trou­vaille !), ou que ce soit toute seule, aven­tu­rière sur son propre compte, tou­jours en recherche d’une bite qui puisse la com­bler par devant. Et Cla­ra ne rate pas les occa­sions pour ren­con­trer des amants en puis­sance, que ce soit sur des sites de ren­contre, dans des camps nudistes ou en pleine forêt.

Cette der­nière, une ren­contre syl­vestre où les pro­ta­go­nistes prennent des allures mytho­lo­giques (« Nymphe et lutin »), four­nit d’ailleurs une belle varia­tion sur un sujet bien connu de Manet :

 Notre déjeu­ner sur l’herbe va tour­ner au fast food, mon cher, […] Mon lutin com­prend tout à coup (quel naïf !) qu’il n’y aura ni hors d’œuvre ni des­sert, ni flirt ni pré­am­bules, qu’il faut pas­ser au plat de résis­tance, que, la magie de la clai­rière estom­pée, une femme pres­sée le réclame ardem­ment.

Les épi­sodes (répar­tis sur sept cha­pitres pour une ving­taine de pages) sont toutes très courtes et per­mettent tout au plus de se faire une pre­mière idée à pro­pos du style de l’auteur. Pour­tant, le peu qu’on peut se mettre sous la dent est bien suf­fi­sant pour deman­der du rab, et on aime­rait voir l’auteur s’embarquer au long cours pour nous concoc­ter des mets plus consis­tants, un véri­table plat de résis­tance où votre ser­vi­teur, séduit par l’échantillon qu’il est en train de vous pré­sen­ter, aime­rait plon­ger le groin !

Le récit est écrit à la pre­mière per­sonne, pro­cé­dé très clas­sique, mais res­semble plu­tôt à une sorte de mono­logue, flux de conscience où l’on devine l’effort de dépas­ser par la nar­ra­tion le voca­bu­laire habi­tuel des récits éro­tiques où cha­cun essaie d’y mettre du sien en se ser­vant pour­tant de mots uti­li­sés à outrance depuis si long­temps déjà. Inutile de sou­li­gner à quel point cette tâche est dif­fi­cile, les expé­riences se res­sem­blant et se répé­tant, à l’infinie, à l’identique, la chose étant aus­si vieille que l’humanité elle-même. Com­ment alors y mettre des mots inédits sans céder à la ten­ta­tion d’une sorte de pré­cio­si­té culbu­tée ?

Mal­heu­reu­se­ment, l’auteur se laisse par­fois enle­ver par ce cou­rant, et on trouve des inco­hé­rences dans le récit, comme par exemple au début du deuxième cha­pitre où on croise la belle en train de se pré­las­ser dans son bain mous­sant, juste pour la voir quelques ins­tants plus tard sur une ber­gère en train d’inspecter sa toi­son. Dans un texte aus­si court, cela mérite d’être rele­vé, et la remarque s’impose, comme pour tant de textes auto-édi­tés, qu’un tra­vail édi­to­rial pro­fes­sion­nel aurait sans doute abou­ti à une meilleure qua­li­té. Mais l’auteur, conscient de ce qu’un coup de main de pro manque encore au texte, aver­tit ses lec­teurs (ceux au moins du SP que j’ai reçu) du fait que le texte n’a pas été « préa­la­ble­ment sou­mis à un édi­teur pro­fes­sion­nel ».

Le plai­sir de la lec­ture résiste pour­tant à ces déra­pages, et je ne peux que recom­man­der ji Bocis à un lec­to­rat dési­reux de se lan­cer dans de nou­velles aven­tures éro­ti­co-por­no­gra­phiques, sans être obli­gé de pas­ser par des routes mille fois déjà emprun­tées.

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