Archives pour la catégorie Numé­rik­li­vres

Céci­le Ben­ha­mou, Kill my blon­de

Kill my blonde - drôle de titre qui m'a tout d'abord fait penser, sans doute pour avoir un peu trop frayé ces derniers temps avec des textes en provenance de la Belle Province, à un sombre polar venu tout droit du Québec, et où il s'agirait de se débarrasser de son épouse. Mais les choses ne sont pas si faciles - ni aussi évidentes - dans ce texte de Cécile Benhamou que Jean-François Gayrard, patron des Éditions Numeriklivres, vient de récupérer des décombres de feu les Éditions de la Bourdonnaye, maison placée en liquidation judiciaire le 23 août par le tribunal de commerce de Versailles.

Ce n'est donc pas un polar que ce récit de quelques mois dans la vie de Stella, la protagoniste qui se double d'une narratrice à la première personne. Encore que l'ambiance dans laquelle le lecteur se trouve plongé dès les premières pages ne détonnerait pas dans un polar où le lecteur a l'habitude de croiser des personnages douteux dans une ambiance souvent glauque. Et ce n'est pas le sang non plus qui y manque, le sang qu'on voit couler dès la première page, encore que la plaie d'où il s'échappe n'est pas celle ouverte par l'arme d'un assassin :

Le filet de sang entre mes cuisses, tiède. […] J’ai encore envie de [mon amant], de le sentir en moi, envie d’être gavée par ce morceau de chair étranger, mais avant, je dois vraiment aller me laver l’entrecuisse. J’y vais donc. Je l’enjambe, la main sous mon sexe en prévention d’une goutte de sang furtive qui lui tomberait sur la figure. (chapitre 2)

Libre au lecteur de laisser s'envoler son imagination, chauffée à blanc par l'évocation de "cet infime filet sanguin [qui] était sans doute le fruit d’une partie de sexe trop enthousiaste." (chapitre 2) On peut se demander quel genre de pratique se cache derrière un tel euphémisme, mais ni l'autrice ni la narratrice ne s'embarrassent de donner des détails, s'obstinent à laisser planer le doute et font passer la narratrice à l'acte suivant, le premier de toute une série qui s'étend à travers les dix premiers chapitres où l'on croise une pute qui ne dédaigne pas les excursions en terre saphique, un inconnu rencontré dans le train, un individu nommé Dave qui enchaîne des parties de jambes en l'air pour assouvir sa haine envers les femmes et envers lui-même, et finalement Mina, une copine de la narratrice, qui s'engage avec celle-ci dans une partie de triolisme.

Jusque-là, rien de trop insolite pour une protagoniste présentée dans le résumé du roman comme "femme libre" et peu soucieuse de son corps "dont elle fait ce qu'elle veut avec qui elle veut". Sauf évidemment cette ambiance à la Bukowski qui n'est pas sans rappeler les meilleures pages de Tulle doré, texte de Roman K. qui envoie sa protagoniste baiser au milieu des ordures. Et puis, se produit une rencontre qui change tout, pour le lecteur aussi bien que pour Stella, qui se retrouve nez à nez avec - sa conscience ! Amenée, quant à elle, par "le spectacle de mon [i.e. de Stella] affliction" (chapitre 11).

C'est à partir de cette rencontre que le roman change d'allure et que la série de parties de jambes en l'air prend fin pour être remplacée par une suite de monologues intérieurs, et le lecteur se voit livré, au fur et à mesure que le texte progresse, à une marée de réflexions, rien que des réflexions, qui risquent d'ensevelir, voire d'écraser, l'intrigue.

À travers de nombreuses remises en questions, la narratrice se lance dans un parcours qui, censé la rapprocher de sa véritable personnalité, progressivement l'éloigne de la société, l'amène à couper les ponts avec ses amis et les gens qui l'entourent, en s'enfermant dans sa chambre d'abord, en partant pour Rotterdam ensuite, où elle embrasse, avec une belle passion, la condition de prostituée afin de se prouver à elle-même qu'elle est une véritable réprouvée, une femme qui ne respecte aucun code et qui enfreint toutes les règles de la bienséance. Sauf que cette étape ne dure pas plus que quelques heures et se rapproche d'un caprice plus que d'une action volontaire d'auto-anéantissement. À la place, elle choisit une piste différente, celle d'inscrire dans son visage le nom du prétendu coupable, d'y arborer le chiffre de la mort au lieu de celui de la vie, de faire de soi une sorte de Golem renversé et de porter à la glèbe qui la compose le coup fatal avant d'envoyer tout le bazar au loin, vers une gestation renouvelée, avec l'espoir sans doute de renaître pour une existence meilleure - sans préciser comment ce serait seulement possible. Le sang du début, celui qui s'écoule du ventre, est remplacé par celui de la fin, celui qui ensanglante le front et tout le corps, mais qu'est-ce que Stella a finalement gagné au change ? De quelle liberté va-t-elle profiter ? Comment assurer la nouvelle condition qui lui permette de vivre libre des exigences de sa conscience ? Et quelles sont d'ailleurs ces exigences ? La narratrice parle de façon très vague de quelques injonctions sans préciser qui les lui aurait adressées :

J’ai désobéi aux injonctions de bonne conduite qui auraient voulu que je sois vierge de toute débauche, de toute envie de sexe et d’alcool, de toute jubilation face au plaisir et autres turpitudes invariablement condamnables. (Chapitre 45)

Mais qui est-ce qui reprocherait à la protagoniste ses excès, sa façon de vivre, ses choix ? Qui demanderait à la narratrice de rendre compte de ses actes ? Et qui s'obstinerait à lui tendre des pièges quitte à barrer sa route ? Est-ce que tous ces obstacles sont bien réels ou est-ce que ceux-ci, imaginaires, n'existeraient qu'au niveau de son imagination, à l'instar de toutes ces théories complotistes qui assiègent les esprits faibles et peu aptes à y voir clair, dans un monde trop complexe ? Malgré la logorrhée dont la narratrice semble, par chapitres entiers, affligée, nulle trace d'une analyse approfondie et systématique pour déterminer sa place dans la société, au milieu du troupeau humain dont la présence lui pèse tant. Sauf, peut-être, un dégoût profond :

J’ai enchaîné les bites comme les putes au bois enchaînent les clients, taiseuse et consciencieuse, avec l’espoir malgré tout de trouver au milieu de ces chairs celle qui saurait me faire jouir, mais je n’en ai trouvé aucune. (chapitre 12)

Si j'ai été impressionné par une entrée en scène des plus sordides et la présence du sang que les textes érotiques ont trop souvent tendance à occulter, je me suis ensuite fatigué à entendre la narratrice se justifier en se répétant qu'elle a bien fait de franchir les obstacles dressés par la société, de passer à côté des attentes, d'ignorer les appels de sa "conscience" , jusqu'à concevoir le projet de se débarrasser de celle-ci. Quant à la fin, celle-ci n'apporte aucune réponse, et le flou s'empare du récit, à l'image des yeux qui se voilent sous l'assaut du sang. Une conclusion presque logique, après tant d'introspection, après ce long monologue intérieur, cette marée de réflexions, qui a pris le pas sur l'intrigue jusqu'à la noyer, jusqu'à la faire oublier. Ce qui tranche sur les premiers chapitres et le début haut en couleur, jusqu'à en dégoûter par la lenteur paralysante avec laquelle le récit se traîne en avant, comme si on lui avait coupé les tendons.

Le roman a pourtant ses moments forts, et l'autrice arrive à créer, dans ses meilleurs passages, une ambiance de fin d'univers qui reflète assez bien l'état d'âme de la protagoniste :

J’appuie sur le bouton. J’entends le bruit de la serrure qui se déverrouille. Je pousse la lourde porte : le hall, l’escalier sur la droite, puis la cour intérieure au fond. Les murs sont sales. De grosses écailles de peinture beige craquelée tombent de-ci de-là sur le sol carrelé du hall. Un chat noir et blanc est assis, moche lui aussi. (chapitre 7)

Et même vers la fin, quant tout se teinte de gris, il y a des instants de grâce, comme ce passage dans le bordel de Rotterdam et la fièvre qui s'empare de Stella à l'approche de l'heure fatidique, quand elle devra enfin se présenter pour être admise à l'étal où elle présentera ses chairs. Drôle de destin que celui d'une étoile qui ne peut briller qu'au milieu des ténèbres.

Je ne saurais dire si j'ai vraiment compris ce texte, dans la mesure où un texte peut être compris, où une quelconque intention se laisserait déchiffrer dans les pages d'un roman. Je sais par contre que j'ai gardé une impression assez mitigée de  cette lecture qui, par pans entiers, menaçait de m'échapper, pris au piège des chapitres qui n'en finissaient pas. N'empêche que Cécile Benhamou m'a fait réfléchir, mieux peut-être que des textes plus réussis, ne fût-ce seulement pour essayer de comprendre où le texte a pu dérailler, et d'où venait ce sentiment d'avoir été perdu au bon milieu du voyage. Jusqu'à me demander si, par quelque condition qui m'échappe, je serais tout bonnement incapable de saisir l'âme de ce texte ?

Kill my blonde Couverture du livre Kill my blonde
Cécile Benhamou
Numériklivres
2 juillet 2016
fichier numérique
157

Stella se rêve en femme libre. Elle suffoque dans une existence qu'on voudrait baliser et normer pour elle. Pour son bien. Pour les convenances. Alors elle se révolte et ne respecte rien. Surtout pas son corps, dont elle fait ce qu'elle veut avec qui elle veut. Mais les rencontres des nuits superficielles s'évaporent comme des auréoles au petit matin. Et il n'en reste rien. Mauvaise mère, mauvaise épouse, mauvaise amie, mauvaise personne, voilà tout ce que la société comme il faut reproche d'être à Stella. Pour demeurer vivante, elle doit rire de ce jugement inquisiteur. Un jour, elle largue les amarres, elle part en quête de son oxygène et s'exclut de tous les systèmes en place. C'est au bout de son voyage, au bout de ses excès, au bout d'elle même, qu'avec la flamboyance des éternels elle brise ses chaînes invisibles et conquiert sa liberté. À quel prix …

Thier­ry Ber­lan­da, Tem­pê­te sur Noga­les

À peine de retour de mes vacances (ce qui explique, en passant, un silence de presque quatre semaines), j'ai l'occasion de vous présenter un texte qui a été, en quelque sorte - et évidemment hors concours - une sorte de dernière lecture estivale, la saison 2016 se terminant ainsi sur les chapeaux de roue, (re-)lancée à fond la caisse par les Éditions Numériklivres et Thierry Berlanda qui nous conduisent tous les deux droit au cœur de la Tempête sur Nogales.

Si je parle de Lecture estivale, je pense, dans le cas de Thierry Berlanda, moins à l'intrigue - qui, si elle ne manque pas de chaleur, laisse peu de place pourtant aux désirs de la chair - mais plutôt aux conditions de lecture qui, elles, ont exactement répondu aux exigences que je formule depuis quatre ans pour les textes destinés à entrer dans le petit festival de la belle saison concoctée par votre serviteur :  faire la crêpe sous le soleil (du Roussillon, en l'occurrence), les doigts de pieds enfoncés dans le sable, les narines remplies des effluves maritimes venant du large, l'air tout autour chargé d'un délicieux parfum de crème solaire émanant de corps chauffés à blanc, le paysage agrémenté de belles poitrines qui attirent les regards autant qu'elles attisent les imaginations.

Une dernière lecture estivale - Thierry Berlanda, Tempête sur Nogales
Une dernière lecture estivale - Thierry Berlanda, Tempête sur Nogales

Mais bon, laissons là les souvenirs d'un épisode estival pour revenir au désert de l'Arizona et au roman qui confronte une poignée de personnages à la misère qu'ils traînent avec eux, aux règlements de compte, à un univers sordide qui rend tout le monde égal devant la menace qui hante les têtes et les routes, à la violence sans appel des coups de feu.

Le lecteur attentif l'aura compris suite à la fin du paragraphe précédent, le texte, placé dans un décor à la Wim Wenders, rappelle, non seulement par le décor en question mais aussi par certains de ses motifs, un western, drôlement mitigé pourtant par une certaine ambiance de road movie. Parmi les éléments classiques du genre, on peut citer le combat qui longtemps se prépare et finalement éclate entre les forces qui s'opposent (on n'ose parler d'un combat entre le bien et le mal), la présence de la femme que les protagonistes se disputent, le tout rehaussé par l'intrusion / l'irruption de l'étranger, ingrédient d'autant plus inquiétant dans la mesure où celui-ci non seulement échappe aux investigations et reste obstinément opaque, mais encore se démultiplie entre, d'un côté, le gosse, Cooper le camionneur, les hommes de la Pontiac noire, et, de l'autre, la belle Jessie. Reste à savoir si l'ingrédient en question est un élément catalyseur d'une possible évolution de la société ou plutôt un indicateur d'une émergence de forces pré-sociétales, rétrogrades, vers le chacun pour soi et le droit du plus fort… Si ce dernier élément est sans doute le facteur le plus puissant, un motif qui remonte très loin dans l'histoire des civilisations, créant un lien entre un genre né au XXe siècle et les mythes de l'ancienne Grèce, en passant par la matière de Bretagne des épopées médiévales, il est aussi celui qui crée le plus d'ambiguïté dans l'intrigue de la Tempête sur Nogales, rendant illusoire la volonté de clairement distribuer les rôles en leur collant une de ces célèbres non-couleurs, à savoir le noir ou le blanc.

Si l'influence du western est donc clairement discernable comme un élément déterminant du roman, celui-ci s'enrichit d'une autre source, d'inspiration cinématographique elle aussi. Dès le début du texte, immédiatement après avoir donné la topographie de l'intrigue, le lecteur est mis en mouvement - il s'ébranle et - roule. Il ne faut pas aller plus loin que le premier paragraphe pour tomber sur cette phrase :

Vous pouvez rouler quatre-vingt-sept miles sans voir que sable et ciel.

Ça roule, donc, et ceci, à partir de la sixième phrase. Ensuite, il y a la route, les Macks (une marque légendaire de remorques), les entrepôts, les camionneurs, et le grouillement incessant de tout ce petit monde sur les routes du désert. Et il y a aussi, un peu plus tard, la Pontiac avec son équipage de noir vêtue, il y a la fuite de Jess et de William - en voiture, évidemment - et puis on tombe, à la toute fin, sur cette annonce laconique - "Il a démarré" - qui précède de très peu la conclusion - qu'on imagine suivie par le mot Fin qu'on verrait défiler sur l'écran.

Si donc western il y a, clairement et incontestablement, il y a aussi du road movie, genre dont j'aimerais vous citer la définition de la Wikipédia :

En général, le road movie montre deux compères qui quittent la ville et prennent la route en voiture, pour s'enfuir vers une destination mythique ou inconnue.

Dans un drôle de renversement, c'est sur un tel départ que se clôt Tempête sur Nogales (avec une légère variation sur le nombre de "compères"), préparant ainsi le scénario classique du road movie pour l'après-texte, invitation aux imaginations à se projeter dans l'espace laissé ainsi ouvert à l'infini.

Infini, c'est bien le mot qu'on imaginerait adapté au décor, le désert du far west, mais rien n'y est aussi limité que l'horizon, et tout se joue en comité restreint, dans un espace qui apparaît d'autant plus limité que - théoriquement - il frôle l'infini. À l'image de l'exiguïté de l'antre du voyeur, celui du Gosse, d'où celui-ci guette le moindre mouvement de sa Jessie. Dans un monde pareil, tout reste comme figé à sa place, immuable malgré le mouvement des trucks, ces bêtes de somme énormes qui, s'ils sillonnent sans cesse le désert, reviennent toujours à leur point de départ, sorte de cafards immenses cloués au mur et incapables de progresser. Et pourtant, et c'est là sans doute un des meilleurs artifices de l'auteur, tout semble évoluer autour du minuscule snack, sorte de punaise plantée en plein désert - l’œil du cyclone - et sa propriétaire, Jess, créature de rêve si visiblement téléportée dans cet endroit improbable que la question du pourquoi du comment se dresse tout de suite devant le lecteur intrigué.

La tempête qui s'abat sur Nogales, loin de se borner à un phénomène naturel, est celle qui emporte les certitudes, celle qui brouille les cartes que la vie a distribuées (ce n'est pas pour rien que les chapitres sont intitulées "donnes"), celle aussi qui fait remonter le passé de ses cendres, le passé rendu palpable dans la personne de la vieille indienne qui hante le décor comme un fantôme décharné. Mais elle n'est que la manifestation extériorisée de l'ouragan humain qui fait tourner le manège autour du repère de Jessie la blonde, celle dont le passé ne se perce qu'à coups de feu, si ce n'est à coups de hachoirs.

Thierry Berlanda a réussi l'exploit de créer un univers d'une exemplaire densité, mélange de genres qui habilement joue avec les attentes du lecteur et avec les images que des décennies d'habitudes cinématographiques ont implantées dans les cerveaux et les consciences, et dont les protagonistes se greffent sur le souvenir de ces héros du far west devenus familiers à force de les croiser dans les imaginations.

Tempête sur Nogales Couverture du livre Tempête sur Nogales
Collection e-LIRE
Thierry Berlanda
Fiction / général
Numeriklivres
17/08/2016
fichier numérique
174

Sur la route de Tombstone à Nogales, à la frontière entre l'Arizona et le Mexique, sous un soleil de fonte, une tempête se prépare. Tempête de sable, de vent, de souvenirs. Avec dans la ligne de mire le snack de Jess, planté au mile 88, en plein désert. Et tous, sans exception, aussi bien Dennewich, l'odieux patron du cabaret à filles, que les chauffeurs de la compagnie de trucks locale et que la population entière s'agitent de plus en plus à mesure qu'approche avec la tempête une Pontiac noire, tel un funeste présage. Pour quelle raison ce mystérieux attelage terrorise-t-il Jess, ange blond à la voix de chanteuse Black et au passé enfoui ? Le gosse, un pauvre type éperdument amoureux d'elle, et son vieux pote Holly, seront-ils de taille à la protéger ? À moins que la belle ne préfère l'aide de Cooper, un nouveau chauffeur qui ne la laisse pas indifférente. Les âmes égarées ont-elles droit à une seconde chance, ou dans cette arène aux allures de tombeau ouvert, la poussière doit-elle nécessairement retourner à la poussière ?

Bar­ba­ra Katts, Je vous aime

Certains s'en souviennent sans doute : il y a à peu près un an, Jean-François Gayrard, l'éditeur des Éditions Numériklivres, a lancé un appel à textes pour une nouvelle série érotique, Texte-moi, série inspirée par le succès du sexting, la technique de drague effrontée et ultra-directe qui se sert des smartphones comme entremetteurs. Après Alix Langevin, c'est Barbara Katts qui a répondu présente, et sa novella Je vous aime a fini par fournir le deuxième texte de cette série. À moins qu'il ne faille qualifier celui-ci de "second texte", vu que c'est la dernière publication en date sous cette enseigne et que les auteurs (en herbe) ne semblent pas se bousculer pour répondre à l'AT sus-mentionné.

Quel que soit l'avenir de cette série, votre serviteur, appâté par la qualité de La mauvaise réputation, le texte signé Alix Langevin qui a eu l'honneur d'inaugurer la nouvelle série, n'a pas hésité à s'offrir celui de Barabara Katts aussi, et il ne l'a pas regretté. Si je vous en parle seulement aujourd'hui, c'est que les auteurs à découvrir pullulent dans le domaine érotique et que je me laisse volontiers distraire par le grand nombre de textes qui attendent de grignoter un bout du temps que je peux consacrer à la lecture, coincé entre la vie professionnelle et celle en famille. Mais comme il n'est jamais trop tard pour partager ses découvertes, voici quelques lignes pour vous inviter à pénétrer dans le terrain érotico-littéraire de Barbara Katts.

Je vous aime, donc. Un titre qui tout de suite établit une ambiance plutôt romantique qu'érotique, un amalgame en général peu heureux dont le Sanglier a l'habitude de se méfier. Détrompez-vous, pourtant, l'érotisme occupe une place de choix dans ce texte, et je peux vous dire que Barbara Katts non seulement maîtrise l'art de la séduction, mais sait présenter le désir féminin sous un angle des plus alléchants. Autant vous dire que sa protagoniste, Lydie, une comédienne aux formes opulentes, ne laisse pas indifférent et que l'auteure sait faire monter avec habileté la tension au gré des aventures de sa créature.

Celle-ci, originaire d'Aix-en-Provence, emmène les lecteurs dans ses flâneries à travers les rues et les places de ce joyau provençal et leur fait découvrir une ville qui, en train de sortir des frimas de l'hiver, se réveille tout doucement sous les rayons d'un soleil timide encore. Une ville à l'image de cette protagoniste qui, elle aussi, sort d'un hiver sentimental, d'une relation bâtie sur rien que quelques parties - assez espacées, en plus - de jambes en l'air. Et qui se réveille sous les chatouillements des textos - de plus en plus indécents au fur et à mesure des rapprochements mutuels - envoyés par un admirateur inconnu.

Il ne faut pas chercher beaucoup de profondeur dans ce texte, et celle ou celui qui chercherait l'insolite voire le trouble y serait pour leurs frais. L'histoire de Lydie et de sa rencontre avec Jean tire son charme de sa fondamentale innocence, de l'ingénuité de son héroïne qui décide de céder à la tentation de l'inconnu, d'ouvrir grands les bras au monde qu'elle voudrait accueillir. Le tout est porté par une écriture fine qui sait trouver les mots qu'il faut pour se faufiler entre l'ennui du trop cru et l’excitation monomane du branleur et on finit par se dire qu'il y a un plaisir certain à suivre cette jeune femme appétissante dans ses divagations sensuelles doublées d'excursions urbaines. Une lecture parfaite pour un voyage en train, une heure perdue à la plage ou à la terrasse d'un café, une lecture toute en légèreté qui passe comme une brise printanière dont les effluves remplissent les narines avides de l'air frais d'un midi d'avant l'arrivée des grandes chaleurs. Une lecture qu'on voudrait terminer avec un petit clin d’œil à l'auteure : Respirez, il y a de la chatte dans l'air 🙂

Je vous aime Couverture du livre Je vous aime
SeXtasy Collection
Barbara Katts
Fiction / érotisme
Numériklivres
05/08/2015
fichier numérique (PDF, EPUB, Kindle)
63

Lucie n’est pas seulement une comédienne professionnelle de talent, c’est aussi une belle femme à qui tout sourit, ou presque. Sa relation avec Sébastien ne comble ni son coeur, ni son corps et elle n’en retire plus que de la déception. Alors quand un inconnu, par un bel après-midi, lui envoie un texto chargé de délicatesse, Lucie décide de se prêter au jeu. Osera-t-elle ce rendez-vous que son mystérieux correspondant la supplie d’obtenir ?

Katy Axer, Vies en sus­pens

Vies en suspens de Katy Axer est le troisième titre de la collection L'Intime - collection dirigée par Anne Bert et lancée par Numériklivres il y a quelques mois seulement - à entrer dans la Bauge littéraire, après Que sais-je du rouge à son cou d'Anne Bert, et Les Déroutés, texte signé Christel Delcamp. Et je me réjouis, comme c'est le cas dans les collections des éditeurs numériques en général, de découvrir dans celle-ci aussi des illustres inconnus dont les textes valent la découverte par le grand public - quoi qu'en puisse penser l'auteur de Le Rouge et le Noir, trop heureux, semble-t-il, d'invoquer ces sacrés happy few... Ce n'est pas que je me flatte d’entretenir des relations souterraines avec les milieux germanopratins ou d'être une taupe de la grande presse et de ses magazines littéraires pour nourrir l'espoir de donner un coup de pouce à des auteurs qui méritent de faire parler de leurs textes , mais chaque goutte compte, et je me réjouirais bien trop de voir un de ces auteurs percer pour me priver de l'envie de rajouter la mienne à toutes celles qui finiront peut-être par faire crouler les digues, invisibles mais bien présentes, qui, aujourd'hui encore, empêchent les auteurs publiés en numérique de sortir des rangs et de se faire remarquer.

Vies en suspens, donc. C'est un roman qui a tout d'un morceau de théâtre intimiste, en très petit comité, qui se passe des grands décors d'opéra, de toute grandiloquence et des intrigues qui feraient le bonheur des blockbusters hollywoodiens. Une poignée de personnages qui se croisent, que ce soit dans la vie ou par souvenir interposé, qui réfléchissent, qui se promènent dans les rues obscures de la Métropole, qui se font happer par la nuit et les brumes et qui vivent au bord du précipice, entrevu parfois, présent toujours.

Ce qui peut surprendre dans un roman dans lequel son éditeur voudrait discerner un cheminement vers la lumière ((Voir la quatrième de couverture)), c'est l'omniprésence hallucinatoire de la solitude et de la mort, une obscurité qui s'empare des personnages, prête à les faire dévier pour mieux les engloutir. Tous les personnages sont impressionnants dans la mesure où leurs passages laissent des traces dans la mémoire du lecteur qui les a croisés, les a entraperçus dans le noir de leurs chambres, au détour d'un sentier perdu dans les embruns de la côte, a assisté à leurs ébats à peine audible derrière la cloison. Que ce soit le solitaire anonyme de la première partie qui se traîne à travers ses journées en suçant le moindre petit bruit pour se glisser dans la vie de celles et de ceux que, à longueur de journée, il guette sans jamais se fatiguer ; que ce soit Emma, la femme blafarde et délaissée qui a permis de faire de son corps le repaire d'une morte vivotant à l'état d'un ramassis mal vieilli de souvenirs ; que ce soit Éric, l'homme en noir qui passe à travers la vie sans laisser de traces sauf les coups de griffes dans la chair de celles qui ont eu le malheur de lui rappeler, par quelque trait, son amour mort suicidé aux pieds de la falaise qui, avant, a été le témoin de leurs ébats. Tous ces personnages sont frappés par le passage de la mort, frappés du sceau indélébile de cette fatalité qui fait de nos parcours de brèves excursions dans un terrain qui ne nous appartient pas. Et quel bonheur que d'assister aux passages de cet Éric, promeneur solitaire, image presque archétypique du vampire enfermé dans le cercueil de ses rêves brisés, de noir vêtu, se nourrissant de l'essence de la vie des autres, de leurs identités qu'il décompose pour en refaire l'image d'une femme qu'il n'a su empêcher de mourir. Grand amateur de littérature noire, des contes qu'a engendrés le romantisme gothique et noir des Radcliffe, Lewis, Byron et Polidori, des tableaux nocturnes alimentés par la fureur d'un Hoffmann et des récits d'un Nodier dont les protagonistes se perdent dans les brumes d'un au-delà morne et pâle, je dois pourtant dire que Katy Axer m'a surpris dans la mesure où je le croyais impossible de créer, aujourd'hui encore, des personnages qui, alimentés par des racines plongées au cœur même de la terre de nos légendes, nourris à même les sources de ce Romantisme noir et effréné, puissent rajouter des traits nouveaux aux spectres d'antan, des personnages ayant, eux aussi, la part de mystère et de grandeur - rajoutée à la soif de l'échec - qu'il faut pour créer des mythes. Et croyez-moi, chers lecteurs, je ne dis pas cela facilement, ayant sous la main les textes qui ont fait la grandeur du XIXe siècle en littérature. D'autant plus que le texte en question, Vies en suspens, présente aussi des faiblesses que je ne suis pas près de passer sous silence.

Ce que je reproche surtout au texte de Katy Axer, c'est une construction quelque peu malhabile. Les tableaux que l'auteure sait enchaîner sont autant de chefs d'œuvre et ne manquent pas d'une certaine grandeur - il suffit pour s'en convaincre de lire la première partie, ce monologue du reclus (mais pensez donc à tous ces Moines, chers amis !) prisonnier de ses propres peurs non formulées, vivant comme en dehors des contraintes de la vie matérielle dans une sorte de purgatoire qui se cacherait au fond de nos immeubles tellement peu remarquables, mais ô combien propices à cacher les pires horreurs - mais il faudrait peut-être apporter le même souci du détail - visible quand l'auteure fait parler le vent qui souffle sur la falaise mortelle où rend vivant un appartement rien qu'en évoquant les bruits qui hantent la tuyauterie - à la construction pour mieux relier les tableaux entre eux, pour faire de la galerie une suite où les passants se sentent engloutis par le vertige qui inexorablement les attire vers la conclusion.

Vous savez peut-être, chers lecteurs, que j'ai déjà eu l'occasion d'accueillir dans la Bauge des romans sauvés, in extremis, par une fin qui faisait oublier les défauts et les faiblesses. Mais que faire d'un texte grandiose, un texte qui fait jubiler, mais doté d'une fin qui ne passe que difficilement ? C'est peut-être moi avec mes goûts démodés qui me font éternellement revenir en arrière, vers cet inoubliable XIXe siècle, mais j'aurais mieux aimé une conclusion différente. Une conclusion qui - justement - n'en est pas une, rejetant les personnages - et le lecteur avec eux - vers un éternel commencement, une souffrance éternellement renouvelée où notre condition s'écrase sous les pieds de celles et de ceux qui tournent en rond autour des citernes pour y puiser l'eau de la douleur. Vous m'en direz peut-être des nouvelles, lecteurs futurs ? Je serais heureux de vous accueillir ici pour partager vos impressions et discuter à propos de cette fin qui me paraît, à moi, bien insipide.

Vies en suspens, c'est néanmoins un texte qui promet de la grandeur, une grandeur qu'on peut déjà sentir palpiter, au fond des tableaux et des existences qui s'y meuvent, perceptibles, à fleur de peau, couvant dans les détails du décor et les consciences qui s'interrogent. Souhaitons à l'auteure de trouver très bientôt l'occasion d'exercer son talent et de faire un pas supplémentaire vers cet accomplissement imperceptible qui fait de la littérature - un art. En attendant, je me permets de vous conseiller à vous tous de lire ce petit texte pour vous faire une idée ce ce qu'est une auteure qui a tout pour faire une différence.

Vies en suspens Couverture du livre Vies en suspens
Katy Axer
Fiction
Numeriklivres
3 October 2015
162

Un solitaire mal dans sa peau vit reclus dans son appartement ; voyeur par ennui, il observe sa voisine aux cheveux rouges, la guette à la fenêtre, l’écoute à travers les murs, vole son intimité pour s'inventer une vie où il prend la place de l’amant vêtu de noir qui partage la vie de la jeune femme. La voisine rousse, elle, raconte comment son amant la délaisse pour une autre femme qui lui ressemble beaucoup trop. Pour comprendre cette soudaine désertion et cette impression d’avoir été dépossédée de son identité, elle le file à son insu. Puis l’amant vêtu de noir révèle peu à peu au lecteur la raison de son obsession des chevelures rousses qui l’emporte dans la fuite et la déraison. Trois intimités suspendues entre l’être et le paraître. Katy Axer, dans ce texte choral, dépeint de façon chirurgicale ses personnages en pleine introspection. Dans une réalité mouvante, leurs obsessions et leurs récits se font écho avec en fil rouge la buée des haleines, la filature, la fascination des chevelures rousses et le secret. L’atmosphère sensuelle hivernale et citadine va comme un gant aux intimités frileuses qui se dévoilent peu à peu pour cheminer vers la lumière, car Katy Axer n’a pas le goût de la tristesse... après l’hiver revient la chaleur.

Les Chat­tes se refont une beau­té – sur papier

Il y a un peu plus de deux ans, j’ai libéré les Chattes. Prisonnières de ma plume jusqu'au moment de la publication, elles se sont depuis construit une vie : Nadège, Marie et les joyeuses luronnes que ces magnifiques créatures ont croisées sur la route du plaisir. Et je peux affirmer qu'elles continuent à faire le bonheur des lecteurs et des lectrices avides d’indécence et de récits initiatiques.

Dans cette aventure littéraire, Jean-François Gayrard, patron des Éditions Numériklivres, a été un compagnon fidèle avec ses conseils avisés et ses encouragements. Les habitués de la Bauge le sauront, JFG est - et a toujours été - un partisan infaillible de l’édition 100 % numérique. Et il continue, depuis des débuts modestes il y a cinq ans, à enrichir son catalogue, à varier les collections et à attirer à lui des auteurs qui ont le mérite de savoir séduire votre serviteur grâce à la qualité de leurs textes. JFG a donc, en ce qui me concerne, démontré par l’exemple que numérique et excellence font très bon ménage, et je suis très content d’avoir confié mes deux fauves aux bons soins de Numériklivres.

Et voici que j’apprends une nouvelle que je ne vais pas me priver de vous annoncer : À partir d'aujourd’hui, les Chattes sont également disponibles en version papier. Alors, s’il y a des amateurs qui préfèrent le papier à l’écran tactile, voici que l’occasion se présente d’enrichir votre bibliothèque et de faire entrer dans votre intimité des félines tout ce qu’il y a de plus spéciales… Mais vous aurez été avertis, ces créatures-là savent administrer leurs coups de griffe avec une cruauté des plus sensuelles.

Pour commander, il suffit de cliquer sur l’image.

Bon amusement !

Les Chattes en version papier