Annie May, Bio Super Élite. Le bonheur est dans le pré

Vous qui connaissez le Sanglier et ses habitudes littéraires devez savoir que les idées loufoques sont toujours les bienvenues dans ma Bauge, surtout si celles-ci apportent en même temps un air d’érotisme. Je n’ai donc pas pu rester indifférent aux textes d’Annie May, découverts à travers l’excellent blog de ma consœur ChocolatCannelle, à savoir les deux épisodes qui inaugurent la série Bio Super Élite. Sauf que ce n’est pas d’un petit air d’érotisme qu’il faut parler dans le cas présent, mais d’une tornade pornographique qui risque de foutre le bordel dans ma pauvre demeure…

Mais commençons, encore une fois, par le début. Nous sommes donc au XXIIe siècle et dans un scénario assez classique qui a fourni le point de départ de nombreux ouvrages de science fiction : Le monde est surpeuplé et il faut nourrir les masses 1)Petit clin d’œil en passant à Harry Harrison, Richard Fleischer et leur Soleil vert. Encore heureux qu’il y ait les OGM pour venir à la rescousse, mais nos lointains descendants auront été bien moins réticents que nous autres, grands pourfendeurs des Monsanto & Cie. À force donc de chipoter avec les noyaux des cellules, ils auront réussi à créer des hybrides mi-plante mi-animal, ce qui, on le devine, ne saurait se terminer que par un désastre. Surtout quand on sait que l’être humain est un animal comme un autre. Ce qui devait arriver arriva, et

ces nouvelles expériences se répandirent dans la nature, engendrant des créatures de cauchemar qui possèdent les caractéristiques à la fois des animaux et des plantes, dont une agressivité redoutable. 2)Le monde de Bio Super Élite

Hokusai, Le Rêve de la femme du pêcheur
Hokusai, Le Rêve de la femme du pêcheur

Dans un texte qui se proclame, dans la présentation, « inspiré par les hentai », il n’est pas sans intérêt de s’interroger à propos de la signification de ce terme. Un peu de recherche révèle rapidement que celui-ci signifie transformation, métamorphose ou encore perversion, ce qui s’adapte à merveille au propos des textes en questions. Parce qu’on imagine facilement ce qui va suivre et que les aberrations, pas contentes de dévaster des plantations de maïs, s’adonneront à ces plaisirs si magistralement illustrés par Hokusai. Sans vouloir s’étendre sur le bien-fondé biologique d’un tel scénario, on peut constater qu’il y aura comme résultat de ces plaisirs mitigés une nouvelle race de métis, qui, dans la bouche de Monsieur et Madame Toutlemonde, deviendront rapidement des « mutants ».

C’est dans un tel monde, hanté par des aberrations aux appétits sexuels douteux, que se dérouleront les aventures pornographiques de Stella, jeune recrue près d’intégrer le corps spécial constitué pour combattre les créatures hybrides échappées dans l’environnement. Protagoniste de cette nouvelle série lancée par l’éditeur canadien Les chemins obscurs, Stella est non seulement elle-même une mutante, mais bien un spécimen des plus parfaits avec un corps de rêve capable de se plier à toutes les exigences qui lui seront très bientôt demandées par ses missions en tant que membre des Bio Super Élite, corps de combat aux armes très peu conventionnels, dernière ligne de défense du genre humain, et dont la devise pourrait se résumer par « Faire l’amour pour faire la guerre ».

Nous rencontrons Stella pour la première fois quand elle s’apprête à pénétrer dans l’académie, autrement dit un centre de recrutement et d’entraînement où elle devra subir un examen médical particulièrement humiliant. Il s’agira d’estimer sa capacité de « serrer » les pistils des spécimens domptés, procédé nécessaire afin de les contrôler, autrement dit sa capacité de se laisser pénétrer par des tentacules à la taille très peu commune. Et voici qu’on peut cerner l’origine de l’inspiration sus-mentionnée, à savoir la variante shokushu (« tentacule ») des hentai.

Je regrette, sans doute pour la première fois de ma vie, de ne pas pouvoir rédiger cet article dans la langue de Shakespeare. Parce que, chers internautes, songez un peu aux usages que j’aurais pu tirer d’un mot comme wood avec ses connotations lubriques pour traiter de textes dont le sujet est une sorte de guerre biologique entre, d’un côté, des plantes meurtrières échappées à tout contrôle et, de l’autre, une unité de combat composée de pilotes de sexe féminin qui, pour manipuler ces « destriers » du XXIIe siècle (en vérité donc des créatures végétales domptées), doivent littéralement les chevaucher en acceptant d’accueillir dans leurs orifices « primaires et secondaires » les pistils des végétaux en question (autrement dit l’équivalent végétal d’une bonne grosse bite)…

L’enrichissement (ou la contamination, c’est selon) de la science fiction par l’érotisme voire la pornographie n’est pas un phénomène récent. Il suffit de songer à Barbarella, héroïne d’abord d’une bande dessinée au caractère érotique très prononcé, vedette ensuite, incarnée par Jane Fonda, du film homonyme réalisé par Roger Vadim en 1968. S’il est vrai que le genre, incitant les auteurs à des exploits d’imaginations comme peu d’autres, se prête facilement à accueillir les fantasmes en général, Annie May en a trouvé un qui lui permet de propulser le lecteur, toujours près de perdre son souffle au milieu d’un tourbillon des plus sensuels, dans une suite de scènes qui ne laissent rien à désirer aux plus affamés. Et Stella semble être de la race de celles qui ont besoin de toucher au fond de l’humiliation, tâche dont se chargent avec un malin plaisir ses instructeurs et ses camarades, pour prendre leur envol et s’envoyer loin, très loin, en l’air.

Les textes ne sont pas sans défauts avec leurs clichés et leurs stéréotypes parfois un peu trop envahissants, et il me semble que la personnalité de Stella aurait gagné à se frotter à des êtres en chair et en os, allégoriquement parlant. Et il est dommage que l’auteure ait cédé à la facilité de présenter l’univers de Bio Super Élite dans un texte externe, à savoir le blog de l’éditeur, au lieu d’intégrer ces révélations dans l’intrigue qui aurait sans doute gagné par là en complexité et en diversité. Mais cela ne m’empêche pas d’attendre avec impatience la suite des aventures, dans l’espoir que l’auteure saura atteindre aux cimes où sa créature s’est depuis longtemps envoyée.

Annie May, Bio Super Élite : L'examen médicalAnnie May
Bio Super Élite
Éditions Les Chemins Obscurs
Épisode 1, L’examen médical
ISBN : 978-2-924113-08-0
Épisode 2, La fiancée d’Orion
ISBN : 978-1301705399

 

Références   [ + ]

1.Petit clin d’œil en passant à Harry Harrison, Richard Fleischer et leur Soleil vert
2.Le monde de Bio Super Élite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fièrement propulsé par WordPress | Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑