Sax­kal, Le petit car­net noir de Solange

Objet du désir et source d'inspiration : Le carnet de bal de Grisélidis Réal
Objet du désir et source d’ins­pi­ra­tion : Le car­net de bal de Gri­sé­li­dis Réal1)Consulter la page qui lui est consa­crée sur le site de la Biblio­thèque natio­nale suisse..

Sax­kal, c’est le pseu­do­nyme d’un artiste poly­va­lent avec à son actif, entre autre, plu­sieurs BD éro­tiques : Love Run­ner (« série de Science Fric­tion pour adulte »), Méat Culpa (recueil de nou­velles éro­tiques racon­tées par une femme), Sax­kal Ash­ram (« sorte de phi­lo­so­phie pan­théiste et tan­trique sans tabous qui envi­sage le sexe comme un Art »)2)Les cita­tions pro­viennent de la par­tie Livres / BD du site de l’au­teur Sax­cal Crea­tions et last but not least le texte dont je m’ap­prête à vous par­ler, Le petit car­net noir de Solange.

Solange, c’est le nom d’ar­tiste de Gri­sé­li­dis Réal, écri­vaine, pros­ti­tuée et acti­viste poli­tique enga­gée depuis les années soixante-dix dans le com­bat pour la recon­nais­sance et les droits des pros­ti­tuées. Et son Car­net noir ou Car­net de bal, c’est le cahier qu’elle a tenu pen­dant dix-huit ans, de 1977 à 1995, pour y noter les noms de ses clients et quelques remarques pour lui faci­li­ter son bou­lot en lui évi­tant de « recom­men­cer à zéro » :

Saxkal, Le petit carnet noir de Solange

La BD de Sax­kal n’est pour­tant pas une simple mise en image du Car­net qui n’est d’ailleurs qu’une des sources entrées dans la com­po­si­tion de l’œuvre. D’autres textes pro­viennent de Le noir est une cou­leur – récit d’ins­pi­ra­tion auto­bio­gra­phique qui raconte une des phases les plus mar­quantes de la vie de Gri­sé­li­dis Réal, sa fuite à Munich, sa vie de couple et ses pre­mières expé­riences de pros­ti­tu­tion – d’autres encore sont issus d” « inter­views et vidéos gla­nées sur inter­net »3)Sax­cal, Le petit car­net noir de Solange, Dyna­mite. L’é­di­tion que j’ai consul­tée n’ayant pas de pagi­na­tion, je suis dans l’im­pos­si­bi­li­té de vous indi­quer la loca­li­sa­tion exacte d’une cita­tion.

Pour la plus grande part, l’œuvre est com­po­sée de petites his­toires d’une page ins­pi­rées par une des entrées dans le car­net, comme par exemple l’é­pi­sode tout en images de la « taille qui compte », une page entière où le des­si­na­teur se concentre sur le visage de sa pro­ta­go­niste et les expres­sions qui le tra­versent pen­dant que sa chatte est labou­rée par une queue d’une taille consé­quente. Le tout basé sur ces quelques pauvres paroles :

« Édouard […] immense queue épaisse, sucer le plus long­temps pos­sible (pour ména­ger mon vagin…) »

Saxkal, Le petit carnet noir de Solange

Il faut avoir vu les expres­sions que Sax­kal colle tour à tour sur le visage de sa pro­ta­go­niste pour avoir une idée de sa créa­ti­vi­té joyeuse et exu­bé­rante. Cette pro­ta­go­niste n’est d’ailleurs pas cal­quée sur le per­son­nage his­to­rique, mais plu­tôt ins­pi­rée par les car­toons à la Bet­ty Boop. Sax­kal n’hé­site d’ailleurs pas à exploi­ter ces ori­gines « too­nesques » de son per­son­nage, comme on peut l’é­tu­dier sur l’i­mage ci-contre sur laquelle on peut contem­pler les yeux révul­sés qui semblent près de faire écla­ter la tête. Qui­conque a jamais vu Qui veut la peau de Roger Rab­bit ou un seul épi­sode des aven­tures de Bip Bip et Coyote se trou­ve­ra aus­si­tôt à sa place.

À côté des épi­sodes courts direc­te­ment ins­pi­rés par les entrées dans le Car­net, des épi­sodes en géné­ral sans contexte, il y a aus­si des par­ties plus consé­quentes où ces épi­sodes se suivent comme les perles d’un col­lier, s’en­chaî­nant par exemple tout le long d’un same­di bour­ré de ren­dez-vous qui tiennent notre pro­ta­go­niste occu­pée de 14 h 45 jus­qu’à 04 h 00 du matin avec juste une petite pause vers 21 h 00 pour se sus­ten­ter. Et puis il y a aus­si deux véri­tables récits inter­ca­lés entre les épi­sodes, des récits avec une intrigue que l’au­teur s’est amu­sé à illus­trer avec pro­fu­sion de détails et de – posi­tions.

Il y a d’a­bord l’Entre-Actes, le récit d’une par­tie de billard entre Solange et une col­lègue où la tro­phée est un beau jeune homme d’une viri­li­té à la mesure des exi­gences des femmes qui se battent pour le rem­por­ter. Et pour clore le tout, il y une his­toire qui pour­rait presque faire par­tie de mes Lec­tures esti­vales dans la mesure où il s’a­git d’un ren­dez-vous (non pro­fes­sion­nel cette fois-ci) sur un fer­ry en route pour la Corse.

Les Trois Grâces
Les Trois Grâces : Solange et son équipe prêtes à faire face à leur tro­phée.

Le style de Sax­kal est en grande par­tie – et sur­tout lors­qu’il s’ap­plique à la pro­ta­go­niste – ins­pi­ré par les car­toons à l’a­mé­ri­caine. Et qui­conque se sou­vient de Jes­si­ca, la pul­peuse rousse de Qui veut la peau de Roger Rab­bit, sera d’ac­cord pour confir­mer que c’est une démarche bien adap­tée pour des­si­ner des créa­tures irré­sis­tibles. Le reste de l’u­ni­vers dans lequel évo­luent Solange, ses clients et ses col­lègues est par contre repré­sen­té de façon très réa­liste avec par­fois une belle atten­tion aux détails comme dans la scène de rue qui ouvre l’Entre-Actes ou l’am­biance de la fin d’une jour­née d’é­té dans le récit de son esca­pade médi­ter­ra­néen.

La chatte de Solange
La chatte de Solange. Mal­gré le sujet, le sexe de la pro­ta­go­niste est repré­sen­té le plus sou­vent de façon drô­le­ment som­maire. L’exemple qui s’af­fiche ici étant une des rares excep­tions.

Un petit détail que j’ai­me­rais pré­ci­ser concerne les sexes et plus par­ti­cu­liè­re­ment le côté ana­to­mique de leur repré­sen­ta­tion. Inutile de dire que dans une bande des­si­née ins­pi­rée par les notes d’une pros­ti­tuée le sexe – et les sexes – est non seule­ment omni­pré­sent, mais essen­tiel. Il n’y a que très peu de pages d’où le sexe est absent, prin­ci­pa­le­ment dans les épi­sodes nar­ra­tifs. Mais ce qui m’a vrai­ment frap­pé, sur­tout à la deuxième lec­ture, c’est que le sexe de Solange – son outil de tra­vail, si on veut – est repré­sen­té de façon assez som­maire, sans les détails qui four­millent pour­tant ailleurs et que l’au­teur n’a pas dédai­gnés quand il s’a­gis­sait de des­si­ner des queues – dont on trouve une belle varié­té à tra­vers les pages. Je ne vais pas me lan­cer ici dans des conjec­tures pour essayer d’é­lu­ci­der cette drôle d’ab­sence. Qu’il suf­fise de rele­ver – et de se faire une fête en dégus­tant les pages de cette BD aus­si char­mante que réflé­chie. Parce que Sax­kal s’est ser­vi des notes du Car­net pour com­po­ser un recueil plein de charme où on se rend compte à chaque page à quel point l’au­teur a appré­cié le temps pas­sé en com­pa­gnie de ses per­son­nages, des per­son­nages légués à la pos­té­ri­té par une femme tout à fait excep­tion­nelle qui a lar­ge­ment méri­té cet hom­mage lit­té­raire. Et – der­nier point à rele­ver – on trouve même dans cette bande des­si­née l’in­gré­dient indis­pen­sable à mon avis pour rendre une œuvre éro­tique irré­sis­tible, à savoir l’hu­mour. Et c’est ain­si qu’on tombe tout à fait à l’im­pro­viste sur un autre per­son­nage de la culture popu­laire d’ins­pi­ra­tion amé­ri­caine, à savoir le Ter­mi­na­tor en train de cher­cher – Sarah Connor.

Saxkal, Le petit carnet noir de Solange

Si, après tout ça, vous avez envie de décou­vrir l’o­ri­gi­nal, la source qui a ins­pi­ré de si beaux des­sins à Sax­kal, il y a une édi­tion du Car­net noir dis­po­nible dans la col­lec­tion Minimales/Verticales de Gal­li­mard.

Tous les des­sins sont © Sax­kal et Dyna­mite.

Saxkal, Le petit carnet noir de Solange

Sax­kal
Le petit car­net noir de Solange
Dyna­mite
ISBN : 9782362346262

Références   [ + ]

1.Consulter la page qui lui est consa­crée sur le site de la Biblio­thèque natio­nale suisse.
2.Les cita­tions pro­viennent de la par­tie Livres / BD du site de l’au­teur Sax­cal Crea­tions
3.Sax­cal, Le petit car­net noir de Solange, Dyna­mite. L’é­di­tion que j’ai consul­tée n’ayant pas de pagi­na­tion, je suis dans l’im­pos­si­bi­li­té de vous indi­quer la loca­li­sa­tion exacte d’une cita­tion.