Patrick Del­per­dange, Toi­son d’or

Voi­ci sans aucun doute un des meilleurs textes éro­tiques de ces der­niers mois. Je tiens à vous le dire tout de suite, comme ça vous aurez l’oc­ca­sion de vous diri­ger sans tar­der vers la librai­rie élec­tro­nique de votre choix et de dévo­rer le texte excellent que Patrick Del­per­dange, auteur bruxel­lois, nous a concoc­té sous un titre qui fait rêver, voire fan­tas­mer : Toi­son d’or.

Pour celles et ceux qui pré­fèrent en apprendre davan­tage avant de débour­ser la somme ridi­cule que demandent ces braves gens des Édi­tions ONLIT, et pour ces fidèles lec­teurs qui reviennent ici au retour de leur trip pour com­pa­rer leurs impres­sions aux miennes, je vous parle volon­tiers de ce texte mer­veilleux, dans lequel la plume de Patrick fait régner une ambiance pétrie de mys­tère et de sen­sua­li­té où s’en­fonce, voire s’en­gouffre le pro­ta­go­niste mas­cu­lin, Mar­tin, savam­ment four­voyé par les soins de ces deux col­lègues ravis­santes que sont Isa­belle et Carole.

À lire :
Éric Nei­rynck, 66 pages

Tout com­mence en dou­ceur, par un geste qu’on pour­rait mettre sur le compte du hasard, comme Mar­tin est ten­té de le faire. Parce qu’on n’en­tend pas sou­vent par­ler d’une femme qui s’ap­pro­prie­rait ce geste indé­cent et dépla­cé du mâle qui retrouve, le temps de quelques ins­tants, des pul­sions pri­maires en tou­chant les fesses d’une femme. C’est pour­tant ce qui arrive à Mar­tin, et il doit se rendre à l’é­vi­dence : « les doigts de Carole ne l’avaient pas heur­té par mégarde » (Chap. I).

De ce geste naît un bal­let des regards et une suite de révé­la­tions pro­gres­sives, le tout orches­tré, comme Mar­tin le com­pren­dra très vite, par une troi­sième per­sonne. Mais est-ce bien Isa­belle, qui, grâce à de véri­tables didas­ca­lies, semble jouer le rôle de la met­teuse en scène, ou plu­tôt l’é­mi­nence grise, le vieil écri­vain fur­ti­ve­ment croi­sé entre les éta­gères de la librai­rie de Bruxelles où tra­vaille le joyeux trio ?

Dès le début, le ton est don­né, et la pro­gres­sion se fait tout en dou­ceur, même si les gestes et les dia­logues ne manquent pas d’au­dace voire de crudité :

— Viens voir mon cul, reprit-elle [i.e. Carole]. Viens voir mes fesses, et la raie entre mes fesses. Je vais les écar­ter et tu pour­ras voir tout ce qui se cache là. (Chap. IV)

Mais qu’est-ce qu’on est loin d’i­ci du bon coup, tiré en vitesse tout au fond des éta­gères, au risque d’être sur­pris par des inop­por­tuns, ou acquis de haute lutte au bout d’une soi­rée pas­sée à englou­tir force cock­tails ou autres bois­sons alcoo­liques cen­sées rendre la belle plus maniable. Le tout rap­pelle plu­tôt une ini­tia­tion, une mise en scène magis­tra­le­ment orches­trée dont le but est bien la décou­verte, mais peut-être pas celle que vous pensez.

À lire :
Noann Lyne, L’i­vresse des sens

Dans cette his­toire, rien n’est jamais simple, et s’il y a un fil d’A­riane dans ce drôle de trio­lisme, c’est bien l’in­ter­ro­ga­tion éter­nelle. Mar­tin ne sait jamais vrai­ment où il en est, il cherche sa place dans cette constel­la­tion mul­tiple en éter­nel mou­ve­ment, et la fin est des plus ambi­guës. Certes, on apprend des choses, mais le mys­tère per­siste dans les cou­lisses qui ne deviennent pas trans­pa­rentes pour aus­si peu.

Patrick Del­per­dange n’a pas besoin de beau­coup de pages pour créer cet uni­vers sédui­sant et pour l’im­po­ser, tout en dou­ceur, à ses lec­teurs, et il faut consta­ter que les entraves dont on ne remarque pas la pré­sence sont bien les plus fortes et les plus durables. Il ne faut pas plus qu’une petite heure pour se perdre sans espoir de retour dans les revers de la Toi­son d’or, et on en émerge dans le seul but d’en récla­mer davan­tage. J’es­père que vous m’en­ten­dez, M. Delperdange !

Patrick Delperdange, Toison d'or

Patrick Del­per­dange
Toi­son d’or
ONLIT Édi­tions
ISBN : 978−2−87560−021−9

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