Gilles Milo-Vacéri, Petits plaisirs entre femmes

Gilles Milo-Vacéri a une prédilection certaine pour l’Histoire, au moins dans la mesure où celle-ci sert à fournir un cadre à ses récits. Après les années post-révolutionnaires du début du XIXe siècle où s’est déroulée l’histoire de Lisbeth-la-Rouge, le voici qui emmène ses lecteurs sur la péninsule ibérique, en l’an de grâce 1492, celle-là même qui a vu les Rois catholiques appliquer, avec la conquête du royaume de Grenade, la dernière touche à la Reconquista, vaste entreprise lancée sept siècles plus tôt, celle encore qui a vu l’embarquement de Christophe Colomb en quête de nouvelles routes vers les Indes, et celle enfin qui a obligé l’importante population juive de prendre les routes de l’exil (le tour des musulmans ne vint que dix ans plus tard), mise devant le choix de se convertir au christianisme ou de quitter le royaume.

C’est dans ce contexte dramatique que Maria, « issue de la plus haute noblesse » et mariée de force à un riche vieillard, rencontre Dayana, beauté juive au « regard espiègle » et à la « bouche mutine ». Le désir, né de la première rencontre, est mutuel, et il ne s’agit plus que de montrer comment Maria, affamée de tendresse et vierge de plaisir, succombe à une tentation qui se présente sous les plus belles couleurs. Excellent dans la peinture d’une sensualité tour à tour délicate et débridée, Gilles Milo-Vacéri a su inventer quelques scènes d’un charme inouï, comme celle par exemple où Dayana explique à sa maîtresse le corps féminin, avec à l’appui son propre corps amoureusement étalé sous les yeux d’une élève fascinée par la matière, ou celle encore où la jeune Juive débarrasse Maria – amante qui s’ignore – de sa pilosité. C’est là d’ailleurs quelque chose qui semble hanter l’auteur, vu le nombre de fois qu’il insiste sur les épilations, véritable rite initiatique qui marque le point de départ d’une relation, de préférence entre deux (ou plusieurs) femmes. Qu’on ne pense qu’à la rouge Lisbeth et sa servante ou encore à la jeune captive que la célèbre corsaire réussit à libérer des mains d’un capitaine violeur.

On aime suivre Maria sur la route de ses découvertes, et on trouve, dans ce court texte d’une trentaine de pages, des passages véritablement bandants (ou mouillants, si vous préférez), mais il s’y trouve aussi des écueils et le lecteur risque d’avoir mal aux pieds à force d’y achopper. Ce qui arrive surtout quand les personnages n’entrent pas dans le cadre historique et qu’on se rend compte que celui-ci n’est qu’un décor orientalisant censé faciliter une ambiance de lascivité. Fallait-il vraiment, par exemple, faire de Maria une noble espagnole ? Et dans quelle mesure est-ce que celle-ci est encore crédible quand elle se rend dans la cuisine pour y retrouver son amante sous prétexte de la « féliciter pour le repas de midi » ? Certes, on n’est pas encore à la cour de Philippe II avec sa sévérité qui mériterait d’être proverbiale, mais c’est quand même fort de tabac. Ou qu’en est-il de sa liberté d’opinion quand il s’agit de questions religieuses ? Est-ce qu’on imagine vraiment une Espagnole de la fin du XVe siècle prendre ses distances avec l’Église toute-puissante au point de lui reprocher ses « richesses honteusement acquises ». Le but de l’auteur n’est sans doute pas de donner une peinture réaliste d’une époque historique, d’une société à un moment donné, mais il me semble parfois qu’un décor résolument moderne s’adapterait mieux aux aspirations de ses personnages.

Mais on doit surtout retenir que tout cela ne nuit aucunement à l’ambiance érotique qui se crée entre les deux protagonistes et aux délices de la séduction que celles-ci découvrent en succombant aux charmes de leurs jeunes corps. Et c’est là précisément ce qu’on a le droit d’attendre d’une nouvelle érotique issue de la plume confirmée de Gilles Milo-Vacéri.

Gilles Milo-Vacéri, Petits plaisirs entre femmes

Gilles Milo-Vacéri
Petits plaisirs entre femmes
Harlequin HQN
ISBN : 978-2-280-30111-4