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Ghyld V. Hol­mes, L’Affaire Haart­men­ger. Mise au point après la pre­miè­re sai­son

L'Affaire Haartmenger a fait du chemin depuis la publication du premier volume en décembre 2013, et je profite de la fin de la première saison, survenue avec la parution du volume #6 presque exactement un an plus tard, pour faire le point sur cette série que je lis, avec plus ou moins de régularité, depuis le début des publications et à laquelle j'ai déjà consacré un premier article quelques semaines plus tard.

Un monde bascule dans le chaos

Une première observation et sans doute la plus importante vu qu'il s'agit d'un texte qui vit de par le suspense : Conformément à l'impression que j'ai gardée de mes premières lectures1, l'Affaire Haartmenger continue à passionner, et la lecture est captivante jusqu'au bout des six volumes actuellement publiés. L'intrigue se déploie, les événements s'enchaînent et se bousculent, et le lecteur constate avec une certaine consternation qu'à peine quelques jours se sont écoulés depuis l'assassinat de Massimo Haartmenger, le crime qui a déclenché la suite d'incidents fatals qui ont fait plonger la capitale d'Europa dans un chaos qui ressemble de très près, et par bien des côtés, à une véritable guerre civile. Guerre civile dans laquelle s'opposent des groupes dont on ne sait pas encore grand chose, si ce n'est qu'ils disposent des moyens nécessaires pour faire basculer dans le chaos Europa, la super-puissance qui réunit dans un même régime la majeure partie du continent eurasiatique et dont on croyait qu'elle devançait largement la concurrence dans le domaine du progrès scientifique - jusqu'au jour où elle s'est trouvée confrontée à des ennemis armés auxquels elle n'a pas grand chose à opposer. Et les protagonistes commencent à comprendre que les événements catastrophiques des jours qui suivent l'assassinat du fils Haartmenger ne sont que la partie visible, éclatante, d'un long travail de sape qui menace d'ébranler les fondements même de la civilisation.

Des personnages qui se dévoilent

Les protagonistes, et tout d'abord l'équipe réunie autour de l'inspectrice Kovarowski, acquièrent plus de relief à mesure qu'ils dévoilent leur passé, leur vie privée et les petits (et grands) secrets qu'ils trimbalent depuis parfois des années. C'est ainsi, grâce à un procédé de fouille tranquille, un travail qu'on aimerait qualifier d'archéologique, que naissent de véritables êtres humains auxquels on s'intéresse, dont on suit les aventures avec anxiété et qui continuent à hanter les lecteurs longtemps après avoir éteint la liseuse. Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, d'autres personnages sortent de l'ombre pour se mêler aux événements, des événements que certains de ces nouveaux-venus ont sans soute contribué à provoquer. Au trio de policiers Kovarowski, Gœrst, Herzmann s'ajoute un grand nombre de personnage secondaires dont certains prennent des proportions qui les désigneraient comme des opposants dignes de tout l'intérêt du lecteur qui, intrigué, finit par pénétrer, à la suite des Volayne et Rigardi, dans les sombres couloirs  des machinations du pouvoir militaire qui sentent si bon le complot et le pronunciamiento.

Un travail sérieux sur le texte

Les premiers volumes de l'Affaire Haartmenger étaient encore truffés de fautes ce qui, malgré la bonne architecture de l'intrigue, nuisait au plaisir de la lecture. C'est un phénomène qui, s'il n'est pas étranger à l'édition classique, s'est répandu avec, d'un côté, l'arrivée des petits éditeurs numériques, dont certains n'ont tout simplement pas les moyens de payer un correcteur professionnel, et, de l'autre, l'ampleur que prend l'auto-édition, surtout depuis que le géant de Seattle s'y est mis en usant de tout le poids de la multi-nationale capable de proposer un texte dans le monde entier2. Pour beaucoup, il faut se borner à constater le problème et on passe à autre chose. Les responsables d'Anima Studio Productions (l'éditeur de l'Affaire) ont pourtant choisi une approche différente en soumettant leurs textes à un procédé de relecture qui leur a permis d'éliminer la plupart des coquilles et d'établir une version qui peut fièrement revendiquer son appartenance à un genre - littéraire. On ne peut que saluer cette volonté non seulement de respecter les lecteurs, mais de soutenir le texte et de prendre un engagement visible sur la durée et la viabilité du projet en cours.

Et le côté transmédia ?

Dès le départ, l'Affaire Haartmenger a été présentée comme une œuvre transmédiale, ce qui se traduit par la présence d'un site web censé apporter des éléments supplémentaires pour donner plus de relief à l'univers où se déroulent les faits et gestes sanglants de l'Affaire. J'ai pu constater, au moment de la rédaction de mon premier article, que le site était "assez rudimentaire" et ne contribuait pas encore vraiment à une meilleure illustration et compréhension de ce qui se passe dans le roman. Constat qu'on doit malheureusement renouveler quatorze mois plus tard, des mois qui n'ont pratiquement rien apporté au site web où même la liste des publications reste incomplète. Je ne sais s'il faut interpréter cet état de faits comme une preuve à charge contre le transmédia en général comme élément littéraire valable, ou s'il s'agit tout simplement de trop d'enthousiasme de la part de l'auteur, mais je peux constater que la présence d'un site web envahi de poussière laisse une impression désagréable de revendication non satisfaite. On peut se poser la question, devant un tel état de fait, s'il ne vaudrait pas mieux renoncer tout à fait aux aspirations transmédiales, supprimer le site et mettre le temps gagné au service du texte, l'élément qui, après tout, fait vivre l'univers de l'Affaire. Un univers qui, à mon avis, est tellement dense et bien construit qu'il n'a pas besoin de supports extérieurs.

 Et la conclusion ?

À la fin de cette première saison, il y a une chose qu'on peut affirmer avec certitude : L'Affaire est promise à un bel avenir. Tous les éléments y sont : une intrigue dense et de plus en plus rapide, des personnages fascinants à défaut d'être toujours sympathiques, un mystère dont les éléments se dérobent à mesure que les investigations progressent et un monde qui, malgré un indéniable progrès technologique, reste assez proche de la réalité du XXIè siècle pour pouvoir être perçu comme une projection réaliste.

Les dés ont bien été jetés, mais ils restent comme suspendus dans l'air tandis que le sort d'Europa et de ses centaines de millions d'habitants est en train de se jouer entre les affrontements sanglants de plusieurs factions dont on ne connaît pas encore les motivations ni les buts. Et que penser de Sullivan Thorsven et de ses visons apocalyptiques, un personnage qui commence à prendre plus d'ampleur vers la fin de la première saison ? Un scénario prometteur pour des lectures captivantes. Un seul conseil à donner à tout amateur de textes SFFF : Découvrir au plus vite l'univers de cette Affaire aussi sordide que fascinante et irrésistible.

Ghyld V. Holmes, L'Affaire Haartmenger, # 6Ghyld V. Holmes
L'Affaire Haartmenger
Série SFFF en 6 volumes
L'Affaire Haartmenger #1

L'Affaire Haartmenger #2


L'Affaire Haartmenger #3

L'Affaire Haartmenger #4


L'Affaire Haartmenger #5

L'Affaire Haartmenger #6


Anima Studio Productions

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  1. Cf. le paragraphe "Beaucoup de points forts et un bémol" de mon article sus-mentionné []
  2. Attention pourtant, je ne dis pas que les textes issus de l'auto-édition sont tous de pauvre qualité, bien au contraire ! Et comme j'ai eu l'occasion d'en étudier un certain nombre, je suis bien placé pour le savoir. []

Radius – ouvra­ge col­lec­tif et pari édi­to­rial

Le numérique et la loi des séries

Il m'arrive assez souvent de parler de projets littéraires en progrès, notamment de séries, comme par exemple Bio Super Élite d'Annie May (Chemins obscurs), Margaret et ses filles (Les Érotiques) d'Anne Dézille ou encore, tout récemment, du Cabinet des ombres de Clara Vanely (Walrus). À chaque fois, j'ai été confronté à la question de l'honnêteté de ma démarche, parce que, après tout, comment se prononcer sur la qualité littéraire d'une œuvre sans le connaître dans son ensemble ? On trouvera, certes, toujours quelque chose à dire à propos de l'écriture, de la façon de préparer le terrain, de mener l'intrigue ou de présenter les personnages, mais ne serait-ce pas faire le boulot du département marketing de l'éditeur ? Dans le pire des cas, on ne verra jamais la conclusion d'une série et les lecteurs appâtés devront rester sur leur faim, comme cela s'est notamment produit avec Margaret et ses filles. Je ne vais pas embêter mes lecteurs avec des divagations pseudo-romantiques à propos de la valeur littéraire du fragment, je me borne à constater que le numérique a remis à l'honneur le côté feuilleton de la littérature avec l'éclosion des séries littéraires, et que ceux qui voudraient parler littérature ne peuvent pas se permettre de passer à côté d'un phénomène d'une telle envergure. Et voici posé le terrain sur lequel je m'apprête à vous parler d'un projet très prometteur initié par une des maisons les plus intéressantes dans le numérique pure player, Radius Experience de Walrus Ebooks.

Radius - livre-web inspiré des jeux de rôle

radiusExpIl y a quelques semaines, le 15 décembre 2014 très exactement, les éditions Walrus ont donc lancé une opération éditoriale de grande envergure : L'expérience Radius. Cette expérience, littéraire au même titre qu'éditoriale, réunit six auteurs autour d'un scénariste qui dirige l'action en lançant à ses auteurs (et à leurs personnages respectifs) des défis qui, une fois relevés, font avancer l'intrigue qui se tisse en direct, un peu à la manière des jeux de rôle. Au moment d'ouvrir ce "livre-web" au grand public, un travail énorme a déjà été investi de la part aussi bien de l'éditeur que de ses auteurs, "des mois" selon l'article qui annonce l'imminence de la publication sur le blog de Walrus Ebooks. Et le lecteur se fera une juste idée de l'ampleur des efforts qu'il reste à fournir, quand il saura que le projet est prévu pour une année d'écriture directe, sous les yeux du public. Et il ne faut pas oublier qu'il y a aussi, à côté du travail proprement littéraire, un défi technologique non négligeable vu qu'il fallait donner un cadre convivial et fiable à ce projet, incarnation en quelque sorte de la volonté de Walrus, clairement énoncée quelques jours avant l'ouverture du site Radius, de remplacer, à plus ou moins long terme, les formats classiques du livre numérique en retournant

"aux sources du web [...] [au] livre sur internet, consultable en ligne n’importe quand et n’importe où, depuis votre navigateur"1

Franchement, on ne peut que tirer son chapeau devant un tel courage (à moins que ce soit plutôt une telle mégalomanie) de la part d'une petite structure aux ressources sans doute plutôt limitées.

Radius - comment cela fonctionne-t-il ?

Tout d'abord, il faut payer un abonnement pour avoir accès à l'ensemble des textes qui seront publiés tout au long de l'année prévue, quelques morceaux étant disponibles en accès libre, histoire d'aguicher le chaland. Vu l'ampleur des moyens déployés, la durée projetée et le nombre d'auteurs à payer, le prix proposé (prix promotionnel de 15 € jusqu'au 31 janvier, 25 € ensuite) semble plutôt correct. Après avoir lu l'ensemble des morceaux publiés au moment de la rédaction de mon article, je peux même affirmer que ces quinze euros sont de l'argent bien investi.

Mais Radius, bien plus qu'une lecture par abonnement, est aussi une approche multi-facette de la lecture. Si ce n'est pas le texte lui-même qui change (il ne s'agit pas d'interactivité), c'est la perception du lecteur qui évolue au gré des approches de lecture choisies : Il y a donc six auteurs dont chacun incarne un personnage. Le lecteur peut maintenant opter pour une lecture chronologique, chaque morceau étant daté comme une entrée de journal, sautant ainsi entre les personnages en endossant les perspectives respectives de ceux-ci, ou il peut choisir de s'abonner à un ou plusieurs auteurs / personnages et suivre leur parcours depuis les journées fatidiques de l'envoi des boîtes, ce qui correspond à un rétrécissement au moins temporaire de la perspective. Et comme on sait que le contexte est ce qui détermine encore le mieux la perception, on se rend compte du jeu subtil de l'éditeur. Il serait intrigant d'analyser, dans une étape ultérieure, l'influence qu'exercent des morceaux voisins différents les uns sur les autres, la constitution d'ensembles textuels qui changent de signification en fonction des approches variables, et l'effet de ces modifications subtiles sur le lecteur. Un lecteur qu'on peut, en quelque sorte, façonner ou - dresser.

Et l'intrigue dans tout cela ?

On peut se laisser obnubiler par les aspects techniques et novateurs du projet, mais le plus important reste, évidemment, le côté littéraire de la chose, à savoir l'intrigue et le savoir-faire des auteurs. Et Radius est, à la base, un récit de Science Fiction qui s'enrichit progressivement d'éléments du fantastique, surtout dans les récits de Koffi Diagouraga (Michael Roch), ancien brouteur ivoirien, et de Richard Yupuningu (Jacques Fuentealba), australien relié de par son ascendance maternelle aux Aborigènes (et, partant, à toutes ces idées auxquelles se cramponne l'imagination l'occidentale comme traces du rêve & Cie).

Il y a donc six personnages que rien ne lit entre eux, sauf le fait qu'ils reçoivent tous, en septembre 2001, une boîte. Une boîte avec rien dedans sauf un avertissement et une liste sur laquelle s'égrènent sept noms. Plutôt perplexes, ce n'est que grâce au hasard que les protagonistes se rendent compte du pouvoir qu'ils ont tous acquis au moment d'ouvrir la boîte en question, un pouvoir qui leur permet de changer la réalité, ou plutôt de changer la perception de la réalité, dans un radius bien délimité. Un pouvoir que chacun utilisera selon sa personnalité et en fonction des problèmes auxquels il se trouve confronté. Dispersés à travers le monde, ils mettent longtemps à se croiser, certains rechignant plus que d'autres à sortir de l'anonymat.

Malgré tous les vides qu'il faut encore combler et le chemin qu'il reste à parcourir avant la fin du projet, chaque personnage a déjà vécu des aventures qui ne manqueront pas de captiver les lecteurs. Et on ne peut pas dire que ce sont tous des héros, bien au contraire, on tombe sur certains qui auraient mérité un bon gros coup dans la gueule, comme ce redneck suprématiste qui s'amuse à faire disparaître, dans l'enceinte de son radius, les noirs, les juifs et les latinos. D'autres, plus fréquentables d'abord, ne manqueront pourtant pas de nous effrayer par l'usage qu'ils font de leur pouvoir et la facilité avec laquelle ils se mettent à abattre des dizaines d'hommes et de femmes. Disons-le avec un des protagonistes, Pekka Sulander, cet écrivain de porno furry :

"Certains d’entre nous sont… Enfin, disons qu’ils sont particuliers"2

Et comme si tout cela n'était pas assez, il y a des phénomènes inquiétantes qui se produisent à l'échelle mondiale, et les "Radius", comprenant qu'un des leurs doit en être l'origine, commencent à se rapprocher les uns des autres.

L'intrigue en est là au moment où je rédige l'article, et le moins que je puisse dire c'est que j'attends la suite de l'histoire avec impatience et que je crains que le rythme actuel, assez parcimonieux, des publications risque de me laisser sur la faim. Surtout quand je pense aux instants fiévreux que j'ai déjà pu passer en remontant les années qui se sont écoulées depuis l'envoi des boîtes. Mais Radius, par la multiplicité des perspectives et la multitude des intrigues qui se recoupent, est déjà maintenant un beau succès, et je ne regretterais pas l'argent même si les publications devaient s'arrêter du jour au lendemain. Reste pourtant à savoir si les auteurs impliqués se révéleront des marathoniens à la hauteur du défi jusqu'au bout.

Et alors ?

J'ai rencontré quelques obstacles à la lecture qui me semblent liés au format choisi et que je ne voudrais pas passer sous silence. Côté technologie, d'abord, il me semble que la réflexion peut être poussée plus loin. Par exemple, il y a parfois de nouveaux chapitres qui apparaissent comme par magie, des morceaux dont certains appartiennent à un passé qu'on croyait lu et assimilé. Mais non. Le lecteur doit donc, pour être sûr de ne rien louper, faire le tour de l'ensemble de la page Sommaire pour y repérer les encadrés annonçant leur virginité par un beau blanc tout brillant. On aimerait avoir une fonctionnalité abonnement ou une page Nouveautés pour être mis au courant de l'apparition de nouveaux bribes de textes. Cela permettrait en même temps d'éviter de décevoir les lecteurs impatients de suivre le progrès de l'intrigue dont certains risquent de revenir assez souvent bredouilles de leurs visites du site.

Ensuite, comme un certain temps peut passer entre deux sessions de lecture, l'oubli a le temps de s'installer, et il faut parfois revenir en arrière pour pouvoir correctement placer un nouveau morceau dans le contexte de l'intrigue, ce qui peut être fatigant. Mais c'est sans doute le prix à payer pour un texte ouvert qui se déploie et se complète sous les yeux du lecteur.

En guise de conclusion, même si cela peut paraître paradoxal en parlant d'un texte en pleine écriture, je dois avouer que je n'ai pas vraiment compris l'utilité de publier un texte en plein développement, surtout quand la progression n'est pas celle d'un feuilleton en mode linéaire qu'on est obligé de suivre au jour le jour sous peine de rater le prochain épisode, mais plutôt celle d'un puzzle dont on trouve les morceaux un peu au gré du hasard. Aurais-je dû attendre la fin des publications et me contenter de lire le livre numérique que l'éditeur promet d'envoyer aux abonnés pour que ceux-ci puissent conserver le texte indépendamment du sort de la page web ? Une question à laquelle je ne peux honnêtement répondre avant d'avoir suivi l'aventure jusqu'au bout, parce qu'on a vu la finesse de l'éditeur qui entend jouer avec les perspectives. Et une lecture au long cours, ne risque-t-elle pas de changer, elle aussi, les perspectives, au gré des évolutions des uns et des autres ? Soyons donc patients et croisons les doigts pour que le bateau Radius arrive à bon port.

Radius Experience - un livre-web des Éditions Walrus

Radius
Livre-web
Éditions Walrus

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  1. Le livre numérique est mort : vive le livre numérique !, 9 décembre 2014 []
  2. Pekka Sulander dans une conversation avec Antoine Griot, Conversation Secrète, le 14 janvier 2015 à 19:42 []

Nico­las Car­te­let, Taren­tu­la. Time-Trot­ters #1

Comme quoi tout peut arriver... Imaginez-vous confortablement installé(e) sous la douche en train de soigneusement couvrir votre épiderme d'une belle mousse parfumée et de langoureusement succomber aux chants de sirène de vos parties qui demandent quelques caresses supplémentaires quand, soudain, c'est l'éruption du Vésuve, the tremblement de terre, le big one promis à San Francisco dans un futur aussi proche que le verbe aller ne suffit plus pour exprimer l'imminence, le tsunami qui soulève les eaux de la Mer Indienne  dans un seul et unique but – vous fracasser la gueule comme s'il n'y avait pas de lendemain. C'est à peu près l'effet qu'a sur Dorothée Bressler un hennissement de cheval qui résonne dans le couloir de son HLM en banlieue parisienne, au 28e étage. Et c'est à peu près ce qui est promis à la terre entière dans les années qui vont suivre cette irruption de l'irréel dans une vie aussi peu banale que celle de Dorothée, ancienne hardeuse reconvertie dans le catch et incidemment l’héroïne d'un récit qui, on peut le dire, démarre sur les chapeaux de roues, ouvrant une trilogie aussi déjantée qu'on a le droit de l'attendre de Julien Simon et de sa maison pure playerWalrus Books : Time-Trotters signé Nicolas Cartelet. Trilogie dont le premier volume, amoureusement sélectionné pour entrer dans la série des Lectures estivale 2014 du Sanglier, arbore fièrement le sobriquet que Dorothée doit au tatouage résidant sur son épaule gauche, Tarentula.

J'apprends, au moment d'écrire cet article, que le troisième – et dernier – épisode de la série vient de sortir. Je ne l'ai pas encore lu, et je ne sais pas si j'aurai le temps de le faire un de ces jours. Ce qui n'est pas un jugement de qualité, mais un constat du peu de temps dont je dispose pour des activités qui, pourtant, comptent au nombre des plus passionnantes que je connaisse, à savoir la lecture et l'écriture. Quoi qu'il en soit, je pense pouvoir vous parler du texte en question étant en possession de tous les éléments qu'il faut pour se faire une idée à propos du style de l'auteur et de ce à quoi ressemble l'intrigue. Il se peut certes que je manque des péripéties savamment amenées ou des influences pas encore visibles dans la première partie, mais Nicolas Cartelet a profité de celle-ci pour illustrer son talent, et c'est tout ce que je demande pour en parler dans la Bauge.

Il suffit de faire quelques recherches sommaires pour savoir que  Nicolas Cartelet est décidément polyvalent. Après avoir donné en tant qu'auteur de science fiction et être passé par la case éditeur (de façon excellente, au demeurant !), il a décidé de s'embarquer sur les traces de Quentin Tarantino dans une histoire de pulp tellement trash qu'il vaut mieux se munir d'un parapluie, tellement il y pleut - des couilles... Parce que l'épée que trimbale un peu partout la Dame Bressler ne lui sert pas de pièce de décor pour participer à des jeux de rôle et à y effrayer des geeks, non, elle s'en sert avec une précision que viendront à regretter les malfaiteurs qui ont le malheur de croiser sa route. Et il n'y a pas pénurie de malfaiteurs dans le monde de la Tarentule. Ou plutôt les mondes, vu qu'elle finit par se trouver, à l'improviste, projetée dans une faille temporelle qui la dépose dans un avenir qui ressemble à rien autant qu'au Far West des films de la grande époque du cinéma américain, et on ne serait nullement surpris de voir débarquer John Wayne, Doc Holliday ou encore Billy the Kid, en train de se rendre, à midi sonnant, à un rendez-vous des plus mortels. Au lieu de ces personnages légendaires, le décor est hanté par une caricature de flic qui répond au doux nom de Martial Godillot, par Ralph Spieler, agent secret et double qui a eu la mauvaise idée de partir en vacances en septembre 2001, par une bande de cavaliers de noir vêtus et un troupeau de bacchantes ayant appris elles aussi l'art de faire tomber les couilles aux mains de leur libératrice, la Tarentule en personne.

On l'aura compris, les protagonistes ne sont pas vraiment des modèles pour un lecteur en mal d'identité. La Tarentule, outre son passé haut en couleur, se montre raciste à ses heures, et les vies humaines ne comptent pas grand chose quand elle a décidé de dégainer. Godillot, même s'il a choisi, d'emblée, le bon côté de la loi, se retrouve, grâce à une connerie qu'il faut qualifier d'exemplaire, si souvent dans des situations les unes plus désespérantes que les autres, qu'il ne saurait passer pour un role model plus exemplaire que sa contrepartie féminine. Malgré tout cela, on finit par s'attacher aux personnages, et on se demande sérieusement comment ils s'arrangeront pour sortir du pétrin où les a mis la cervelle remarquable et légèrement tordue de M. Cartelet.

La narration n'a rien de bien spectaculaire, et il n'y a pas d'artifice à signaler dont se serait servi l'auteur pour se faire ressortir de la masse de ses confrères. Toutes les lettres de l'alphabet y sont au rendez-vous, les personnages ont autre chose à faire que de ramasser des points Godwin, et ils s'expriment un peu comme tout le monde, sans naviguer en permanence au ras des égouts. Nicolas Cartelet n'en a tout simplement pas besoin pour emballer ses lecteurs, et on peut dire que ses phrases s'effacent devant une intrigue haute en couleurs. Une intrigue qui, en même temps qu'elle absorbe ses lecteurs, communique à ceux-ci la joie de l'auteur devant les merveilles qu'il a su fermenter, les laissant perplexes devant la force irrésistible qu'il étale sous leurs yeux pour en user ensuite pour leur lancer ses créatures en pleine gueule. L'effet dévastateur se trouve augmenté encore par la dextérité de M. Cartelet  qui sait mettre à profit l'hétérogénéité de ses influences pour en faire une intrigue unie dont les facettes gardent pourtant tout le scintillement de leurs origines tout en s'adaptant aux besoins de la narration. Et ceci est sans doute un des plus beaux compliments qu'on puisse adresser à M. Cartelet : qu'il ait réussi à digérer ses lectures et ses expériences visuelles pour en faire quelque chose qui vaille la peine d'en parler, qui fasse sortir son texte de la déferlante de la rentrée soi-disant littéraire.

Nicolas Cartelet, Tarentula. Time-Trotters #1Nicolas Cartelet
Tarentula
Time-Trotters #1
Walrus Books
ISBN : 978-2-363-76244-3


 

Colin Manier­ka, Dix jours, dix heu­res, dix minu­tes

La bonne nouvelle d'abord : Même les petits budgets ne doivent pas recourir à des pratiques illégales pour avoir accès à de bons textes. Et quand je dis cela, je ne songe pas aux opuscules de quelques milliers de signes, mais bien à de bons gros romans qu'on met des heures et des heures à terminer. Et comme j'aime illustrer mes propos (dans une sorte de Défense et illustration du numérique 🙂 ), voici un bel exemple : Dix jours, dix heures, dix minutes, roman SF de Colin Manierka, disponible pour 2,68 € sur le site de son éditeur1.

La mauvaise nouvelle (si c'en est une, à vous de passer jugement) : Je n'y ai pas compris grand chose, à ce texte. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Que je suis juste trop bête pour le comprendre ? Qu'il me manque des éléments nécessaires à la compréhension ? Ou qu'il n'y a tout simplement rien à comprendre ?

Bon, commençons par le début : C'est dans le fil des nouvelles parutions sur Immatériel, agrégateur et librairie en ligne, que je suis tombé sur le titre d'un éditeur dont je n'avais pas encore entendu parler. Ce qui m'arrive bien de temps en temps, vu que, malgré de fréquentes  visites sur les sites des librairies en ligne pour y dénicher de quoi alimenter la Bauge, je n'ai quand même ni la prétention ni surtout le temps de systématiquement sillonner la toile et la blogosphère à la recherche du moindre petit bout d'information. Quoi qu'il en soit, une telle découverte est toujours un beau point de départ ! J'en ai profité pour me lancer dans les eaux - troubles ou non - où barbote cet éditeur nouvellement découvert, et je me suis aussitôt mis à "feuilleter" son catalogue, pratique qui me permet de me retrouver presque toujours avec sur les doigts de belles surprises littéraires - et la quasi-obligation de dépenser l'argent du ménage pour soutenir de jeunes (et moins jeunes) talents.

Dans le cas qui nous occupe, il s'agit d'une maison dont le nom tout seul aurait suffi à m'intriguer : House made of dawn - maison faite d'aube. La maison en question, dont la vocation penche du côté du Fantastique, de la SF et des polars, semble solidement implantée au Mexique, fait qui, à l'heure de la mondialisation, ne saurait plus étonner personne. Des recherches pas particulièrement approfondies laisseraient croire que le noyau dur de la maison s'est constitué à Bordeaux, et sans doute autour de son directeur général, Renaud Ehrengardt, mais comme ce sont principalement les textes qui nous intéressent, bornons nous à admirer cette touche de couleur supplémentaire dans le riche paysage peuplé par les pure players de la francophonie2.

Mais abordons donc le texte auquel, de mon propre aveu, je n'ai pas compris grand chose. Il s'agit du journal d'un dénommé Adama qui, un beau jour, se réveille seul dans le noir. Ce qui, quand on se trouve dans un abri souterrain sans accès à la surface, abri qu'on (croit) partage(r) depuis deux ans avec deux collègues, est pour le moins insolite. Il faut pourtant se rendre à l'évidence, il n'y a plus personne, sauf un drôle de bourdonnement qui prendra, au fil des jours qui passent, un caractère de plus en plus menaçant.

Face à son isolement total et à l'incapacité de résoudre l'énigme de sa situation, le narrateur, le mythique Adama, décide de confier ses réflexions et ses observations à un journal pour éviter de sombrer dans la folie. Et c'est grâce à ce journal que le lecteur est mis au courant des conditions ayant mené à l'enfermement d'Adama et de ses deux camarades de solitude, Sophia et Pokrok : La terre est malade, et il y a eu, dans un passé assez proche (passé par rapport au narrateur), des inondations et des tempêtes, sans que l'on sache pour autant si ce sont là les causes où les suites de la maladie en question. Le réchauffement de la planète y est peut-être pour quelque chose, mais le récit reste assez vague à ce propos. Quoi qu'il en soit, la décision a été prise de préserver / conserver plusieurs spécimens de l'humanité dans des abris souterrains afin d'assurer, dans la mesure du possible, la survie de l'espèce. Malheureusement, et c'est là, à mon avis, un des points faibles du texte, l'auteur se tait à propos des conditions sociétales qui ont pu assurer une forme de survie, si limitée fût-elle, après une catastrophe à l'échelle mondiale, et dans quelles conditions une société mourante a pu réaliser un exploit technologique de quelque envergure. Mais l'auteur a pris la décision de se concentrer sur Adama, et de souligner ainsi la dimension humaine de son texte. Soit !

Le spécimen en question, après s'être donc réveillé dans le noir et après avoir découvert qu'il était seul dans son abri, constate un fait encore plus troublant peut-être : l'abri lui-même régresse. Équipé, au départ, de technologies de pointe, Adama se retrouve avec des installations affligées par une constante régression dans le temps. Il verra ainsi l'ordinateur de bord passer par tous les stades de son développement depuis la deuxième moitié du XXe siècle pour se retrouver, en bout de parcours, avec sur les bras - une machine à écrire. Pareille chose se produit tout autour de lui, et le robot-cuisine, censé préparer une diversité de repas à base d'une sorte de gelée riche en protéines, sera remplacé par un bête frigo, sorte de corne d'abondance régulièrement pourvue de la nourriture nécessaire à Adama pour se sustenter.

Tout au long du récit, le lecteur assiste aux tentatives d'Adama de s'expliquer son sort, son abandonnement, la trahison supposée de ses camarades, la régression, le tout agrémenté par des messages et des visions dont on ne sait très bien s'ils sont "réels" ou plutôt les fruits d'une imagination près de lâcher prise et de bousculer dans le noir qui l'entoure et qu'il contemple des heures durant. Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir en détail le monde d'Adama, ses angoisses et sa prison souterraine en route vers nulle part, mais je les avertis : quiconque tient à une intrigue où tout se dévoile et où le dernier mot revient à la raison et à la logique, est bon pour une surprise. Aux lecteurs aussi de juger si c'est là une faiblesse du texte ou plutôt la traduction en littérature d'un trait inhérent à un monde que l'individu ne sait plus expliquer depuis longtemps. Toujours est-il que le texte ne laisse pas indifférent et qu'il est carrément impossible de s'en arracher une fois qu'on a cédé à la tentation de parcourir quelques lignes pour voir à quoi cela peut bien ressembler. L'auteur parsème son roman d'indices, de faits divers et d'états d'âme qu'on aimerait trop voir expliqués, la tension monte, et voilà qu'on se retrouve au seuil du prochain chapitre, embarqué dans le même voyage que le narrateur.

J'ai beaucoup apprécié l'écriture sobre de Colin Manierka et sa façon de créer et d'entretenir, avec des moyens très restreints, le mystère et une tension palpable, et je ne peux que complimenter l'équipe de House of dawn pour un travail éditorial qui a produit un texte au charme certain. Mais je persiste et signe, je ne peux pas vraiment dire que j'ai compris quoi que ce soit à ce roman. Mais c'est sans doute parce que, effectivement, on ne peut plus rien comprendre une fois qu'on est prêt à descendre dans les bas-fonds d'une conscience torturée. Et pourtant, j'aimerais demander un service aux lecteurs futurs de ce texte : Si quelqu'un pouvait au moins m'expliquer le titre ? En me laissant, peut-être, un commentaire ?

Colin Manierka, Dix jours, dix heures, dix minutesColin Manierka
Dix jours, dix heures, dix minutes
House made of dawn Edition
ISBN : 979-10-92791-01-3

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  1. Une remarque pourtant : le texte se vend plus cher sur d'autres sites ! Je l'ai vu affiché 2,99 € sur Immatériel. []
  2. Une brève présentation se trouve aussi sur le site de Tulisquoi []

Ghyld V. Hol­mes, L’affaire Haart­men­ger

L'affaire Haartmenger, c'est un projet transmédia qui réunit, d'un côté, un roman réparti en plusieurs volumes signés Ghyld V. Holmes, et, de l'autre, un site web consacré à l'univers dans lequel se déroule l'Affaire. Pour l'instant, trois volumes du roman sont disponibles, tandis que le site web présente un caractère encore assez rudimentaire et n'apporte pas (encore ?) d'éléments supplémentaires à l'univers de l'Affaire. À moins que ceux-ci se cachent dans la partie marquée VIP à laquelle je n'ai pas le droit d'accéder (mise à jour le 04/11/2015 : cette partie VIP a apparemment été supprimée, on n'y trouve plus qu'une erreur 404).

Un avenir inquiétant

Le premier volume nous projette cent ans en avant, dans un avenir assez proche encore, ce qui permet aux lecteurs de reconnaître certains traits du monde qui les entoure, et assez éloigné en même temps pour changer la donne de façon nettement perceptible.

L'univers dans lequel se déroule l'Affaire a tout pour me plaire, inspiré qu'il est, selon ce qu'affirme la page Facebook du projet, par : "Minority Report, Blade Runner et Robocop", des films dont le scénario a ceci en commun de se dérouler dans un avenir sombre, où l'éternel combat entre le bien et le mal est mené avec des moyens et des intentions qui broient les individus et compromettent l'intégrité des valeurs que chacun prétend vouloir sauver. Qu'on se le rappelle, Minority Report, c'est un monde où les criminels sont mis hors service avant même d'avoir commis le crime qu'on leur impute, Blade Runner, c'est la chasse à l'homme artificiel et Robocop, c'est l'histoire d'un individu aux prises, certes, avec le crime, mais plus encore avec un destin qui l'a privé de son propre corps et de son identité en même temps. L'univers de l'Affaire rappelle effectivement l'ambiance noire et violente de ces sources d'inspiration, mais, contrairement à ces modèles centrés sur le monde vu depuis les États-Unis, dans l'Affaire Haartmenger, la planète est dominée par une Union Européenne transformée en hyper-puissance ayant incorporé la majeure partie de l'ancienne Russie et de l'Asie, et qui a conquis la pole-position du progrès technologique. La nouvelle puissance mondiale s'appelle Europa et l'Anglais est devenu l'idiome qui unit ses peuples.

L'affaire Haartmenger - une intrigue complexe

L'intrigue démarre très précisément le 5 mars 2103, quand Anasthasia Kovarowski, inspectrice de la Police nationale jouissant d'une certaine notoriété, est appelée sur le site d'un meurtre qui non seulement se révèle lourd de conséquences politiques, mais qui présente des détails qui soulèvent aussitôt une multitude de questions : Le cadavre du fils du ministre de la Sécurité nationale est retrouvé vidé de son sang, jusqu'à la dernière goutte. Voilà de quoi inquiéter jusqu'aux plus endurcis des flics. Et d'autres incidents ne tardent pas à se produire les uns à la suite des autres, de l'attentat contre le véhicule de Kovarowski aux attaques sanglantes qui ressemblent farouchement à une guerre entre services. Guerre qui occupe les tomes 2 et 3 du roman, où des attaques sont rondement (et cruellement) menées, sans que le lecteur puisse encore se retrouver dans l'imbroglio où toutes les pistes, pour l'instant, se perdent dans le sang. D'un côté, il y a la police nationale à laquelle appartiennent les principaux personnages (pour l'instant principalement Anastasia et ses co-équipiers Matthew Herzmann et Heinke Goerst), de l'autre une organisation clandestine qui équipe ses membres de gadgets ultra-sophistiqués et qui procède avec une efficacité meurtrière sans pareille, sans qu'on puisse pour autant connaître leurs buts ou leurs motivations.

Ces deux organisations s'affrontent, à deux reprises, avec une rare violence, avec au centre des confrontations un dénommé Élijah Osana, individu souffrant de troubles de la mémoire et tombé entre les mains de la police suite à une affaire des plus louches dont on ne connaît pas encore les implications. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que l'individu en question joue sans doute un rôle important dans l'organisation clandestine, au moins celle-ci est-elle prête à payer le prix fort pour sa libération en sacrifiant un grand nombre de ses combattants à cette entreprise.

Tout ça est déjà assez complexe, même sans prendre en compte les mystérieux clubs de vampires de la capitale (i.e. Berlin) dont les habitués ne sont peut-être pas sans lien avec le meurtre initial à l'origine de l'affaire. Ou le prologue du texte qui promet rien de moins que la fin du monde, et cela pour bientôt. Ou les antécédents des protagonistes qui viennent rendre ce cocktail pétillant carrément explosif en lui conférant une dimension humaine.

Beaucoup de points forts et un bémol

Tout compte fait, il est encore beaucoup trop tôt pour ne fût-ce seulement songer à démêler les fils de l'Affaire, mais on peut déjà affirmer que l'auteur maîtrise l'art d'appâter le chaland. L'univers est passionnant et nous change des visions de la SF américaine, l'intrigue démarre sur les chapeaux de roue et laisse espérer de multiples rebondissements, et les personnages sont attachants, ceux au moins auxquels l'auteur s'intéresse d'assez près pour leur dessiner, d'un coup de plume, des vies bien à eux, des vies sur lesquelles il laisse pourtant subsister assez de zones d'ombres pour y cacher bien des secrets et de futures révélations.

Reste un gros bémol que je ne saurais passer sous silence : Le texte est truffé de fautes, et on se demande parfois si l'auteur a pris seulement la peine de se relire. Il y a même des passages où j'ai été près de croire que le texte est traduit de l'anglais, tellement la tournure me semblait bizarre. Mais bon, cela n'empêche pas de prendre plaisir à la lecture, même si celui-ci est plutôt suscité par le cadre, les personnages et les événements et moins par les qualités littéraires du texte. Ceci s'expliquerait-t-il par le fait que l'auteur travaille, selon sa bio, comme script doctor, occupation qui consiste à "ausculte[r] les scénarios, diagnostique[r] ce qui ne va pas et les soigne[r] [...] afin qu'il puisse [sic !] atteindre leur seul vrai objectif : toucher le public." Une telle activité focalise sans doute l'attention plutôt sur les personnages et les intrigues et moins sur la langue, obscurcissant par là l'aspect proprement littéraire de la chose.

Une écriture sous pseudo ?

Dans une version antérieure de ce texte j'ai conclu, à cause des propriétaires identiques des noms de domaine laffairehaartmenger.net et animastudioproductions.com, à l'identité de Ghyld V. Holmes et de M. Philippe Coll, gérant d'Anima Studio Productions. J'ai été contacté ce soir par M. Coll qui m'assure que, s'il a bien acheté les noms de domaine sus-mentionnés, il n'est pas pour autant l'auteur de l'Affaire Haartmenger. Comme je n'ai aucune raison de ne pas lui faire confiance, et que, après tout, c'est le texte qui compte et pas la personne, j'ai corrigé ce passage. D'après M. Coll, Ghyld est "un collègue" (ce qui peut expliquer le fait que tous les deux sont des script doctors) et "un ami de longue date", et je ne voudrais certes pas priver celui-ci de l'honneur d'être l'auteur d'un roman que j'ai beaucoup apprécié. Le mystère autour de Ghyld V. Holmes reste donc, pour le moment, entier.

Si toutefois, après tout ce que je viens de vous déclamer, vous auriez encore des doutes, il ne vous reste plus qu'à regarder par vous-même. Et comme le premier volume de cette ténébreuse affaire est gratuit, vous n'y risquerez pas grand chose.

Ghyld V. Holmes, L'affaire HaartmengerGhyld V. Holmes
L'affaire Haartmenger
Anima Studio Production
ISBN : 978-2-89717-591-7