Archives pour la catégorie Domi­ni­que Leroy

Marie Lau­rent, Le Maî­tre de jet

Oui, je le sais, l'automne a pris la relève de l'été, et le Sanglier en est toujours à ses sempiternelles Lectures estivales. Et ben, les raisons de ce retard sont multiples, mais je ne vais pas embêter mes lecteurs en leur débitant des justifications. Disons seulement qu'il y a parfois des découvertes qui ne peuvent pas attendre, comme par exemple Rebecca, le magnifique roman de Jean-Yves Masson, ou encore celui, superbement noir, de Hugo Drillski, Fourreurs nés, tous les deux d'une intensité dont il faut d'abord se remettre. Quoi qu'il en soit, l'intrigue du Maître de jet, le petit roman de Marie Laurent dont je m'apprête à vous entretenir, se déroule, malgré le soleil qui tape encore fort sur les terres bourguignonnes, dans une ambiance automnale plutôt qu'estivale, avec son cortège de vigneron(ne)s, de cueilleurs et d'autres métiers indispensables pour animer un domaine viticole en pleine période de vendanges. Et toc ! comme dirait Thomas Fiera, cette créature superbe imaginée et amoureusement animée par mon bon ami Jean-Baptiste Ferrero...

Disons-le tout de suite, le texte de Marie Laurent m'a ravi. Et ceci est d'autant plus remarquable que, celle-là, je ne l'avais pas vu venir, mais vraiment pas. Je ne sais même pas dire pourquoi, mais j'ai failli me désister et laisser le roman pourrir dans les profondeurs numériques sans doute peu salubres de ma vieille tablette. Mais, la longueur du trajet quotidien dans les transports en commun aidant, j'ai fini par l'ouvrir, presque malgré moi et plus qu'un peu dégoûté par une couverture tout sauf bandante et qui, à mon avis, dessert le roman. Et que vous dire maintenant, sauf que tout le monde a droit à l'erreur, même le Sanglier ? Profitez donc, chers lecteurs, du spectacle de votre serviteur qui bat sa coulpe et qui se hâte de vous annoncer qu'il a été séduit, dès la première page, par la plume agile et enjouée de Marie Laurent, irrésistiblement emporté par une intrigue riche en rebondissements et des personnages rendus crédibles par les contradictions même de leur nature humaine ! Le moyen de ne pas succomber aux charmes d'une entrée en matière aussi prometteuse, je vous le demande : un entretien d'embauche, une belle femme sexy en tailleur vis-à-vis du protagoniste, un domaine viticole en Bourgogne, une cour chauffée à blanc par le soleil, la visite de la cave et une vigneronne qui décide de déguster la liqueur du maître de chais plutôt que celle de ses propres vignes ? Un départ sur les chapeaux de roues pour un texte qui s'est révélé le champion des Lectures estivales.

Notre héros, Théodore, maître de chais fraîchement débarqué en Bourgogne suite à une aventure trop poussée avec la femme de son ancien patron, se trouve très vite sollicité par le personnel féminin du vignoble, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas le temps de chômer. Le problème, c'est qu'il faut savoir gérer un tel réseau de relations, et Théo commence à entrevoir la possibilité de ne pas se montrer à la hauteur, surtout depuis que Virginie, une des patronnes, lui a fait entrevoir un avenir commun, lui proposant une place à la tête du domaine. Théo, qui tient à son indépendance et qui ne se découvre pas beaucoup d'attirance pour la belle vigneronne, sombre dans une marée de réflexions les unes plus amères que les autres quand, soudain, la bombe éclate, la vraie, celle qui est capable de brouiller les cartes et de mettre fin à la réalité telle qu'on croyait l'avoir enfin comprise.

Une réalité factice où les plus belles femmes feraient la queue pour s'empaler sur la vôtre, la reconnaîtriez-vous ?Click to Tweet

Je ne vais pas dévoiler ici le coup de tonnerre imaginé par Marie Laurent, mais je peux vous dire qu'il est de taille. Laissez-moi seulement vous poser une question : S'il devait vous arriver de vous retrouver dans une réalité factice où les plus belles femmes feraient la queue pour s'empaler sur la vôtre et où il suffirait de croiser une femme pour la retrouver, quelques instants plus tard, dans votre couche, en train de solliciter les services de l'étalon que, apparemment, vous êtes, est-ce que vous vous rendriez compte ?

J'ai une très grande admiration pour le savoir-faire de Marie Laurent qui a réussi à me mener par le bout du groin. J'étais pleinement dans l'histoire, absorbé par les aléas de la vie sexuelle et amoureuse de Théodore et des grâces (à moins qu'il ne faille inverser deux lettres) du domaine Robin, en train de me poser des questions à propos des avantages du mariage arrangé et / ou intéressé (!), quand, soudain, d'un coup sec, l'auteure a changé la donne, m'arrachant à mes contemplations en me propulsant dans une ambiance à l'opposé de celle qu'elle avait si habilement créée. Je ne sais pas quel sera l'effet d'un tel revirement sur vous, mais je peux vous assurer que moi, j'étais en colère, tellement cela me contrariait de me retrouver coupé de toutes les attaches que Marie Laurent avait su si patiemment construire, à grand renfort de hanches ondulantes, de cuisses grandes ouvertes, de chattes défoncées et de queues avidement englouties. Susciter une telle réaction chez un lecteur, c'est un art difficile qui n'est pas accessible à tout le monde. Et là, je dis : "Chapeau !".

Vous l'aurez compris, l'intrigue du Maître de jet est très joliment menée et la ronde où Marie Laurent entraîne ses protagonistes ressemble furieusement à une de ces tarentelles endiablées dont résonnent les terres italiques. Mais son art ne s'arrête pas là ! Elle a aussi le secret de vous brosser un caractère en quelques traits, des caractères qu'on n'est pas près d'oublier, comme Albane à la beauté aussi farouche qu'acide ; l'élégante Virginie qui se pavane en miaulant devant Théo et se laisse brouter la chatte par sa femme de ménage, la rondelette Léa ; Clémentine, à peine sortie de l'adolescence mais maniant les hommes et leurs queues avec un art consommé ; et aussi - last but not least - Pablo, le saisonnier dont le charme sauvage opère non seulement sur les femmes, mais aussi sur Théo, ce coq de basse-cour notoire dont les professions de foi dans l'hétérosexualité ne laissaient pourtant pas deviner la possibilité d'un tel revirement.

Après un tel voyage à travers des âmes et des corps, cabossé par les péripéties et à bout de souffle après tant d'aventures d'une rare intensité, il me reste un seul souhait à formuler : celui de voir Marie Laurent reprendre sa plume pour nous concocter une autre de ces histoires complexes et ravissantes dont elle semble avoir le secret ! Et si c'était la suite des aventures de Théo, je demande, ici et maintenant, le ius primae lectionis, à défaut de celui de la première nuit 😉

PS : Un mot à propos de la couverture. Non, elle ne me plaît pas du tout, mais il faut avouer qu'elle colle assez bien avec le personnage qu'elle est censée représenter, à savoir Albane, la beauté farouche qui sait si bien camoufler ses charmes grâce à un code vestimentaire des plus rigoureux et à des manières revêches qui mettent tout le monde à sa place. De ce point de vue-là, on ne peut pas dire que le dessinateur ait raté son but.

LE MAÎTRE DE JET Couverture du livre LE MAÎTRE DE JET
Marie Laurent
Fiction
Editions Dominique Leroy
21 August 2015
fichier numérique
214

Théo, le nouveau maître de chai du domaine Robin, est entouré de femmes entreprenantes. La situation lui semble enviable, jusqu'au moment où elle devient ingérable... Avec l'approche des vendanges et l'arrivée des saisonniers, la tenson monte d'un cran. « Je ne te mérite pas, ai-je envie de lui dire ; j'ai baisé ta petite sœur dans les vignes, je rêve de passer la plus grande à la casserole et ce soir, j'ai la ferme intention d'escalader ta femme de ménage. » Marie Laurent, auteure dans divers genres littéraires, fait une entrée remarquable dans la littérature érotique avec un roman haletant, plein de péripéties, à la fin inattendue. Collection e-ros & ceteri : où l'érotisme prend des chemins de traverse. Saveur des mots crus et sexualité plurielle. Des auteurs novices ou plus confirmés, tous amateurs d’érotisme, se donnent rendez-vous dans la collection e-ros qui se veut dynamique : des textes inédits, courts, érotiques et numériques adaptés à des lectures d’aujourd’hui, à parcourir avec délectation sur l'écran des liseuses, tablettes et autres smartphones sans oublier « les bons vieux » ordinateurs. Roman numérique, 214 pages, couverture en couleurs illustrée par Denis.

Angé­li­que Fon­tai­ne, Tou­te une semai­ne

Voici la deuxième des Lectures estivales du Sanglier littéraire et il faut constater que la chaleur et l'ambiance y sont au rendez-vous, pendant Toute une semaine passée avec Angélique Fontaine dans un paradis exotique où elle fait assister ses lecteurs aux frasques de sa narratrice, de Chris, son mari, et de plusieurs de leurs "invités" charmants.

Il n'y a rien de bien extraordinaire dans ce petit roman répartis en autant de chapitres que de journées, sauf évidemment ce qui fait en même temps son charme : l'extraordinaire légèreté d'une escapade érotique pétillante  comme un bon verre de champagne. Des galipettes, des parties de léchouilles, un brin de voyeurisme, un massage très peu commun, une expédition au cœur de l'île aux charmes tropiques, la perspective de l'amour au féminin entrouverte par une jeune masseuse près de succomber aux charmes de la belle occidentale, jusqu’à l'accueil d'une inconnue en détresse dans le lit (presque) conjugal, bonne action dont la récompense ne se fait pas attendre : une partie de jambes en l'air à trois pimentée par une initiation de notre belle touriste au fist-fucking, une conclusion des plus ravissantes qui risque de faire des ravages parmi nos belles tellement l'auteure excelle à y mettre une bonne dose de sensualité débridée.

Une lecture parfaitement adaptée à la légèreté estivale, une parenthèse dans le quotidien offerte à toutes celles et à tous ceux qui aimeraient se laisser arracher aux soucis en même temps qu'aux brumes, une escapade qui ne laissera pas de traces - sauf peut-être sur les draps de celles et de ceux qui se laisseraient tenter par l'exemple si brillamment mis en scène par Angélique Fontaine. À emporter à la plage, au bord de la piscine, à consommer en matant les belles femmes et les beaux étalons en se laissant emporter à son tour par des fantasmes très peu innocents.

Angélique Fontaine, Toute une semaineAngélique Fontaine
Toute une semaine
Éditions Dominique Leroy
ISBN : 978-2-86688-968-5

Lec­tu­res esti­va­les 2015 – Les titres

La liste de mes Lectures estivales commence tout doucement à se remplir, et je prévois quelques belles escapades pour rythmer mes séjours à la plage ou au bord de la piscine. Mais six textes sont loin d'être assez pour remplir l'été d'une bête aussi vorace que le Sanglier Littéraire, quelques titres supplémentaires seraient donc les bienvenus. Si alors, chère lectrice, cher lecteur, vous connaissez des romans ou des nouvelles regorgeant de soleil, de chaleur et de sexe, n'hésitez surtout pas à venir me voir avec vos propositions. Je suis sûr qu'on finira par trouver quelque chose pour occuper les longues semaines de l'été.

Un petit rappel : Je cherche des textes dédiés à l'été, au soleil, à la chaleur torride, au farniente, à l'amour - sur la plage ou à l'ombre des pins - aux escapades en tous genres, aux aventures qui seraient autant de parenthèses dans le quotidien. Des textes pleins de soleil et gorgés des sèves de l'amour, des textes qui font bouillonner le sang et la cyprine 🙂

Et si je ne dédaigne pas les grandes maisons, ce sont quand même les petits éditeurs qui me tiennent à cœur, voire les auteurs auto-édités, un vaste champ où j'ai déjà pu déterrer de véritables trésors comme p.ex. Fin de vacances, une ravissante nouvelle de Raphaëlle Cazzo, un des points forts de la première édition de mes Lectures estivales.

Et n'oubliez pas, les textes retenus auront droit, après lecture, à leur petit coin dans la Bauge littéraire...

Patricia Nandes, Macadam GarriguePatricia Nandes, Macadam Garrigues

« Je te laisse tout, enfin tout ce que j’avais, le bar, ma vieille Clio et la maison familiale. Tu verras, Lioux est un petit coin de paradis, tu t’imagines même pas comme la vie peut y être belle ! Occupe-toi des filles , Max, qu’on reste une famille jusqu’au bout. »

De l'asphalte marseillais à l'arrière-pays provençal, le parcours de quatre fleurs de bitume et d’un écrivain en panne d’inspiration, lequel hérite d'un vieux mas dans le Lubéron.

Ensemble, ils décident de tout plaquer pour le rénover et d'en faire une maison d’hôtes un peu particulière...
Angélique Fontaine, Toute une semaineAngélique Fontaine, Toute une semaine

Un couple passe une semaine de vacances dans un hôtel cinq étoiles sur une île paradisiaque. Chaque jour révèle son lot d’expériences sensuelles et libertines…
Marie Laurent, Le Maître de jetMarie Laurent, Le Maître de jet

Le Maître de jet de Marie Laurent se déroule pendant les vendanges. Un nouveau maître de chai arrive sur la propriété tenue par deux sœurs qui ont le feu aux fesses. Et si ce n’était qu’elles !
Marie Caron, Un été sauvageMarie Caron, Un été sauvage

Alexandra Boesmans, jeune étudiante en psychologie, suit dans le cadre de ses études, des cours sur la synergologie illustrés par son professeur, Matthias Winterfell. Contraint d'abandonner ses étudiants en plein milieu de l'année scolaire, Matthias demande alors à Ethan Savage, son assistant, d'assurer les cours à sa place. Alors que les derniers examens viennent de se terminer, à l'approche de l'été, Alexandra décide de faire quelque chose qu'elle n'a pas fait depuis longtemps : s'amuser.
Alix Langevin, La mauvaise réputationAlix Langevin, La mauvaise réputation

[ J’aimerais m’immerger entre vos cuisses, ... ] Les premiers mots du SMS que reçoit Nadine, quarante-trois ans, laissent peu de place à l’ambiguïté, et son réflexe premier est d’éliminer dans la minute le scandaleux message. Collaboratrice aux éditions des Deux Chouettes, elle a d’autres soucis en tête. Thomas Sancerres, leur auteur-vedette, doit lancer son dernier roman au festival de Cassis le surlendemain et toute la maison est en effervescence. Pourtant sa curiosité prend le dessus et, de fil en aiguille, Nadine se retrouve embarquée dans une relation qui va bousculer tous les codes qu’elle tenait pour acquis. Mais de qui ces étranges messages émanent-ils ? Leur auteur poursuit-il un but précis ? Nadine redécouvre une facette d’elle-même qu’elle pensait avoir enterrée malgré elle six ans auparavant et dont la résurgence va avoir des conséquences irréversibles.
Jon Blackfox, Les incendiairesJon Blackfox : Les incendiaires

Ils sont les « Bonny and Clyde » du sexe torride et de la pyromanie...

« [...] Candice sortit de la cabine ; la lumière artificielle dérapait sur la texture poisseuse de sa peau. Elle lui piqua la clope d’entre les doigts, regard incendiaire, moue éthérique, et se dirigea vers les vasques. Ayden la retourna sans qu’elle ait le temps de se laver les mains. Ayden monta les fesses de Candice sur le plan de toilette, lui retirant son pantalon dans une série de coups secs et fourra son visage entre ses cuisses. Une petite bise tout d’abord... »

No limit, no futur... L’errance des deux jeunes gens, leur refus des limites ont un furieux goût de jouissance désespérée : leur fin passe par tous les excès, sur un tempo vibratoire d’un riff de rock désespéré.
Collectif, Les contes rosesCollectif, Les Contes Roses

Le mercure va grimper ! Avec Les Contes Roses, les Artistes Fous Associés ajoutent une nouvelle couleur à leur palette. Voici 9 nouvelles délurées ou sérieuses, mais toujours impertinentes, pour parler du sexe dans tous ses états, de l’amour propre aux sales défaites.
Les Contes Roses, une collection à lire tout nu… Sous une couverture de Maniak et des illustrations intérieures de Cham.
June Summer, Aventures libertines, le Cap !June Summer, Aventures libertines, le Cap !

Passer des vacances dans un haut lieu du naturisme et du libertinage n’est pas anodin... Cela se révèle parfois excitant, sensuel, et coloré de plaisirs torrides et inédits... Cela peut aussi susciter de nombreuses surprises selon les circonstances ! C’est ce que vont découvrir plusieurs couples dans ces « Aventures libertines » au Cap d’Agde, entre délices et sensualités sans tabous!

Voici l’occasion de partir avec eux en vacances, là où le soleil dore les peaux brunies, le sable brûlant rencontre les vagues argentées de la Méditerranée, et là où les amants vivent nus, comme Adam et Ève au Paradis...
ChocolatCannelle, Vacances à l'Auberge roseChocolatCannelle, Vacances à l'Auberge rose

L'été, la plage, et l'Auberge rose pour les plaisirs partagés…

Cette petite auberge landaise a un sens de l'accueil très développé. Henri, son propriétaire, fait tout pour que ses hôtes se sentent comme chez eux... même dans la chambre de leurs voisins. C'est ça, l'Auberge rose: convivialité, sexe et plage!
E.T. Raven, Amabilia - nue sous le masqueE.T. Raven, Amabilia - nue sous le masque

Cette BD de 52 pages est le premier volume de la série érotique AMABILIA. Pour public adulte et averti.« Une soirée costumée. Simon s’ennuie à mourir jusqu’au moment où il croise le regard chaleureux d’Iris. Le désir monte entre les deux jeunes gens. Ils s’éclipsent de la soirée, prennent un taxi et s’excitent mutuellement. C’est une fois dans l’ascenseur de l’hôtel de Simon que les choses deviennent plus sérieuses. Désir, envie et plaisir les accompagneront toute la nuit. »

Roman K., Shoo­ting Mona

Roman K. en est, après Les trips insulaires de Carline et Tulle doré, à son troisième texte publié aux Éditions Dominique Leroy, et on peut dire que le petit dernier a tout pour séduire l'amateur de littérature érotique. Au fait, Shooting Mona, c'est du Roman K. tout craché, à commencer par un style serein qui garde toute sa clarté malgré les eaux troubles où naviguent les personnages, en passant par certaines préférences que se lèguent entre eux les protagonistes, comme un penchant pour les endroits pourris et l'uro, et surtout une approche directe et totalement décomplexée des choses du sexe, trait principal des protagonistes féminins. Après Carline, l'héroïne du premier texte, et l'anonyme du deuxième, voici donc venu le tour de Mona, jeune fille délicieusement impudique de "pas tout à fait 20 ans" (Chap. 1), qui se laisse initier aux usages d'un monde quelque peu particulier, celui de la photographie érotique. Est-ce qu'il faut préciser qu'on est ici en plein territoire du fantasme et qu'il ne faut pas confondre ce texte avec le guide du petit top model en herbe ? Quoi qu'il en soit, Mona, une fois les premières frontières franchies, se laisse happer par l'inconnu (à moins qu'il faille utiliser le pluriel), et le plaisir extraordinaire que lui procure l'exhibition de son corps la pousse vers l'exploration des fantasmes et l'envie de pénétrer toujours plus loin dans le terrain inconnu et délicieux que les sessions de photographie (les shootings) lui font entrevoir.

Mona est une jeune femme qui a décidé de rompre les attaches et qui, fraîchement débarquée dans une ville inconnue où elle "ne connaissai[t] quasiment personne" (Chap. 3), y navigue plus ou moins au pif. Une jeune femme plutôt décomplexée, ce qui ressort assez vite des allusions qu'elle fait, au gré des chapitres, à son passé et surtout de ce qu'elle raconte de façon si laconique à propos de l'aventure qu'elle a vécue juste avant de prendre le train : croiser une fille et faire l'amour avec elle "dans un parc public mal éclairé, en pleine ville" (chap. 3). On l'imagine donc bien disposée à exploiter les possibilités que ne tarderont pas à lui faire entrevoir les proposition des adhérents du site internet dont Térésa (l'inconnue du parc) lui a donné les coordonnées et où elle vient de publier une fiche modèle. Une fiche avec des photos où elle pose nue. Les choses, on le devine, ne tarderont pas à se corser, et la première bite qui se présente à sa bouche au cours d'une session de photographie (dont on ne saurait même pas affirmer qu'elle aurait dégénéré) y est admise avec beaucoup de plaisir et très peu d'hésitation. Certes, Mona se pose des questions à propos des limites qui séparent la photographie érotique voire pornographique de la prostitution, mais de telles interrogations ne l'empêcheront pas d'aller encore beaucoup plus loin. Jusqu'à accepter de faire partie de scénarios qui n'ont plus rien de conventionnel - et qui feraient sans aucun doute peur à certains.

Shooting Mona, c'est un texte qui vit en très grande partie à travers ses appels incessants à l'imagination. Celle du lecteur, mais celle de la protagoniste surtout, dont la vie semble peu à peu transvidée dans les scénarios qui, seuls, lui permettent de s'épanouir, à travers les excursions dans les parcs et les demeures délabrées, théâtre des ses expéditions impudiques, mais surtout en voyageant jusqu'au bout des territoires fantasmatiques qui accueillent (seuls rendent possibles ?) ses jouissances. En dehors de cette imagination chauffée à blanc, une drôle de léthargie s'empare d'elle et elle se retire dans son appartement, en manque, privée des ressorts qui la font bouger, de la volonté qui la pousse en avant vers un prochain épisode des mises en scène où elle évolue au gré du prochain réalisateur. Ailleurs, la vie diminue, le plaisir est devenu pratiquement inconcevable, comme dans ce passage qui raconte la longue attente d'une journée qui s'étend vide devant elle, sans rendez-vous avec un de ses photographes. Elle ne sait que faire, met "une éternité à [s]e lever", la journée se vide, le monde perd ses contours dans un ciel blanc. Un peu comme une page blanche qui attend de se couvrir de caractères pour raconter une histoire. Même le plaisir se rétrécit, se dérobe : "Ma chatte me brûlait toujours. Je renonçai à trois reprises à me branler." (chap. 7), une imagination qui tourne à vide, un moteur qui manque d'essence : "Seules des bribes d’images me traversaient l’esprit, décousues, figées." (chap. 7). Un peu plus tard, les effets deviennent plus sensibles, et Mona se rend compte que ce n'est peut-être pas tellement la vie qui diminue, mais elle qui s'en éloigne :

"Je me sentis très loin du monde dans lequel je vivais, ce soir-là. Très loin des individus qui s’agitaient pourtant si près de moi, et si loin des sujets qui semblaient les préoccuper. Je me sentais étrangère. Une extra-terrestre venue prendre des nouvelles de la planète qui l’avait vue naître..." (chap. 10)

Mais l'écran blanc qu'est devenu Mona ne tarde pas à se couvrir d'histoires, de scènes tout droit sorties d'un film X comme l'épisode de la petite black (chap. 11) qui l'aborde en pleine rue pour lui proposer un plan à trois. L'imagination déborde dans la vie, s'en empare, l'engloutit. Shooting Mona peut donc aussi être compris comme le récit d'une dépossession, la transformation d'un être humain en personnage de fiction, de cinéma. À moins qu'il ne s'agisse de celui d'une dépendance - au sexe, aux fantasmes, aux scénarios pondus et réalisés par des metteurs en scène auxquels Mona confie son corps devenu la valeur qu'il faut mettre dans la balance pour obtenir la dose dont elle a besoin pour vivre - shooting Mona, un titre qui oscille entre les significations que peut avoir ce mot dans la langue de Shakespeare, un mot qu'on utilise pour désigner une série de photographies, mais aussi la dose que s'injectent les toxicomanes.

Le texte culmine dans un scénario qui emmène les personnages dans les terres de l'inceste voire de la pédophilie, le tout, évidemment, dans les têtes, derrière des parois bien épais, à l'abri des juges et de leur code pénal. Est-ce là une prise de position de la part de Roman K. à propos de la question de la liberté ? Une interrogation sur l'abolition de la vie qu'il faut supprimer pour vivre les fantasmes ? Je ne saurais vous donner une réponse définitive, je me borne volontiers à indiquer des pistes à suivre. Mais une chose me semble certaine - et largement suffisante pour faire de ce texte une lecture incontournable : on y trouve une chaleur à faire vibrer les corps les plus récalcitrants, une chaleur qui fait bouillonner les mots et les phrases, exacerbée par l'usage impeccable et la maîtrise du style qu'on a le droit d'attendre de la plume de Roman K.

Roman K., Shooting MonaRoman K.
Shooting Mona
Éditions Dominique Leroy
ISBN : 978-2-86688-952-4

Les recom­man­da­tions du San­glier pour un cadeau de Noël numé­ri­que

Vous cherchez le parfait cadeau numérique ? Faites donc confiance au Sanglier littéraire !Cette année aussi, le Sanglier littéraire a passé en revue les titres chroniqués au cours des douze mois passés, et il a dressé une liste à l'intention de tous ceux et de toutes celles qui, dans leur quête du cadeau de Noël parfait, s'aventurent dans les terres numériques.

Il va sans dire que cette liste est le résultat purement subjectif de mes réflexions et que le seul critère qui a régi sa rédaction est une appréciation tout à fait personnelle, un coup de cœur conçu sur le moment, sans la moindre objectivité. Il est clair aussi que d'autres titres auraient mérité d'y figurer, mais les places au soleil hivernal étant rares, j'ai dû fermer la porte à certains...

Une nouveauté pourtant par rapport aux années précédentes : vous trouverez, comme invitée spéciale en queue de peloton, le dernier disque d'une musicienne d'exception, Phobie de Georgia Dagaki. Je n'ai pu résister à la tentation de faire un peu mieux connaître cette voix riche d'une tradition millénaire, nourrie par les profondeurs méditerranéennes de la Grèce.

Vous pourrez accéder aux articles parus dans la Bauge en cliquant sur l'image, et vous y trouverez toutes les coordonnées dont vous avez besoin pour vous procurer le ou les titre(s) choisi(s).

Un dernier petit truc avant de terminer : il y a maintenant des librairies numériques qui permettent d'offrir des ebooks. Le procédé est parfois un peu compliqué, mais j'ai fait de bonnes expériences avec la librairie Clearpassion. Si vous préférez d'autres boutiques, il suffit souvent de chercher un peu dans la Foire aux questions.

Daniel de Kergoat, Mes vingt ansDaniel de Kergoat, Mes vingt ans

Voici venu le temps des premières fois, vécues ou racontées, les premiers amours, la découverte de Kerouac, un premier départ en auto-stop pour aller de l’avant, à la découverte des gens.

Entre les barricades du mois de Mai et les neiges du Danemark, une aventure extraordinaire, LE coup de cœur 2014 du Sanglier.
Hervé Fuchs, Les Folles de la Nationale 4Hervé Fuchs, Les Folles de la Nationale 4

La saga des pirates de la route qui hantent la Lorraine du milieu des années 70, une des plus belles découvertes du Sanglier. Ça fonce, ça casse, ça flingue à toute berzingue, une escapade aux allures épiques sur fond d'automne noir, avec en bande sonore les Sex Pistols, les Ramones, les New York Dolls...
Michel Torres, La Saga de Mô. 1. La MeneuseMichel Torres, La Saga de Mô, t. 1 La Meneuse

Décidément, 2014 aura été une année riche en bonnes lectures. Voici le deuxième coup de cœur, une saga sudiste où le fantastique et l’ethnographique se rencontrent dans un clash retentissant. Les relents de l'Histoire, le soleil impitoyable qui tape sur les vendangeurs et le jeune Mô au milieu de tout cela avec sa fantaisie débordante.
Emma Cavalier, Un sentiment d'éternité. La Rééducation sentimentale t. 3Emma Cavalier, Un sentiment d'éternité

Les habitués de la Bauge connaissent l'estime du Sanglier pour l'auteure hors norme qu'est Emma Cavalier. Un de ses textes le plus impressionnants est le volume qui clôt et en même temps couronne le cycle de la Rééducation Sentimentale.
Marcel Rabarin, BluesMarcel Rabarin, Blues

Il se passe de drôles de choses dans les petits villages perdus du sud. Au milieu de tout cela, pris dans les filets de la vie qui doucement s'en va en emportant les certitudes et les choses qu'on croyait acquises, un amoureux d'architecture qui se retrouve au milieu d'une affaire sordide.
Éric Mouzat, Petites confidences estudiantinesÉric Mouzat, Petites confidences estudiantines

La Bagatelle, jeune maison d'édition numérique, vous invite à vous glisser dans la vie de Mathilde et à vivre avec elle des aventures loufoques et terriblement érotiques en compagnie d’une véritable ménagerie de personnages, les uns plus déjantés que les autres, croisés au cours des trois mois relatés dans ce journal d'une extraordinaire franchise.
Fabien Clouette, Une épidémieFabien Clouette, Une épidémie

Un petit texte d'une exemplaire densité qui, tout en faisant preuve d'une terrible originalité, vous fera entrevoir le Désert des tartares, les eaux troubles du Rivage des Syrtes ou encore les terres étranges du continent qui s'élance vers les Mers Perdues.
Annie May, Bio Super Élite : L'examen médicalAnnie May, Bio Super Élite

Dans un futur improbable, où l'humanité se bat contre les "aberrations", sorte de légumes aux pattes avec un goût très prononcé pour des femelles humaines, la jeune Stella intègre une unité d'élite où elle apprendra à se servir de son corps pour maîtriser ses armes. Une aventure des plus déjantées à l'intention de celles et de ceux qui n'ont pas peur d'avouer qu'un texte peut être bandant, très bandant !
Gilles Milo-Vacéri, Lisbeth-la-RougeGilles Milo-Vacéri, Lisbeth-la-Rouge

Une escapade dans le monde des corsaires, boucaniers, flibustiers et autres Frères (et Sœurs) de la Côte, escapade qui se double de la quête érotique de la jeune Marie-Élisabeth, capitaine au long cours qui entend profiter des libertés de la vie en mer.
Ghyld V. Holmes, L'affaire HaartmengerGhyld V. Holmes, L’affaire Haartmenger

L’univers de l'affaire Haartmenger est passionnant et nous change des visions de la SF américaine, l’intrigue démarre sur les chapeaux de roue et laisse espérer de multiples rebondissements, et les personnages sont attachants, ceux au moins auxquels l’auteur s’intéresse d’assez près pour leur dessiner, d’un coup de plume, des vies bien à eux, des vies sur lesquelles il laisse pourtant subsister assez de zones d’ombres pour y cacher bien des secrets.
Georgia Dagaki, Phobie. 17 octobre 2014 Folk © 2014 Monopol RecordsGeorgia Dagaki, Phobie

Une grande première pour le Sanglier qui n'a pas peur de recommander, pour une fois, un disque. Vous qui avez lu le compte-rendu du concert auquel j'ai pu assister il y a quelques semaines à peine sauront à quel point la voix de Georgia Dagaki peut faire vibrer. Faites attention pourtant, vous risquez de l'avoir dans la peau !