Col­lec­tif, Antho­lo­gie lit­té­raire de la jouissance

Wilhelmine Schroeder Devrient, cantatrice allemande et auteur d'un roman érotique
Wil­hel­mine Schroe­der Devrient, can­ta­trice alle­mande et auteur d’un roman érotique

Je n’ai jamais vrai­ment aimé les antho­lo­gies. Le fait de me trou­ver en pré­sence d’un texte ampu­té, dont on vient de mettre une par­tie seule­ment sous la lumière trop intense des pro­jec­teurs, cela me gêne. Tout d’a­bord, parce qu’il y a comme un non-res­pect du tra­vail de l’é­cri­vain, qui, après tout, a construit son texte comme fai­sant par­tie d’un ensemble qu’on ne peut impu­né­ment déchi­que­ter. Et puis parce que le choix du mor­ceau des­ti­né à entrer dans un recueil s’o­père très sou­vent selon des cri­tères extra-lit­té­raires : un auteur décrit une cer­taine ville,  et on se sert de son texte pour épais­sir une antho­lo­gie consa­crée à la ville en ques­tion, peu importe sa fonc­tion ori­gi­nale au sein de l’u­ni­vers consti­tué par tous ces mots et tous ces signes. Ce pro­cé­dé pré­sente un côté réduc­teur qui devrait révol­ter tous ceux qui ont la moindre idée de ce que peut être un texte dans toute sa complexité.

Et pour­tant… Quand j’ai reçu l” « Antho­lo­gie lit­té­raire de la Jouis­sance », der­nier reje­ton des Édi­tions Blanche, je n’ai pas pu me rete­nir. Et qui pour­rait s’en éton­ner, compte tenu d’un sujet aus­si allé­chant ? C’est ain­si que j’ai décou­vert le plus grand mérite d’un recueil de textes – de tout recueil de textes : celui de per­mettre des décou­vertes. Avec 49 textes de 49 auteurs dif­fé­rents, réunis sur 218 pages, on s’embarque dans une aven­ture lit­té­raire bien par­ti­cu­lière, avec des hori­zons qui se renou­vellent à chaque bout de champ et des pay­sages sty­lis­tiques qui n’ont rien à envier aux pers­pec­tives les plus extraordinaires.

À lire :
Emma Cavalier, Le Manoir
Giulio Romano, I Modi (les positions)
Giu­lio Roma­no, I Modi (les posi­tions), série de gra­vures ayant ins­pi­ré à l’A­ré­tin les « Son­nets luxurieux »

On com­prend que, dans un tel cas, la lec­ture peut res­sem­bler à une caval­cade à tra­vers un ter­rain acci­den­té qui demande des efforts sur­hu­mains au lec­teur. Mais je vous assure que cette peine-là est de celles qu’on recherche avec avi­di­té pour pou­voir jouir d’un plai­sir à aucun autre pareil. Des textes contem­po­rains (sou­vent d’un auteur de la mai­son, comme l’ex­trait du Manoir d’Em­ma Cava­lier) y côtoient d’autres qui nous viennent de beau­coup plus loin, les plus anciens remon­tant jus­qu’à la Renais­sance ita­lienne (l’A­ré­tin) ou fran­çaise (Marot), tan­dis qu’une bonne par­tie réclament une pater­ni­té plus fami­lière comme celle de Sade, de Mira­beau, de Mus­set, de Gau­tier, d’A­pol­li­naire ou encore de Verlaine.

Ce petit volume, dont les textes ont été ras­sem­blés sous la direc­tion de Franck Spen­gler lui-même, m’a donc sur le tard appris les bien­faits d’une approche antho­lo­gique, qui per­met, dans le meilleur des cas, de se retrou­ver, après lec­ture, avec un bureau encom­bré par une mon­tagne de livres – fraî­che­ment acquis ou enfin sor­tis des éta­gères pous­sié­reuses de la biblio­thèque – qui attendent d’être dégus­tés sans la moindre modération.

Anthologie litteraire de la jouissanceCol­lec­tif
Antho­lo­gie lit­té­raire de la jouissance
Édi­tions Blanche
ISBN : 978–2846283014