Par­ris Quinn, La Plage

Un de ces jours, pri­vé de lec­ture esti­vale après le reten­tis­sant échec de Sexe à la plage, je me suis pro­me­né, en manque, du côté d’une de mes librai­ries pré­fé­rées dont la spé­cia­li­té est de pro­po­ser au cha­land des fan­tasmes illus­trés. Je parle bien évi­dem­ment de BD-Adultes, librai­rie vir­tuelle ani­mée par le sieur Car­te­let, jeune talent poly­va­lent en train de se tailler une répu­ta­tion d’en­fer dans le monde de l’é­ro­tisme fran­co­phone. Une fois entré dans cet uni­vers de fan­tasmes artis­ti­que­ment déli­rants, je suis presque aus­si­tôt tom­bé sur la série Ombre et Lumière signée Par­ris Quinn, auteur et des­si­na­teur amé­ri­cain, publiée en France depuis 2009 par Dyna­mite, « le label BD por­no de la Musar­dine »1)D’a­près la des­crip­tion four­nie par l’é­di­teur sur son site..

Parris Quinn, La Plage, deuxième partie, p. 40. In : Ombre &V Lumière tome 5
À la plage – Chris et sa cou­sine Made­lynn prennent du soleil avant de se lan­cer dans des décou­vertes bien plus intimes. Par­ris Quinn, La Plage, deuxième par­tie, p. 40. In : Ombre & Lumière tome 5

Comme j’ai l’ha­bi­tude de fon­cer droit au but, sur­tout quand il s’a­git de récits por­no, je vous pré­sente ci-des­sus Claire et Made­lynn, deux des pro­ta­go­nistes de La Plage, épi­sode d’Ombre & Lumière où Quinn emmène ses lec­teurs dans un voyage au bout des fan­tasmes. Et rien qu’à contem­pler ce bré­vis­sime aper­çu, je parie que vous com­pren­drez com­ment j’ai été séduit aus­si rapi­de­ment. L’illus­tra­tion per­met non seule­ment de se faire une idée à pro­pos de la finesse du trait de crayon de Quinn, mais de consta­ter en même temps l’im­por­tance du texte dans ses tra­vaux, une impor­tance qui en fait plu­tôt des romans gra­phiques que des bandes des­si­nées, même s’il y a ensuite des pas­sages où c’est l’élé­ment visuel qui occupe les devants de la scène.

Les volumes de la série fonc­tionnent un peu comme des recueils, et cer­tains des épi­sodes pro­po­sés sont répar­tis sur plu­sieurs volumes, comme par exemple celui qui nous inté­resse aujourd’­hui : La Plage. J’en ai comp­té trois par­ties répar­ties entre les tomes 1, 2 et 3 de la série, au moins dans l’o­ri­gi­nal anglais2)Dans la ver­sion fran­çaise, la deuxième par­tie se trouve, curieu­se­ment, dans le tome 5 d’Ombre & Lumière. À mon plus grand bon­heur, j’ai retrou­vé les deux pre­mières par­ties réunies dans un seul volume, The Beach, pro­po­sé à un prix très abor­dable par Ama­zon pour sa liseuse (et biblio­thèque) Kindle, tan­dis qu’il m’a fal­lu ache­ter le troi­sième épi­sode sur un site amé­ri­cain, le Inde­pendent Publi­shers Group, et je me suis retrou­vé avec un fichier ver­rouillé lisible uni­que­ment sur le logi­ciel Adobe Digi­tal Edi­tions… Si vous vous dites que c’est un peu le grand n’im­porte quoi voire le grand bor­del, je suis tout à fait d’ac­cord, mais bon, l’im­por­tant étant de pou­voir vous pro­po­ser une nou­velle lec­ture esti­vale bien adap­tée aux besoins de l’es­ti­vant en cha­leur, on ne va pas chi­ca­ner sur des ques­tions de for­mat.

Des récits basés sur le réel ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les infor­ma­tions à pro­pos de Quinn n’a­bondent pas sur la toile. Par­mi le peu qu’on trouve figure la notice que Quinn serait un « artist author, a res­pec­ted nude and land­scape pain­ter » qui aurait récol­té les confi­dences de ses amis pour les trans­for­mer en art : « All confi­ded to the artist author, »3)Selon la des­crip­tion qui, sur le site d’A­me­ro­ti­ca, accom­pagne la maquette du tome 2 de Sha­dows & Light

Sur le site de la librai­rie numé­rique 7switch on trouve, sur la page du volume 6 d’Ombre & Lumière, la cita­tion sui­vante qui explique la méthode avec plus de détail :

Je crée mes per­son­nages et mes décors de façon à ce qu’ils soient réa­listes et cré­dibles. Ils vous semblent fami­liers car ils repré­sentent l’A­mé­rique midde-class d’au­jourd’­hui – ces gens pour­raient être vos voi­sins ou les héros d’une série télé popu­laire. C’est ce qui leur donne, je pense, leur puis­sance d’é­vo­ca­tion, au moins autant que ce qui leur arrive. À de très rares excep­tions près, mes modèles sont d’ailleurs des amis, et mes his­toires sont un mélange sub­til entre la vie réelle et des fan­tasmes tirés de mon ima­gi­na­tion. En tant qu’ar­tiste, les deux m’inspirent.4)Page de pré­sen­ta­tion d’Ombre & Lumière 6 sur 7switch.

Des pro­pos cor­ro­bo­rés par un article paru sur NBM Euro­ti­ca, le blog éro­tique des Édi­tions NBM et de leurs auteurs. Inti­tu­lé Quinn the confes­sor, Robert Edi­son San­di­ford, auteur de BD éro­tiques lui-même, y indique à pro­pos des pro­ta­go­nistes de son confrère que :

Their sto­ries, declares the author, are true ; only the names have been chan­ged “to pro­tect the not-so-inno­cent-at-all.” These women claim, in a get-this/­sur­pri­sed-myself moment of cla­ri­ty, that their beha­viour is out of cha­rac­ter for them.5)« Leurs his­toires, déclare l’auteur, sont véri­diques ; il n’y a que les noms qui ont été chan­gés « pour pro­té­ger les pas-si-inno­centes-que-ça. » Toutes ces femmes pré­tendent, dans un ins­tant d’auto-surprise, de « va savoir ! », de clar­té, qu’un tel com­por­te­ment ne leur res­semble pas du tout. », Robert Edi­son San­di­ford, Quinn the confes­sor, paru le 30 mai 2014 sur NBM Euro­ti­ca.

Un beau détail cadrant par­fai­te­ment avec cette idée d’au­then­ti­ci­té est la pré­sence, pla­cé en guise d’in­ci­pit au début de chaque épi­sode conte­nu dans la série, de quelques don­nées sta­tis­tiques à pro­pos des per­son­nages, comme ceux par exemple qui pré­cèdent la deuxième par­tie de La Plage :

Parris Quinn, La Plage (Deuxième partie), Incipit
Par­ris Quinn, La Plage (Deuxième par­tie), Inci­pit

Des récits basés sur le réel – une telle affir­ma­tion est tout à fait légi­time venant de la part d’un auteur sou­cieux de pimen­ter ses textes en leur confé­rant une dose de vécu, un ingré­dient dont on com­prend la puis­sance dans un contexte éro­tique. Parce que, com­ment ne pas se poser des ques­tions à pro­pos de la voi­sine après avoir lu de telles confes­sions pla­cées dans la bouche de « vraies per­sonnes » ? N’ai­me­rait-on pas l’i­ma­gi­ner en train de s’a­don­ner à toutes sortes de pra­tiques dont la seule idée ali­mente effi­ca­ce­ment d’in­nom­brables séances de plai­sir soli­taire ? Et qui n’au­rait pas flir­té avec cette idée de pou­voir vivre des aven­tures à deux pas de chez lui, grâce à une ren­contre for­tuite, inat­ten­due, de s’embarquer avec une incon­nue sur­gie de nulle part dans un uni­vers où les fan­tasmes enfin peuvent se réa­li­ser.

On com­prend faci­le­ment pour­quoi Quinn a choi­si une telle approche. De là à savoir ce qu’il en est réel­le­ment, c’est une autre affaire. Mais pour­quoi vou­loir détruire l’illu­sion, pour­quoi s’a­char­ner à savoir s’il y a vrai­ment, quelque part de l’autre côté de l’o­céan, une femme ayant consen­ti à mon­ter sur la moto d’un incon­nu pour se faire embar­quer au fond de ses fan­tasmes ? Et puis, l’art de Quinn est ailleurs. Parce que ses récits se racontent sur plu­sieurs niveaux, chan­geant de nar­ra­teur et de pers­pec­tive, créant un flou miroi­tant entre les per­son­nages comme un mirage où se perdent les regards. Si, dans la pre­mière par­tie, l’a­ven­ture de Claire et de Nick est racon­tée par un nar­ra­teur omni­scient, à la troi­sième per­sonne, la pers­pec­tive change dès la deuxième par­tie quand Claire, reve­nue de son week-end à la mer, livre à son mari, images et vidéos à l’ap­pui, le récit de ses frasques. Un pro­cé­dé qui per­met de jouer avec les pers­pec­tives, un défi aux lec­teurs de s’y retrou­ver. Défi qui s’ac­com­pagne, dans le cas de Quinn, d’illus­tra­tions qui, tirées de plans dif­fé­rents, se côtoient dans la mise en page, ce qui crée une confu­sion qui oblige à prendre du recul afin de – réflé­chir. C’est ce qui se passe au début de la troi­sième par­tie où Claire livre à son mari la suite de l’i­ni­tia­tion, par ses soins, de sa meilleure amie et où on peut s’é­ton­ner de voir Phi­lip en train de brou­ter sa femme tan­dis qu’au-des­sus celle-ci se fait bouf­fer la chatte par Made­lynn.

Quinn, Shadow and Light, volume three, p. 21
Brou­tage de chatte sur plu­sieurs niveaux. Les aven­tures de Claire. In : Quinn, Sha­dow and Light, volume three, p. 21

L’en­chaî­ne­ment logique des évé­ne­ments est sus­pen­du au pro­fit d’une nar­ra­tion qui a lieu sur plu­sieurs niveaux tem­po­rels à la fois, le récit deve­nant à son tour sujet d’un récit.

La Plage – invi­sible point de départ

Après toutes ces consi­dé­ra­tions plu­tôt lit­té­raires et théo­riques, par­lons quand même un peu du récit. Vous aurez com­pris que c’est en pre­mier lieu le titre qui a eu le mérite d’at­ti­rer votre ser­vi­teur – La Plage. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’il s’a­git ici d’une Lec­ture esti­vale. Et bizar­re­ment, si la plage est effec­ti­ve­ment un peu le point de départ de tout ce qui, par la suite, arrive à la pro­ta­go­niste, elle est étran­ge­ment absente du récit. Indi­quée plu­tôt que visible, elle n’a qu’une drôle de pré­sence inter­mé­diaire à tra­vers quelques pal­miers ryth­mant l’ho­ri­zon ou quand elle sert d’ex­cuse pour per­mettre aux per­son­nages de ne por­ter rien que des maillots de bain ce qui, à son tour, per­met de mon­trer des corps en grande par­tie dénu­dés. Ce qui, dans un récit éro­tique, ne peut que faci­li­ter les affaires.

Quinn, La Plage, première partie, Claire et Nick, p. 9
Quelques pal­miers, des maillots de bain – voi­ci ce à quoi se réduit la plage dans la novel­la gra­phique homo­nyme de Quinn. (planche tirée de la page 9)

Quant aux aven­tures que s’ap­prête à vivre la pro­ta­go­niste quand elle décide de mon­ter sur la moto d’un incon­nu, elles n’ont rien d’ex­tra­or­di­naire dans le monde de la lit­té­ra­ture éro­ti­co-por­no­gra­phique et n’im­porte quel scé­na­riste de X en a déjà réa­li­sé l’une ou l’autre variante. Il y a d’a­bord le sexe avec le motard, dans un garage, un décor rem­pli d’un grand nombre d’ou­tils qui non seule­ment per­mettent de jouer sur le contraste entre la peau soyeuse et la dure­té de l’a­cier, mais qui donnent un grand nombre d’i­dées aux par­te­naires. Ensuite, si le décor reste le même, le scé­na­rio évo­lue vers le gang-bang avec l’ar­ri­vée de quelques copains. Et comme il y a une femme dans le tas, l’élé­ment les­bien, pas­sage obli­gé de n’im­porte quel film / texte de cul, peut être abor­dé avec la plus grande évi­dence.

Les choses évo­luent à par­tir de la deuxième par­tie, sur­tout au niveau de la nar­ra­tion qui se com­plique avec l’in­tro­duc­tion de plu­sieurs niveaux, comme je l’ai briè­ve­ment évo­qué quelques para­graphes plus haut. Quant à l’in­trigue, l’élé­ment les­bien passe au pre­mier plan avec la ren­contre entre Claire et son amie de lycée, Made­lynn. Une ami­tié qui, elle aus­si, pas­se­ra à la vitesse supé­rieure quand Chris l’é­pice par une ini­tia­tion des plus ban­dantes. Quinn réus­sit à mer­veille de rendre les sen­ti­ments des deux femmes, en cap­tant le mélange de timi­di­té et de défi qui se peint sur le visage de Made­lynn ou encore la fas­ci­na­tion de Chris pour le corps épa­noui de la qua­dra dont elle mani­pule les seins avec une déli­cieuse insis­tance.

La troi­sième par­tie nous réserve le retour au garage où Chris a don­né ren­dez-vous à la bande de copains de l’autre jour. Encore une fois, c’est le sexe entre les femmes qui domine la ren­contre, Chris ayant réso­lu de prendre sa revanche sur Suzie qui, la veille, a pro­fi­té de l’im­puis­sance de la femme enchaî­née pour lui infli­ger une séance de face­sit­ting et d’exer­cer ain­si sa domi­na­tion sur une femme de plu­sieurs décen­nies son aînée. À elle main­te­nant les joies de la sou­mis­sion, et je vous recom­mande tout par­ti­cu­liè­re­ment la page 25 du tome 36)Selon la numé­ro­ta­tion dans la ver­sion ori­gi­nale amé­ri­caine où on voit la jeune femme, pous­sée par un désir gran­dis­sant, pas­ser de l’ac­cep­ta­tion de l’i­né­vi­table à une avi­di­té qui accueille avec un plai­sir mani­feste tout ce que Chris a déci­dé de lui envoyer :

I got them rea­dy, sat up on a table, pul­led her face into my cunt and star­ted rip­ping through the comes, for­cing her to eat me, the boys conti­nuing to pump away on those beau­ti­ful cocks.7)« Je les mis en posi­tion, m’ins­tal­lai sur la table, enfon­çai son visage dans ma chatte et enta­mai une série d’or­gasmes en l’o­bli­geant de me bouf­fer tan­dis que les gar­çons conti­nuèrent à bran­ler leurs superbes bites. », Par­ris Quinn, The Beach, part three, p. 25

Bref his­to­rique d’é­di­tion

Quinn, Shadow and Light, couverture du premier volume paru en 1998 dans la collection Amerotica
Quinn, Sha­dow and Light, cou­ver­ture du pre­mier volume paru en 1998 dans la col­lec­tion Ame­ro­ti­ca

Vous aurez com­pris que je consi­dère Sha­dow and Light – ou Ombre & Lumière dans sa tra­duc­tion fran­çaise – comme un chef d’œuvre de l’é­ro­tisme lit­té­raire inter­na­tio­nal. On s’é­tonne d’au­tant plus de devoir consta­ter, à vou­loir ras­sem­bler les infor­ma­tions dis­po­nibles sur la Toile, que la tâche est bien plus ardue que ce que l’on aurait pu ima­gi­ner. Les infor­ma­tions sont éparses et par­fois même contra­dic­toires, l’his­to­rique des édi­tions suc­ces­sives étant loin d’être éta­bli. Voi­ci ce que j’ai trou­vé :

Tout com­mence avec une pre­mière édi­tion de Sha­dow and Light, en 1998, sous le label Ame­ro­ti­ca, une col­lec­tion de romans gra­phiques de chez l’é­di­teur amé­ri­cain NBM.

Ensuite, l’a­ven­ture conti­nue, de façon inter­mé­diaire, dans la revue éro­tique Sizzle, lan­cée par la même mai­son en 1999. Le pre­mier numé­ro annonce, sur la cou­ver­ture : « a new SHADOW AND LIGHT sto­ry ! ». Selon le résu­mé four­ni par le site Comic Vine il s’a­git de « Sha­dow & Light : The Arran­ge­ment, Part Two. Tou­jours selon le même site, des contri­bu­tions de Par­ris Quinn se trouvent ensuite dans les numé­ros 12 (numé­ro paru le 1 jan­vier 2001 avec sur la cou­ver­ture la men­tion : « Sha­dow & Light is back ! »), 13 (« Sha­dow & Light : glo­ry hole ») et 21 (paru le 1 jan­vier 2004, annon­çant sur la cou­ver­ture : « A New Sha­dow & Light, conte­nant, selon le résu­mé, l’é­pi­sode Sha­dow & Light : The Beach, part 2 »). Selon une cou­ver­ture dis­po­nible sur le site des édi­tions NBM consa­cré à la revue, Quinn y figure une nou­velle fois dans le numé­ro 65 (« Sha­dow & Light is back »), même si, bizar­re­ment, la cou­ver­ture pré­sente sur Comic Vine, en tous points pareille, ne l’in­dique pas.

À côté des publi­ca­tions inter­mé­diaires dans Sizzle, la publi­ca­tion en volume se pour­suit, et le 1er février 1999, NBM lance Sha­dow and Light volume 2, sui­vi par les volumes 3 et 4 en 2000 et 2002 res­pec­ti­ve­ment.

En 2009, Dyna­mite acquiert les droits pour l’é­di­tion fran­co­phone et entame la publi­ca­tion des volumes 1 à 5, pro­jet qui se ter­mine en 2014. C’est à cette occa­sion que Dyna­mite, sou­cieux de pro­lon­ger l’a­ven­ture, pro­pose à NBM de cofi­nan­cer un volume sup­plé­men­taire, volume qui paraî­tra simul­ta­né­ment, deux ans plus tard, aux États-Unis et en France. Ombre & Lumière, c’est donc à pro­pre­ment par­ler un voyage au long cours qui s’é­tend sur dix-huit ans et sur deux continents.8)Merci à Nico­las Car­te­let, des édi­tions La Musar­dine, de m’a­voir four­ni ces ren­sei­gne­ments.

L’é­di­tion éro­tique d’outre-mer- fin de par­cours ?

En guise de conclu­sion, per­met­tez-moi quelques mots à pro­pos d’un phé­no­mène qui semble se géné­ra­li­ser de l’autre côté de l’At­lan­tique. Mais est-ce qu’on est à l’a­bri de tels phé­no­mènes dans notre vieux monde ? Vous avez pu, en lisant cet article et en sui­vant les liens pro­po­sés, consta­ter la qua­li­té du tra­vail four­ni par Quinn, un artiste que j’ai décou­vert très récem­ment à tra­vers mes expé­di­tions lit­té­raires – une lacune de plus de vingt ans mine de rien… On ne sau­rait assez louer le tra­vail des édi­teurs qui offrent aux artistes – que ceux-ci soient auteurs, illus­tra­teurs, des­si­na­teurs ou scé­na­ristes – la pos­si­bi­li­té de pour­suive leurs par­cours. Dont cer­tains les mènent autour de la pla­nète, vers de loin­taines contrées. Ima­gi­nez donc mon désar­roi quand j’ai appris que NBM, l’é­di­teur qui a lan­cé Quinn sur son par­cours d’é­ro­to­graphe, a arrê­té l’é­di­tion éro­tique en 2018 :

Parris Quinn, La Plage
L’a­ver­tis­se­ment des édi­tions NBM de mettre fin à sa ligne éro­tique Euro­ti­ca.

Je n’en aurais sans doute pas par­lé ici si je ne me sou­ve­nais pas de l’in­ter­view accor­dée par Rebec­ca à Dyna­mite où celle-ci affirme à pro­pos de son propre édi­teur, Fan­ta­gra­phics, que « l’équipe de Fan­ta­gra­phics a chan­gé son orien­ta­tion édi­to­riale — et ses inté­rêts pour l’érotisme. »9)Inter­view : Rebec­ca, créa­trice des Des­pe­rate Hou­se­wives, Pro­pos recueillis par Chris­tian Mar­mon­nier en mai 2015. Savoir d’i­ni­tiée ? Pres­sen­ti­ment ? Quoi qu’il en soit, Fan­ta­gra­phics a déci­dé, quelques mois à peine après la publi­ca­tion de l’in­ter­view de Rebec­ca, de mettre fin sa col­lec­tion éro­tique Eros Comix, en 2016, vingt-cinq ans après l’a­voir lan­cée.

Que pen­ser d’un pays où quelques-uns des plus grands por­no­graphes ont pu trou­ver des édi­teurs et où le por­no est pas­sé à l’é­tat de légende dans les stu­dios de la Cali­for­nie ? Et où, ensuite, a pu se pro­duire un Nip­ple­gate ? Fran­che­ment, une femme montre un bout de téton devant les camé­ras – que ce soit une pro­vo­ca­tion cal­cu­lée ou un acci­dent – et une nation entière com­mence à hyper-ven­ti­ler ? N’est-ce pas là comme un memen­to qui indique le début de cette pente où, depuis, la liber­té glisse vers l’a­bîme où la cen­sure l’at­tend en fin de par­cours pour la dépe­cer ?

Quoi qu’il en soit, cet article consa­cré à Quinn et à son excel­lente série Ombre & Lumière n’est pas l’en­droit pour pous­ser plus loin des inter­ro­ga­tions à pro­pos d’un phé­no­mène inquié­tant, sur­tout en ce qui concerne l’im­pli­ca­tion des grands dis­tri­bu­teurs à l’é­chelle mon­diale tels que Google et Ama­zon, mais je ne pou­vais décem­ment pas­ser à côté d’une ten­dance qui menace d’ap­pau­vrir la lit­té­ra­ture en des­sé­chant la créa­ti­vi­té à sa source.

Mais je ne vou­drais quand même pas ter­mi­ner cet article ins­pi­ré par un artiste aus­si remar­quable que Par­ris Quinn sur une note aus­si néga­tive. D’un côté. Mais comme, de l’autre, je ne sais pas si je peux vous annon­cer la nou­velle, je me contente de vous inci­ter à venir han­ter un peu plus sou­vent que d’ha­bi­tude le repaire des édi­tions Dyna­mite, disons vers la fin octobre, début novembre. Vous ris­que­rez d’y tom­ber sur une nou­velle ini­tia­tive, après celle qui, en 2016, a abou­ti à la publi­ca­tion du tome 6 d’Ombre & Lumière quinze ans après les pre­miers volumes, une ini­tia­tive donc de cet édi­teur pres­ti­gieux pour don­ner un nou­vel élan à l’œuvre de Quinn en ren­dant ses albums acces­sibles aux lec­teurs avides de décou­vrir un uni­vers tiraillé entre la rete­nue des crayons et la trans­gres­sion des pro­ta­go­nistes.

Vous trou­ve­rez La Plage répar­tie sur plu­sieurs volumes d’Ombre & Lumière :

Quinn, Ombre & Lumière, Tome 5

Ver­sion ori­gi­nale :
Sha­dow & Light, The Beach parts 1 and 2
NBM Publi­shing
ASIN : B015M9SRGM

The Beach (Part three)
In : Sha­dow & Light, Volume 3
NBM Publi­shing
ISBN : 9781681120409

Tra­duc­tion fran­çaise :
La Plage (Deuxième par­tie)
In : Ombre et Lumière, tome 5
Dyna­mite
ISBN : 9782362340666

Références   [ + ]

1.D’a­près la des­crip­tion four­nie par l’é­di­teur sur son site.
2.Dans la ver­sion fran­çaise, la deuxième par­tie se trouve, curieu­se­ment, dans le tome 5 d’Ombre & Lumière.
3.Selon la des­crip­tion qui, sur le site d’A­me­ro­ti­ca, accom­pagne la maquette du tome 2 de Sha­dows & Light
4.Page de pré­sen­ta­tion d’Ombre & Lumière 6 sur 7switch.
5.« Leurs his­toires, déclare l’auteur, sont véri­diques ; il n’y a que les noms qui ont été chan­gés « pour pro­té­ger les pas-si-inno­centes-que-ça. » Toutes ces femmes pré­tendent, dans un ins­tant d’auto-surprise, de « va savoir ! », de clar­té, qu’un tel com­por­te­ment ne leur res­semble pas du tout. », Robert Edi­son San­di­ford, Quinn the confes­sor, paru le 30 mai 2014 sur NBM Euro­ti­ca.
6.Selon la numé­ro­ta­tion dans la ver­sion ori­gi­nale amé­ri­caine
7.« Je les mis en posi­tion, m’ins­tal­lai sur la table, enfon­çai son visage dans ma chatte et enta­mai une série d’or­gasmes en l’o­bli­geant de me bouf­fer tan­dis que les gar­çons conti­nuèrent à bran­ler leurs superbes bites. », Par­ris Quinn, The Beach, part three, p. 25
8.Merci à Nico­las Car­te­let, des édi­tions La Musar­dine, de m’a­voir four­ni ces ren­sei­gne­ments.
9.Inter­view : Rebec­ca, créa­trice des Des­pe­rate Hou­se­wives, Pro­pos recueillis par Chris­tian Mar­mon­nier en mai 2015.