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Com­te Ker­ka­dek, Mis­sis­sip­pi blues

Kerkadek, donc. Un nom comme la foudre qui, la nuit, déchire les cieux au-dessus du Finisterre et appelle les âmes à la vadrouille, les arrachant au confort d'un chez soi cozy et à l'amour des prochains pour les exposer à la furie des éléments que nul ne sait évoquer comme ce Comte bourlingueur, originaire du far west breton, grand habitué des océans et des routes qui sillonnent le continent mythique qui s'étend de l'autre côté de l'océan, au-delà des nos rêves à nous autres Européens, nostalgiques de cette manie cuvant au fond des entrailles des ancêtres, manie qui poussait ceux-ci à partir à la poursuite du bonheur, peu importe le prix qu'il faudrait, tôt ou tard, payer.

Avec Mississippi Blues, le Comte revient à sa terre d'élection, l'Amérique - celle, plus précisément, des États-Unis. Et cette fois-ci, il se paie une chevauchée infernale qui le mènera, lui et ses compagnons, dans le cœur du Sud, à la quête des racines du Blues, jusqu'à ce carrefour où Robert Johnson, bluesman mythique des années 30, aurait vendu son âme au diable pour maîtriser la guitare avec un art à la hauteur de son dégoût de la vie et de ses ambitions.

Le sujet est donc d'emblée indiqué : le pacte avec le diable. Un sujet ayant mille fois servi sans pour autant perdre de sa fascination qui compense largement du manque d'originalité. Fascination des plus morbides aussi qui illustre la volonté de dépasser les limites de l'humain, et à laquelle ont succombé quelques-uns des plus grands noms de la littérature européenne : Marlowe, Gœthe, Berlioz. Mais le Comte Kerkadek, quand il s'est emparé de ce sujet noble entre tous, n'a pas pu s'empêcher d'y laisser sa marque et de faire des siens. Qu'il suffise de citer, juste pour donner un aperçu de l'ambiance qui y règne, cette réflexion de l'archange Gabriel, lâché en toute naïveté pendant qu'il survole le continent américain à la recherche de celui qui pourrait dissuader Robert Johnson de conclure le pacte fatal, réflexion qui fait éclater le lecteur de rire et qui laisse celui-ci en même temps au bord d'un abîme rempli de larmes :

"Les Blues Brothers allaient sauver le monde." (chap. 7)

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le Comte Kerkadek, en acceptant de mesurer ses forces à l'aune de celle des plus grands, ne manque pas de couilles. Chapeau !

Fidèle à l'exemple donné par Gœthe, le drame est précédé d'une sorte de Prologue dans le ciel où sont posées les prémices de l'intrigue. Cette fois-ci, contrairement à l'enjeu du Faust, il s'agit de sauver non pas une seule âme et de démontrer par là la volonté de l'homme de se réclamer du bien, mais de bêtement éviter un nouveau Déluge, idée dont l'entourage du Très Haut rebat les divines oreilles depuis qu'il se murmure un peu partout dans l'éther que l'homme se serait laissé tenter par le Diable. Encore heureux qu'il y ait des amateurs de blues parmi les habitués des cieux, et c'est l'archange Gabriel qui se fait fort de trouver la personne qui puisse éviter à Robert Johnson de succomber à la tentation du Malin et de fournir ainsi un prétexte pour ouvrir les vannes. Vous aurez compris, chers lecteurs, chères lectrices, que la personne appelée à s'opposer à Satan n'est nul autre que notre Comte qui, fort de l'expérience de ses démêlées avec le roi du poulet, le docteur Furtado, se lance une nouvelle fois dans la course pour sauver le monde.

Je ne vais certes pas vous révéler ici les détails d'une intrigue qui a tout pour vous couper le souffle, mais je vous demande d'accepter un conseil : accrochez-vous ! Après tout, vous êtes près de vous embarquer dans une aventure des plus délirantes, une aventure qui vous emmènera, au départ de la cabane pourrie de Roscoff qui sert d'abri au Comte en proie aux ravages de la drogue, jusque dans le sud des États-Unis hanté par le racisme et la ségrégation et sillonné par les conjurés du Ku-Klux-Klan, en passant par la grisaille de la petite délinquance des années 80 et le parfum envoûtant des sixties avec leurs festivals placés sous le signe des drogues psychédéliques et de la flower-power.

Une fois arrivé à destination, rejoint en route par un des plus célèbres guitaristes du XXe siècle, le Comte sera forcé de constater que la chasse à l'homme s'avère plus difficile que prévue, mais de nombreuses rencontres, les unes plus pittoresques que les autres avec leurs relents de cordite et d'alcool de contrebande, dédommagent notre héros (et ceux qui, à bout de souffle, le suivent dans ses pérégrinations) qui, toujours occupé à échapper aux pièges tendus par le Malin, n'aura pas le temps de s'embêter.

Cette nouvelle excursion du Comte Kerkadek à travers l'espace et le temps est l'œuvre d'un écrivain au mieux de sa forme, une forme pleinement retrouvée avec ce retour aux sources après une escapade plutôt malheureuse dans les contrées asiatiques. On sent, à chaque phrase, à quel point Kerkadek est amoureux de sa terre d'élection, de ces immenses terrains à moitié sauvages des États-Unis continentaux qui s'étendent au-delà de l'imagination et où naissent les délires de l'âme moderne comme par exemple ce blues parti à la conquête du monde depuis le coin perdu des terres confédérées contraintes de lâcher leurs âmes damnées. Et la magie opère à chaque fois que Kerkadek évoque un de ses paysages, ceux surtout où se mélangent les éléments, composés de terre et d'eau :

"Cela fait déjà dix minutes que Jonas, petit garçon de douze ans natif de la ville de Clarksdale, scrute le bouquet de saules au milieu de la rivière avec une anxiété croissante. Les grillons, l’ombre des cyprès, des pins et des pacaniers, les éclats de lumière qui inondent ses bras, ses pieds nus, tout ceci aurait du le ravir de bonheur." (Chapitre 18)

Ou encore cette impression de la traversée du Mississippi, tirée du même chapitre que la citation précédente :

... le chalutier se balançait, immobile au milieu du fleuve. On n’entendait que le grattement de l’eau contre la coque, et le tapotement de la pluie sur le pont, sur le mât, les ris, l’eau qui s’écoulait des voiles carguées dans un gros ploc monotone.

C'est l'amoureux qui parle, l'obsédé qui doit revenir à ses expériences, doit déterrer ses souvenirs pour en tirer les merveilles dont je viens de donner un maigre aperçu, ces merveilles qui confèrent au texte son caractère hypnotique.

Le nouveau roman du Comte Kerkadek n'est pas simplement un hymne au blues, c'est un plain chant à la gloire d'une littérature qui fonce, qui va de l'avant avec un brio digne de Berlioz, le compositeur ayant dressé le tableau sonore de la Damnation de Faust, une littérature qui mène ses héros au milieu d'une mêlée épique, après avoir passé par un scénario digne des déboires des Blues Brothers. Honnêtement, cela fait longtemps que le Sanglier a pu se farcir un morceau aussi riche.

Chers lecteurs, si vous saviez à quel point je vous envie, vous qui avez encore tout à découvrir des merveilles concoctées par le Comte Kerkadek...

 

Mississippi blues Couverture du livre Mississippi blues
Comte Kerkadek
Fiction
Les Editions de Londres
10/03/2016
Fichier numérique
267

Rien ne va plus pour Kerkadek. Son traitement, à base de whisky breton et d’héroïne pure, est si puissant qu’il voit la jungle pousser dans sa chambre et des serpents multicolores s’enrouler autour des pales de son ventilateur. Mais une nuit de tempête, il reçoit la visite d’un Archange, qui lui apprend qu’il a été choisi pour une mission: retrouver le célèbre Bluesman Robert Johnson dans le delta du Mississippi avant qu'il ne vende son âme. C'est l'avenir de l'humanité qui est en jeu, lui explique l'Archange. Pour mener à bien sa mission, Kerkadek devra voyager dans le temps.

Dans cette aventure comico-fantastico-musicale, le Comte Kerkadek parcourra les États-Unis des années 80 jusqu’aux années 30, il fréquentera les guitar heroes et les stars du rock, il rencontrera les Blues Brothers, des trafiquants de drogue, des bandits chinois, des contrebandiers de la Prohibition, des hippies fumeurs de chanvre et beaucoup de Bluesmen. Il échappera à la police de plusieurs États, aux triades, au Ku Klux Klan et affrontera le plus grand ennemi qu’un auteur de roman puisse imaginer.

Mississippi Blues est un roman inclassable. Fantastique, antéchronologique, musical, c’est le cinquième roman du Comte, et son hommage au Blues.

Com­te Ker­ka­dek, Mer­ci pour ce mac­chab’

Voici enfin des nouvelles du Comte Kerkadek un des auteurs qui ont le secret de faire fantasmer le Sanglier sur les univers qu'ils savent distiller à partir du cocktail chimique de leurs pensées en désordre, des univers qui font miroiter leurs terres trempées de violence et d'insolite sous les yeux de votre serviteur qui ne demande pas mieux que de tendre la patte à ses fous délirants pour se laisser embarquer avec eux. Et voici qu'une nouvelle gracieusement offerte par ce vieux loup de mer et son éditeur, Merci pour ce macchab', présente l'occasion de fuir mon repaire noyé dans la grisaille de l'hiver germanique et de pénétrer jusqu'aux origines de ce nain néfaste qui hante depuis bien trop longtemps la planète, de la Bretagne jusqu'à la Corée du Nord, en passant par les Amériques, le docteur Furtado, némésis du Comte, fondateur de l'Empire des poules, génie maléfique qui n'a absolument rien à envier aux méchants qui peuplent les James Bond. Un énormissime cadeau de Noël, un appel au vagabondage, l'occasion rêvée de se perdre, une bonne fois pour toutes, dans les brumes des landes bretonnes...

Et dire que tout a commencé par une dissémination, sorte de défi littéraire, à savoir celui d'écrire un roman policier sur la base d'un Tweet de Renaud Schaffhauser :

Beau projet, effectivement, et le Comte et son ami nanosomique s'y mettent à quatre mains, très bientôt confrontés à toutes les difficultés qu'un tel projet peut engendrer. Aussi, ne faut-il pas s'étonner que celui-ci n'avance que  très doucement, les personnalités des deux écrivains de circonstance étant trop peu compatibles pour pondre un texte qui tienne debout. Les choses commencent pourtant à se corser quand le nain tombe sur un bouquin oublié par leur servante bigoudène, Merci pour ce moment, le texte craché par Valérie Trierweiler pour rendre compte de son parcours avec celui qu'on sait. C'est la lecture de ce texte à caractère obstétrical qui fait naître Furtado, un tour de main digne des récits d'horreur les plus horripilants, une cérémonie qui fait bien vite oublier les cruautés de seconde zone liées à la renaissance de Celui qu'on ne doit nommer, un résultat qui fait comprendre, a posteriori, les mises en garde du libraire juif qui a vendu le bouquin à la malheureuse servante.

Tout ça est évidemment à prendre au second degré, mais c'est une belle illustration de l'humour aussi noir que grinçant du Comte qui se sert des ingrédients de ce qui fait le bonheur de tous ces prestidigitateurs littéraires pour en tirer, en passant, un sourire blasé collé sur les lèvres, un texte qui se moque des complotistes de tous poils en abandonnant ses personnages et ses lecteurs au milieu de scénarios toujours plus improbables, tout en gardant un sens de la narration qui fait de ce ramassis de procédés littéraires usés jusqu'à la trame de véritables romans d'aventure qui ont le pouvoir, à leurs meilleurs moments, d'embarquer le lecteur dans un univers rendu crédible par une affabulation toute baroque, d'une vérité qu'on ne saurait trouver en dehors des livres.

La petite nouvelle dont il est question dans les lignes précédentes n'est qu'une petite mise en bouche, un hors d'oeuvre qui, s'il peut faire saliver, est censé vous laisser sur votre faim. Mais soyez rassurés, chers lecteurs, le Comte ne voudrait pas vous laisser dans un aussi piteux état, et le plat de résistance est vite servi. Il suffit de vous rendre chez votre libraire numérique préféré pour y acquérir les deux textes qui font la gloire du Comte, Atlantido et Pacifico, des romans qui, et je vous le promets, sauront vous culbuter dans des aventures fantastiques, pétries de la joie de conter que le Comte semble avoir hérité, en droite ligne, d'un Paul Scarron ou d'un Jan Potocki.

Franchement, je vous envie, vous qui êtes près de découvrir pour la première fois l'univers démentiel des romans du Comte. Profitez !

Merci pour ce macchab' Couverture du livre Merci pour ce macchab'
Comte Kerkadek
Nouvelle
Les Éditions de Londres
04/11/2015
Fichier numérique

"J'ai rêvé que tu écrivais un roman policier. L'assassin habitait chez toi....". C'est ce que le nain dit une nuit au Comte Kerkadek par un temps brumeux sur le port de Roscoff. Ensemble, les deux amis essaieront bien de l'écrire, ce roman. Mais le nain est trop gentil, ses scènes ne sont pas assez sanglantes, ses personnages trop polis. Leur travail n'avance pas et la vieille servante bigoudène s'ennuie à mourir. Jusqu'au jour où elle se rend dans l'unique librairie de son village et se procure ce livre avec une jolie dame en couverture, ce livre que tout le monde lit, elle qui n'a jamais rien lu. De ce détail naîtra un enchaînement de circonstances qui la conduiront à sa fin tragique et signera la fin de l'amitié entre le nain et le Comte.

"Merci pour ce macchab'", c'est l'explication d'un phénomène de société qui captiva des millions de français. "Merci pour ce macchab'", dans notre monde en proie aux convulsions identitaires, c'est la nouvelle des origines.

Com­te Ker­ka­dek, L’homme qui n’aimait pas Paris

Que penser de ce texte ? Franchement, je me le demande... Après avoir passionnément suivi le Comte Kerkadek à travers les contrées d'une Amérique onirique (cf. les articles consacrés aux deux premiers romans du Comte, Pacifico et Atlantido), je me suis jeté sur ce troisième titre, édité lui aussi par les Éditions de Londres, petite structure pure player promise à la gloire par la découverte de ce singulier marin, diamant solitaire dans son écrin bleu océan. Mais, et je me répète pour vous poser la question, que penser de ce texte qui oscille entre roman, pamphlet et traité d'économie ?

D'abord, il y a des éléments qui se rapprochent d'un roman traditionnel : une nouvelle insolite (l'explosion d'un immeuble haussmannien), un mystère à percer (la disparition de tous les journaux véhiculant cette information), un appareillage. Ensuite, un voyage assez paisible dans les mers du sud, ponctué par une tempête et un naufrage. Et quand le naufragé se réveille sur une plage déserte, on se croirait dans un roman du XVIIIe siècle, une des grandes époques (après celle des Magellan & Cie) des découvertes et des circumnavigations, époque fétiche du Comte qui arbore son surnom de "La Pérouse" comme d'autres un blason d'un illustre ancêtre :

Au bout de quelques pas sur le sable brûlant, je dus me rendre à l’évidence : j’étais vivant, naufragé sur une île du Pacifique Sud. Après cent mètres, c’était déjà la jungle et le mystère.

Mais si Kerkadek n'a rien d'un Robinson, il n'y a pas de Vendredi non plus sur l'île où il vient de s'échouer. Ce qui ne l'empêchera pas de tomber sur un mystère des plus insolites et une présence des plus inattendues, à savoir celle d'une prison avec son troupeau de brebis intellectuelles jugées galeuses par le gouvernement de Paris et exilés dans le Pacifique Sud : La prison des Apostats. C'est en fréquentant ceux-ci que Kerkadek rencontrera le personnage placé au centre des parties pamphlétaires et "théoriques" du récit, à savoir le dynamiteur, personnage éponyme, celui qui, non content de ne pas aimer Paris, se propose de dynamiter la ville lumière afin de la libérer de ses entraves haussmanniennes.

S'ensuit la deuxième partie, une série d'Entretiens avec un dynamiteur, dont les titres quelque peu guindés ne sont pas sans rappeler ceux de certains romans du XVIIIe siècle (encore !) aux allures sensibilo-pédagogiques, et où le dynamiteur explique, dans ses dialogues avec le naufragé, comment il en est venu à percer les secrets, d'une part, du Paris haussmannien et de son caractère d'arme de soumission de masse, habilement maniée par la Bourgeoisie héritière du Second Empire, et ceux, de l'autre, du caractère pathologique du baron Haussmann ayant conduit celui-ci à se faire l'outil consentant de la destruction et du remodelage de la Capitale.

La troisième partie est un bref retour à la narration où le lecteur apprend comment Kerkadek et le dynamteur ont réussi leur évasion de l'île des apostats, tandis que la quatrième, la Confession d’un dynamiteur haussmannien ressemble à un traité économique, inspiré, au moins pour ce qui est de son vocabulaire, par les théories de l'économiste austro-américain Joseph Schumpeter (1883 - 1950) qui explique, dans son livre Capitalisme, Socialisme et Démocratie paru en 1942, que le moteur des cycles économiques est l'innovation portée par les entrepreneurs, et que les grands bouleversements économiques (les crises) s'expliquent par des innovations qui permettraient à certains acteurs de s'imposer et de remplacer d'autres, moins innovateurs, processus capable de générer de véritables bouleversements (boom (à vous de décider : mauvais jeu de mots ou pas ?) des uns, porteurs de l'innovation, et disparition des autres avec tout ce que cela peut impliquer en pertes d'emplois). La destruction est donc, dans un tel contexte, l'effet immédiat des innovations qui sont, elles, le véritable élément créateur. Le terme retenu est donc quelque peu malheureux, mais cela ne l'a pas empêché de s'imposer.

Dans le cas de notre dynamiteur, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il l'emploie dans un sens trop littéral, le terme destruction ne signifiant plus la disparition d'un acteur économique mais celle d'un immeuble réduit en gravats. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le personnage prend ses distances avec les terroristes desquels on pourrait pourtant le croire un fidèle émule (cf. ses lectures approfondies des traités nihilistes : "je dévorai les œuvres complètes des Nihilistes", IV, 3). Pour éviter de faire des victimes, il va aussi loin que de s'allier les services des concierges, pourtant une "race qui tient à la préservation du Paris Haussmannien plus que tout" (IV, 5) afin de rendre possible l'évacuation préalable des immeubles visés. Mais son projet, pas différent en cela de ceux des terroristes, vise à amener un nouvel ordre, libéré des entraves de l'ancien, littéralement fossilisé celui-ci, permettant ainsi aux hommes de s'épanouir.

Bon, vous êtes désormais en mesure de vous faire une petite idée à propos de la structure et des particularités de ce texte que j'hésite de qualifier de roman, parce que l'élément narratif ne s'y trouve que par intermittence. Mais le Comte Kerkadek est un narrateur pur sang, un fabulateur tout craché, qui ne saurait renier ou cacher son véritable talent, et on sent s'épanouir celui-ci malgré la brièveté des passages narratifs, à savoir l'arrivée sur l'île et l'évasion de celle-ci. Dans les autres passages, par contre, l'auteur n'échappe pas aux longueurs et aux répétitions, danger toujours présent quand il s'agit de mettre en scène et d'illustrer des théories voire des idéologies. Et il en reste comme un goût de poussière dans la bouche du lecteur, poussière soulevée moins par les explosions que par les passages répétés dans des bibliothèques rarement visitées. Ce qui n'empêche aucunement un certain charme de se glisser même dans ces passages-là, par exemple dans l'énumération des bâtiments et des monuments à faire sauter de toute urgence, dont la teneur iconoclaste risque de faire des  adeptes et de susciter des rires sardoniques. Et on y trouve des arguments dont la pertinence peut laisser pantois :

"Le Sacré-Cœur est un trait d’union entre les deux plus grands massacres concoctés par la Troisième République, la Commune et la Première Guerre Mondiale. La construction de la basilique au sommet de la colline de Montmartre est votée par l’Assemblée Nationale et entreprise afin d’expier les péchés des Communards. L’achèvement de la construction en 1914 est un peu une coïncidence bien que l’on puisse en douter puisque la Troisième République a cette fâcheuse habitude de célébrer ses dates phare par des sacrifices humains." (IV, chap. 2)

Pour résumer, le nouveau texte du Comte Kerkadek a de quoi surprendre ceux qui ont apprécié sa série américaine (pour ne rien dire des amateurs de Paris), et certains risquent de lui trouver un goût quelque peu fade par rapport au ragoût épicé servi par le docteur Furtado. Mais essayer de brimer le talent, il se glisse par la petite porte pour rappeler aux plus réticents de quoi est capable la plume du Comte. Et même les parties les moins ambitieuses (par rapport à leur caractère narratif !) peuvent encore susciter l'enthousiasme, même si celui-ci est moins porté par un intérêt littéraire que par un goût de l'absurde et des découvertes insolites.

Come Kerkadek, L'homme qui n'aimait pas ParisComte Kerkadek
L'homme qui n'aimait pas Paris
Les Editions de Londres
ISBN : 978-1-909782-62-4

 

Com­te Ker­ka­dek, Atlan­ti­do

Après la ronde infernale que fut Pacifico, le premier roman du Comte Kerkadek, celui-ci en donne la suite avec un texte dont le titre, lui aussi, apporte son hommage aux océans qui ont bercé la jeunesse du Comte : Atlantido.

On se souvient de la danse macabre aux allures de maelström qui clôt le premier volume de la Saga de l'apoyotl, menaçant d'engloutir, dans un tourbillon de volaille abattue et de haine inter-ethnique, Gaspard et Léo, duo dont la prétention à la gloire ne se fonde pas uniquement sur leur passé de rôtisseurs de poulet mais encore et surtout sur le statut de protagonistes du récit dont ils sont en même temps respectivement le narrateur et l'auteur.

Le nouveau volume s'ouvre sur une scène digne des meilleurs polars avec la fuite du couple improbable à travers la Nouvelle-Angleterre jusqu'à New York où ils espèrent se faire oublier par les flics. Pas de bol, après les poulets (ceux qui portent du bleu), ils auront très bientôt de nouveaux potes sur le dos, à savoir une bande de dealers porto-ricains, soucieux de venger leur bizness coulé sous les coups du fusil à pompe d'un nouveau personnage propulsé à l'improviste dans le récit, Anibale Pontequadrato. Le lecteur l'aura bientôt deviné, celui-ci ne se borne pas à sauver la vie de nos deux gaillards, il les remets en contact avec  d'autres personnages qui sauront donner un coup de paluche dans la quête de l'apoyotl, cette plante qui, dans la meilleure tradition celtique, dont le comte peut se réclamer, ouvre les portes de l'autre monde.

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, ce n'est pas l'océan atlantique qui fournira le cadre du récit, mais bien le continent tout entier. Comme des légions d'aventuriers avant eux, Léo et Gaspard seront embarqués dans un périple qui leur fera traverser l'Amérique, des brumes de New York jusqu'à Santa Monica sur le Pacifique, où, à la fin du trip, « le soleil descendait lentement vers l’horizon »1. Sur cette route-là, ils passeront par Washington, « Capitale Impériale » ; l'Alabama où le Clan continue à sévir, suite à une pandémie de mystérieuses copulations inter-ethniques ; les bayous de la Louisiane ; la Nouvelle Orléans où ils croiseront une descendante de l'univers emporté par le vent de Margaret Mitchell, en train de s'enfiler le meilleur attribut de la troupe entière de ses domestiques ; la Californie, enfin, où ils débarqueront après des passages-éclairs par le Texas, le Nouveau Mexique et l'Arizona. C'est là-bas que le Docteur Furtado entre pour de bon dans le récit, après avoir été entraperçu à maintes reprises, et continuellement avoir glissé entre les doigts de ses poursuivants.

Avec lui, Léo et Gaspard pénètrent dans un univers qui ne rappelle rien autant que les films de James Bond, avec leur grand vilain au milieu de sa toile d'araignée d'où il tisse ses projets de conquête du monde, déjoués à la dernière seconde par les soins de l'agent du bien quand tout saute dans une conflagration impressionnante qui aura nécessité au moins une bonne partie de l'arsenal conventionnel d'une puissance moyenne. Seulement qu'au lieu de finir leur course entre les bras d'une belle Sirène, nos deux héros auront droit à une excursion mystique qui se terminera pourtant par un trait rassurant : Saint Pierre, lui aussi, aime Elvis.

Tout comme dans le premier volume, le lecteur est vite emporté par l'imagination débridée du Comte, jusqu'à en oublier de se poser des questions à propos de la pertinence de l'usage de tel ingrédient, comme p.ex. l'apparition du Ku-Klux-Klan dont les membres se révéleront très différents de ce que l'on pourrait croire, ou encore les évocations multiples des raisins de Bari "dont la couleur est indéterminée"2, oscillant entre le blanc et le noir. Mais peu importe finalement dans cette chasse intercontinentale où les miles sont parcourus à la vitesse d'une comète qui passe dans le ciel nocturne, laissant seul un écho lumineux3 au fond des orbites.

Si quelqu'un se mettait dans la tête de vouloir chercher l'inspiration de cet opus bien singulier, il me semble qu'il devrait lorgner principalement du côté du cinéma. À côté des traces laissées par les classiques comme James Bond ou Autant en emporte le vent, on trouve encore celles de Pulp Fiction (le séjour à New York), de Mississippi Burning (le jugement sommaire de Lenny) et, évidemment, de tous ces films dont le sujet est la traversée de l'Amérique mystique, dans la lignée des Easy Rider, sans oublier l'héritage littéraire principalement fourni par Kerouac, son roman culte Sur la route et la génération entière des Beatniks dont Gaspard et Léo partagent au moins l'amour des substances propices à l'élargissement de la perception.

Il me semble pourtant que les principaux contributeurs sont les films et séries inspirés par les théories du complot - aussi innombrables que loufoques et immortelles -, pratiquement imposés par le choix du sujet, à commencer par X-Files, terrain de jeux légendaire de tous ceux qui aiment imaginer qu'il y a des choses qu'on nous cache, sans oublier les navets tirés des bouquins de Dan Brown. Un bel exemple en est fourni par le bref séjour des protagonistes au cimetière militaire d'Arlington (coulisse presque incontournable de tout film de ce genre qui se respecte) en compagnie d'un vieux chercheur impliqué dans un projet ultra-secret du "Département des Études Ésotériques de la CIA"4. Il faut relire ce chapitre après avoir vu (ou lu) le Le Code Da Vinci pour en apprécier le ton faussement sérieux d'un auteur / narrateur qu'on imagine, après coup, près de se mouiller de rire.

En parlant d'inspirations, je ne voudrais pas passer à côté d'un petit détail qui m'a paru particulièrement charmant, détail qui se trouve à la fin du chapitre 24 où est raconte le séjour des protagonistes dans la forteresse souterraine du Docteur Furtado. Après la destruction des laboratoires, les couloirs souterrains sont envahis par l'eau de mer d'une installation des plus monstrueuses, et comme l'eau trouve toujours son chemin, nos deux gaillards sont obligés de surfer une vague qu'ils auraient mieux voulu éviter :

Alors la masse d’eau nous propulsa, comme soufflés d’une gigantesque sarbacane. Ce fut une course époustouflante, la longue progression dans un tuyau étroit, noir et rempli d’eau froide et salée, qui propulse des corps vivants à plus de cinquante kilomètres à l’heure, sur une distance de quelques centaines de mètres. Un sentiment d’accélération étrange, mêlé à une sensation de froid intense qui ne nous quitte pas, et la certitude que l’on va étouffer.5

Comment ne pas penser au texte célèbre de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, et plus précisément aux instants où ce voyage-là se termine et que les voyageurs arrivent à fuir vers la surface sur - une colonne de magma :

Cependant nous montions toujours ; la nuit se passa dans ce mouvement ascensionnel ; les fracas environnants redoublaient ; j’étais presque suffoqué, je croyais toucher à ma dernière heure, et pourtant, l’imagination est si bizarre, que je me livrai à une recherche véritablement enfantine. [...]

Une force énorme, une force de plusieurs centaines d’atmosphères produite par les vapeurs accumulées dans le sein de la terre, nous poussait irrésistiblement. […] J’ai le sentiment confus de détonations continues, de l’agitation du massif, d’un mouvement giratoire dont fut pris, le radeau. […] je n’eus plus d’autre sentiment que cette épouvante sinistre des condamnés attachés à la bouche d’un canon, au moment où le coup part et disperse leurs membres dans les airs.6

Le Comte Kerkadek a pondu un récit qui surprend non seulement par l'imagination, décervelée autant qu'irrésistible, qui s'y montre à l’œuvre, mais encore par une foison de références qui confère au texte une richesse extraordinaire. C'est une véritable mine dans laquelle on descend avec Léo et Gaspard, et où le voyageur reste bouche-bée devant le scintillement des trésors enfouis.

Par contre, il y a une autre mine qui, si l'auteur a bien essayé de l'exploiter, ne fait qu'entrevoir ses richesses. Je parle de la forme choisie pour ce récit, du jeu de perspectives surtout, rendu possible par la présence du narrateur et de l'auteur en tant que protagonistes dans le récit. Ce n'est pas que le côté formel échapperait au Comte qui parle par exemple du moyen d'établir un dialogue avec le lecteur :

Ceci est un roman démocratique, un roman qui n’a pas peur du dialogue avec le lecteur. En fait, c’est un antiroman.7

Ailleurs, il se réfère aux différences entre le temps "vécu" par les personnages par rapport à celui de la narration, traitant le romancier de "menteur" en ce qu'il donne l'illusion au lecteur de  rester dans un courant mono-linéaire du temps qui passe, tandis que l'« antiromancier » ferait clairement ressortir ses tricheries.

Rien de tel dans cet antiroman, puisque, le temps de cette digression aurait tout juste suffi à quelques coups de pelle de la réalité que nous décrivons, et que jamais ces idées ne se seraient formées de façon reconstruite, structurée, par le langage, sans le travail de l’antiromancier, jamais les idées qui suffirent à la génération inopportune de ce paragraphe n’auraient pu germer dans ces cerveaux, même ceux de Léo et de Gaspard, en quelques coups de pelle.8

Il me semble pourtant que, après les expériences du XXe siècle portant justement sur le rôle du temps dans la narration (comment pourrait-on oublier de mentionner la Recherche dans un tel contexte ?), mais aussi sur le jeu des perspectives, il aurait été permis aux lecteurs de s'attendre à des réflexions plus poussées.

Quoi qu'il en soit de ces quelques réserves, je peux dire que j'ai dévoré ce texte, et j'imagine volontiers que, si quelqu'un, dans les décennies à venir, voulait savoir à quoi ressemblaient les premiers pas d'une littérature véritablement numérique, il devrait consulter les textes du Comte. Je me demande d'ailleurs un peu si celui-ci n'aurait pas réussi lui-même à finalement trouver l'apoyotl, dont il aurait sournoisement extrait les "agents verbaux" pour y faire macérer les paroles de son récit qui, et c'est le cas de le dire, permet une échappée vers un monde bien différent qu'on visite avec un plaisir non mitigé.

Comte Kerkadek, AtlantidoComte Kerkadek
Atlantido
ISBN : 978-1-909053-89-2

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  1. chapitre 26 []
  2. chapitre 2 []
  3. Oui, dans un récit qui parle sans cesse de substances hallucinogènes, une petite synesthésie me semble la bienvenue ! []
  4. chapitre 18 []
  5. chapitre 24 []
  6. Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, chapitre 43 []
  7. chapitre 7 []
  8. chapitre 10 []

Com­te Ker­ka­dek, Paci­fi­co

Comment ça, un livre qui parle de poulets ? Et non seulement de poulets, mais d'une terrible machination qui se servirait de ces bêtes afin de mettre la main sur le continent américain ? S'agirait-il d'une sorte de remake de Minus et Cortex qui, exilés parmis la gent gallinacée, auraient trouvé le moyen d'accomplir leur projet diabolique et de conquérir enfin (!) le monde ? Vous comprenez, cher lecteur, que je n'ai pu résister à de telles question, et que je me suis jeté sur le texte du Comte Kerkadek dès que mes maigres finances me l'ont permis.

Et oui, je peux vous l'assurer désormais : des poulets, il y en a, et sous toutes les formes, sauf celle du volatile à l'état naturel. Je dirais même que, une fois la lecture terminée, le lecteur en saura beaucoup plus long - et peut-être même trop - à propos de la fabrication de ces délices à base de volailles que dispensent par millions les chaînes de fast food pour satisfaire à la demande d'une armée de clients en général peu regardant sur la qualité. Mais les aspirations de l'auteur ne se bornent pas à cette question de détail de la chaîne alimentaire, évidemment, et le financement du travail éditorial ne doit rien, à ce que je sache, aux militants de l'association PETA.

Il y a effectivement un grand nombre de choses à découvrir dans ce texte, qui est tout d'abord l'histoire assez classique de deux jeunes, fraîchement débarqués aux États-Unis. Ceux-ci, Gaspard et Léo, une fois qu'ils ont touché le sol américain, ne tarderont pas à se mettre sur les traces de leurs illustres prédécesseurs imaginés et décrits avec profusion par, entre autres, William S. Burroughs, Charles Bukowski, ou encore Jack Kerouac, même si la partie de leur aventure qui se passe on the road se limite à quelques navettes entre l'aéroport et l'hôtel et à une tournée dans quelques villes voisines de New Haven pour acheter une voiture d'occasion. C'est à cet héritage littéraire qu'on doit les hôtels sordides avec leur population peu fréquentable, les quartiers pourris, et bien entendu les beuveries et les bagarres épiques dont un exemplaire particulièrement bien réussi clôt d'ailleurs le texte. Les amateurs du genre y trouveront largement leur compte.

Si on peut donc lire le texte du Comte Kerkadek comme le témoignage d'une inspiration américaine, une telle exclusivité lui ferait tort, car son intérêt principal est ailleur. Pacifico, c'est tout d'abord un grand jeu narratif où se mêlent les voix de différents narrateurs dont une prétendra même être celle de l'auteur. Celle-ci, on l'entend résonner dans la Préface de l'auteur et dans le premier chapitre, avant de la voir (l'entendre ?) céder le pas à celle du narrateur, Gaspard. On voit donc l'auteur présumé du texte se promener aux côtés de sa créature à laquelle il confie la tâche de narrer leurs aventures, tandis que la créature en question, ce faisant, se permet force remarques sur celui qui est censé l'avoir inventée. Il faut surveiller ses mots pour parler de ce texte-ci, parce qu'on oublie vite sur quel niveau d'abstraction on se situe et qui est en train de parler qu nom de qui. Un dédale imaginaire qui ressemble à celui qui s'ouvre au bout des allées qui s'enfoncent dans la jungle des quartiers à l'abandon de New Haven, petite ville de la Nouvelle Angleterre. Décor qui, lui aussi, est d'ailleurs un clin d’œil discret au lecteur, parce qu'il s'agit de la ville qui abrite une des universités les mieux cotées de la planète, à savoir celle de Yale, que le lecteur connaît sans doute à travers les épisodes de la vie mouvementée des Filles Gilmore. Et cela risque de lui faire un drôle d'effet d'apprendre que les bottes de la caillera foulent ces mêmes rues qui ont vu déambuler la gentille Rory en compagnie de ses copains de la haute.

Un autre clin d’œil, si on peut dire, mais dans un domaine bien différent, s'adresse aux amateurs des théories du complot, élevés au lait exceptionnellement nourrissant des élucubrations des Mulder & Cie., de tout ce qui bouge dans le giron des Illuminati ou encore dans l'univers unidimensionnel de platitude de ce cher polygraphe, Dan Brown. Le seul fait de vouloir donner un aperçu du scénario imaginé par le Comte constitue déjà un exploit, vu le vertige qui suit invariablement cet effort de très près. Laissons donc la parole au Comte lui-même et à son éditeur :

Pour les passionnés de la théorie de la conspiration, « Pacifico » est évidemment une délectation, un orgasme littéraire. En effet, on y découvre enfin le lien entre la disparition de La Pérouse au large de Vanikoro, la publication des Chants de Maldoror de Lautréamont, l’assassinat de Trotsky à Mexico, l’avance trop rapide de l’armée Rouge en 1944, la recette des tamales de la grand-mère de Santana, et le succès mondial de Woodstock en 1969, année pour le moins érotique.1

On peut constater que le texte se nourrit de sources et d'influences aussi nombreuses que diverses, et on peut se demander s'il n'en devient pas illisible. Il n'en est rien, et le résultat se dévore plutôt qu'il ne se lise, fait qui est dû en grande partie aux efforts stylistiques de l'auteur qui manie le rythme et l'agencement des phrases d'une poigne de fer et qui sait les dompter juste assez pour leur conserver leur fougue primitive - qu'il fait ensuite servir à sa principale intention : celle de faire sombrer le lecteur dans un univers déjanté qui lui fait oublier que tout ça n'est que de la fiction. À moins que...

Une remarque, avant de conclure, à propos du nom de l'auteur tel qu'il figure sur la couverture. Le Comte de Kerkadek serait issu, comme il l'indique dans le premier chapitre, du Finistère (on ne comprend pas très bien si c'est de la partie méridionale de celui-ci ou de celle sise au nord de ce bout de péninsule), ce qui pourrait expliquer les consonnances bretonnantes de son patronyme. Tandis que chaque estivant susceptible aux charmes armoricains a déjà eu ses oreilles chatouillés par le préfixe ker signifiant chez, la deuxième partie du nom, kadek, pourrait être dérivée de kad, breton pour combat. Sinon, et c'est une piste qui mène peut-être plus loin dans le dessein de dépister les intentions de l'auteur, il y a comme une étrange familiarité phonétique entre Kerkadec et Kerouac, un des modèles, on l'a vu, de ce si beau texte, dont le Comte lui-même et son narrateur se seraient inspirés2. À moins, évidemment, que tout ceci ne soit pas confiné au seul domaine littéraire et que le récit qui s'étale sous nos yeux contienne une vérité autrement plus dérangeante.

Comte Kerkadek, PacificoComte Kerkadek
Pacifico
Les Éditions de Londres
ISBN : 978-1-909053-26-7

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  1. Pacifico, présentation sur le site des Éditions de Londres []
  2. "J’appréciais mieux les poésies de Ginsberg et les nouvelles de Kerouac en fumant.", chapitre 4 de la deuxième partie et "Son style puise dans [...] le bouddhisme « Beat » à la Kerouac", in : À propos de l’auteur. []