Amber Jahn – une artiste lumineuse

Amber Mae JahnDe temps en temps, le San­glier lit­té­raire – fier pour­tant de son épi­thète – se per­met des excur­sions dans d’autres domaines, notam­ment dans celui des Beaux Arts et de la pein­ture, un uni­vers qui conti­nue à le bou­le­ver­ser à chaque fois qu’il met ses pattes dans un musée ou qu’il débarque, au gré de ses diva­ga­tions, sur un site de pein­ture. Ima­gi­nez donc le bon­heur de mon alter ego quand celui-ci est tom­bé, sur About.Me, sur une artiste qui a réus­si, à tra­vers ses tableaux, à le tenir scot­ché devant son écran pen­dant des heures et des heures pas­sées à mater, à faire des recherches sur Google et à se mettre sous la dent des toiles dont la force l’emportait de plus en plus loin, dans un mael­strom de cou­leurs, de ses occu­pa­tions quo­ti­diennes. Et com­ment expri­mer sa joie quand l’ar­tiste en ques­tion a répon­du à un mail envoyé à tout hasard, dans l’es­poir de se lan­cer dans une conver­sa­tion à pro­pos de tout et de rien, mais sur­tout pour se gaver plus encore de cette joyeuse lumi­no­si­té des corps dont Amber Jahn, éga­le­ment connue sous le pseu­do­nyme #jahn­nie­girl, semble avoir trou­vé le secret.

Amber Jahn, Sexy is.....motherhood
Amber Jahn, Sexy is.….motherhood

Quelques échanges ont suf­fi pour lui faire conce­voir l’i­dée de consa­crer un article à cette jeune femme aux yeux d’un noir inson­dable où bar­botent les reflets lumi­neux de l’u­ni­vers qui s’y mire, cet uni­vers dont la jeune artiste sait rendre l’es­sence lumi­neuse grâce à une rare maî­trise de la palette. Une artiste capable de cap­ter les cou­leurs tout en sau­ve­gar­dant la force brute qui som­meille au fond des choses, prête à répondre au moindre rayon de soleil pour écla­ter à la gueule des spec­ta­teurs et sau­ter aux yeux du pas­sant trop peu sou­cieux. Une artiste qui rend à la chair humaine une consis­tance lumi­neuse qui donne envie de la pal­per et de l’a­do­rer en même temps. Bref, une artiste qui a tout pour séduire le San­glier qui n’a pas tar­dé à sor­tir de son repaire pour sen­tir souf­fler sur son groin l’air du grand large venu tout droit de la baie de San Die­go, ville à quelques pas seule­ment du Mexique dans l’ex­trême sud de la Cali­for­nie où Amber Jahn a choi­si de s’é­ta­blir, pous­sée par la pul­sion migra­toire qui semble ins­crite dans l’ADN des Amé­ri­cains et en même temps par l’ap­pel qui, un siècle et demi plus tôt, a fait débar­quer les impres­sion­nistes au Midi pour y pui­ser des cou­leurs que seul un soleil aus­tral peut faire briller.

Les yeux d'Amber

Amber Jahn – une œuvre figu­ra­tive riche et variée

Amber Jahn, Performance en direct
Amber Jahn, Per­for­mance en direct à Qua­li­ty Social, ancien res­tau­rant de San Diego

Amber Jahn fait par­tie de la scène artis­tique bouillon­nante qui s’est éta­blie à San Die­go, et elle y par­ti­cipe régu­liè­re­ment à des per­for­mances col­lec­tives et des Art Bat­tles orga­ni­sées par des pro­mo­teurs et des col­lec­tifs d’ar­tistes comme Bass­Tribe, The Bel­ly up, On Point Pro­mo­tions, Sli­cEn­ter­tain­ment, UX31, Spin­Night­club, 69 Revive, Ato­mic Night­Club, Infu­sion Pro­ject ou RAW Artists, et à des pro­jets des­ti­nés à col­lec­ter des fonds pour la recherche contre le can­cer comme Stand-up for the cure ou le fes­ti­val artis­tique Sum­mer Melt­down Autism Awa­re­ness. Ses pein­tures sont régu­liè­re­ment expo­sées, soit de façon clas­sique dans des gale­ries d’art comme la Kett­ner Arts Gal­le­ry,  soit de façon beau­coup moins ortho­doxe dans des cof­fee shops comme Fil­ter and Te Mun­do, dans un Centre pour la san­té et la sexua­li­té de Palm Springs, voire dans un sex-shop comme Plea­sures & Trea­sures. Elle par­ti­cipe éga­le­ment à des expo­si­tions et des ses­sions de pein­ture en direct dans des bars et des salles de concert, des per­for­mances ani­mées par un groupe de musique ou un DJ.

Celui qui s’embarque à la décou­verte de l’œuvre richis­sime d’Am­ber Mae Jahn com­prend très vite qu’il a affaire à une artiste infa­ti­gable aux facettes mul­tiples tant du côté tech­nique que de celui du choix des motifs. Adepte de l’im­pro­vi­sa­tion et des per­for­mances, elle a l’ha­bi­tude de sor­tir de l’a­te­lier et de tra­vailler à des endroits aus­si divers que les boîtes de nuit ou les plages du Paci­fique, tout en pro­fi­tant, quand l’oc­ca­sion se pré­sente, des avan­tages du stu­dio pour les tableaux qui néces­sitent une appli­ca­tion plus assi­due et un envi­ron­ne­ment plus abri­té. Sachant manier le pin­ceau, le spa­tule, le sty­lo et l’ap­pa­reil pho­to, elle dis­pose d’une grande varié­té de moyens qu’elle met au ser­vice de son art lumi­neux, un art qui, avec ses lignes claires, ses réduc­tions et ses grandes éten­dues de cou­leurs, ne peut pas renier un cer­tain lien de paren­té avec la bande dessinée.

À lire :
Amber Jahn et le Sanglier
Amber Jahn, Reinforcement
Amber Jahn, Reinforcement

Quant aux motifs, si le nu occupe une très grande par­tie de sa pro­duc­tion artis­tique, on y trouve aus­si des por­traits, des natures-mortes et des com­po­si­tions qu’il est par­fois dif­fi­cile de qua­li­fier et dont cer­taines res­semblent à des études de cou­leurs ou encore à de véri­tables orages colo­rés. Quoi qu’il en soit des dif­fé­rents genres, la pein­ture d’Am­ber Jahn est réso­lu­ment figu­ra­tive sans pour autant tom­ber dans le rétro ou le régres­sif. Ses per­son­nages fémi­nins dégagent le plus sou­vent la confiance sereine de celle qui a trou­vé sa place dans l’u­ni­vers et qui, au choix, le contemple (comme la femme enceinte qui arbore ses charmes avec une confiance totale) ou le met au défi, munie tou­jours du même bou­clier de tran­quilli­té que rien ne semble pou­voir entamer.

Pour ce qui est du sup­port, Amber a une pré­fé­rence très pro­non­cée pour les maté­riaux recy­clés, pré­fé­rence qu’elle explique par le vécu de ces objets qui confé­re­rait à ceux-ci une ins­pi­ra­tion sup­plé­men­taire pré­cé­dant (et en même temps déter­mi­nant ?) celle de l’artiste :

« La plu­part de mes maté­riaux et de mes sup­ports sont des mor­ceaux sau­vés, recy­clés, trou­vés, offerts. […] J’ai une nette pré­fé­rence pour le carac­tère et la sur­face déser­tée d’une vieille éta­gère, d’une planche en bois, d’une antique fenêtre, pour l’ins­pi­ra­tion pré­exis­tante qu’un tel mor­ceau pré­sente. » [1]« Most of my pain­ting sup­plies and can­vas are rescued, recy­cled, found or gif­ted items. […] I genui­ne­ly pre­fer to use the cha­rac­ter and aban­do­ned sur­faces of old shel­ving, wood planks, and vin­tage … Conti­nue rea­ding

Au centre de son art – le Nu

Amber Jahn, Dominatrix
Amber Jahn, Dominatrix

Le Nu – et sur­tout le Nu fémi­nin – est omni­pré­sent dans l’œuvre artis­tique d’Am­ber Jahn, et la (future) Mère y côtoie la Domi­na­trice avec une évi­dence spec­ta­cu­laire. Les femmes s’y pré­sentent dans toute leur splen­deur, la chair épa­nouie et ferme, avec pour­tant une par­ti­cu­la­ri­té qui peut déran­ger et qui se répète de façon sys­té­ma­tique sur un grand nombre de ses tableaux (inutile de dire que les por­traits y échappent) : l’ab­sence de visage et, par­fois, de tétons, comme si ces attri­buts-là avaient le pou­voir de créer un indi­vi­du capable de se révol­ter contre sa cap­ti­vi­té à l’in­té­rieur d’un cadre sans doute trop étroit. À moins que l’ar­tiste ne veuille appor­ter un carac­tère uni­ver­sel à ses per­son­nages, une vali­di­té qui dépasse l’in­di­vi­du pour englo­ber l’es­pèce toute entière.

Par­mi ces femmes, il y a une grande varié­té de types dont cer­tains reviennent régu­liè­re­ment, comme la femme cou­chée sur le dos, enceinte ou pas, contem­plant le monde avec un visage ren­du insai­sis­sable par l’ab­sence, ou encore la femme fiè­re­ment dres­sée dont on aime­rait croire qu’elle jette son défi à la créa­tion entière – si seule­ment elle avait des yeux. À côté de ces deux types-ci, on trouve aus­si la femme impu­dique, la femme en couple, voire la femme rame­née à l’es­sence de ses par­ties géni­tales. Toutes par­ta­geant, par-delà les dif­fé­rences, une beau­té ravis­sante, dis­tante par­fois, lumi­neuse tou­jours, une beau­té qui attire les regards que ces créa­tures du pin­ceau sont pour­tant, dans la plu­part des cas, inca­pables de renvoyer.

Amber Jahn, Dahlia
Amber Jahn, Dahlia

Clin d’œil à l’art abstrait

Amber Jahn, Artichaud
Amber Jahn, Photographie

Per­sonne ne sau­rait s’é­ton­ner de ce que ce sont prin­ci­pa­le­ment les femmes peintes dans toute leur richesse par Amber Jahn qui font les délices du San­glier. Mais je ne vais pas pour autant vous cacher le fait que ses autres sujets, témoi­gnant de la même maî­trise dans l’exé­cu­tion, sau­ront à leur tour séduire les ama­teurs. Il y a, après tout, d’autres obses­sions que la mienne et d’autres beau­tés que celle de la femme.

Amber Jahn est aus­si pho­to­graphe, et elle sait se ser­vir de son appa­reil. Et ce sont par­fois les pho­to­gra­phies qui, contrai­re­ment aux pein­tures et de façon aus­si inat­ten­due qu’é­ton­nante, font un clin d’œil à l’art abs­trait, comme celle d’un arti­chaut ci-contre le démontre de façon si éloquente.

Et puis, il y a des tableaux, pla­cés quelque part entre une approche figu­ra­tive et une volon­té abs­traite, des toiles qui chantent la cou­leur, comme celui d’un coli­bri, célé­bra­tion de la pein­ture elle-même, capable de noyer le monde dans un déluge bariolé :

Amber Jahn, Colibri
Amber Jahn, Colibri

Ins­pi­ra­tion californienne

Amber Jahn / Al Scholl, Girl with an apple
Amber Jahn / Al Scholl, Fille à la pomme

Il est évi­dem­ment impos­sible de prendre le pin­ceau sans subir l’in­fluence d’une his­toire plu­ri­sé­cu­laire. Amber Jahn n’y échappe pas, et cer­taines de ses pein­tures citent l’art reli­gieux euro­péen comme le Trip­tyque cali­for­nien dont les cou­leurs ne sont pas sans rap­pe­ler celles du cou­cher de soleil, au for­mat emprun­té à la pein­ture médié­vale et renais­sante et dont l’i­co­no­gra­phie ren­voie à l’arbre de la vie et au fruit défen­du, un motif qu’on retrouve aus­si dans une pein­ture réa­li­sée en col­la­bo­ra­tion avec Al Scholl. Ce tableau, Fille à la pomme, four­nit d’ailleurs un bel exemple de ce que peut pro­duire une per­for­mance en direct dont Amber, on a déjà pu le faire remar­quer, est une adepte fer­vente. On note­ra, dans les deux tableaux repro­duits, l’in­ten­si­té de la cou­leur, effet pro­duit en grande par­tie par la jux­ta­po­si­tion de cou­leurs chaudes et froides qui, de par ce voi­si­nage, se ren­forcent mutuellement.

À lire :
Louis Ammy Blanc - Regards
Amber Jahn, California triptyque
Amber Jahn, Cali­for­nia triptyque
Amber Jahn, Sk8er-chic
Amber Jahn, Sk8er-chic

Je vois tout dou­ce­ment appro­cher la fin de mon par­cours à tra­vers l’u­ni­vers pas­sion­nant d’Am­ber Jahn, mais je ne vais pas quit­ter mes fidèles lec­teurs sans leur indi­quer une autre de ses sources d’ins­pi­ra­tions : La vie quo­ti­dienne de la côte ouest. Com­ment, par exemple, regar­der sans sou­rire sa Fille à la planche à rou­lettes (Ska­ter chic), l’es­sence même et haute en cou­leurs de ces filles et de ces femmes qui longent l’o­céan Paci­fique en petite tenue et qu’on a l’ha­bi­tude de croi­ser dans les films amé­ri­cains dès qu’il s’a­git de démon­trer qu’on se trouve bel et bien quelque part entre Los Angeles et San Fran­cis­co, dans le para­dis de la légè­re­té et de la joie de vivre ?

Un flam­beau qui attend la relève

J’ai pris un énorme plai­sir à rédi­ger cet article aux allures modestes, à pui­ser dans le fonds si riche qu’Am­ber a eu la gen­tillesse de mettre à ma dis­po­si­tion, à lais­ser empor­ter mon ima­gi­na­tion par un cou­rant presque mari­time de cou­leurs, tout en décou­vrant, au fur et à mesure, une artiste qui met sa vie au ser­vice de son œuvre, et à par­ta­ger (à l’es­sayer au moins) l’en­thou­siasme que j’ai res­sen­ti en par­cou­rant un monde pic­tu­ral vibrant de cha­leur. Le temps et l’é­ru­di­tion néces­saires me manquent pour rédi­ger la mono­gra­phie qu’Am­ber Jahn a sans aucun doute méri­té, mais je recon­nais mes propres limi­ta­tions et sage­ment m’en remets à d’autres aux­quels je cède volon­tiers ce plaisir-là.

Petite gale­rie

J’ai l’im­pres­sion d’a­voir quelque peu gavé mon article de pein­tures, mais com­ment résis­ter à la ten­ta­tion d’en pré­sen­ter un maxi­mum si cha­cune de ces mer­veilles a le pou­voir de me faire tom­ber sous le charme ? Mais comme tout auteur qui se res­pecte doit veiller à ce que son texte reste lisible, j’ai dû me bor­ner à un choix res­treint d’illus­tra­tions pour rendre en images le pro­pos des para­graphes qu’elles accom­pagnent. Alors, pour don­ner un aper­çu de l’i­né­pui­sable richesse de l’i­ma­gi­naire d’Am­ber Jahn, voi­ci que je vous ai concoc­té une petite gale­rie. Mais comme je suis loin de cou­vrir la tota­li­té de son oeuvre, à vous de par­tir à la décou­verte à votre tour en vous ren­dant sur les réseaux sociaux, notam­ment Face­book, où l’ar­tiste est pré­sente avec un grand nombre de tableaux. Voi­ci donc mon choix très per­son­nel pour vous mettre l’eau à la bouche :-)

Réfé­rences

Réfé­rences
1« Most of my pain­ting sup­plies and can­vas are rescued, recy­cled, found or gif­ted items. […] I genui­ne­ly pre­fer to use the cha­rac­ter and aban­do­ned sur­faces of old shel­ving, wood planks, and vin­tage win­dows for the exis­ting ins­pi­ra­tion such a piece pre­sents. » Cita­tion tirée de la par­tie Bio du pro­file Google+ de l’artiste.