Alexis Pir­rate, Ma cou­sine coquine

Voi­ci donc un texte sur lequel je suis tom­bé plus ou moins à l’improviste, en fai­sant des recherches pour l’édition 2018 de mes Lec­tures esti­vales. Certes, ni le titre ni la cou­ver­ture n’ont aucun rap­port avec ce que je recherche pour ce fes­ti­val de l’été, mais, scot­ché devant une cou­ver­ture assez inso­lite pour sor­tir du lot, je me suis dit qu’à ce prix-là – 0,99 € pour qua­rante-trois pages – je ne ris­quais pas vrai­ment d’être déçu. J’ai donc délié les cor­dons de ma bourse vir­tuelle, et voi­là com­ment Ma cou­sine coquine, novel­la signé Alexis Pir­rate, est entré dans ma biblio­thèque vir­tuelle. Et c’est quelques jours plus tard, à l’occasion d’un séjour à Ber­lin, que j’ai eu l’occasion de me délec­ter de l’histoire d’Antoine et de Sélène, dégus­tant une bière locale tout en sui­vant avec plai­sir les ébats de ce couple peu ordi­naire.

Il faut sans doute com­men­cer par aver­tir le lec­teur : n’ayez pas honte en décou­vrant les prouesses sexuelles d’Antoine qui n’en finit pas de désal­té­rer la soif de Sélène en lui offrant ce qui res­semble à des litres de sperme, et ce pen­dant des semaines tout en enchaî­nant les par­ties de jambes en l’air avec à peine une pause pour reprendre un peu de souffle. Et vous, chère lec­trice, ne vous décou­ra­gez pas face à la faci­li­té de jouir de cette nym­phette qui s’envoie en l’air dès qu’elle sent une bite remuer au fond d’un de ses trous. Parce qu’il faut bien dire que ce texte entre dans la lignée des mythes antiques pour ce qui est de la déme­sure des per­son­nages, de véri­tables over-achie­vers en matière de baise, une acti­vi­té qu’ils hissent au niveau d’une dis­ci­pline olym­pique.

Et c’est bien ain­si qu’il faut lire le texte, toute notion de réa­lisme gâchant le plai­sir de la lec­ture. Et ce plai­sir est bien réel, parce que l’auteur réa­lise l’exploit de rendre ses per­son­nages inté­res­sants, le tout sans leur don­ner le moindre contexte et en omet­tant de faire accom­pa­gner leurs ébats par ne fût-ce que l’illusion d’une intrigue. Il n’y a rien dans ce texte sauf de la baise. Même la séduc­tion ini­tiale – et ima­gi­nons un peu les ques­tions que doit se poser ce « tren­te­naire bien tas­sé » 1)Alexis Pir­rate, Ma Cou­sine coquine, posi­tion 172 pris d’assaut par sa cou­sine d’à peine dix-huit ans, ren­contre qui pro­voque la pre­mière érec­tion de ce texte – ne prend qu’à peine quelques pages, une étape que l’auteur a hâte de faire fran­chir à ses héros afin de leur don­ner l’occasion de se lan­cer dans les acti­vi­tés dans les­quelles ils excellent.

Depuis cet ins­tant-là, ça n’arrête pas de s’entreprendre, de fel­la­tions en sodo­mies, en pas­sant par une belle série de 69. Inutile de vous dire que la petite accueille la bite de son cou­sin – de « fiers 18 cm » 2)Posi­tion 130 quand même ! – dans ses entrailles sans mouf­ter, écueil que certain(e)s ont pour­tant le plus grand mal à fran­chir.

Per­met­tez-moi de vous don­ner un échan­tillon de l’indécence hal­lu­ci­nante dont l’auteur semble se délec­ter encore plus que sa belle Sélène (quand je vous disais que les per­son­nages traînent der­rière eux une bonne grosse dose de sou­ve­nirs antiques) d’une bonne gor­gée de sperme :

« Dans un clap­pe­ment mouillé, elle me libère de sa bouche qu’elle pince pour ne pas perdre une larme de mon jus. En me fixant droit dans les yeux, elle penche sa tête en arrière, entrou­vrant les lèvres pour me pré­sen­ter sa langue qui sur­nage à peine dans la mare de sperme dont je lui ai rem­pli la gorge. » 3)Alexis Pir­rate, Ma Cou­sine coquine, posi­tion 162

Une nym­phette de dix-huit ans – et le nar­ra­teur, qui n’est per­sonne d’autre que ce cher Antoine, entre­tient une cer­taine ambi­guï­té à pro­pos de l’âge de la belle qui doit même lui rap­pe­ler qu’elle est déjà majeure – et un homme confir­mé, quelque part vers la fin de la tren­taine, qui se laisse séduire avec une faci­li­té que n’importe qui pour­vu d’une belle paire de couilles com­pren­dra sans aucune dif­fi­cul­té. Cela rap­pelle évi­dem­ment un autre couple bien autre­ment plus célèbre, celui qui se trouve à la base de la noto­rié­té de Vla­di­mir Nabo­kov, Loli­ta et Hum­bert Hum­bert, même si Alexis Pir­rate ne pousse pas le vice aus­si loin que Nabo­kov et renonce à pré­sen­ter sa Sélène comme une jeune fille pré-pubère. Ce fai­sant, il se met à l’abri d’au moins une par­tie des reproches qu’on pour­rait lui adres­ser, dans une époque qui semble refaire de la morale une valeur adu­lée tel un veau d’or moderne de l’après-Weinstein. Mais il renonce aus­si à pous­ser à l’extrême les remises en ques­tion et les audaces qui découlent de la ren­contre de Hum­bert et de Loli­ta, dans ce qu’il faut qua­li­fier comme une sorte de frac­ture lit­té­raire et spi­ri­tuelle ayant chan­gé à tout jamais le rap­port entre lit­té­ra­ture et morale. Mais je doute que Pir­rate ait jamais nour­ri la moindre ambi­tion de se mesu­rer à une oeuvre aus­si sin­gu­lière. Mais il faut concé­der que le texte se lit avec plai­sir, né d” un entre-deux fusion­nel qui, en toute inti­mi­té, voit s’ouvrir des abysses de sen­sua­li­té et d’indécence.

Mal­heu­reu­se­ment, ce plai­sir est quelque peu gâché par le nombre bien trop éle­vé de fautes dont cer­taines font écla­ter de rire, comme cette coquille qu’on trouve près du début, avant même le pre­mier pas­sage à l’acte :

« Sélène […] venait de ren­trer du lycée alors que j’étais encore un train…» 4)Alexis Pir­rate, Ma Cou­sine coquine, posi­tion 33

Certes, à côté de telles perles, les décli­nai­sons fau­tives ne brillent pas du même éclat, se conten­tant de faire dérailler le lec­teur livré à la mer­ci d’un tra­vail de rédac­tion qui laisse à dési­rer. Et c’est bien dom­mage que le plai­sir qu’on res­sent à plon­ger dans une indé­cence aus­si exem­plaire qui se déchaîne à pra­ti­que­ment chaque page, soit ain­si miti­gé.

Un conseil donc à l’intention de M. Pir­rate : Inves­tis­sez quelques sous dans l’acquisition d’un bon outil de cor­rec­tion (votre ser­vi­teur se sert du Robert Cor­rec­teur) qui vous ferait évi­ter une très bonne par­tie de ces fautes qui portent pré­ju­dice à vos efforts ! À part cela, lec­trice, lec­teur, je t’invite à suivre l’exemple du San­glier et de dépen­ser la somme ridi­cule de 99 cents pour un texte qui te fera connaître un uni­vers où tout n’est que joyeuse déme­sure.

Alexis Pirrate, Ma cousine coquineAlexis Pir­rate
Ma cou­sine coquine
Auto-édi­tion (Stu­dio Pir­rate)
ASIN : B074T4P3YK

Références   [ + ]

1.Alexis Pir­rate, Ma Cou­sine coquine, posi­tion 172
2.Posi­tion 130
3.Alexis Pir­rate, Ma Cou­sine coquine, posi­tion 162
4.Alexis Pir­rate, Ma Cou­sine coquine, posi­tion 33