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Michel Tor­res, Tabar­ka. La Saga de Mô, t. 4

Les afficionados du Sanglier connaissent son appétit démesuré pour les aventures insolites de la Saga de Mô, véritable épopée du bassin de Thau et de sa faune de marginaux, minuscule univers en condensé où l'Histoire s'ouvre au large et se frotte au fantastique. C'est donc sans surprise que, cette année-ci, je me suis offert, en guise de cadeau de Noël anticipé, la lecture du petit dernier en date de Michel Torres, Tabarka, quatrième épisode de la Saga, paru le 1 juin 2016 déjà, toujours chez publie.net.

Mô est donc de retour, et depuis longtemps, des expéditions mythologiques de l'épisode précédent, des expéditions dans lesquelles l'a entraîné son oncle, grand criminel nazi nostalgique de ses exploits meurtriers et en quête de ses complices morts. Remonté des profondeurs infectes de l'Étang d'encre où il a sondé, Dante moderne, l'enfer de toutes les haines, on le retrouve campé au bord de son étang à lui, celui de Thau, melting-pot des civilisations méditerranéennes, celui qui l'a vu naître et où il s'est installé bien à l'écart des gens et du monde, reclus volontaire dans la solitude de sa baraque, dans celle de ses plongées, de ses excursions en mer, et dans celle surtout, bien plus profonde encore, de ses souvenirs ressassés à l'abri des regards.

Vingt ans ont passé depuis son périple souterrain, et le lecteur le retrouve - comme si de rien n'était, comme si le passage des années ne pouvait affecter ce personnage aux dimensions légendaires - dans le décor devenu familier, au bord du canal bien connu, seul avec ses fantômes, guettant dans le noir. Et les fantômes, ils sont légion depuis le temps, ceux de ses parents, de ses camarades, de ses amours.

[Mô] n’arrive pas à réaliser la mort de son ami ; ça tombe comme des mouches autour de lui, une danse macabre. (Tabarka, chap. 29 Le phare)

Parce qu'il ne faut pas se tromper ! La vie de ce loup devenu vieux n'est pas aussi solitaire que ce que les cliches pourraient faire croire, certaines de ses rencontres ayant laissé des traces et des cicatrices. Et le silence où Mô essaie d'enfermer les échos de ce passé est d'autant plus assourdissant qu'on le devine grouillant de voix d'outre-tombe. Peu importe que ces spectres prennent, à l'occasion, la forme d'une araignée, Parque en train de tranquillement tisser ses toiles.

Liu, la sirène chinoise péchée par Mô au large de Sète
« Parce que c’était Liu, / Parce que c’était Mô. »

Parmi ces spectres-là, il y a aussi des femmes. Si Mô n'est pas à proprement parler un séducteur, un homme à femmes, cela ne veut pas dire pour autant que lui les laisse indifférentes. Et pourtant, elles sont spéciales, celles qui se laissent tenter, par nécessité plutôt que par choix, des créatures bien fragiles auxquelles Mô essaie de rendre un peu de force, un semblant de confiance. Cette fois-ci, après Malika disparue vingt ans plus tôt, il y a Liu, sirène aux yeux bridés, repêchée au large de Sète, à l'issue d'une affaire ayant mal tournée. Projetée dans les bras de Mô sans qu'on sache d'où elle vienne, c'est celui-ci qui finit par s'accrocher à elle comme à un ultime espoir d'échapper à la solitude avec son cortège de maux. Il la ramasse, butin arraché aux mains de la mafia, la dépose dans sa baraque, prend soin d'elle pendant ses crises de manque, se terre avec elle au fond de son Tabarka1 d'abord, dans les anciennes salines ensuite, pour se mettre à l'abri des mauvaises surprises et des balles tirées à l'improviste. Et c'est la lente fuite de ce couple improbable, rythmée par l'eau stagnante de la lagune, qui donne à l'auteur l'occasion de longuement évoquer le littoral, sa solitude désertique aux effluves salines, ses plaies creusées par l'homme et sa voracité, et ses racines qui descendent aussi loin que l'humanité. Ce sont là sans aucun doute les meilleures pages de ce récit une fois encore riche en découvertes, d'un récit qui met en évidence la dimension mythique de cette région, une emprise à laquelle les faits et les gestes des humains n'échappent pas, du passé le plus reculé des

blocs de pierre taillée de l’antique jetée gréco-romaine, oubliés des dieux et des hommes, quais perdus, submergés, en partie enlisés, recouverts d’un fauvisme mouvant d’algues brunes, rousses et jaunes (chap. 1, Héros)

jusqu'à la modernité et la décharge près de Sète, "infection légale sur le lido, l’un des cancers du cordon littoral" (chap. 18, Sa Camargue, petite), déluge d'ordures envahies par les rats, peuple mythique avec son cortège d'épidémies et de malédictions, armée de chevaliers apocalyptiques, trait d'union entre les plaies bibliques et les légendes du folklore européen.

Le rôle de Liu ne se borne pourtant pas à cette drôle d'invitation au voyage, et elle n'est pas un bête prétexte pour laisser à l'auteur le plaisir d'emmener ses lecteurs dans une promenade vers les lieux qui lui sont chers. Elle a aussi un rôle à jouer, et celui-ci consiste non seulement à faire déclencher la vendetta finale, mais aussi à rendre à Mô une jeunesse - tout ce qu'il y a de plus provisoire - retrouvée au sein de l'eau, son élément, devenue le témoin de ses ébats et de ses batifolages avec une belle Naïade qui sait garder ses secrets  - si elle en a -, qui refuse de rien dévoiler de ses antécédents et qui finit par disparaître (à moins de se dissoudre) dans la nature sans laisser de traces. Une disparition qui laisse le lecteur en proie à des visions dantesques à propos du sort que Liu a pu subir, l'imagination exacerbée par la violence insoutenablement explicite des assassinats auxquels Michel Torres contraint ses lecteurs à assister. L'absence de toute indication positive de ce qui a bien pu arriver à la jeune femme - une fuite ? un crime ? - est une belle application poussée à l'extrême du précepte que Barbey d'Aurevilly a placé dans la bouche d'un de ses narrateurs, à savoir que

l’enfer, vu par un soupirail, devrait être plus effrayant que si, d’un seul et planant regard, on pouvait l’embrasser tout entier. (Le dessous de cartes d’une partie de whist)

Michel Torres excelle, on en a l'habitude depuis le premier épisode de la Saga, quand il évoque le passé de sa région, la flore et la faune de son littoral à la configuration bien particulière, où les vestiges du passé se cachent à fleur d'eau et où les fantômes sortent de leur domaine pour se promener en plein jour. La richesse de ce que l'on découvre, en compagnie de Mô, laisse le lecteur sans voix, en train de se rêver dans un monde déchiré entre la persistance des origines et le tenace refus de se dissoudre dans l'acide d'une modernité qu'on voit pourtant éclore un peu partout.

Malgré tout le bien que je peux dire de ce roman, il me semble pourtant que le quatrième épisode, s'il répond à un grand nombre des attentes des lecteurs, est moins bien construit que les épisodes précédents, ce qui se traduit surtout par une conclusion bien trop linéaire qui coupe court à la tension construite pendant de longs chapitres. L'auteur a habitué ses lecteurs aux dénouements tragiques, aux déchaînements d'une cruauté sans bornes, à l'impossibilité du bonheur aussi, surtout quand il s'agit de son protagoniste. Quand celui-ci vit donc, l'espace de quelques chapitres, une sorte de bonheur en comprimé, la certitude de voir celui-ci se briser se double de l'angoisse des tourmentes à venir, et on craint le pire pour celle qui a eu le malheur de se frotter, bon gré mal gré, de trop près au grand solitaire, promise sans doute à une mort atroce. Si le bonheur s'efface effectivement avec la disparition de Liu, les craintes aussi délicieuses que terribles sont trompées, et tout se hâte vers une fin qui surprend tout le monde comme si de rien n'était, et le massacre final se déroule, malgré les cadavres déchiquetés, de façon presque clinique. Le showdown n'aura tout simplement pas lieu, et la catharsis a été décommandée. Un peu comme si le grand méchant loup avait rendu son dernier souffle tranquillement au fond du bois, à l'abri des regards, loin des yeux, loin du cœur. On se demande un peu pourquoi tant d'énergie a été dépensée, pourquoi tant de violence a été imaginée, pour laisser finir tout ça comme si le héros découvrait soudain qu'il allait rater un rencard et qu'il fallait donc se grouiller pour se débarrasser de cette affaire inopportune.

On peut lire, sur le site de publie.net, que Tabarka a été "écrit avant les autres tomes", et cela explique peut-être ces quelques faiblesses dans la composition du récit. Ce qui est par contre certain, c'est que Michel Torres a donné avec ce texte un morceau de bravoure, un diamant - imparfaitement taillé peut-être, mais diamant toujours - un échantillon de ce qu'allait devenir la Saga de Mô, récit aux dimensions mythiques où le scintillement de la Méditerranée illumine jusqu'au noir des âmes en peine, et ou le moindre des gestes peut toucher au sublime en devenant rite, geste par lequel le mythe se construit au quotidien …

quand on a tout perdu restent les ritesClick to Tweet

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  1. Il faut sans doute préciser, à l'intention des non-initiés qui, comme moi, n'ont pas le privilège d'habiter les lieux, que Tabarka, c'est aujourd'hui le nom d'une sorte de parc, ancien terrain vague, coincé entre les lotissements de Marseillan et l'Étang, adjacent au port qui en tire son nom - à moins que ce ne soit l'inverse. []
Tabarka Couverture du livre Tabarka
La Saga de Mô
Michel Torres
Fictions
publie.net
01/06/2016
fichier numérique

« La fascination des serpents, mon pauvre Mô, tu t’embarques sur une de ces galères... Il y a longtemps que cela ne t’était pas arrivé. Trop calme le pépère, tu te croyais hors du coup, définitivement à l’abri, froid, et te voilà reparti, et pas qu’un peu, attends, la totale, avec fièvre, frissons et adrénaline. Remarque, avec les emmerdes à venir, l’adrénaline, mets-la de côté, tu en auras besoin. »

Mô a vieilli. Il lui aura fallu vingt ans pour digérer son voyage infernal sur l’étang d’encre. Il se croit pacifié, rangé des voitures, il tisse sa toile, tranquille et sans accroc. Mais dans l’ombre de son paradis, ressurgit sans crier gare la valse des embrouilles.

Main dans la main avec une inquiétante Chinoise, il rôde et bataille avec des mafieux russes, trafique avec ses vieux copains et sème à tire-larigot des cadavres dans son sillage. Une nouvelle course dopée à l’héroïne qui sent l’amour à mort et la vengeance sauvage.

Conte ethnographique hyperréaliste et roman noir, ce quatrième épisode constitue une excellente porte d’entrée à La Saga de Mô.

Michel Tor­res, L’étang d’encre. La Saga de Mô, t. 3

En lisant L’étang d’encre, troisième tome de La Saga de Mô, j’ai dû plus d’une fois penser à Neil Jomunsi et à sa maison d’édition, Walrus, fidèle fournisseur de votre serviteur en textes excellents et - parfois, souvent, pratiquement toujours - "légèrement" déjantés. Voici un passage extrait d’un article de Jomunsi à propos du Pulp, passage qui se lit par endroits comme une déclaration d’amour en bonne et due forme :

"Zombies nazis, aliens mangeurs d’humains, course de rallye apocalyptique à la Mad Max, trafiquants de drogue érotomanes et j’en passe, les protagonistes du pulp ne s’embarrassent pas des conventions : ils sont libres et se fichent bien d’être jugés."1

Maintenant - pourquoi vous causer d’un type et d’un éditeur qui n’ont rien à voir avec celui dont je m’apprête à vous entretenir ? Et ben, parce qu’il fallait bien trouver un moyen pour aborder ce petit dernier du Sieur Torres, un texte qui n’est bien entendu pas sans rapport avec les deux volumes précédents, mais qui s’emballe dans une direction qu’il faut d’abord savoir suivre. Et je vous assure, chers lecteurs, que le jeune homme sauvage du bassin de Sète ne m’aurait jamais fait penser au Pulp, cette spécialité de chez le Morse - pas avant d’avoir lu le troisième volet de la série, au moins. Mais là, je suis sûr que l’ami Neil se serait léché les babines si Michel Torres lui avait proposé son texte au lieu de caser un tel récit chez la concurrence. Mais bon, Walrus n’a pas le monopole de l’excellence, et Publie.net se montre à la hauteur de ce qu’on a le droit d’attendre face à un texte de la qualité de la Saga de Mô, c’est-à-dire un travail éditorial impeccable et un suivi de qualité.

Ceci étant dit, qu’en est-il maintenant du texte ? Tout d’abord, pour revenir au texte de Jomunsi, des nazis, vous en trouverez, et pas qu’un peu ! Des nazis qui, s’ils continuent la lutte du Führer pour la domination mondiale, ont dû changer quelque peu de cible, obligés de passer pour ainsi dire par les égouts en s’attaquant aux souterrains, c’est-à-dire l’Enfer. Vous avez bien lu, l’Enfer, celui avec un E majuscule, le royaume de Satan, refuge de tous les démons, ultime séjour des âmes damnés. Mais comme vous avez affaire à Michel Torres, un auteur qui a déjà fait preuve de sa force invraisemblable dans les deux premiers tomes de sa Saga, le voyage onirique de Mô s’inscrit dans les meilleures traditions de la littérature européenne, en faisant de la descente de Mô, accompagné d’Henri, l’oncle "maudit" en quête de ses amis légionnaires morts, un remake de celle du Dante qui s’est offert le tour du touriste des neuf cercles de l’Enfer en compagnie de Virgile.

L’univers de Mô est truffé, depuis le début, de souterrains, et les caves y sont omniprésentes, leur obscurité troublante et en même temps prometteuse invitant aux explorations, à la chasse au trésor (flash-back au premier tome, La Meneuse, et à l’enfance du protagoniste), à la descente - quitte à faire, dans ces zones privées de lumière - des découvertes qu’on aurait peut-être mieux aimé ignorer. Ces multiples descentes, bien réelles celles-ci, se doublent d’une autre, bien plus troublante, à savoir l’expédition vers les profondeurs parfois bien mal comblées du passé, passé qui, par un mouvement contraire correspondant, menace les vivants de sa résurgence toujours possible, spontanée, violente. L’Étang d’encre non seulement inscrit la descente dans la trame même du récit, de façon bien plus évidente que dans les volumes précédents, mais en fait une obsession bientôt transfigurée en mythe, les expéditions vers les profondeurs s’enchaînant les unes aux autres comme si quelqu’un avait lancé aux protagonistes une variation diabolique du citius, altius, fortius olympique, variation qui obligerait ceux-ci à descendre toujours plus loin, vers des mystères toujours plus inaccessibles.

L’univers de Mô est construit autour de l’idée, poussée jusqu’à l’obsession, de la descente.Click to Tweet

En attendant, l’intrigue démarre par le mouvement inverse - celui qui, par une étrange correspondance, appelle et prépare les descentes à venir - par une résurgence inattendue, inouïe : celle de l’oncle maudit que tout le monde croyait englouti par les Steppes où il a pénétré avec ses camarades légionnaires, obnubilés par une obsession sanguinolente de conquête, rendus aveugles par une superbe qui fait pâlir celle des grands damnés de l’Antiquité. Une fois entré dans le monde de Mô, Henri y met en branle le jeu des bascules, entraînant son neveu dans une série de descentes, l’emmenant toujours plus loin, des eaux boueuses mais familières du canal vers l’inconnu, vers les abîmes de la mer et, pour finir, vers l’abîme tout court. C’est là que Mô pénètre dans les bas-fonds du rêve, le voyage bientôt transformé en trip cauchemardesque, en descente à proprement dire infernale.

C’est à partir de là, après avoir franchi une espèce de goulot gardé par un monstre souterrain (clin d’œil aux géants du XIXe, mais aussi aux Pirates des Caraïbes et leur Kraken), que, arrivés sur "un morne bord de sable fin"2, Mô et Henri entament leur véritable expédition, celle au fond des neuf cercles de l’Enfer. Parce que, une fois sortis de leur drôle de véhicule récupéré du naufrage d’un cargo allemand (engin qui n’est pas sans rappeler les inventions aussi naïves que modernes de Jules Verne) Mô et son oncle se retrouvent - devant les portes de l’Enfer, dans un souterrain où la mythologie des Anciens s’accouple, dans des étreintes délirantes, aux fantasmagories du Moyen-Âge chrétien pour engendrer un lieu de supplice à vrai dire moins horripilant que trash, un développement dûment préparé par la citation du Dante qui ouvre le récit, sorte de panneau indicateur dont le lecteur un tant soit peu versé en littérature occidentale aurait pu se passer, tellement le texte est jalonné d’emprunts au poème de l’archipoète de Florence. C’est à ce point-ci que le chroniqueur choisit de s’effacer pour laisser le lecteur se confronter tout seul, comme un grand, à un récit qui échappe aux résumés et aux catégories toutes faites, un récit dont certains passages prêtent au rire aussi bien qu’aux larmes, si ce n’est, parfois, au silence embarrassé… Au lecteur donc le soin de découvrir les cohortes de démons aux pieds fourchus, les révérences aux courants vulgaires du baroque, les inventions burlesques, les cortèges de morts-vivants, de spectres surgis des profondeurs de l’oubli collectif d’où ils menacent de s’extraire pour sauter à la gorge de leurs descendants.

Un dernier mot pourtant au bout de ce voyage des plus insolites : L’Étang d’encre est un texte riche en surprises, un texte qui agite sous les yeux des lecteurs une pancarte avec inscrit dessus son héritage littéraire, une ambition affichée - et quelque peu mégalomane aussi - de sortir du cadre géographiquement bien délimité de l’univers de la Saga de Mô, un univers dont on sent l’authenticité remise en question par une approche qui troque le réalisme magique des volumes précédents contre une sorte de tragicomédie onirique animée par l’intention de l’auteur de surenchérir par rapport aux textes précédents. Un procédé dont il est parfois difficile de comprendre la pertinence. Quoi qu’il en soit, je tire ma révérence devant le courage de Michel Torres, celle d’aller jusqu’au bout de son obsession et celle de demander un effort à ses lecteurs que certains ne seront peut-être pas prêts à fournir.

 

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  1. Neil Jomunsi, Retour aux sources []
  2. Michel Torres, L’Étang d’encre, chapitre XI Aven []
L’étang d’encre Couverture du livre L’étang d’encre
La Saga de Mô, t. 3
Michel Torres
Fiction
Publie.net
9 septembre 2015
fichier numérique (PDF, EPUB, Kindle)
212

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ! »

Indécis, ils s’assirent d’abord sur la coque et observèrent un moment le passage continu des spectres à l’assaut des rives de l’Enfer dans la clarté diffuse qui provenait de nulle part : pas de soleil, de lune ou d’étoiles dans ces parages.

L’Histoire ne mourant jamais, de l’étang de Thau à l’Enfer de Dante, arrivée brutale de l’oncle Henri, le dernier des pourris, la pire des raclures. À ses côtés, Mô, dilué dans le désespoir comme on se perd dans un brouillard façon Zyklon B, s’aventure à l’aveugle dans les neuf cercles fantasmagoriques peuplés de damnés nazis et de diables cornus. Comment ne pas le suivre dans cet Enfer tatoué de croix gammées quand on sait qu’il va faire la lumière sur la part d’ombre qui l’agite depuis son enfance ? Lancé dans ce cauchemar comme un chien dans un jeu de quilles, dans l’obscurité et la douleur, Mô découvre qu’il n’y a pas de limites à l’horreur.

Michel Tor­res, Aris­ti­de. La Saga de Mô, t. 2

Il y a parfois de ces textes qu'il faut conquérir avant de pouvoir les apprécier. Mieux encore, il faut savoir se les approprier, les sonder jusqu'au fond de leurs abîmes, échouer dans leurs bas-fonds cachés, palper le verbe qui se dérobe à force de s'exhiber - des textes revêches donc qu'il ne faut pas seulement lire, mais travailler. Aristide, deuxième tome de la Saga de Mô qui a si brillamment commencé sa carrière littéraire il y a six mois avec La Meneuse, texte coup de cœur du Sanglier, appartient à cette catégorie, et il m'a fallu un travail acharné avant de pouvoir percer son mystère, un mystère qui, au lieu de te sauter à la figure pour te traîner de force dans son repère souterrain, guette dans le noir pour y attendre le lecteur assez courageux pour apprécier la beauté farouche.

Dix ans ont passé depuis les vendanges sanglants de 1960. Le cadavre de la Meneuse est bien enterré, et Mô est sorti de l'enfance. Mais le temps qui passe ne saurait abîmer les fantômes qui continuent à rôder, comme ceux de la famille belge dont l'assassin n'a toujours pas été retrouvé. Mô ne fréquente plus la Comtesse, domaine viticole et scène du carnaval grotesque et sanguinaire du premier épisode. Il s'est établi en marge de la société de Marseillan, dans un squat au fin fond de la plage, coin tranquille et à l'abri des curieux, qu'il partage avec Aristide, le géant microcéphale dont il a hérité après la mort du père adoptif de celui-ci, Manuel le berger, l'anarchiste espagnol venu s'installer dans le coin après la défaite des Républicains d'outre-Pyrénées en 1939.

Aristide, héros éponyme du deuxième volume, dont la force tellurique n'est pas sans rappeler celle d'Antée, le géant qui devait rester en contact avec la terre maternelle sous peine de crever étouffé entre les bras d'Hercule, Aristide donc qui est apparu, dès les premières lignes du premier volume de la Saga, comme l'incarnation même de la Terre1, l'élément à l'honneur dans l'univers dionysiaque de la Vigne avec ses ceps gorgés de soleil et ses caves profondes, change d'enseigne et vient rejoindre Mô sur sa plagette où celui-ci habite

"une bicoque de sac et de corde, étanche comme un bateau, haubanée de bouts, ramassée, étayée du bois des naufrages et coiffée des épaves du temps"

On dirait un bout de mer échoué sur la plage, une baraque qui ressemble plus à un bateau qu'à autre chose et qui introduit, dès les premières lignes, l'élément qui marquera de son sceau le deuxième épisode de la Saga, l'Eau. Présente déjà dans le premier volume avec le Canal du Midi et le bref séjour des adolescents à la plage, elle peut maintenant être comptée au nombre des protagonistes. Mô emmènera Aristide dans des expéditions sous-marines pour y braconner, des palourdes d'abord et des amphores ensuite. Plus tard, quand les premiers doutes se seront installés à propos des jeunes filles disparues, il l'embarquera dans des expéditions insulaires jusqu'en Grèce, à Mykonos et à Amorgos où d'autres excursions maritimes viendront compléter la palette aux couleurs de l'océan. Mais l'eau, tout comme la terre, ne saurait être le domaine de l'unique beauté. La mort y rôde avec ses cadavres, que ce soit sous le soleil des îles grecques ou dans les fosses profondes que remplissent les eaux troubles du Canal de Midi.

Il y a évidemment du policier là-dedans, parce que qui dit "disparition de jeunes filles" et "cadavres" doit obligatoirement passer par "soupçon" et "enquête" avant de conclure par "condamnation", et Aristide se révèle  un des héritiers du "petit Albert", l'assassin simple d'esprit de Frédéric Dürrenmatt dans la Promesse, ce requiem pour le polar de 1958. Mais Aristide est bien plus qu'un banal policier où il s'agirait de traquer le coupable. En évoquant sa région natale peuplée de personnages qu'on imaginerait tout droit sortis d'un film de Pasolini, Michel Torres en fait une terre mythologique qui s'enfonce loin dans le passé et qu'on s'étonne presque de pouvoir retrouver sur des cartes IGN ou Google, tellement on la croirait lointaine et inaccessible à tout effort autre qu'imaginaire.

Mais le mal guette au cœur même de ces terres mythologiques, tapi dans ses profondeurs - maritimes aussi bien que terriennes - et il n'y a que le feu pour les purger, le feu qui pourtant ne peut passer sans noircir et consommer ceux qui y touchent de trop près, comme le soleil qu'on a intérêt à éviter, sous peine de connaître et de partager le sort d'Icare.

Aristide, c'est un texte pétri de références mythologiques, et comment en pourrait-il être autrement, le Languedoc étant, avec sa façade maritime, une des vieilles terres méditerranéennes, terme plus en rapport avec les anciennes civilisations orientales qu'avec les réalités géographiques. Rapport souligné encore par le voyage des protagonistes dans les îles grecques et la chasse aux amphores dont la présence est la preuve tangible de l'introduction de l'espace mythologique des Anciens. Aux lecteurs maintenant le plaisir de se laisser emporter par les multiples engrenages, de percer à travers les couches successives savamment agencées par  Michel Torres dans l'espoir de pénétrer jusqu'au cœur de l'énigme.

Je laisserai votre plaisir entier en m'empêchant de vous dévoiler quoi que ce soit de précis, mais soyez assurés que l'effort de suivre la construction élaborée de cet univers textuel constitue déjà un plaisir bien réel, plaisir qui s'ajoute à celui des découvertes que vous pourriez faire en suivant les traces de cet écrivain tout à fait remarquable. Aristide, c'est, au fond, un autre morceau du grand puzzle annoncé qui promet, une fois terminé, de verser une lumière inouïe de clarté sur la région que Michel Torres étale sous les yeux de ses lecteurs ébahis.

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  1. Il suffit de suivre le cortège des "fous de l'an mille", ouvert comme par hasard par le colosse qui porte, "cloué sur un mât" un "mannequin bourré de foin", mannequin qui sera ensuite "planté [...] entre ses jambes-poteaux", invitation à tout ce monde débridé de se poser "à même le sol de terre battue". []
Aristide Couverture du livre Aristide
La Saga de Mô, t. 2
Michel Torres
Fiction
Publie.net
1 décembre 2014
fichier numérique (PDF, EPUB, Kindle)
441

Au bout de la jetée : la fin du voyage, le domaine que j’aurais voulu sans partage, de l’eau, des bêtes marines, des oiseaux et de la sauvagine.

Sur cette frontière, un cyclope, le phare des Onglous, veille de son œil rouge le Canal du Midi et mon étang de Thau. Au loin, la colline de Sète allume ses milliers de lanternes et les vagues se brisent à nos pieds sur les rochers. Du haut de mes vingt ans, me voilà chef de bande : à ma gauche Aristide, le géant simplet, qui m'est tombé dans les bras comme un grand gamin quand le vieux Manuel s'est pendu ; à ma droite, Malika, notre lionne boiteuse, notre amoureuse, arrivée sans crier gare et chamboulant notre fragile équilibre. Ça sonne paisible, mais dans la nuit habitée de la lagune, autour de notre cabane de bric et de broc, un monstre rôde et des gamines s'évaporent dans la nature...

Les recom­man­da­tions du San­glier pour un cadeau de Noël numé­ri­que

Vous cherchez le parfait cadeau numérique ? Faites donc confiance au Sanglier littéraire !Cette année aussi, le Sanglier littéraire a passé en revue les titres chroniqués au cours des douze mois passés, et il a dressé une liste à l'intention de tous ceux et de toutes celles qui, dans leur quête du cadeau de Noël parfait, s'aventurent dans les terres numériques.

Il va sans dire que cette liste est le résultat purement subjectif de mes réflexions et que le seul critère qui a régi sa rédaction est une appréciation tout à fait personnelle, un coup de cœur conçu sur le moment, sans la moindre objectivité. Il est clair aussi que d'autres titres auraient mérité d'y figurer, mais les places au soleil hivernal étant rares, j'ai dû fermer la porte à certains...

Une nouveauté pourtant par rapport aux années précédentes : vous trouverez, comme invitée spéciale en queue de peloton, le dernier disque d'une musicienne d'exception, Phobie de Georgia Dagaki. Je n'ai pu résister à la tentation de faire un peu mieux connaître cette voix riche d'une tradition millénaire, nourrie par les profondeurs méditerranéennes de la Grèce.

Vous pourrez accéder aux articles parus dans la Bauge en cliquant sur l'image, et vous y trouverez toutes les coordonnées dont vous avez besoin pour vous procurer le ou les titre(s) choisi(s).

Un dernier petit truc avant de terminer : il y a maintenant des librairies numériques qui permettent d'offrir des ebooks. Le procédé est parfois un peu compliqué, mais j'ai fait de bonnes expériences avec la librairie Clearpassion. Si vous préférez d'autres boutiques, il suffit souvent de chercher un peu dans la Foire aux questions.

Daniel de Kergoat, Mes vingt ansDaniel de Kergoat, Mes vingt ans

Voici venu le temps des premières fois, vécues ou racontées, les premiers amours, la découverte de Kerouac, un premier départ en auto-stop pour aller de l’avant, à la découverte des gens.

Entre les barricades du mois de Mai et les neiges du Danemark, une aventure extraordinaire, LE coup de cœur 2014 du Sanglier.
Hervé Fuchs, Les Folles de la Nationale 4Hervé Fuchs, Les Folles de la Nationale 4

La saga des pirates de la route qui hantent la Lorraine du milieu des années 70, une des plus belles découvertes du Sanglier. Ça fonce, ça casse, ça flingue à toute berzingue, une escapade aux allures épiques sur fond d'automne noir, avec en bande sonore les Sex Pistols, les Ramones, les New York Dolls...
Michel Torres, La Saga de Mô. 1. La MeneuseMichel Torres, La Saga de Mô, t. 1 La Meneuse

Décidément, 2014 aura été une année riche en bonnes lectures. Voici le deuxième coup de cœur, une saga sudiste où le fantastique et l’ethnographique se rencontrent dans un clash retentissant. Les relents de l'Histoire, le soleil impitoyable qui tape sur les vendangeurs et le jeune Mô au milieu de tout cela avec sa fantaisie débordante.
Emma Cavalier, Un sentiment d'éternité. La Rééducation sentimentale t. 3Emma Cavalier, Un sentiment d'éternité

Les habitués de la Bauge connaissent l'estime du Sanglier pour l'auteure hors norme qu'est Emma Cavalier. Un de ses textes le plus impressionnants est le volume qui clôt et en même temps couronne le cycle de la Rééducation Sentimentale.
Marcel Rabarin, BluesMarcel Rabarin, Blues

Il se passe de drôles de choses dans les petits villages perdus du sud. Au milieu de tout cela, pris dans les filets de la vie qui doucement s'en va en emportant les certitudes et les choses qu'on croyait acquises, un amoureux d'architecture qui se retrouve au milieu d'une affaire sordide.
Éric Mouzat, Petites confidences estudiantinesÉric Mouzat, Petites confidences estudiantines

La Bagatelle, jeune maison d'édition numérique, vous invite à vous glisser dans la vie de Mathilde et à vivre avec elle des aventures loufoques et terriblement érotiques en compagnie d’une véritable ménagerie de personnages, les uns plus déjantés que les autres, croisés au cours des trois mois relatés dans ce journal d'une extraordinaire franchise.
Fabien Clouette, Une épidémieFabien Clouette, Une épidémie

Un petit texte d'une exemplaire densité qui, tout en faisant preuve d'une terrible originalité, vous fera entrevoir le Désert des tartares, les eaux troubles du Rivage des Syrtes ou encore les terres étranges du continent qui s'élance vers les Mers Perdues.
Annie May, Bio Super Élite : L'examen médicalAnnie May, Bio Super Élite

Dans un futur improbable, où l'humanité se bat contre les "aberrations", sorte de légumes aux pattes avec un goût très prononcé pour des femelles humaines, la jeune Stella intègre une unité d'élite où elle apprendra à se servir de son corps pour maîtriser ses armes. Une aventure des plus déjantées à l'intention de celles et de ceux qui n'ont pas peur d'avouer qu'un texte peut être bandant, très bandant !
Gilles Milo-Vacéri, Lisbeth-la-RougeGilles Milo-Vacéri, Lisbeth-la-Rouge

Une escapade dans le monde des corsaires, boucaniers, flibustiers et autres Frères (et Sœurs) de la Côte, escapade qui se double de la quête érotique de la jeune Marie-Élisabeth, capitaine au long cours qui entend profiter des libertés de la vie en mer.
Ghyld V. Holmes, L'affaire HaartmengerGhyld V. Holmes, L’affaire Haartmenger

L’univers de l'affaire Haartmenger est passionnant et nous change des visions de la SF américaine, l’intrigue démarre sur les chapeaux de roue et laisse espérer de multiples rebondissements, et les personnages sont attachants, ceux au moins auxquels l’auteur s’intéresse d’assez près pour leur dessiner, d’un coup de plume, des vies bien à eux, des vies sur lesquelles il laisse pourtant subsister assez de zones d’ombres pour y cacher bien des secrets.
Georgia Dagaki, Phobie. 17 octobre 2014 Folk © 2014 Monopol RecordsGeorgia Dagaki, Phobie

Une grande première pour le Sanglier qui n'a pas peur de recommander, pour une fois, un disque. Vous qui avez lu le compte-rendu du concert auquel j'ai pu assister il y a quelques semaines à peine sauront à quel point la voix de Georgia Dagaki peut faire vibrer. Faites attention pourtant, vous risquez de l'avoir dans la peau !

Michel Tor­res, La Meneu­se. La Saga de Mô, t. 1

L'été avec ses Lectures estivales, c'est déjà presque de l'Histoire ancienne, mais voici que l'automne commence sur les chapeaux de roues avec un texte superbe que nous devons à la plume de Michel Torres et aux ambitions éditoriales de Publie.net, éditeur de renom et de qualité qui s'est lancé dans un projet ambitieux en nous annonçant rien moins qu'une série de six titres, La Saga de Mô, inaugurée par le volume que nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs, La Meneuse. Il faut sans doute préciser que le titre est déjà sorti au joli mois de mai, et que j'ai été quelque peu retardé par mon amour de la plage (ou devrais-je dire par mon amour de l'amour à la plage ?), mais peu importe, il m'a nargué pendant de longues semaines, et je me suis jeté dessus à la première occasion. Et je ne l'ai pas regretté, bien au contraire.

J'ai l'habitude, chaque fois que je reçois un nouveau titre, de jeter un coup d’œil dans le premier chapitre, de glaner quelques phrases par-ci, par-là, au gré des divagations de mes doigts sur le clavier, et j'avais gardé, de La Meneuse, le souvenir d'une écriture aussi vivace et singulière que je me suis déjà sérieusement demandé si le texte avait seulement des chances d'être à la hauteur de mes attentes. Comment vous dire ? Je n'ai pas seulement pas été déçu, j'ai littéralement été ravi par la force brute de cet auteur qui a su, avec une griffe impitoyable, déchirer le voile de l'Histoire et me transporter dans un temps si peu distant et si profondément révolu pourtant qu'on se croirait revenu à l'âge des légendes. Le tout s'ouvre sur un cortège qui n'a rien à envier à celui qui traverse le chef d’œuvre d'Ingmar Bergman, Le septième sceau, cortège intemporel de tous les carnavals du monde où la mort se frotte aux vivants, où le grotesque ré-intègre, le temps de quelques heures, de quelques jours tout au plus, la caravane des mortels qui s'achemine, inexorablement, vers la fin de toutes choses. C'est le temps des vendanges, dans un domaine du sud de la France, près de Marseillan et du bassin de Thau, mais l'aventure qui vient de s'ouvrir ne tardera pas à sortir de ce cadre si précis et si bien ancré dans le terroir pour guider le lecteur vers un rendez-vous des plus impitoyables avec l'Histoire et les blessures que cette garce-là tend à infliger à celles et à ceux qui sont obligés de la faire, la subir, la vivre et - finalement - d'en crever.

Au cœur de tout cela, un gamin, Mô, quelque part entre enfance et adolescence, déjà suffisamment attiré par les charmes des filles pour se perdre dans ses rêvasseries, mais assez enfant encore pour se laisser engloutir par les récits et les légendes puisés un peu partout, dans les rayons des bibliothèques, dans les colonnes du journal et sur les lèvres des vieilles et de des vieux. Ces récits, il s'en gave tellement qu'il doit les faire sortir, et il profite pour ce faire des nuits, temps précieux où le monde adulte s'endort pour laisser en liberté les enfants qui, eux, prennent le large, s'engouffrent dans les marais avec leurs les bas-fonds où pourrissent les légendes et les siècles, pour en tirer les cadavres mal décomposés. Et quand ils reviennent vers les rivages du présent chargés de ce poids immonde, c'est pour découvrir que d'autres cadavres s'y promènent en liberté. Doucement, un monde rempli de douleur se révèle devant les yeux écorchés, et les vers de Baudelaire trempés dans le sang et le vin sonnent la cadence de cette descente aux enfers.

Tout ça se passe en 1960, quatre ans seulement avant ma naissance, mais le parfum que respire ce récit pourrait être celui de la prise de Jérusalem par les croisés ou celle de Constantinople par les Ottomans. Michel Torres s'empare de nos mains pour nous emmener vers des terres traîtres où les pieds s'enfoncent dans la vase. Où les relents d'un passé en décomposition s'échappent en bulles puantes qu'on est forcé à respirer sous peine de crever asphyxié, mais il ne faut pas espérer de se réveiller des cauchemars qu'elles font germer dans nos cervelles empoisonnées. La rencontre que prépare le récit si bien construit du premier volume de la Saga de Mô se révèle fatale non seulement pour la Meneuse, mais aussi et surtout pour les illusions et les rêves enfiévrés de l'enfance, une enfance promise à se dissoudre dans l'univers des adultes qui se dévoile si impitoyablement devant les yeux mêmes de celui qui est obligé de mettre tout ça en récit, Mô.

On sait que le numérique ne suit pas les mêmes lois que l'édition classique avec ses événements commercialo-littéraires préparés de longue date, et ne jouit surtout pas de la même attention de la part des médias absorbés par le cortège des rentrées - littéraires ou autre, mais Publie.net n'aurait pu choisir un meilleur moment que le printemps pour révéler un auteur comme Michel Torres avec ses textes qui font ressusciter un monde en pleine fermentation, un monde où les fleurs plongent les racines dans les eaux des cadavres, un monde qui engendre la beauté en se décomposant. Parce que, si les paradis ne sauraient être qu'artificiels, la réalité, ô lecteur, te fracasse la gueule au-delà de tout espoir sauf celui de t'embarquer pour l'hiver pour y cacher tes misères au fond du froid et de l'obscurité.

Prochain rendez-vous avec un auteur à ne pas rater : Aristide, tome 2 de la Saga de Mô, disponible à partir du 01 décembre, dans toutes les bonnes librairies numériques.

 

La Meneuse Couverture du livre La Meneuse
La Saga de Mô, t. 1
Michel Torres
Fiction
Publie.net
25 mai 2014
fichier numérique (PDF, EPUB, Kindle)
350

Vendange 1960.

Le soleil se couche rouge.

Le conteur, Mô, un gamin de douze ans à la langue bien pendue, entêté comme personne, démêle les fils d’un polar haletant, labyrinthe en forme de cauchemar éveillé. Avec son ami Aristide, géant microcéphale à cervelle de moineau, et sa bande de gosses effrontés, il rôde dans le noir et s’interroge : qui a tué la belle Meneuse ?

La horde poussiéreuse des vendangeurs, hantée de dangereux secrets, suit les sillons que creuse le sang dans les vignes. Dans le marais et sur l’île interdite, quand survient la nuit, veillent les sentinelles aux crânes de morts. Mais quel est donc cet étrange endroit où règne le réalisme magique ?

Voici l’ethnographie sanglante d’un microcosme sudiste, le début d’un long conte noir, l'enfance d’une vie : la Saga de Mô.

Ce volume est le premier d'une série de six titres, à la croisée du polar et du fantastique, et qui seront publiés en numérique et papier. Rendez-vous sur le site officiel du livre pour découvrir l'univers de Mô : http://lasagademo.publie.net