L’ail des ours – la Saga reloa­ded

Je ne me dou­tais pas que, quand j’ai mis en ligne un compte-ren­du de ma pre­mière expé­di­tion dans les forêts des Can­tons de l’Est – la par­tie ger­ma­no­phone de la Bel­gique, un ter­ri­toire qui s’étend sur 853,64 km² entre, gros­so modo, Aix-la-Cha­pelle au nord et la fron­tière boréale du Luxem­bourg dans le sud – que ce petit article, disais-je, serait voué à un grand ave­nir. Parce que, chaque fois qu’approche le prin­temps – et avec lui la sai­son de la cueillette de l’ail des ours – l’article en ques­tion grimpe dans l’hit-parade de mes articles les plus visi­tés, avec une belle régu­la­ri­té renou­ve­lée sans faille depuis main­te­nant cinq ans.

Cantons de l'Est, début avril 2016, des feuilles d'ail des ours.
Can­tons de l’Est, début avril 2016, des feuilles d’ail des ours.

Cette pre­mière expé­di­tion a inau­gu­ré une petite tra­di­tion fami­liale, et c’est ain­si qu’on se donne ren­dez-vous une fois par an dans un vil­lage à deux pas de la fron­tière pour une ran­don­née dans la val­lée de la Gueule (la Göhl, en alle­mand), sui­vie par une esca­lade des col­lines rocheuses qui bordent la petite rivière pour y admi­rer le tapis de mousse verte qui couvre le sol et donne l’impression de vou­loir sub­mer­ger les troncs des arbres.

On assiste là à un drôle de ren­ver­se­ment : si d’habitude, la ver­dure s’étend en haut, inac­ces­sible dans sa lumi­no­si­té ver­doyante, bien au-des­sus des têtes des ran­don­neurs, là où le bruis­se­ment des feuilles attire les regards avides d’espace, les rôles sont inver­sés dans ces quelques semaines à che­val sur l’hiver et le prin­temps, et c’est le sol qui se couvre de ver­dure, un vert jeune et intense dans sa fraî­cheur, un tapis qui non seule­ment recouvre les feuilles mortes et les branches dénu­dées des buis­sons d’une couche de vie renou­ve­lée, mais qui, en rem­plis­sant l’air d’une forte odeur d’ail, fait sali­ver le ran­don­neur qui ima­gine déjà les délices concoc­tés grâce à cet ingré­dient de choix.

Cantons de l'Est 2016, tapis de feuilles d'ail des ours à côté du chemin

Mais il y a, à cette sai­son où la météo com­mence tout dou­ce­ment à prendre des allures prin­ta­nières, d’autres petites mer­veilles à décou­vrir, des fleurs qui pro­fitent de ce que les rayons de soleil ne soient pas encore cap­tés par le feuillage des arbres et qui en pro­fitent pour s’épanouir dans leur beau­té dis­crète et d’autant plus ravis­sante, comme l’Ané­mone des bois.

Cantons de l'Est 2016, Anémone des bois
Au sor­tir de l’hiver, la vie nou­velle se fraye son che­min comme cette minus­cule ané­mone des bois, qui se dresse fière au-des­sus des feuilles sèches de la sai­son pas­sée.

Mais il ne faut pas croire que toute beau­té pré­fère res­ter dis­crète. Il y a celle qui adore se pava­ner sous le regard ahu­ri du spec­ta­teur, ébloui par tant de lumière dorée au milieu des tons fon­cés des forêts dénu­dées. Et il faut conve­nir que l’absence de modes­tie ne rend pas moins dési­rable le Nar­cisse jaune.

Cantons de l'Est 2016, Narcisse jaune
Moins modeste que l’anémone, le nar­cisse jaune peuple le sol des bois de ses bou­quets hauts en cou­leur.

Un fait qui peut s’avérer utile pour le ran­don­neur tar­dif, c’est que la sai­son de l’ail des ours s’étend quand même sur plu­sieurs semaines. Les plantes épa­nouies, aux larges feuilles, côtoient ain­si les pous­sées à peine sor­ties de terre :

Cantons de l'Est 2016, des poussées d'ail des ours
De jeunes pous­sées de l’ail des ours qui met­tront encore quelques jours à gran­dir avant de domi­ner à leur tour le brun du sol.

Avant de conclure, il ne faut pas non plus oublier de men­tion­ner la beau­té du pay­sage, une beau­té sau­vage cachée au milieu de pay­sages culti­vés pour­tant depuis des mil­lé­naires :

Cantons de l'Est 2016, rocher dressé
Un doigt d’honneur adres­sé par la nature aux ran­don­neurs insen­sibles à ses charmes ?

Et puis, il y a l’eau, un élé­ment qu’il ne faut pas cher­cher long­temps dans nos régions abon­dam­ment irri­guées.

Cantons de l'Est 2016, Vue sur la Gueule
La Gueule, petite rivière qui se jette dans la Meuse près de Maas­tricht, prend des allures tour à tour pai­sibles et sau­vages, dépen­dant de la confi­gu­ra­tion du ter­rain qu’elle tra­verse.
Cantons de l'Est 2016, plan d'eau à la sortie de la forêt
À la sor­tie de la forêt, celle-ci semble se dédou­bler dans les eaux pai­sibles d’un étang.

Et voi­ci que se ter­mine le récit d’une petite bouf­fée d’air. Bouf­fée que votre ser­vi­teur vous conseille très for­te­ment de prendre entre deux lec­tures éro­tiques 😉