Cela fait treize ans maintenant que je suis d’assez près les aventures littéraires et intimes de June Summer, une autrice incontournable dans le domaine de l’érotisme littéraire, domaine où elle s’est taillée une belle réputation, due en grande partie à ses escapades régulières au Cap d’Agde, des séjours autour desquels elle a construit l’univers de ses personnages aussi attirants que débridés, en proie aux charmes et aux ravages d’une liberté sensuelle assumée. En suivant de façon assidue les aventures des protagonistes – June, Justine, Jordane -, de leurs partenaires de jeux – et parfois de vie – et de la faune parmi laquelle elles évoluent avec la grâce insouciant des femmes sûres de leur beauté et de leurs charmes, je me suis retrouvé embarqué de plus en plus loin dans ce monde à part, un univers qu’on imagine réservé aux contes et aux fantasmes érotiques et dont on découvre presque avec surprise l’emplacement bien réel dans le département de l’Hérault.
Vous aurez compris que je suis devenu un habitué des Aventures Libertines de June, attendant avec hâte la parution du prochain volume et des délices que j’allais y découvrir, et ce depuis au moins onze ans quand j’ai accueilli le premier tome – Aventures libertines, Le Cap ! – dans l’édition 2015 des Lectures estivales du Sanglier.
Et voici que je vous présente – avec un an de retard ! – la quatrième – et dernière ? – partie de la série dédiée aux aventures de June Summer, de sa bande d’amis et de ses maîtres et amants au Cap, celui même qui, unique au monde, est devenu le symbole liberté et de libertinage.
Inutile de vous présenter les personnages sus-mentionnés, vous les connaissez depuis belle lurette. Par contre, et c’est ce qui est à la base de la dynamique de ce nouveau texte, ce qui change, c’est le regard que ces trois femmes portent sur elles-mêmes, une introspection intense visant leurs habitudes, leurs amours passées et présentes et leurs façons d’accueillir les autres voire de s’y lier. À la base de tout cela, la conscience de changer, d’approcher du but, d’être confronté à sa propre mortalité. Parce qu’il suffit de passer devant un miroir pour se rendre compte de ce que les années qui passent ont pu apporter comme changements. Et puis, il y a aussi l’évolution des modes de vie. On arrête le travail, on commence à s’occuper des petits-enfants, on prend des engagements, on coupe court à des relations qui se sont révélées toxiques, on se pose des questions à propos de la façon dont on aimerait passer ses dernières années. Et c’est sur ces développements aussi lents que bouleversants, sur ces interrogations que l’autrice insiste tout en y apportant sa dose de remises en question. C’est pour cela que ce texte est bien plus qu’un roman érotique. On y baise aussi, bien sûr, tout comme dans les volumes précédents, même si les personnages ne se sautent plus à toutes les pages et à toutes les occasions. C’est que, vous l’aurez compris, les années se sont mêlées de la partie et demandent leur dû. Belle preuve de circonstance d’ailleurs que ces histoires-là sont intimement liées à la vie de l’autrice, parce que celle-ci aurait bien sûr pu rendre ses personnages intemporels, hors d’atteinte des ravages du temps. Au lieu de cela, June Summer a choisi de leur faire subir le sort de tous les mortels et de les confronter aux années qui passent. Mais celles-ci ne changent pas seulement les corps – les cheveux grisonnants et parfois aussi plus épars, la peau moins fraîche et parfois ridée – mais aussi les besoins et les envies, les vues sur la vie et la perspective sur ce qui fut et ce qui sera. Le texte est donc en grande partie une réflexion à propos de la vie et de la sexualité face à la vieillesse qui s’annonce, forcément différentes de celles des jeunes et moins jeunes et parfois soumises aux défaillances physiques, comme les chattes qui ne mouillent plus comme avant ou les bites ayant perdu de leur arrogance.
À cela s’ajoute, et voici sans aucun doute l’intérêt principal littéraire de ce texte, une réflexion à propos du rôle de l’autrice et des voix qui interviennent dans la narration. La voix narrative, incarnée par le personnage de June Summer elle-même, les voix des personnages exprimées et réfléchies par la narratrice et parfois peut-être même une perspective qui va au-delà de ce que peuvent vivre et ressentir les héroïnes – à savoir celle de l’autrice elle-même. Cela fait du texte un miroir dans les réflexions infinies duquel on risque parfois de se perdre. Un peu comme ce qui arrive aux trois protagonistes quand celles-ci s’aventurent, dans le volume précédent, dans l’univers du Train du Voyage inavouable. Qui est, lui aussi, créé et narré par June Summer. Un jeu intertextuel qui peut vite devenir obsédant, comme l’est le monde de la soumission. Parce que voici une autre piste proposée dans le texte – les réflexions à propos de l’univers du BDSM, abordé par June dans un grand nombre de ses textes. Un monde dont elle connaît, à travers ses propres expériences, le caractère obsédant et addictif, mais dont elle a frôlé de trop près les dangers. À savoir celui de s’oublier et de se perdre dans la volonté d’autrui :
Je crois que ce jeu de soumission a un cycle de « Toujours Plus » [en italique dans le texte] qui devient destructeur. Soit on accepte d’aller au bout, toujours plus loin, encore plus loin… et on risque le pire…1
Un monde qu’elle finit donc par quitter, mais pas sans ressentir les regrets qui peuvent accompagner la décision de couper les amarres et d’embrasser un changement aussi profond :
Elle avait aimé la folie de leurs ébats sensuels sans déceler les entraves qui s’y cachaient. Elle avait cru que plus l’amour était passionnel, intensif et transgressif, plus elle était libre…2
Ce quatrième tome des Aventures Libertines, s’il est un peu le récit des corps qui se frottent contre les années qui passent, celui des remises en question, de l’adieu aux formes de sexualité qui ne conviennent plus à des femmes qui s’assument, se respectent, refusent de se soumettre, celui aussi des couples qui se brisent ou se réinventent, il est aussi et surtout celui d’un univers près de se renouveler avec en perspective un monde plus équilibré, plus juste, plus féminin. Un monde où la baise a toute sa place, où l’exhibition et le voyeurisme, ces passions complémentaires, sont la monnaie courante des estivants et la meilleure façon d’assumer : son corps qui change et l’envie qui peut avoir perdu de sa fureur, mais qui continue à illuminer les nuits remplies de galipettes en toute frivolité, passées à lécher, à sucer, à se faire plaisir.
En même temps, et conscient de tout cela, on peut avoir l’impression voire la certitude que le temps n’a pas vraiment de prise sur les corps, toujours présentés – et assumés – comme dans les volumes précédents, dix, vingt ans auparavant, tels qu’ils continuent à vivre dans une image telle que l’a figée la personnalité incorporelle évoluant au fond des méninges et qui sait opposer sa réalité bien à elle à tout ce que la soi-disant réalité peut lui jeter à la figure. Justine exprime cette perception avec une belle concision :
On ressemble à trois seniors… et on s’amuse comme si on avait vingt ans3
Le texte s’ouvre en douceur, un « jour de printemps baigné de senteurs parfumées : thym, romarin, aiguilles de pins« 4, sur les images d’une promenade dans la nature enchantée du Roussillon, sur les impressions de la mer et de la montagne, un monde où l’érotisme s’introduit en douceur, dans un dosage délicat et d’autant plus séducteur. C’est Justine qu’on retrouve à la sortie de Banyuls en train de longer la Côte Vermeille. Une ouverture faite pour mettre le Sanglier sous le charme du récit dès les premiers paragraphes, ce coin de la France étant un de ses repaires favoris.
Des images tout en douceur, un printemps aux parfums cajoleurs, une rencontre empreinte de tendresse… Mais le lecteur ne tardera pas à découvrir le désarroi de Justine qui, comme on l’apprend, vient de sortir de façon brutale d’une relation qui aurait fini par la détruire.
Le ton est donc donné dès le départ et cette fois-ci, le voyage au Cap ne rime plus sur orgie dans les bains de mousse de ses clubs libertins et baise à tout va en public ou dans les donjons avec leur faune de Maîtres et de soumises avides de goûter aux plaisirs d’une bonne fessée.
Les aficionados de June risquent donc de se retrouver quelque peu désorientés, loin du Cap tant désiré qui, il faut le dire, se fait attendre, et ce jusqu’à la moitié du texte. Parce que, pour June, Justine et Jordane, c’est le temps des réflexions, des remises en question et même celui d’une pause de la vie sexuelle… Pause provisoire, heureusement ! mais suffisamment inattendue pour que le lecteur puisse finir par se demander où tout cela va se terminer. Si cela ne fait pas carrément du texte un roman à suspens, ce procédé ajoute quand même un petit plus. Et comme les bonnes choses se font attendre afin d’être appréciées à leur juste valeur, je vous promets, mes lectrices et lecteurs chéris, que vous finirez par l’avoir, votre dose. Oui, les cuisses finiront par s’ouvrir, les chattes par mouiller et les bites ont toujours assez de rigueur pour visiter les trous offerts de ces Dames. Et je pense que l’autrice ne me grondera pas trop d’avoir divulgâché un dénouement aussi évident ;-)
Le texte ne se borne d’ailleurs pas à illustrer les interrogations à propos des modifications de la sexualité féminine face à l’érosion des années. Il parle aussi du parcours de June en tant que femme et en tant qu’autrice, il montre ses débuts et on y tombe même sur des échantillons de ses activités passées sur les réseaux d’écrivains du début des années 2010. Une époque qui l’aura profondément marquée et dont on sent qu’elle a du mal à se séparer. Et quoi de plus normal vu que c’est l’époque qui a vu naître June Summer et son monde littéraire, un monde issu de souvenirs promis à une belle prospérité, incarnée par les trois « J » – June, Justine, Jordane.
Voici un extrait certes un peu long, mais qui pourra donner une idée de la signification de ces années dans le parcours de June, des expériences qui ont non seulement fait naître l’autrice, mais aussi éveillé la sexualité de la femme derrière le pseudo :
À sa lecture, elle [i.e. June] se revoyait plus jeune et totalement ignorante des arcanes de la sexualité sensuelle, envahie par des sentiments intenses inédits qui la bouleversaient. L’écriture était maladroite, mais June proposait toujours en vente ce livre tel quel, brut et sans grande qualité littéraire, pourtant capable de toucher le cœur du lecteur, qui perçoit à travers les mots l’intensité et l’urgence de ce passage d’une vie raisonnable et sans relief à une autre plus complète… dans le parcours d’une femme en pleine découverte de sa propre sensualité…5
Pour terminer cet article consacré à une autrice tout aussi lumineuse que son Midi bien aimé, je laisse la parole à June elle-même qui nous dévoile l’ingrédient très peu secret qui lui a permis de rendre ses textes aussi attachants :
Tant qu’à inventer des trucs, autant que ce soit au soleil !6
Et pour rendre service à toutes celles et à tous ceux qui, après lecture de mon article et des textes de June Summer, auraient conçu l’idée de voir tout ça de près voire qui attendent avec impatience le prochain été afin de pouvoir se rendre sur place pour découvrir les effets des rayons de soleil et des regards concupiscents posés sur leurs corps dénudés, voici le lien vers un groupe sur Reddit consacré au Cap d’Agde. Vous y trouverez des comptes-rendus, beaucoup de questions et d’interrogations et surtout – des images à n’en plus compter d’un érotisme brûlant :
Un groupe où vous pourrez d’ailleurs croiser cette jolie dame (u/Swinging-Downunder) venue nous rendre visite depuis son Australie native pour profiter des mœurs libérées du Cap. Et elle a daigné concocter un clip pour donner un aperçu à tous les novices :
On peut se demander si le ressenti de Justine ne rend pas à merveille celui de cette beauté australienne visiblement ravie par ce qu’elle a pu vivre au Cap :
Elle respira avec bonheur ce parfum particulier, celui des vacances dans le sud de la France au Cap d’Agde, celui des souvenirs heureux passés chaque été dans cette région, celui de vivre nu au soleil…7
Après tout cela, je voudrais laisser le mot de la fin à une des créatures ravissantes qui continueront à faire partie de mes fantasmes et de mes souvenirs littéraires évoqués par le seul nom du Cap d’Agde :
C’est merveilleux, les pieds dans l’eau et le sable, le soleil au-dessus de nos têtes, le vent dans les cheveux, je me sens au Paradis ! déclara Jordane en écartant les bras dans sa joie…8
June Summer
Le Cap ! la Suite !
BoD – Books on Demand
ASIN : B0FHBL1Y5B
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, Forbach 2025, p. 250 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, p. 156 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, Forbach 2025, p. 236 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, Forbach 2025, p. 14 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, p. 98 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, p. 324 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, p. 182 ↩︎
- June Summer, Le Cap ! la Suite !, p. 216 ↩︎

