Eric Nei­rynck, Fra­trie Fatale

Eric Neirynck
Eric Nei­rynck, auteur bruxel­lois.

Voi­ci que, quelques mois seule­ment après le suc­cès de FACEBOOK, mon amour, l’au­teur bruxel­lois remet ça. Si donc, après la lec­ture de ses nou­velles, vous êtes res­té sur votre faim et que vous deman­dez du rab, Eric Nei­rynck vous pro­po­sé son der­nier opus en édi­tion numé­rique, paru chez l’é­di­teur Mots ouverts, mai­son flam­bant neuve qui, d’a­près sa pré­sen­ta­tion sur Via­deo, croit « que l’a­ve­nir sera numé­rique ».

C’est l’his­toire de deux frères, Pierre et Luc, de leurs vies certes diver­gentes, mais qui finissent par trop se res­sem­bler. Celle, aus­si, de la ren­contre avec une femme d’où naî­tront des actes déses­pé­rés, des vies gâchées, des illu­sions bri­sées. Et une leçon de l’hu­main qui va bien plus loin que les appa­rences. Parce que, à pre­mière vue, et sans regar­der de trop près, l’af­faire ne semble pas bien com­pli­quée. Tan­dis que l’un, Pierre, a raté sa vie – vierge à 35 ans, habi­tant chez sa mère, un bou­lot ingrat -, l’autre semble l’a­voir réus­sie : des études, un bou­lot qui lui per­met de finan­cer une mai­son, une femme, deux gosses. Mais non, en fin de compte, tout est plus dif­fi­cile que ça, et ils fini­ront par som­brer dans le même mal­heur, dévo­rés par une femme, Isa­belle / Julia, Sirène éter­nelle se nour­ris­sant de chair humaine.

Il n’y a pas moyen de se trom­per, ce récit ne peut cacher ses ori­gines. C’est du Nei­rynck tout cra­ché, jusque dans la moelle. Les por­traits dres­sés d’un pin­ceau rapide et sûr, la séche­resse des des­crip­tions, la bana­li­té qui guette à tout bout de champ. Avec en des­sous la pro­fonde huma­ni­té de l’au­teur, et à tra­vers cela, l’a­mour qui le lie au moindre de ses per­son­nages, même – et peut-être sur­tout – les moins aimables. De ce côté-là, ces quelques pages pro­curent un plai­sir cer­tain. Il y a pour­tant des remarques à faire, dont la plus impor­tante concerne l’u­ti­li­sa­tion, avec trop peu de réflexion, des sté­réo­types dans l’op­po­si­tion des deux frères. Et ensuite, un cer­tain manque de cré­di­bi­li­té dans le cas de Luc, le plus chan­ceux des deux frères. Celui-ci, appa­rem­ment, a l’ha­bi­tude des esca­pades extra-conju­gales 1)Il parle de céder « une fois de plus à [s]on démon, [s]on obses­sion » (p. 24), du « mec qui trompe une nou­velle fois sa femme » (p. 26), de son « énième aven­ture » (p. 27), , mais on ne com­prend pas du tout pour­quoi la der­nière, avec Isa­belle, le désta­bi­li­se­rait autant, jus­qu’à le pous­ser au déses­poir. On peut avoir l’im­pres­sion qu’il y a un cer­tain flou autour de ce per­son­nage par trop conven­tion­nel par bien des égards, et qui aurait sans doute méri­té un tra­vail plus appro­fon­di. On croit devi­ner les pré­fé­rences de l’au­teur pour le plus mal­heu­reux des deux, celui qui ouvre le bal­let de leur des­cente infer­nale, mais la per­ti­nence du récit aurait gagné si l’autre avait pu pro­fi­ter du même achar­ne­ment à créer, sous nos yeux, un homme véri­table.

Tou­te­fois, le plus grand des reproches qu’on pour­rait adres­ser à l’au­teur, est celui de ne pas nous avoir don­né un texte plus long, dans lequel on aurait pu dis­pa­raître pen­dant des heures entières afin de bar­bo­ter dans l’u­ni­vers si par­ti­cu­lier d’E­ric Nei­rynck.

Eric Neirynck, Fratrie fatale

Éric Nei­rynck
Fra­trie Fatale
Mots ouverts
ISBN : 978−2−36863−020−4

Références   [ + ]

1.Il parle de céder « une fois de plus à [s]on démon, [s]on obses­sion » (p. 24), du « mec qui trompe une nou­velle fois sa femme » (p. 26), de son « énième aven­ture » (p. 27),