Archives pour la catégorie La Baga­tel­le

Les recom­man­da­tions du San­glier pour un cadeau de Noël numé­ri­que

Vous cherchez le parfait cadeau numérique ? Faites donc confiance au Sanglier littéraire !Cette année aussi, le Sanglier littéraire a passé en revue les titres chroniqués au cours des douze mois passés, et il a dressé une liste à l'intention de tous ceux et de toutes celles qui, dans leur quête du cadeau de Noël parfait, s'aventurent dans les terres numériques.

Il va sans dire que cette liste est le résultat purement subjectif de mes réflexions et que le seul critère qui a régi sa rédaction est une appréciation tout à fait personnelle, un coup de cœur conçu sur le moment, sans la moindre objectivité. Il est clair aussi que d'autres titres auraient mérité d'y figurer, mais les places au soleil hivernal étant rares, j'ai dû fermer la porte à certains...

Une nouveauté pourtant par rapport aux années précédentes : vous trouverez, comme invitée spéciale en queue de peloton, le dernier disque d'une musicienne d'exception, Phobie de Georgia Dagaki. Je n'ai pu résister à la tentation de faire un peu mieux connaître cette voix riche d'une tradition millénaire, nourrie par les profondeurs méditerranéennes de la Grèce.

Vous pourrez accéder aux articles parus dans la Bauge en cliquant sur l'image, et vous y trouverez toutes les coordonnées dont vous avez besoin pour vous procurer le ou les titre(s) choisi(s).

Un dernier petit truc avant de terminer : il y a maintenant des librairies numériques qui permettent d'offrir des ebooks. Le procédé est parfois un peu compliqué, mais j'ai fait de bonnes expériences avec la librairie Clearpassion. Si vous préférez d'autres boutiques, il suffit souvent de chercher un peu dans la Foire aux questions.

Daniel de Kergoat, Mes vingt ansDaniel de Kergoat, Mes vingt ans

Voici venu le temps des premières fois, vécues ou racontées, les premiers amours, la découverte de Kerouac, un premier départ en auto-stop pour aller de l’avant, à la découverte des gens.

Entre les barricades du mois de Mai et les neiges du Danemark, une aventure extraordinaire, LE coup de cœur 2014 du Sanglier.
Hervé Fuchs, Les Folles de la Nationale 4Hervé Fuchs, Les Folles de la Nationale 4

La saga des pirates de la route qui hantent la Lorraine du milieu des années 70, une des plus belles découvertes du Sanglier. Ça fonce, ça casse, ça flingue à toute berzingue, une escapade aux allures épiques sur fond d'automne noir, avec en bande sonore les Sex Pistols, les Ramones, les New York Dolls...
Michel Torres, La Saga de Mô. 1. La MeneuseMichel Torres, La Saga de Mô, t. 1 La Meneuse

Décidément, 2014 aura été une année riche en bonnes lectures. Voici le deuxième coup de cœur, une saga sudiste où le fantastique et l’ethnographique se rencontrent dans un clash retentissant. Les relents de l'Histoire, le soleil impitoyable qui tape sur les vendangeurs et le jeune Mô au milieu de tout cela avec sa fantaisie débordante.
Emma Cavalier, Un sentiment d'éternité. La Rééducation sentimentale t. 3Emma Cavalier, Un sentiment d'éternité

Les habitués de la Bauge connaissent l'estime du Sanglier pour l'auteure hors norme qu'est Emma Cavalier. Un de ses textes le plus impressionnants est le volume qui clôt et en même temps couronne le cycle de la Rééducation Sentimentale.
Marcel Rabarin, BluesMarcel Rabarin, Blues

Il se passe de drôles de choses dans les petits villages perdus du sud. Au milieu de tout cela, pris dans les filets de la vie qui doucement s'en va en emportant les certitudes et les choses qu'on croyait acquises, un amoureux d'architecture qui se retrouve au milieu d'une affaire sordide.
Éric Mouzat, Petites confidences estudiantinesÉric Mouzat, Petites confidences estudiantines

La Bagatelle, jeune maison d'édition numérique, vous invite à vous glisser dans la vie de Mathilde et à vivre avec elle des aventures loufoques et terriblement érotiques en compagnie d’une véritable ménagerie de personnages, les uns plus déjantés que les autres, croisés au cours des trois mois relatés dans ce journal d'une extraordinaire franchise.
Fabien Clouette, Une épidémieFabien Clouette, Une épidémie

Un petit texte d'une exemplaire densité qui, tout en faisant preuve d'une terrible originalité, vous fera entrevoir le Désert des tartares, les eaux troubles du Rivage des Syrtes ou encore les terres étranges du continent qui s'élance vers les Mers Perdues.
Annie May, Bio Super Élite : L'examen médicalAnnie May, Bio Super Élite

Dans un futur improbable, où l'humanité se bat contre les "aberrations", sorte de légumes aux pattes avec un goût très prononcé pour des femelles humaines, la jeune Stella intègre une unité d'élite où elle apprendra à se servir de son corps pour maîtriser ses armes. Une aventure des plus déjantées à l'intention de celles et de ceux qui n'ont pas peur d'avouer qu'un texte peut être bandant, très bandant !
Gilles Milo-Vacéri, Lisbeth-la-RougeGilles Milo-Vacéri, Lisbeth-la-Rouge

Une escapade dans le monde des corsaires, boucaniers, flibustiers et autres Frères (et Sœurs) de la Côte, escapade qui se double de la quête érotique de la jeune Marie-Élisabeth, capitaine au long cours qui entend profiter des libertés de la vie en mer.
Ghyld V. Holmes, L'affaire HaartmengerGhyld V. Holmes, L’affaire Haartmenger

L’univers de l'affaire Haartmenger est passionnant et nous change des visions de la SF américaine, l’intrigue démarre sur les chapeaux de roue et laisse espérer de multiples rebondissements, et les personnages sont attachants, ceux au moins auxquels l’auteur s’intéresse d’assez près pour leur dessiner, d’un coup de plume, des vies bien à eux, des vies sur lesquelles il laisse pourtant subsister assez de zones d’ombres pour y cacher bien des secrets.
Georgia Dagaki, Phobie. 17 octobre 2014 Folk © 2014 Monopol RecordsGeorgia Dagaki, Phobie

Une grande première pour le Sanglier qui n'a pas peur de recommander, pour une fois, un disque. Vous qui avez lu le compte-rendu du concert auquel j'ai pu assister il y a quelques semaines à peine sauront à quel point la voix de Georgia Dagaki peut faire vibrer. Faites attention pourtant, vous risquez de l'avoir dans la peau !

Éric Mou­zat, Peti­tes confi­den­ces estu­dian­ti­nes

Je me demande s'il ne faudrait pas coller un avertissement sur la couverture du nouveau roman d'Éric Mouzat, Petites confidences estudiantines, paru le 14 mai 2014 aux Éditions La Bagatelle : "Attention, lecture dangereuse ! Ce roman va absorber toutes vos capacités mentales et imaginatives et risque de vous faire entrer dans un univers parallèle d'où vous ne voudrez plus sortir." C'est exactement ce qui m'est arrivé, mais je me demande si un avertissement m'aurait empêché de m'exposer à ce risque délicieux. Je parie même que cela aurait encore augmenté l'envie de se perdre dans les méandres d'une imagination aussi débordante que celle d'Éric Mouzat. Une fois commencée la lecture, je n'ai pas pu m'arracher à ma liseuse, et c'est les yeux rougis par les heures de veille que je me suis couché aux petites heures du matin, toujours en train de revivre, aux côtés de la protagoniste, la jeune étudiante Mathilde, les aventures loufoques et terriblement érotiques qu'elle a pu vivre en compagnie d'une véritable ménagerie de personnages, les uns plus déjantés que les autres, croisés au cours des trois mois qu'elle relate dans son journal.

Bon, après cette ouverture quelque peu enthousiaste, prenons un peu nos distances et commençons par une brève présentation. Petites confidences estudiantines, c'est déjà le deuxième titre des Éditions La Bagatelle que le Sanglier littéraire a daigné accueillir dans sa Bauge, et dans cette maison-là, dernier-né du domaine de l'édition numérique, on semble avoir un penchant assez prononcé pour la période agitée que sont les années de passage entre l'adolescence et l'âge adulte, marquées par la fin du lycée, la sortie de la maison paternelle et les premières brises d'un vent de liberté dont on s'enivre dans les couloirs de la fac, dans le studio avec son lit étriqué qu'on essaie pourtant de partager avec un maximum de partenaires, et dans les rues et les bars de la ville où on a choisi d'élire domicile pour un séjour plus ou moins prolongé. Les protagonistes de deux des quatre premiers titres de la jeune maison sont ainsi de jeunes étudiantes (Alison dans le texte homonyme et Mathilde dans Petites confidences estudiantines d'Éric Mouzat), tandis que Claude Otto raconte, dans Hélène m'échappe, les mésaventures de Thomas, élève de Terminale. Seul le quatrième titre du catalogue, Cet envoûtant voisin, arrive à se soustraire aux contraintes d'une ligne éditoriale quelque peu particulière. Mais rassurez-vous, chers lecteurs, même si on peut avoir, en entamant la lecture de Petites confidences estudiantines, l’impression d'avancer en terrain connu, la verve de l'auteur (ou plutôt de la narratrice) et une imagination des plus fertiles ne manqueront pas de vous faire perdre pied et de vous emmener vers des contrées de débauche aux délices tout simplement exquis.

Mathilde est donc une jeune femme qui donne, sous forme de journal, le récit des premiers mois de sa vie estudiantine, procédé qui permet aux lecteurs de suivre de très près ses réflexions, voire de se glisser dans la peau de la protagoniste et de voir le monde à travers les yeux d'une personne près de s'embarquer dans de nouvelles aventures - et prête à couper les ponts s'il le faut :

"J’ai rompu avec Simon. Il fallait que je le fasse. [...] J’avais de la peine pour lui. Mais je ne me vois pas m’attacher à un garçon en ce moment." (Vendredi 9 septembre)

Dès la première entrée, le ton est donnée, et la Mathilde fraîchement dépucelée et fière de voir "couler de [son] vagin du sperme et du sang mêlés" (Jeudi 8 septembre) côtoie de très près, de par la force des souvenirs, la nymphe impudique en train de se faire violer, dans une mise en scène savamment organisée dans les vestiaires du gymnase, par une fille plus âgée convoitée en silence depuis un certain temps déjà. Voilà posés les jalons du parcours de Mathilde et voilà que le lecteur peut concevoir une première idée des extrêmes que cette fille-là est capable d'imaginer, de convoiter et d'atteindre.

Sur le parcours de la combattante, les étapes s'enchaînent à un rythme vertigineux : l'adieu à la meilleure amie, la découverte des colocs (possibilité de futures escapades clairement ébauchée), premiers pas en milieu universitaire (à la Sorbonne, s'il vous plaît), premières rencontres, dont celle d'Angélique qui ouvrira les écluses de tous les fantasmes et fera pénétrer Mathilde dans un monde qu'elle n'a aucun mal à intégrer, même si elle se rend compte, au fur et à mesure de ses découvertes, que le raffinement sexuel, cela aussi doit s'apprendre. Même si le personnage d'Angélique, rasant de très près, voire les transgressant, les frontières de la prostitution, présente un assez grand intérêt en soi, sa fonction principale dans le récit est d'amener une autre rencontre, décisive autant qu'insolite, à savoir celle de Mathilde et de Maud. Voir une femme, une "naïade blonde", plonger entre les cuisses d'une fille qui vient de se faire sauter par une dizaine de mecs pour lui lécher le minou, au milieu d'un concert punk, une femme belle à faire oublier jusqu'au dégoût inspiré par les sécrétions mêlées de la bande d'inconnus, cela peut déstabiliser plus d'un, surtout une jeune file qui vient de quitter sa province, mais se voir invitée, quelques heures plus tard, à "défoncer" la naïade en question,  se retrouver "munie d’une verge noire aussi longue et large qu’un avant-bras" pour préparer le terrain de son premier fist en bonne et due forme, cela crée des souvenirs obsédants qu'on n'est pas près d'oublier. C'est précisément ce qui arrive à Mathilde qui se posera plus d'une question mais qui n'arrivera pas à se libérer du filet où elle a été prise par la naïade en question. Qui, il faut l'avouer, sait comment s'y prendre.

La richesse de l'imagination d'Éric Mouzat est tout simplement impressionnante, et le lecteur trouve à peine le temps de se remettre des émotions d'une rencontre particulièrement chaude que Mathilde se trouve à nouveau embarquée dans une prochaine aventure, que ce soit par Martine, agente d'une agence de modèles, lui proposant de participer à un casting pour un film coquin (Jeudi 6 octobre) ou encore par Angélique l'ayant engagée, à son insu, à figurer comme pièce de résistance dans un enterrement de vie de garçon tout ce qu'il y a de plus glauque (Samedi 8 octobre). On peut même se demander si M. Mouzat ne ferait pas mieux de tenir les rênes de son imagination avec un peu plus de fermeté, afin de dompter ce monde en ébullition dont les habitants se sont sans doute donné le mot pour faire la fiesta dans les méninges de ce pauvre auteur avant de pénétrer de l'autre côté du miroir et de se perdre dans la nature. Parce qu'il y a parfois des personnages dont on peut se demander ce qu'ils apportent à l'intrigue, en plus de donner une touche supplémentaire au tableau surréaliste et bariolé auquel ressemble l'univers de Mathilde. C'est notamment le cas de Sophie, autre étudiante qui, après deux, trois petites apparitions, disparaît sans laisser de traces et sans nous avoir éclairés sur sa mystérieuse relation avec le couple Tompson. Et puisqu'on y est, parlons-en un peu, de ce couple-là, qui me donne l'impression d'être une sorte de vestige d'un projet abandonné en cours de route. Universitaires tous les deux, on ne voit pas très bien la raison de leur présence dans le texte et de leurs multiples apparitions qui ne contribuent pratiquement rien à l'intrigue ou au développement de la protagoniste. À moins que ce soit une sorte d'introduction pour les réactiver plus tard, dans un récit futur ?

Quoi qu'il en soit, cette petite faiblesse (si c'en est une, d'autres peuvent être amenés à leur trouver une importance qui m'échappe) est vite oubliée face au carnaval grotesque qui bouillonne sous les yeux du spectateur et qui me fait penser aux scènes du Sabbat des sorcières sur la montagne en ébullition où le docteur Faust a été convoqué par son diabolique compagnon. Et Maud, serait-elle alors la tentatrice, celle qui fait rimer luxe avec luxure et qui porte en elle une faille inexpliquée mais bien visible pour qui sait lire dans les regards :

"Dans son [i.e. de Maud] regard, il y avait de la folie. Une folie douce. Quelque-chose de profondément désespéré, un rouage cassé." (Vendredi 23 septembre)

À moins de vouloir voir en elle la face cachée de Mathilde, son double, notion qui nous ramène en plein romantisme noir, obsédé par le dédoublement et la libération des forces occultes et terribles. Parce que, après tout, Maud et Mathilde, c'est le même nom, le premier étant tout simplement la contraction du second, signifiant celle qui est forte au combat. Et n'est-elle pas forte, Mathilde, qui finit par maîtriser les pulsions sexuelles qui l'assaillent, qui arrive à se prendre en main afin de pouvoir exercer sa domination sur Maud, forte elle aussi quand il s'agit de faire face à l'abject, mais si faible quand elle se voit placée devant la vie et la question d'un sens à lui trouver. Ne sont-ce pas là effectivement les deux faces d'une seule médaille, Mathilde avec sa soif de nouveautés, sa volonté de relever tous les défis, de se jeter dans le tourbillon de la vie, et Maud, désabusée, fatiguée, tentée par le suicide, contente seulement quand elle peut se vautrer dans la fange ?

Je vous ai prévenu, ce texte est dangereux. Il vous fera certes bander, mais surtout fantasmer. Et vous y trouverez de quoi vous inquiéter, de quoi vous faire oublier le fait que vous vous trouvez, après tout, toujours dans le Paris du XXIe siècle, un Paris dont Éric Mouzat sait révéler le revers d'habitude caché au fond de la plus banale réalité, un monde secret qu'il fait vibrer à l'unisson des cœurs forts qui demandent à l'univers d'être aussi beau et aussi multiple que leurs imaginations, mais surtout d'être tout simplement - insolite.

Éric Mouzat, Petites confidences estudiantinesÉric Mouzat
Petites confidences estudiantines
Éditions La Bagatelle
ISBN : 978-2-37210-000-7

Ali­son S., Ali­son

Alison est un des premiers titres à être publiés par les Éditions La Bagatelle, tout jeune acteur dans le champ des pure players de l'édition numérique, spécialisé ce qui plus est dans un domaine que le Sanglier littéraire apprécie tout particulièrement, à savoir l'érotisme. Impossible donc de passer à côté quand j'ai vu défiler, dans le fil des nouveautés d'Immatériel, une fournée de quatre titres les uns plus prometteurs que les autres, tous publiés par une maison dont le nom m'était resté inconnu jusque-là. Rien d'étonnant à cela pourtant, vu que les recherches initiées par cette découverte m'ont très vite révélé que cette maison-là venait d'ouvrir ses portes et de faire ses premiers pas dans le monde de la littérature numérique, et que les quatre titres en question constituaient la première fournée de leurs parutions, fournée livrée toute chaude et croustillante aux internautes et aux amateurs de littérature – numérique et érotique.

À propos "premiers pas" : c'est un terme qui ne saurait s'appliquer au fondateur de la maison, Nicolas Cartelet, qui s'est acquis une certaine renommée dans la communauté numérique en tant que propriétaire du blog les choses dites et auteur d'un roman de science fiction mythologique, Néagè, réputation qu'on verra sans doute s'affirmer dans les mois à venir, M. Cartelet ayant eu le courage de lancer sa propre maison d'édition.

Un premier coup d’œil sur les titres proposés par la maison révèle tout d'abord la beauté des couvertures, un point que l'éditeur a cru assez important pour lui consacrer un article du blog accompagnateur du site de la maison, La peinture classique au service de l'érotisme. Quelle bonne surprise en effet que de voir la belle Sjaantje van Ingen, une ancienne connaissance des habitués de la Bauge, étaler ses formes plantureuses sur la couverture d'un roman signé Éric Mouzat, Petites confidences estudiantines.

Quant au texte qui nous intéresse de plus près, Alison, la couverture utilise une œuvre de street art signée Rustoff, artiste urbain brésilien, posée par celui-ci sur les murs d'un bâtiment au coin de la rue de Ménilmontant et de la rue des Amandiers. Le texte présente, sous forme de journal, l'initiation d'Alison, jeune étudiante, qui se découvre une addiction pour le sexe entre les mains de Marc, le père quinquagénaire de son petit copain Léo. L'auteure ayant choisi de publier sous pseudonyme, il faut s'en tenir au seul texte, sans toutefois passer sous silence la bizarrerie que s'est permise l'éditeur en collant dans la page auteur du titre en question un texte extrait de l'article Wikipédia consacré à - Marguerite Duras.

De la Street Art par Rustoff, artiste brésilien. (c) de la photo : Andrew Wood.
De la Street Art par Rustoff, artiste brésilien. (c) de la photo : Andrew Wood.

Une petite remarque avant de plonger vers le cœur du sujet : le texte semble avoir changé de titre à la dernière minute vu que, dans la version que j'ai reçue en SP par l'éditeur, il porte un titre différent de celui qui s'affiche sur la couverture : Menus plaisirs. Je ne connais pas les raisons de ce changement, mais cela n'est toutefois qu'une question de détail.

Le texte se présente donc comme un journal, et l'auteure se propose de raconter un moment décisif de sa vie, à savoir les mois qui ont tout bouleversé, qui lui ont fait perdre des amis et rater ses examens universitaires, mais qui l'ont changée en "jeune femme assoiffée de jouissance, boulimique du sexe, gourmande de plaisirs polissons". Tout commence, comme si souvent, par une invitation à passer le week-end "en dehors de la ville", dans la maison habitée par son petit copain et le père de celui-ci. Ce séjour sera effectivement le point de départ d'un changement en profondeur de la jeune femme, et le lecteur a le privilège d'y assister, de devenir le témoin d'un bouleversement qui fera d'une jeune fille habituée à faire l'amour en tout bien tout honneur une ogresse qui ne se "contente plus d’un seul sexe" et qui projette "d’essayer avec un homme et une femme". Pour un changement, c'en est un, et la jeune Alison nous permet de l'accompagner sur cette route de l'épanouissement. Et les rencontres qu'on peut y faire sont tout simplement des plus bandantes !

Cela commence, et c'est un point capital, par la langue. La lecture est un véritable plaisir de ce côté-ci aussi, et on sent, malgré quelques fautes qui se sont glissées dans le texte, que l'auteure maîtrise son outil principal avec un art tout à fait adapté au sujet en question. Sujet qui profite d'une certaine retenue linguistique de la part de l'auteure qui ne commet pas la faute si commune dans le domaine érotique bon marché de noyer le lecteur dans une marée de termes trop souvent ordinaires et mal adaptés aux situations, peu aptes dans la plupart des cas à traduire le côté humain d'un érotisme qui se définit plutôt comme une attitude qu'un simple exercice mécanique.

Alison accepte donc de passer un week-end dans la maison que son petit copain Léo se partage avec son père. Rien de plus innocent, mais la première rencontre entre Alison et Marc ne manque pas de faire résonner une certaine corde chez la jeune fille qui attribue à cet homme, de 25 ans son aîné, "quelque chose de sexy en plus (l’expérience peut-être ?)". Est-ce qu'elle aurait dû se méfier quand, un peu plus tard, Léo ne semble nullement se soucier de la présence de son père, à quelques mètres de leurs ébats potentiellement bruyants ? Loin de là, elle prend du plaisir à cette seule idée :

"Je ne sais pas ce qui s’est passé. Sans que je comprenne comment cette idée s’est introduite dans mon esprit, imaginer son père entendre son fils batifoler m’affola le bas-ventre."

Ne voulant pas gâcher le plaisir des lecteurs futurs de ce petit texte, je ne vais rien dévoiler des escapades futures de la demoiselle, mais soyez en sûr que plaisir il y aura, et non seulement celui des passages carrément érotiques – qui ne manquent pas de piquant ! –, mais surtout celui de pouvoir assister aux réflexions, aux remises en question et aux hardiesses de la jeune femme qui apprend à s'assumer avec une facilité tellement déconcertante que cela ressemble parfois à de la préméditation.

En résumé, Alison est un beau petit texte qui donne envie. Non seulement celui que vous pensez, mais surtout celui de vouloir lire – et bientôt – d'autres textes coulés de la même plume. Un texte qui, en somme, augure favorablement de l'avenir de ce nouvel éditeur qui vient de donner une belle preuve de son savoir-faire.

Alison S., AlisonAlison S.
Alison
Éditions La Bagatelle
ISBN : 978-2-372-10001-4