Quand, en mars 1988, les éditions Ediperiodici de Milan ont publié La donna della cabina accanto, premier numéro de leur série Vagone letto, l’âge d’or des mythiques trains de nuit touchait déjà à sa fin, avant de voir un déclin aussi brutal qu’apparemment inéluctable, face à la concurrence déloyale de la voiture et de l’avion. Toutefois, le mythe est resté intact, à en juger d’après l’exergue sous lequel la maison avait décidé de placer la série :
Un mythe qui parcourt la nuit ! Et c’est exactement ce que les scénaristes et les dessinateurs ont essayé de faire passer à travers leurs histoires et leurs dessins qui allaient composer une vingtaine de numéros, parus entre mars 1988 et janvier 1990, chaque numéro comportant deux épisodes1. Et dire que ces mêmes artistes, à travers leurs dessins lubriques, ont largement contribué à rendre le mythe encore plus puissant !
Malheureusement, il s’avère difficile de retrouver la totalité des titres sur la toile, et il faut rassembler les informations à propos des dates de parution ou encore les noms des dessinateurs / scénaristes dans les maisons aux enchères virtuelles comme Ebay, les sources habituelles (comme p. ex. ComicVine) étant peu fournies. Le site italien ComicsBox s’est par contre avéré une source très complète pour toute info à propos de la série, mais même eux ont laissé subsister des lacunes. Des lacunes que je suis fier d’avoir pu combler grâce à de multiples recherches. Dont je vous présente ici le fruit – un tableau complète de tous les titres italiens publiés accompagnés de leurs couvertures.
En France, c’est une filiale d’Elvifrance, Novel Press, qui a publié les titres de la série peu après leur parution initiale2. D’après ce que j’ai pu trouver, tous les titres italiens sont entrés dans la collection française, la plupart d’entre eux ayant joui d’une traduction assez fidèle – au moins pour ce qui est du titre. Et, particularité de l’édition hexagonale, on y trouve même des titres supplémentaires dont je ne peux que deviner la raison d’être3. Si la série italienne s’est arrêtée après le n° 20, la série française compte quelques sept titres supplémentaires4. Des numéros qu’on pourrait qualifier de superflus vu qu’il n’y est même plus question de trains. De nuit ou tout court. Pour citer Maxime Spira qui a contribué la préface pour le recueil Orient Sexpress paru en 2021 chez Dynamite et qui réunit trois épisodes (L’Amour en wagon-lit, La Guérisseuse, Audacieuse pub) de la collection originale parue quelques trente ans plus tôt :
Les numéros suivants sont sans rapport avec le train, gâchant quelque peu l’essence même de la série.5
À regarder défiler les couvertures, on se rend d’ailleurs très vite compte d’une différence de style très nette à partir du numéro 18, le numéro 17 (Bagage à … nain !) coïncidant avec l’ultime parution italienne, le n° 20, Bagaglio appresso.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’éditeur français, Dynamite, qui a publié trois titres dans sa collection FumettiX, a librement puisé dans le stock disponible des couvertures, le numéro 1 – Le train de la débauche – étant le seul à avoir conservé la couverture originale. Un autre titre a par contre pu conserver son titre original – La guaritrice devient ainsi La Guérisseuse – mais hérite de la couverture du N° 5, Viaggio indimenticabile, tandis que Audacieuse pub, signé Augusto Chizzoli, sera affublé de la couverture de La moglie del conduttore. Vous ne vous y retrouvez plus ? Moi, non plus, et je ne comprends surtout pas pourquoi l’éditeur français n’a pas pu ou voulu garder les couvertures originales. Question de droits ? À moins qu’il ne s’agisse du deuxième récit inclus dans le volume, ce qui, on l’aura compris, peut porter à confusion.
Quoi qu’il en soit, l’édition français présente cet avantage indiscutable que des textes sont toujours disponibles, et même en version numérique. Pour ce qui est de l’édition en italien, il faut faire confiance aux maisons d’enchère et de vente d’occasion pour en trouver. Les deux seuls spécimens que j’ai pu dénicher sur la toile sont hébergés par le projet Zero in Condotta6. Il s’agit du N° 4, Un agente troppo segreto avec comme deuxième épisode La Bella addormentata et du N° 8, Le segretarie notturne avec comme deuxième épisode Chi la fa l’aspetti. Je ne peux que recommander ce projet aux amateurs de fumetti dont il rassemble des centaines !
Vagone Letto – Tableau des couvertures
N° 5, Viaggio indimenticabile
Septembre 1988
N° 6, Il « posto » preferito !
Octobre 1988
N° 7, I gusti del maharaja
Novembre 1988
N° 9, Incontri
Janvier 1989
N° 10, Scambio di persona
Février 1989
- Sur le site, il est précisé, dans la description de la série, qu” « Ogni albo contiene due episodi autoconclusivi con il comune denominatore dell’ambientazione ferroviaria. » (« Chaque album contient deux épisodes indépendants qui ont pour point commun de se dérouler dans le milieu ferroviaire. ») ↩︎
- À peine un mois s’est écoulé entre la parution de La donna della cabina accanto en Italie et sa traduction française, L’Amour en wagon-lit. ↩︎
- Si je devais effectivement deviner, je dirais qu’ils ont essayé, à quelques mois du dépôt de bilan, de renflouer, dans la mesure du possible, les caisses. ↩︎
- Un huitième – Pan-pan cul-cul – a sombré avec l’éditeur qui a dû mettre les clés de sa maison sous le paillasson. ↩︎
- Maxime Spira, Un désir de train, préface pour le recueil Orient Sexpress, publié le 17/02/2021 chez La Musardine. ↩︎
- Pour le côté anecdotique, le nom est sans doute inspiré par un film italien qui met en scène un ado qui « fait la connaissance (dans un train !) d’une femme en route pour Florence, qui lui avoue qu’elle cherche à vivre des aventures avec des jeunes garçons pour se venger de son mari, qui l’a trompée avec une jeune fille de dix-huit ans. » (cité d’après l’article sur le projet anglophone de la Wikipédia.) ↩︎

