Jim, Une nuit à Rome, t. 3 et 4

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Le tout pre­mier réflexe : du pur bon­heur ! Apprendre, après la lec­ture d’Une Nuit à Rome, qu’il y avait deux tomes sup­plé­men­taires, autant de pro­messes d’ex­cur­sions sen­suelles pas­sion­nantes teintes de la douce mélan­co­lie du sou­ve­nir des ren­contres qui nous façonnent pour la vie – c’é­tait un bon­heur aus­si intense qu’i­nat­ten­du. Après, sour­nois, voi­ci que les doutes s’en mêlent. Est-ce que la suite serait à la hau­teur des deux tomes pré­cé­dents ? Dont la lec­ture m’a lais­sé avec un sen­ti­ment de plé­ni­tude, de déjà-vu, avec le doux sou­ve­nir d’a­voir pu assis­ter à une his­toire si peu ordi­naire, tiraillée entre la dou­ceur des pre­mières ren­contres, la force du sou­ve­nir capable de résis­ter au tra­vail de sape des inexo­rables années, l’ex­tase des retrou­vailles et la conscience que de telles his­toires ne se vivent pas, mais se subissent, appe­lées à se ter­mi­ner dans la dou­leur… Qu’at­tendre donc de cette suite ? Serait-ce une ten­ta­tive de pro­lon­ger le suc­cès des deux pre­miers tomes ? Est-ce que les per­son­nages auraient tou­jours cette force du vécu ? Ou est-ce que Marie et Raphaël seraient deve­nus des ombres de ce qu’ils avaient pu, l’es­pace d’une cen­taine de pages, plei­ne­ment réa­li­ser ? À savoir des exis­tences pleines, ancrées dans l’ins­tant qui les rend éternels ?

À lire :
Jim, Une nuit à Rome

Dans les tomes I et II, c’é­tait la pers­pec­tive de Raphaël. Marie était là comme une sorte de fan­tôme, seule à clai­re­ment se déga­ger des brumes des loin­tains sou­ve­nirs, un point d’at­trac­tion, de conver­gence, atti­rant son ancien amant qui n’a jamais su mettre un point à cette his­toire. Au point de se deman­der c’est qui le fan­tôme à qui il reste des affaires à régler, elle ou lui ? Point de conver­gence, cata­ly­seur qui fait bou­ger les autres sans être lui-même pris dans le mael­strom. Sauf qu’elle souffre au point de vou­loir en finir. Ou plu­tôt au point de vou­loir rele­ver une sorte de défi. Pour avoir le cœur net ? Lais­ser le sort en déci­der ? Mou­rir ou vivre ? Mais on ne connaît pas sa dou­leur ! On voit Raphaël se vau­trer dans la sienne, mais Marie ? Qu’est-ce qu’on connaît de sa vie ? Pas grand chose, à la fin.

Autant dire que les attentes et les inter­ro­ga­tions pèsent lourdes sur les deux volumes du deuxième cycle. Dont le pre­mier s’ouvre sur une sorte de cock­tail de sou­ve­nirs et d’im­pres­sions anxio­gènes où la mort joue un rôle de pre­mier plan. Une ouver­ture qui laisse autant de place à Raphaël qu’à Marie, les met­tant sur un pied d’é­ga­li­té. Une ouver­ture qui pro­met de plon­ger plus avant dans l’u­ni­vers de Marie. Après l’a­voir connue comme sym­bole oni­rique des pro­messes d’une sexua­li­té qui s’as­sume dans l’ex­tase d’une des­cente vers le néant, une sorte d’hy­bride mi-fée mi-démone, dévo­reuse d’hommes et de des­tins, elle semble posi­tion­née, sur les pre­mières pages du tome III, à prendre une dimen­sion plus humaine. Plus humaine, mais sans perdre une once de son charme dévas­ta­teur, comme on ne tar­de­ra pas à s’en rendre compte. Parce que Jim prend un malin plai­sir à dévoi­ler sa créa­ture afin de la mon­trer sous toutes ses cou­tures. Et il faut se rendre à l’é­vi­dence – c’est qu’à l’i­mage de la ville éter­nelle, elle ne vieillit pas, Marie. C’est l’i­mage cra­chée de la jeu­nesse éter­nelle, l’é­ter­nel fémi­nin en ver­sion char­nel et séduc­teur. Encore une fois, le cata­ly­seur qui oblige tous les élé­ments autour à réagir, à chan­ger, tout en res­tant immuable.1

Marie, une beau­té à l’aube de ses 50 ans. Dont le corps reflète son éter­nelle jeu­nesse (t. III, p. 63, col­lage réa­li­sé par mes soins)

Un des plus beaux et des plus envoû­tants pas­sages du récit est d’ailleurs four­ni par la jux­ta­po­si­tion des images d’une Marie tout ce qu’il y a de plus ravis­sante en train de faire sa toi­lette avec les réflexions à deux balles d’un Raphaël en train de se poser des ques­tions à pro­pos des effets de l’âge sur son amante et de la décep­tion inhé­rente à une telle rencontre :

Si elle vient, moi, je serai déce­vant, elle sera déce­vante, et de toute façon, …2

À contem­pler les images de Marie oppo­sées par les soins du des­si­na­teur à de telles remarques déso­bli­geantes, on se demande si c’est la peur, la bêtise ou un secret désir de ven­geance qui les ins­pirent à l’é­ter­nel et éphé­mère amant de Marie. En même temps, cette jux­ta­po­si­tion, cette pré­sence de la voix de Raphaël en « off », c’est une mise en scène de la pro­ta­go­niste qui rend hon­neur au savoir-faire de l’au­teur dans le domaine de la dra­ma­tur­gie et qui se sert avec bon­heur des moyens du ciné­ma. On ne s’é­ton­ne­ra donc plus de voir des films tirés de ses bandes des­si­nées.

Marie se pré­pare pour la soi­rée d’un ren­dez-vous pris il y a dix ans. Le moyen de résis­ter à une telle créa­ture, voire de l’ou­blier ? (Une nuit à Rome, III, p. 63)

De telles images laissent entra­per­ce­voir, comme peu d’autres, l’ob­ses­sion de l’au­teur qui, d’a­près ses propres aveux, a eu bien du mal à se tour­ner vers d’autres pistes et d’autres per­son­nages après avoir ter­mi­né les deux pre­miers volumes d’Une Nuit à Rome3. Une évi­dence pour qui suit le blog de l’au­teur, témoin de l’om­ni­pré­sence de ce per­son­nage fétiche au point de croire à une obses­sion. Et voi­ci peut-être une belle piste pour com­prendre la suite des aven­tures romaines de Marie et de Raphaël, une suite qui reprend le fil après une décen­nie, cen­sée fer­mer une boucle lais­sée grande ouverte par la pro­messe d’une ren­contre future pro­pul­sée par le poids irré­sis­tible et insup­por­table d’un sou­ve­nir vécu comme une plaie qui ne se refer­me­ra jamais. Une obses­sion mutuelle qui, grâce à la force des des­sins, a débor­dé des cadres et des pages, pous­sant l’au­teur à reve­nir en arrière afin de don­ner un ave­nir à ses créatures

Je viens d’é­vo­quer, quelques para­graphes plus haut, un des traits les plus remar­quables du per­son­nage, si ce n’est du récit entier, celui de la jeu­nesse de Marie. Qui, ne l’ou­blions pas, est venue à Rome pour y célé­brer, en com­pa­gnie de son amant de tou­jours, ses cin­quante ans. Connais­sant votre ser­vi­teur, vous ima­gi­nez que j’ai tout de suite cou­ru après des traces d’une quel­conque moti­va­tion mytho­lo­gique comme une bonne petite dose de vam­pi­risme ou une influence démo­niaque. Et à par­cou­rir le texte, de telles pistes ne manquent pas, comme le dia­logue entre Tatia­na et Arnaud où ce der­nier parle de l’in­fluence néfaste de Marie sur Raphaël :

« Cette fille lui bouffe la vie et lui il galope, il fait âne­rie sur âne­rie…« 4

Et n’ou­blions pas que la mort se frotte de plus en plus près aux per­son­nages. Mais vou­loir consta­ter dans le récit de Marie une conta­mi­na­tion par les forces sou­ter­raines, ce serait – mal­gré son « côté véné­neux« 5 évo­qué par Auré­lien Ducou­dray dans son entre­tien avec Jim – trop facile. Et mal adap­té à la lumi­no­si­té de la ville où les deux amants évo­luent. Une ville qui d’ailleurs est une des pro­ta­go­nistes de la série. Au point de pou­voir dire que Marie n’est pas seule à atti­rer les regards. Ou les élans passionnels…

Je pense qu’il faut creu­ser ailleurs, et Jim lui-même nous donne une piste dans la post-face du tome III :

Et c’é­tait aus­si un défi pour moi : je connais mes limites gra­phiques, et mes dif­fi­cul­tés à des­si­ner la matu­ri­té chez la femme. Si la Marie des pre­miers tomes sem­blait plus proche de la tren­taine, il a bien fal­lu me faire vio­lence. Je ne suis pas cer­tain d’y être tou­jours par­ve­nu, sou­vent j’ai tra­cé des marques du temps sur son visage, et j’en effa­çais quelques-unes, et encore quelques autres. On sent le com­bat constant entre la volon­té de jouer avec une icône sédui­sante, et la néces­si­té de plier le per­son­nage aux contraintes de l’âge.6

Un com­bat qui s’est sol­dé par la recon­nais­sance de l’im­pos­si­bi­li­té d’ar­ra­cher une vic­toire aux forces du des­tin. Le seul attri­but pal­pable et visible concé­dé à la décen­nie sup­plé­men­taire entre la Marie des tomes I et II et celle de la suite étant la pré­sence d’une paire de lunettes de lecture…

Il faut se rendre à l’é­vi­dence : ce refus de mon­trer – de créer – une Marie vieillis­sante, c’est la preuve tan­gible du fait que l’au­teur est obsé­dé – à moins d’être tom­bé éper­du­ment amou­reux – de son per­son­nage. Et com­ment ne pas le com­prendre ? Une femme qui incarne la sen­sua­li­té ain­si que les pro­messes d’une jeu­nesse jamais fanée, une ten­ta­trice dont le seul sou­ve­nir aide à subir le lent pas­sage des années dans une vie dont elle est la constante. Ne fût-ce que dans la cer­ti­tude qu’elle revien­dra nous han­ter… Celle qui seule arrête le temps pour concen­trer dans l’es­pace de quelques jours une vita­li­té à laquelle rien ne résiste, anéan­tis­sant les efforts des années pen­dant les­quelles se sont construites des vies entières7. On ne s’é­ton­ne­ra donc plus de voir ses appa­ri­tions si inti­me­ment liées à la pré­sence – voire à la recherche – de la mort. Ne serait-ce pas là une forme de résis­tance farouche contre la vie et sa course vers la déchéance et l’oubli ?

Cette his­toire n’est donc pas une réflexion éclai­rée sur l’âge […], mais bien plus un jeu du chat et de la sou­ris où deux amants refusent d’a­ban­don­ner la part de folie qui les tra­verse. La part d’en­fance.8

À lire :
E.T. Raven, Can­dice Solère – Femmes fatales

Après avoir lon­gue­ment évo­qué la pro­ta­go­niste, est-ce que je par­le­rai de l’in­trique pro­pre­ment dite ? Ou est-ce que je lais­se­rai aux lec­trices et aux lec­teurs le soin de la décou­vrir à leurs propres rythmes ? Même si les tomes III et IV ont été publiés il y a huit et six ans res­pec­ti­ve­ment, je ne vou­drais pas pri­ver qui­conque vient de les décou­vrir à tra­vers mon article du plai­sir d’une lec­ture « vierge ». Je ne vais donc pas réca­pi­tu­ler ici les évé­ne­ments vécus par Marie et Raphaël, par la bande des copines et copains ou encore leurs familles. Parce qu’on a ten­dance à l’ou­blier – Une Nuit à Rome, ce n’est pas uni­que­ment le drame en comi­té res­treint de deux amants, mais celui aus­si de leurs proches et de celles et de ceux qui les croisent. Un détail qui porte un témoi­gnage très favo­rable à la capa­ci­té de Jim de des­si­ner des per­son­nages pro­fonds et véri­ta­ble­ment vivants grâce à quelques appa­ri­tions et à quelques détails arra­chés à l’ombre de leurs vies respectives.

Voi­ci pour­tant un détail que j’ai­me­rais vous dévoi­ler, parce que je ne résiste pas à mon­trer, une fois de plus, une image qui concentre la sen­sua­li­té de la pro­ta­go­niste. Qui n’a pour­tant rien de crous­tillant, mais qui résume l’es­sence même de Marie dans un éro­tisme qui dépasse sa seule dimen­sion phy­sique pour la rap­pro­cher de l’é­ter­nel fémi­nin. Voi­ci donc la scène des retrou­vailles char­nelles du deuxième cycle, des retrou­vailles que maintes péri­pé­ties et obs­tacles ont failli rendre impossibles :

Retrou­vailles (t. IV, p. 72, col­lage par mes soins)

Il y a un autre détail sur lequel je vou­drais ici insis­ter, parce que j’ai évo­qué la qua­li­té de cata­ly­seur de Marie. L’élé­ment qui fait subir des chan­ge­ments tout autour sans en subir lui-même. Si c’est vrai pour le début de l’in­trigue et pour un phy­sique que même l’au­teur n’ar­rive pas à abî­mer, les évé­ne­ments des tomes III et IV ne manquent pas de lais­ser des marques sur le per­son­nage dont on constate une nette évo­lu­tion. Évo­lu­tion qui aura une influence cer­taine sur sa rela­tion avec Raphaël et qui est ren­due visible par un chan­ge­ment de coiffure :

Quel est le rôle du temps qui, plus il avance, mieux il fait recu­ler en arrière les protagonistes…

Vous aurez com­pris que les deux volumes dont je vous parle ici en long et en large sont rem­plis de ren­contres, de sou­ve­nirs, de réflexions, de ter­gi­ver­sa­tions et de sen­ti­ments par­fois trop vio­lents pour leur résis­ter. Une suite digne du sus­pens créé par le cliff­han­ger du tome II. Une suite qui vous per­met­tra de décou­vrir par vous-mêmes un uni­vers aus­si extra­or­di­naire que celui où évo­lue une créa­ture à nulle autre pareille telle que Marie. Où le charme coquet et inso­lent des hôtesses d’ac­cueil rend celles-ci inou­bliables à leur tour (cf. t. III, pp. 57 et 66). Où la lumi­no­si­té des pas­santes croi­sées une seule fois dans les rues de Rome gravent des images indé­lé­biles sur les pru­nelles des obser­va­teurs (cf. t. III, p. 55). Et où l’in­ten­si­té des ren­contres fait explo­ser des vies entières. Déliez donc les cor­dons de vos bourses vir­tuelles afin de jouir du plai­sir orgas­mique de vous lais­ser hap­per par l’u­ni­vers de Jim où vous vivrez bien plus qu’une seule nuit à Rome.

Et l’é­ro­tisme dans tout cela ?

Vous le savez toutes et tous, et c’est sans doute pour cela que vous sui­vez, chères lec­trices, chers lec­teurs, les péré­gri­na­tions de votre ser­vi­teur – j’a­dore l’a­mour, j’a­dore l’é­ro­tisme, et tom­ber sur un récit où l’a­mour se tra­duit dans la vie phy­sique, à savoir celle de nos corps, où des amants baisent avec toute la pas­sion de leur sen­ti­ments por­tés à l’ex­tase, c’est comme un apo­gée dans la vie d’un lec­teur et d’un chro­ni­queur. Et com­ment faire mieux que des retrou­vailles espa­cées par des décen­nies ? Ima­gi­nez un peu l’éner­gie appe­lée à se déchaî­ner, voire à consu­mer les esprits. Et c’est jus­te­ment le pro­pos de Jim, et cela explique sans doute, au moins en par­tie, ma fas­ci­na­tion pour cet opus dans lequel on assiste aux pal­pi­ta­tions et à l’é­pa­nouis­se­ment d’un amour improbable.

Par contre, Jim fait preuve d’une cer­taine rete­nue quand il s’a­git de mon­trer ce qui se passe entre les amants au moment le plus intense de leurs retrou­vailles, celui qui les rap­proche dans un corps à corps où la chair se fraye son che­min dans un effort d’at­teindre à l’u­ni­té impos­sible. La scène dans la douche insé­rée quelques para­graphes plus haut est encore ce qui se rap­proche le plus d’une approche éro­tique. Dans la mesure où l’é­ro­tisme se défi­nit par la dimen­sion phy­sique de l’a­mour. Il y a dans le tome II plu­sieurs pages consa­crées à cette dimen­sion phy­sique, à l’a­mour des corps qui se touchent, se frottent les uns aux autres, qui même se pénètrent (cf. t. II, pp. 30, pp. 43, p. 77). Il paraît pour­tant que Jim aurait bien aimé être plus expli­cite encore, comme il le dit dans le très beau volume making-of : Les des­sous d’Une Nuit à Rome :

Mais mine de rien, cette scène de sexe, com­ment l’a­bor­der ? Je la vou­lais réelle, c’est pour­quoi je tenais à voir une péné­tra­tion.9

Mal­gré quelques planches qui ne laissent pla­ner aucun doute à pro­pos de ce qui se passe, Jim aurait vou­lu, dans une pre­mière approche, être plus expli­cite encore. Je vous colle donc ici une scène tirée du making-of et qui mal­heu­reu­se­ment s’est bri­sée contre les écueils de la cen­sure exer­cée par la mai­son d’édition :

Case refu­sée par les édi­teurs. Sans doute à cause de la péné­tra­tion trop évidente.

En atten­dant – et en m’in­sur­geant contre toute vel­léi­té de cen­sure – je peux affir­mer que les illus­tra­tions incluses dans la ver­sion finale ne laissent pas grand chose à désirer :

Vrai­ment moins expli­cite que l’illus­tra­tion refu­sée ? En tout cas tout aus­si appétissante.

Il me semble évident qu’Une Nuit à Rome n’est pas vrai­ment une œuvre éro­tique. Même si on y trouve des illus­tra­tions qui n’au­raient pas à se cacher devant celles d’un Ardem, par exemple. La cru­di­té en moins, évi­dem­ment. L’his­toire de Marie et de Raphaël est bien plus que cela. C’est une excur­sion dans les régions de l’âme où l’homme – et la femme – est tout ce qu’il y a de plus vul­né­rable. Là où se créent les sou­ve­nirs qui peuvent rem­plir ou anéan­tir des vies entières. Là où les rela­tions prennent toute leur signification.

Reve­nons un peu à mes inter­ro­ga­tions avant lec­ture. Le per­son­nage de Marie, qui incar­nait dans les pre­miers volumes la ten­ta­trice revê­tue du pres­tige des sou­ve­nirs d’a­do­les­cence, s’est étof­fé à tra­vers le récit de son pas­sé – de sa rela­tion avec sa mère et les entra­per­çus de son pas­sé. Une chose est sûre : Les pro­ta­go­nistes sont loin d’être des ombres comme je pou­vais le craindre au départ. La vie y pulse dans les artères, au point de les faire cra­quer. Il me semble pour­tant que les deux pre­miers volumes pré­sentent un peu plus de den­si­té voire d’u­ni­té dans l’in­trigue, encore qu’il s’a­git là de nuances. Qui n’en­tament en rien le plai­sir de la lec­ture, de la décou­verte et des retrou­vailles. Celles de Marie et de Raphaël, et celles de nous-autres lec­trices et lec­teurs avec les pro­ta­go­nistes – des êtres dont on aime­rait croire qu’ils existent quelque part. Pour avoir la cer­ti­tude que de telles his­toires puissent exis­ter avec eux.

Quant à la conclu­sion – qui m’a fran­che­ment sur­pris – à vous de la décou­vrir et de vous faire une idée à pro­pos de sa per­ti­nence. Et de son poten­tiel de relan­cer le récit…

Une remarque avant de ter­mi­ner. À me lire et relire, je sens qu’il me reste encore des choses à dire à pro­pos de ces quatre albums avec leur richesses gra­phiques et sur­tout humaines. Et bien des côtés res­tés inex­plo­rés dans la vie et le carac­tère des pro­ta­go­nistes. Je sens que j’ai envie d’y reve­nir, et je constate par moi-même cette fatale attrac­tion de Marie exer­cée non seule­ment sur son amant, mais aus­si sur tout ce qu’elle touche de près ou de loin, que ce soit son auteur, que ce soit un pauvre petit chro­ni­queur qui essaie d’ex­pri­mer et de par­ta­ger son ressenti.

Jim
Une nuit à Rome, tomes 3 et 4
Bam­boo
ISBN : 9782818964750
ISBN : 9782818974278

  1. Il est fas­ci­nant de mettre cette obser­va­tion en rela­tion avec les remarques de l’au­teur à pro­pos de Marie dans la BD de making-of, Les des­sous d’Une Nuit à Rome : « Comme toutes les belles femmes, Marie com­mence à faire avec les pre­miers signes d’u­sure, elle va peut-être devoir construire ses his­toires sur des bases plus fortes » (p. 12). Est-ce la vieille his­toire de l’au­teur qui est le plus mal pla­cé pour par­ler de ses propres his­toires, ses propres per­son­nages ? Ou là aus­si un désir mal assu­mé de ven­geance ? ↩︎
  2. Jim, Une nuit à Rome, t. IV, p. 64 ↩︎
  3. « Je n’ar­rive abso­lu­ment pas à me sépa­rer de mes per­son­nages… » (Les des­sous d’Une Nuit à Rome, p. 35) ↩︎
  4. Jim, Une nuit à Rome, t. IV, p. 34 ↩︎
  5. Les des­sous d’Une Nuit à Rome, p. 12 ↩︎
  6. Jim, Une nuit à Rome, t. III, p. 102 ↩︎
  7. À me relire, je constate qu’on pour­rait effec­ti­ve­ment rap­pro­cher un tel per­son­nage d’un être vam­pi­rique, immor­tel et non sujet aux ravages des années. ↩︎
  8. Jim, Une nuit à Rome, t. III, p. 102 ↩︎
  9. Jim, Les des­sous d’Une Nuit à Rome, Bam­boo, 2014, p. 32. ↩︎
Machine-Eye, Jade