Tho­mas Gal­ley, Le Noël de Natha­lie

Les Dix… font le sapin !
« Les Dix… font le sapin !», édi­tion de Noël de la col­lec­tion Les Dix.

Natha­lie adore faire des cadeaux. Et le plus beau cadeau qu’elle puisse offrir, c’est, évi­dem­ment, elle-même. Il faut dire qu’avec ses vingt-trois ans à peine, ses che­veux de jais bou­clés qu’elle porte longs et déta­chés et ses yeux très fon­cés où se reflètent les dési­rs qu’elle réveille, il serait dif­fi­cile d’imaginer de don plus raf­fi­né. Et ceux qui le reçoivent ne s’en plaignent jamais, même si les heures sont d’emblée comp­tées et ne dépassent jamais le temps pré­vu par l’arrangement ini­tial.

Inutile de dire qu’avec un nom pareil, l’arrivée des fêtes de fin d’année consti­tue un des moments forts dans la vie de Natha­lie, au point que par­fois, elle ne sait plus trop dire si elle tra­vaille encore ou si elle s’éclate déjà. Tou­jours est-il que, à par­tir de la mi-novembre, l’agence dans laquelle elle a été enga­gée lui colle des ren­dez-vous quo­ti­diens, par­fois même plu­sieurs d’affilée. Ce qui tranche avec le reste de l’année, où elle peut res­ter une semaine entière sans la moindre ren­contre pro­fes­sion­nelle. Ce n’est pas qu’elle crè­ve­rait de faim, mais les échanges lui manquent, la joie et l’émerveillement qu’elle trouve dans les yeux des hommes qui découvrent, au fur et à mesure des vête­ments qui tombent, la splen­deur de sa peau lai­teuse, ses seins ronds et fermes dont les sombres aréoles invitent plus que des regards, les tétons qui se dressent fiè­re­ment pour témoi­gner du plai­sir qu’ils trou­ve­raient à être sucés, le ventre légè­re­ment bom­bé, les flancs trem­blo­tants, les hanches géné­reuses, les jambes élan­cées dont les pas de danse impriment des mou­ve­ments ser­pen­tins au corps qui ondule au rythme des notes par­fu­mées de lan­gueur. Et, au centre de ce corps qui bouge, se vautre, frôle, titille et pro­voque, la touffe relui­sante de noir­ceur vis­queuse, où s’engouffrent toutes les fan­tai­sies qui, si elles pou­vaient seule­ment en res­sor­tir, embau­me­raient à jamais les nuits à venir des mâles en rut.

Natha­lie pro­fite de l’après-midi pour embal­ler les cadeaux des­ti­nés à sa famille, et elle sou­rit quand elle réa­lise à quel point cette acti­vi­té lui cor­res­pond. Plus tard, elle aus­si sera embal­lée, beau pré­sent en attente des mains qui la libé­re­ront de son enve­loppe. Elle a hâte de mettre, encore une fois, son cos­tume de Mère Noël, avec sa jupe indé­cem­ment courte et ses cuis­sardes souples.

Deux heures plus tard, elle sonne à l’adresse qu’on lui a indi­quée, munie de sa petite valise conte­nant les usten­siles dont elle a besoin pour une pres­ta­tion par­faite. C’est une adresse pri­vée, dans les quar­tiers verts de la ville, dans une rue calme. Cela la change des clubs et des petites salles où elle se pro­duit devant des cadres d’entreprise ou des jeunes hommes en train de célé­brer l’enterrement de la vie de gar­çon d’un des leurs. Der­rière la porte, une femme l’attend, la qua­ran­taine, belle, très soi­gnée, au regard brillant.

— Bon­jour, je suis ici pour le show. Vous, c’est Isa­belle, je sup­pose ?

Isa­belle, c’est le nom annon­cé par l’agence. Cela ne lui arrive pas sou­vent de se pré­sen­ter à une femme. Déci­dé­ment, c’est un mau­vais jour pour les habi­tudes. Les deux femmes se font la bise. Natha­lie res­pire fort pour dégus­ter le par­fum qui lui titille les narines. Isa­belle lui fait signe d’entrer, et l’installe dans le cana­pé du salon où elle la rejoint après avoir ser­vi deux verres d’eau.

— Je vous ai fait venir pour l’anniversaire de ma copine. J’espère que cela ne vous dérange pas, un public uni­que­ment fémi­nin ?

— Mais non, répond Natha­lie avec un sou­rire rayon­nant. En plus, c’est plus sym­pa, en petit comi­té.

La femme en face res­pire pro­fon­dé­ment, sou­la­gée.

— Manon ne va pas tar­der. Vous avez besoin de quelque chose pour vous pré­pa­rer ?

— Juste d’un endroit pour me chan­ger. Vous savez, ça ne prend pas beau­coup de place.

Elle désigne sa petite valise et accueille avec un grand sou­rire les regards hési­tants qui la par­courent de haut en bas. Isa­belle se lève et conduit Natha­lie à la salle de bains.

— Venez m’attendre devant le salon, dans un quart d’heure.

La porte se ferme et Natha­lie, une fois seule, se désha­bille devant le miroir déme­su­ré qui lui ren­voie le reflet de sa nudi­té res­plen­dis­sante. Natha­lie fris­sonne d’excitation, mal­gré la cha­leur. D’un œil cri­tique, elle véri­fie son maquillage et son épi­la­tion. Impec­cables. L’idée de se trou­ver seule avec deux femmes n’est pas pour lui déplaire. Même ses tétons n’ont pas besoin d’excitation sup­plé­men­taire pour se dres­ser, durs et fiers sous son regard inqui­si­teur.

Pen­dant qu’elle met son cos­tume, elle entend la porte s’ouvrir et des pas réson­ner dans le cou­loir, tout près de son refuge. La belle vient d’arriver. Comme conve­nu, elle sort une quin­zaine de minutes plus tard et attend devant la porte du salon. Il fait chaud dans la mai­son. Mais quelle n’est pas sa sur­prise, quand Isa­belle se pré­sente en cos­tume d’Ève ! Fas­ci­née, Natha­lie cède aux charmes de cet inver­se­ment des rôles et enve­loppe le corps en face d’elle de regards où affleurent une curio­si­té et un désir nais­sants. Elle serre la main que l’autre lui tend et pénètre dans l’arène avec le pres­sen­ti­ment que cette soi­rée sera dif­fé­rente des autres. La musique s’empare d’elle et du corps d’Isabelle col­lé contre le sien. Des fris­sons l’agitent au contact de cette pré­sence duve­teuse, légère et enva­his­sante à la fois. Peu à peu, ses vête­ments tombent sans qu’elle ait besoin de faire le moindre effort. Isa­belle est juste par­faite et ses doigts experts manient un corps qui tremble d’anticipation. Les bouts de ses seins ne demandent plus qu’à sen­tir la langue et les gri­gno­te­ments de cette bouche qui vient de se poser sur la sienne. Sur son ventre, la chair de poule indique le pas­sage des doigts agiles qui la par­courent. Ceux-ci glissent tou­jours plus bas, sur sa touffe façon­née en ticket de métro, autour des lèvres chaudes et lui­santes de son sexe pal­pi­tant. Plon­gés au fond de son ori­fice gluant, ils remuent le liquide bouillon­nant dont Natha­lie vou­drait inon­der la bouche de Manon, dont les lèvres mor­dillent ses nymphes. Juste avant de suc­com­ber aux spasmes d’un pre­mier orgasme, elle entend une voix réson­ner dans ses oreilles : « Joyeux Noël, Natha­lie. »


Texte ini­tia­le­ment paru le 10 décembre 2012 dans le recueil Les Dix… font le sapin ! publié par l’ancien édi­teur numé­rique Edi­cool.