I. Le mur

I. Le mur

L’obs­cu­ri­té se blot­tis­sait contre l’é­norme mur qui sépa­rait la ville de l’aube. Mas­sif, telle une ombre incar­née, il dres­sait sa bande noire devant l’ho­ri­zon, cou­pant le monde en deux : de ce côté-ci, les ténèbres d’une nuit qui se pro­lon­geait, de l’autre, le noir déla­vé d’un ciel où s’es­quis­sait déjà la lumière blême des pre­miers rayons de soleil. À force de regar­der, Rul croyait aper­ce­voir comme un mou­ve­ment de vague­lettes venues se bri­ser contre les pierres de taille dont les ran­gées mon­taient dans la nuit.

Il était à l’aise dans ce bout de nuit rétré­cie, pro­té­gé par des mil­liers de tonnes de pierre posées entre lui et l’aube, cachant de sa vue la marée ondu­lante de ver­dure dont se paraient les inter­mi­nables bois que le jour allait bien­tôt faire émer­ger du noir. Ces bois où fer­men­tait l’in­con­nu. Rul lais­sait son regard par­cou­rir le ter­rain vague légè­re­ment en pente qui s’é­ten­dait à gauche et à droite, entre le palais et l’en­ceinte. L’air était humide après une nuit plu­tôt fraîche et les vapeurs qui mon­taient du sol lui appor­taient des idées d’herbes et de terre mouillée. Au pied du mur, au cœur des ronces qui abri­taient des nids d’oi­seaux, écla­tèrent des piaille­ments pour saluer le lent retrait de la nuit.


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