Tael Arte – Les ambi­va­lences du désir

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Comme vous le savez, je suis tou­jours à la recherche d’ar­tistes – confir­més ou non – pour embel­lir mon repaire sur la Toile. Très sou­vent, je croise ceux-ci sur Devian­tArt, un site qu’il faut sans aucun doute citer par­mi les com­mu­nau­tés d’ar­tistes les plus cou­rues et les plus influentes. Mais DA étant loin d’être la seule de ces com­mu­nau­tés, je me pro­mène aus­si ailleurs, comme p.ex. sur ArtS­ta­tion ou encore Red­dit, un site qui héberge un grand nombre de com­mu­nau­tés à voca­tion artis­tique. C’est dans une de celles-ci, à savoir r/HungryArtists, que je suis tom­bé sur une annonce de Tael Arte, une jeune femme qui a aus­si­tôt répon­du à ma prise de contact par mail et qui a fini par accep­ter la com­mis­sion que je lui ai pro­po­sée. Voi­ci le résul­tat qui m’a tout de suite convaincu :

Tael Arte, Ambiance : A naked, reclining woman between candles and books, face half hidden by the book she is reading.
Tael Arte, Ambiance

Je ne donne que très peu de détails aux artistes afin de leur lais­ser une liber­té maxi­male, leur indi­quant à peine le sujet (femme dénu­dée cou­chée en train de lire) et les dimen­sions (assez par­ti­cu­lières et tout en lon­gueur), et puis je laisse venir. Ce que j’ap­pré­cie sur­tout dans le des­sin ci-des­sus – mis à part la beau­té et l’in­dé­cente fran­chise de la jeune femme plon­gée dans une ambiance ultra-sen­suelle – c’est le regard ambi­va­lent et comme han­té qui semble vou­loir son­der les pro­fon­deur des ténèbres que la lueur des bou­gies laisse sans doute sub­sis­ter autour d’elle. On se demande quel genre de texte elle serait en train de lire ? Une his­toire sur­na­tu­relle ? Peut-être un récit de vam­pires comme les très jeunes femmes semblent les ado­rer, si la pro­fu­sion des séries consa­crées à cette engeance sur Net­flix & Cie. peut être un indice ? Quoi qu’il en soit, elle semble inquiète – à moins que ce soit exci­tée -, le regard fuyant et en même temps comme atti­ré voire fas­ci­né par l’obs­cu­ri­té qui l’enveloppe.

À lire :
Kurt Fleischer - art that makes the shadows speak
Tael Arte : « Oh no, wrong spell ! »

Tael – Tay­rine de son vrai nom – a su créer une petite mer­veille où la nudi­té de la jeune femme exprime le fond de sa vul­né­ra­bi­li­té dans laquelle le désir sexuel s’al­lie à la peur ô si natu­relle pour qui s’ex­pose, de tout son être, à tous les plai­sirs et en même temps à tous les dan­gers. J’a­dore l’am­bi­gui­té que l’ar­tiste a su expri­mer en sai­sis­sant un des points essen­tiels de tout éro­tisme, péné­trant très loin dans les pro­fon­deurs des fan­tasmes et des incer­ti­tudes liées à l’é­veil des sens. Et puis, Tay­rine pos­sède un atout qui m’a aus­si­tôt mis sous le charme : Elle sait mettre une bonne dose d’hu­mour dans ses des­sins en met­tant ses per­son­nages dans des situa­tions déclen­chant un franc rire. Il suf­fit de contem­pler sa sor­cière ci-contre qui s’est trom­pée d’in­can­ta­tion (« Oh no, wrong spell ! ») et se retrouve enla­cée par des ten­ta­cules qui n’hé­sitent pas à la son­der au plus pro­fond de son intimité.

D’a­près ce que Tay­rine m’a révé­lé à pro­pos d’elle, c’est une jeune femme artiste queer / bisexuelle, ori­gi­naire du Bré­sil, qui aime repré­sen­ter la dimen­sion posi­tive de la sexua­li­té, ce qui lui aurait per­mis de sur­mon­ter des insé­cu­ri­tés liées à son corps et à son iden­ti­té sexuelle. Cette atti­tude serait aus­si à l’o­ri­gine du style « car­toon » de son art, un style lui per­met­tant d’exa­gé­rer cer­tains attri­buts de ses carac­tères sans que cela puisse paraître trop peu naturel.

On peut croi­ser Tay­rine sur New­Grounds, sur Twit­ter et bien sûr sur Red­dit, des com­mu­nau­tés où elle poste régu­liè­re­ment ses tra­vaux. À l’heure actuelle, ceux-ci sont encore assez peu nom­breux, mais comme elle est en train de tra­vailler sur une bande des­si­née fan­tas­tique en col­la­bo­ra­tion avec son mari, on peut s’at­tendre à voir gran­dir le nombre de ses contri­bu­tions. Et, point essen­tiel pour les ama­teurs d’é­ro­tisme, elle compte se sai­sir des per­son­nages de cette BD afin d’en faire des des­sins NSFW[1]Not Safe For Work, jar­gon uti­li­sé sur la Toile pour dési­gner des images à conte­nu éro­ti­co-por­no­gra­phique, sigle pro­met­teur de nudi­té et d’in­dé­cence. Pour ma part, j’ai hâte de voir ses pro­duc­tions futures. Et j’en­cou­rage très for­te­ment mes lec­trices et lec­teurs à lui rendre viste.

À lire :
SaraH con Hache, une pin-up pour la Bauge littéraire

Réfé­rences

Réfé­rences
1 Not Safe For Work, jar­gon uti­li­sé sur la Toile pour dési­gner des images à conte­nu érotico-pornographique

Josep Giró, La nouvelle Marianne